J’avais une ferme en Auvergne

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Quand j’étais petite, je voulais être fermière. C’était dû en grande partie au fait que l’été nous passions souvent une semaine ou deux dans une maison de famille en Saône et Loire, accolée à une ferme. Je peux encore sentir l’odeur du lait que nous allions chercher tous les soirs avec ma soeur et que ma mère faisait bouillir. Mon père mangeait la peau qui remontait à la surface en s’extasiant, pendant que nous faisions la moue parce que c’était dégoutant.

J’avoue, ma vocation n’était pas sans rapport non plus avec le béguin que j’éprouvais alors pour le fils aîné du paysan, qui du haut de ses quinze ans me paraissait aussi torride que Patrick Swayse (bien que ce fut avant Dirty Dancing, je suis hélas un poil plus vieille que je n’en ai l’air). Je ne vous dis pas la fierté quand il me baladait derrière sa 103 dans la cour de la ferme. J’étais Lady Di.

Après, ça m’est passé, d’autant que mon amoureux de CM2 (pas le fermier à moto, celuis de mon âge) (le ringard) était asthmatique. Il m’était donc apparu évident que nous ne pourrions pas réaliser mon rêve de céréalière dans la Beauce.

C’est en outre à ce moment là que j’ai reçu l’appel de Dieu et que j’ai entamé ma période « je veux devenir bonne soeur ». En lire plus »

Recalés et autres histoires de baguettes toutes molles

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Semaine un peu hachée avec ce lundi de pentecôte et ce vendredi où on file en douce avec le churros et toute notre portée pour un week-end auvergnat dont on reparlera.

Le temps de vous dire deux trois choses et je me carapate, je suis déjà en retard…

– Mes twins n'ont pas été retenus pour leur dérogation, visiblement, le fait qu'ils soient jusqu'en 3e dans la même classe (je tiens à ce qu'ils apprennent l'allemand en 6e, langue qu'ils ont commencé à apprendre au primaire) ça ne pose aucun problème à l'Education nationale. C'est un poil incohérent avec le discours qui m'a été tenu depuis la première année de maternelle, discours avec lequel j'étais on ne peut plus raccord, d'ailleurs. Bref, après m'être demandé si je faisais le forcing, si j'allais camper au rectorat ou si j'en appelais à mon influence de blogueuse (quoi ?), j'ai décidé… de ne rien décider. En cohérence avec mes principes, donc, je respecte la décision supreme et me plie à la carte scolaire, mes enfants iront là où le découpage administratif les porte et c'est peut-être très bien comme ça. Si l'un vient en revanche à assassiner l'autre pour une conne histoire de moyenne plus basse, je me servirai de ce billet pour trainer l'Académie de Paris devant la justice.

– Je souhaiterais que ces crevards de graminés et autres pollens débiles cessent de squatter ma cornée. Je ressemble à Philippe Seguin, paix à son âme.

– Depuis que l'une d'entre vous a déposé dans les commentaires la recette des muffins avec coeur de chocolat blanc, j'en fais deux fois par semaine, c'est devenu une addiction. Rose ne les mange que pour le morceau de galack à l'intérieur. Qui ne fond pas d'ailleurs. Il faudra m'expliquer POURQUOI le chocolat blanc ne fond pas. Ce ne serait donc pas du beurre ? Whoooo.

– Mon père, actuellement en vacances dans le midi, s'est enquis auprès du boulanger de la raison pour laquelle sa baguette devenait toute molle le soir depuis deux jours. Devant une dizaine de personnes, le commerçant, facétieux, lui a répondu que mon bon monsieur, "que voulez-vous, à nos âges, c'est normal, essayez plutôt le matin". Le temps de comprendre et mon innocent papa, écarlate, n'a rien trouvé de mieux que de lui répondre qu'il essaierait encore aujourd'hui mais que sinon, il changerait de crèmerie. "C'est une solution, mais je vous assure, l'âge y est pour beaucoup", a insisté le boulanger. Ma mère en a encore des crampes à l'estomac.

– A part ça je lis le dernier Vargas et je sais pas… je m'y ennuie un peu.

– A part ça encore, je m'étais emmêlé les pinceaux, l'interview de moi même c'était cette semaine dans MBV. Où de très chouettes sacs sont en vente.

– J'ai également reçu des mails pour me demander d'où venait mon sac en liberty dans la vidéo d'hier, c'est le fameux Catherine Membré, que j'adore.

– Et enfin, après c'est terminé, aujourd'hui vous pouvez aussi me lire chez "La taille mannequin c'est démodé"…

Edit: la photo ? N'importe quoi.

Où je vous emmène dans les coulisses de Mamma Mia (Mon #Puzzle, épisode 1)

 

Il y a quelque temps, je vous avais narré ces deux jours improbables avec William et JB à Stockholm, sur les traces de Bjorn, l'un des quatre compères d'Abba (épisode 1 et épisode 2). Objectif: tourner un épisode de la désormais famous émission #Puzzle de OFF TV

Je ne reviendrai pas sur ma performance (au sens artistique) d'intervieweuse native. Non, je n'y reviendrai pas. Ce que je ne vous ai pas dit en revanche, pour vous ménager mes petits effets, c'est qu'avant de prendre ces douze avions pour rejoindre le pays d'Ikea et des rollmops, j'avais eu l'immense privilège de pénétrer – non, pas Bjorn – les coulisses de la comédie musicale Mamma Mia qui cartonne à Paris depuis des mois…

Bon, au cas où je ne me sois jamais étendue – non pas sur Bjorn – sur la question, le film avec Meryl Streep, je l'ai kiffé tellement que je dois l'avoir vu quatre ou cinq fois. Quand aux chansons d'Abba, elles occupent depuis toujours une place de choix dans mon coeur de mélomane avertie. En fan de comédies musicales ET d'émissions type Popstars – ah, Maxim Nucci, avant son virage indé pop folk – j'étais en outre surexcitée de voir en vrai, backstage, un groupe soudé à la vie à la mort avant de monter sur scène.

Et je n'ai pas été déçue. Je veux dire, on peut être plus ou moins sensible à la traduction en français des textes originaux, on peut être allergique au principe même des "musicals". Mais je mets au défi quiconque de ne pas être conquis par la sincérité de ces artistes qui tous les jours se défoncent, tout simplement parce que c'est leur vie, leur nécessité, leur seule raison d'avancer.

La vérité, c'était encore mieux qu'être à Baltard. Parce que là, mis à part ce jour ci précisémment, pas de caméras, pas de prime, juste le show, qui go on, again and again. Quand on est arrivés, Will, JB, alias Jean-Baptiste Brégon et moi, la troupe était en "warm up", à savoir l'échauffement (dans l'entertainment pardon mais on est assez fluent). Je me suis assise sur une chaise et je les ai regardés s'étirer, des doigts de pieds à la nuque, en musique. Parmi les comédiens, tous adorables et confondants de simplicité, certains sont avant tout danseurs et leur corps est une oeuvre d'art (tribute to Pepper, l'homme au cul céleste, que Will et moi avons regardé sans modération. Sans se rappeler non plus que j'étais munie d'un micro et que JB, à l'autre bout de la salle ne perdait pas une miette de nos appréciations aussi fines qu'un DSK au sortir de la douche ), d'autres sont surtout chanteurs et ce sont eux peut-être qui m'ont le plus bluffée, s'adaptant aux exercices et aux pas de danse sans broncher.

Quand ils se sont mis à chauffer leur voix et que leurs "a, e, i, o, u" ont empli la pièce, les yeux m'ont piqué, bien sûr. Un peu plus et je mettais mon tutu.

Voilà, vous verrez que dans ce premier numéro de mon #Puzzle à moi (oui j'ai droit à deux épisodes et le plus beau c'est qu'on est en train de réfléchir à un concept de série qui tournerait entièrement autour de ma petite personne, Pascal Nègre est hyper partant) (it is a joke) (même si bien évidemment je dis oui immédiatement, j'accepte même les caméras planquées dans mes toilettes tellement j'ai kiffé l'idée qu'on me filme pendant que je raconte mes conneries). Vous verrez, disais-je, ou plutôt vous entendrez, que j'ai un petit peu de difficultés à dire autre chose que "ouais" et "d'accord" aux personnes que j'interviewe. A tel point que depuis le visionnage quand on me parle je reste bouche cousue, la perspective de m'entendre répondre encore un "ouais" me donne envie de me lapider moi même.

Le pire c'est qu'on s'était mis d'accord Will et moi, qu'il me ferait un signe de la main à chaque ouais. Le problème c'est qu'il a lâché l'affaire et que deux mois après il en a encore une tendinite. Limite il envisage de faire passer ça en accident du travail.

Plus sérieusement, ces quelques jours de tournage, à Paris et à Stockholm, ont été pour moi comme un apprentissage. Comment tourner des images, comment raconter une histoire, comment poser des questions ouvertes… Toutes ces choses, venant de la presse écrite, je ne les maitrisais pas. J'ai eu aussi cette impression inestimable lorsqu'on travaille la plupart du temps seule, de faire partie, ponctuellement, d'une équipe. Et j'ai pris conscience que c'était probablement ce qui me manquait le plus dans ma nouvelle vie. Un grand merci, donc, à Will, qui… qui m'a fait du bien.

Edit: Juste, quand je dis "ça fait partie des quelques théâtres parisiens que je n'ai pas visités, c'est du second degré. ça ne se sent peut-être pas, parce que c'est monté, mais je jouais à la connasse de blogueuse. Je préfère préciser, on sait jamais.

Edit2: un grand, un énorme merci à Justine et Jean-Baptiste pour leur regard bienveillant.

Amitié, faut-il tout dire ?

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Dans le numéro du mois de juin de Psychologies magazine, actuellement en kiosque, il y a un article signé de ma blanche main sur un sujet qui m'a bien secoué les neurones: "Amitié, faut-il tout dire ?".

Instinctivement, moi l'amoureuse de l'amitié, j'aurais répondu oui. En tous cas il y a 20 ans, quand je croyais encore aux toujours et aux jamais. Et puis il a fallu affronter certaines tempêtes, dont certaines si violentes que le fil a rompu.

Et à penser que je pouvais tout dire, voire qu'il le fallait, j'ai perdu non pas une amie, mais deux, puisque son compagnon était comme un frère et qu'en pensant faire ma justicière, j'ai sapé quinze ans de complicité.

Alors écrire cet article n'a pas été si compliqué au final pour moi, parce que la réponse, je la connaissais. Non, non, trois fois non, il ne faut pas tout dire. Se taire peut être d'ailleurs même la plus belle preuve d'affection qu'on puisse donner. Bien sûr, il n'était pas question dans ce papier de me servir de mon expérience pour étayer ma théorie. Mais il se trouve que les thérapeutes que j'ai interrogés m'ont apporté, une fois de plus – écrire pour psycho est en soi une analyse – un éclairage précieux, qui est venu confirmer ce que je supposais, en l'expliquant.

Où je me suis entendu dire que révéler à l'autre ce qu'il ne souhaite pas forcément entendre, c'est une façon, finalement, de se poser en libérateur. C'est aussi, dire ce qu'on voudrait peut-être qu'on nous dise à nous, si on était dans sa situation. Excepté qu'on n'y est pas.

Alors voilà, désormais, je ne dis plus tout. En tous cas, j'essaie. Parce que vous l'aurez remarqué, j'ai comme un léger souci au niveau de la parole libérée. Mais à chaque fois que je suis sur le point d'asséner une de mes vérités bien senties, je me pose cette question: "pourquoi tiens-tu tant à lâcher ce morceau ?".

Souvent, hélas, la réponse n'est pas à mon avantage. Dont acte.

Edit: Sur la photo, la fille de Zaz protège les oreilles de Rose du bruit des pétards du nouvel an chinois. Métaphore, allégorie et tout ce qui s'en suit…

On avance ou on suce ?

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Les deux ou trois premiers mois qui ont suivi ma démission, je me suis posé la question des centaines de fois. Est-ce que j’avais eu raison ? Est-ce que je n’avais pas fait la plus grosse connerie de ma vie en lâchant un job plutôt intéressant malgré tout pour une utopie, un fantasme de vie meilleure parce qu’entièrement centrée sur l’écriture ?

Une interrogation qui m’avait d’ailleurs obsédée durant deux ans avant de faire le grand saut. Comme si cette décision était du même ordre que celle consistant à désamorcer une bombe à retardement. Bleu ou rouge, le fil à couper ? Rouge tu exploses, Bleu tu es sauvée. Ou l’inverse.

Dans mon cerveau manichéen, c’était évident. Je ne pouvais qu’avoir raison… ou tort. Pas de demi-mesure, pas d’entre deux. Echouer ou réussir, me réjouir ou regretter.

Après six mois, j’ai enfin compris que je n’avais… rien compris. Et que je ne saurais jamais si j’avais « bien fait ». A force de répéter à ceux qui s’en enquièrent, que « jusqu’ici tout va bien », je finis par y croire moi même. Et le fait est que tout va plutôt bien. Mais la semaine prochaine, le mois suivant, voire dans un an ou deux, ça ne sera peut-être plus le cas. Ce qui ne signifiera pas que j’ai commis, en janvier dernier, la plus grosse bourde de ma vie. Comment être certaine en effet que dans un an, deux ans ou moins que cela, je n’aurais pas été mise à la porte de mon ancien boulot, que je n’aurais pas fini par m’étriper avec l’un ou l’autre, ou que je n’aurais pas fini tout simplement en burn out, du fait d’un rythme tous les jours un peu plus soutenu ?

J’ai enfin admis qu’il n’y aurait pas de jugement dernier, pas de tribunal à l’arrivée et qu’aucune décision ne peut être radicalement bonne ou mauvaise. Et je me sens enfin libérée de ce poids qui m’oppressait tant par instants. Je n’ai pas commis de faute éventuelle, j’ai pris cette décision et puisque c’était la mienne, c’était, d’une certaine façon, la bonne. Je crois que c’est valable pour tout un tas de chemins qu’on choisit de prendre. Non qu’il n’y ait pas de conséquences et qu’il ne faille pas les assumer. Mais qui pourra jamais nous prouver que malgré tout, l’autre sentier eut été plus aisé ?

Ne jamais se retourner, regarder devant, mettre un pied devant l’autre, et recommencer.

Si cette première moitié de l’année 2011 m’a enseigné une chose, c’est définitivement celle-ci. En lire plus »

Quatre romans américains pour la pentecôte

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Je lis de manière compulsive, avec parfois de longues pauses. J'ai remarqué d'ailleurs qu'en période de forte préoccupation ou d'angoisse, je suis absolument incapable de me plonger dans un bouquin. Ces dernières semaines en revanche, j'ai bouffé des lignes. Il faut dire que le sommeil tardait à venir et qu'à la faveur de quelques trajets en train pour raisons diverses, j'ai eu le temps.

Comme un des seuls week-end de trois jours de cette année clairement patronale se profile, voici quatre pistes au cas où vous souhaiteriez faire une petite provision.

Un été sans les hommes, de Siri hustvedt. Je l'ai évoqué hier, mais je ne peux m'empêcher d'y revenir, tant ce livre m'a emmenée loin. Je l'ai refermé avec l'impression d'avoir hérité d'un petit supplément d'âme, ce qui est rare, je crois. "Tout ce que j'aimais" reste un souvenir merveilleux, lu à NY en plus ce qui lui avait donné encore plus de saveur. "Un été sans les hommes", je l'ai donc dévoré à Barcelone. C'est drôle d'ailleurs comme le titre est trompeur. Pas d'homme cet été là pour Mia, qui à 50 ans vient d'apprendre que son mari souhaite faire une pause. Pas d'homme mais il est partout, tant la séparation lui est douloureuse, au point de l'avoir rendue folle jusqu'à l'internement. Partie se resourcer auprès de sa mère vieillissante, elle se retrouve à donner des cours de poésie à sept adolescentes, sept cocottes minutes blindées d'hormones. Elle se lie aussi avec les amies de sa mère, les "cygnes" comme elle les surnomme. Ce roman parle de filiation, d'amour, d'infidélité, de sororité. Il est d'une érudition incroyable mais jamais prétentieux. A lire, absolument, vraiment, je vous en conjure.

Moonlight Mile, de Dennis Lehane. J'ai déjà parlé ici de mon amour pour cet auteur de polars sombres et engagés. J'étais excitée comme une pucelle de retrouver ses héros récurrents, Angie Genaro et Pat Kenzie. Je n'ai pas été déçue, Pat est toujours aussi nonchalant, angoissé, intègre et drôle. Et Angie, toujours une sacrée fucking bonne femme. En revanche, ça me fait mal de le dire mais l'intrigue est moyenne et cet opus n'est pas à la hauteur des précédents. Ce qui n'en fait pas un mauvais livre, même pas en forme Lehane fait de la qualité. Et puis il y a ce regard social sur une Amérique pourrie jusqu'à la moelle, cet esprit de "gauche", qui reste. Bref, à lire, mais peut attendre la parution poche.

Mary Ann en automne, d'Armisted Maupin. Idem, je n'ai jamais caché mon attachement aux Chroniques de San Fransisco. Je les ai dévorés sur mon canapé au printemps 2000, alors que je fabriquais mes twins et que mes seuls déplacements autorisés étaient ceux me conduisant du salon aux toilettes (et pas plus de trois fois par jour si possible). J'ai tellement aimé ces personnages, cette peinture de la ville des années 70 à aujourd'hui, que je n'avais pu résister à l'achat du tome 7, "Michael Tolliver est vivant". Grosse déception alors. Mais j'ai récidivé avec cet opus, "Mary Ann en automne". Et franchement, il est meilleur. Pas du niveau des premiers, non, mais avec malgré tout une véritable intrigue et surtout, un portrait de femme magnifique, une mélancolie qui prend aux tripes. Michael et Mary-Ann ont vieilli mais leur amitié est intacte. Frisco est toujours aussi merveilleuse et rassurante. Un jour, j'espère, je m'y rendrai. Avec le risque que la réalité n'arrive pas à la cheville de mon fantasme…

– Féroces, de Robert Goolrick: Alors là, c'est du lourd aussi. Un style impeccable, au couteau. Un héros bousillé, qui règle ses comptes avec ceux qui l'ont détruit, il y a longtemps de cela. On pressent tout le long que les révélations seront insupportables et on n'est pas démenti. Mais en même temps, les mots sur l'enfance sont doux, les personnages, jamais caricaturaux sont certes féroces mais si humains qu'on se surprend à leur pardonner leurs terribles offenses. Il y a du Mad Men dans ses souvenirs, du Jay Mc Inerney dans la façon de décrire certaines scènes new-yorkaises. Livre sombre, donc, mais essentiel et prometteur s'agissant de cet écrivain que je ne connaissais pas.

Edit: J'avais il y a longtemps donné une liste de livres pour l'été, je m'aperçois qu'elle est assez cohérente avec celle-ci

Ce qui m'(é)meut

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J'ai toujours été une jouisseuse. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours couru après le plaisir, faisant de cette quête le but ultime de mon existence et de mes journées. Un plaisir n'excluant d'ailleurs pas l'effort ou la souffrance, mon éducation judéo-chrétienne m'a permis d'intégrer très tôt cette idée de devoir "mériter" le réconfort, qu'il prenne la forme de vacances, de bonne chère ou de la chair.

Il n'empêche que l'ascétisme n'a jamais été ma tasse de thé, la mélancolie ne me caractérise absolument pas, ni l'ennui que je ne connais que peu, trop occupée à poursuivre la félicité.

Bien sûr, tout ça passe prioritairement par l'oralité. D'où mon léger problème de poids, on s'en doutera. Je ne connais pas plus grande jouissance que celle de la première bouchée de chocolat, ou, hélas, de la première bouffée d'une cigarette longtemps attendue.

Pour être plus exacte, je ne connaissais pas, de plus grand kiff que ceux-ci avant d'avoir découvert l'orgasme, sur le tard, comme je m'étais d'ailleurs plu à le raconter il y a longtemps de cela – seigneur quand je pense que je pousse le vice à resignaler ce billet, je dois être malade.

Depuis que j'ai commencé ma thérapie avec le docteur Zermati, il m'a fallu trouver d'autres sources de plaisir, d'autres façons de pimenter ma vie qu'en descendant des tablettes de milka ou grillant clope sur clope. Je vous vois venir, il reste la troisième solution qui à priori n'encrasse pas les poumons et ne pèse pas sur les hanches, mais figurez vous que le churros travaille et que l'onanisme a ses limites, tout de même.

Bref, en apprenant à écouter mes sensations, en n'étant plus dans la quête permanente de ces shoots de sucre ou de nicotine, j'ai forcément du trouver non pas des palliatifs mais plutôt d'autres façons de mettre du sel dans mes journées. Ce qui m'a fait m'interroger très sérieusement sur ce qui me meut, sur ce qui peut satisfaire ce besoin insatiable de jouissance.

Les premiers temps, j'ai consommé. Acheté tout et n'importe quoi, avec d'autant plus de jubilation que subitement je parvenais à entrer dans des tenues improbables. Mais je me suis lassée, d'autant plus que ma nouvelle vie me fournit moins d'occasions de me pavaner et avoir une nouvelle tenue qu'on ne peut montrer qu'à son gardien constamment bourré, perd vite de son intérêt.

Il y a eu ensuite les séries télés. Je suis assez lucide quant à ma capacité à devenir accro, et j'avoue, les petites merveilles addictives pensées par les scénaristes américains ont clairement compensé la baisse de mes apports caloriques. Sauf que là, je suis en rupture de stock. Mais également un peu écoeurée. La culpabilité qui te saisit après t'être enfilée d'affilée douze épisodes de Brothers and Sisters est en effet assez comparable à celle éprouvée après un craquage à la boulangerie.

Sans compter qu'à trop se noyer dans ces histoires sans fin, on risque de perdre le fil de sa propre vie, tout au moins c'est ainsi que je l'ai finalement ressenti.

N'existe-t-il donc pas de jouissance qui ne soit nocive ?

Il y a bien évidemment ce que m'apporte l'écriture. Qui porte en elle une dose de souffrance nécessaire à la satisfaction qu'elle provoque. Il y a l'adrénaline de cette vie de free lance, l'excitation d'une nouvelle collaboration, que contrebalance l'angoisse qu'une autre s'arrête. Ying et yang, toujours. Il y a mon homme et nos ébats, moins fréquents, évidemment, qu'il y a quinze ans mais plus… intéressants. Je crois. Il y a mes enfants, leurs étreintes et ce besoin de moi qu'ils ont. Les amis, la famille, les voyages, les découvertes, le moelleux d'un lit d'hôtel, la pression parfaite d'une douche de palace.

Et puis il y a eu, ce week-end, comme une promesse d'une autre jouissance. Cette heure passée dans ce jardin catalan. Allongée sur un banc, un rayon de soleil chauffant mon corps à la température idéale, une légère brise soufflant sur mes jambes, j'ai lu le dernier livre de Siri Hutsveldt, "Un été sans les hommes". Non loin de moi, le mien, d'homme, dormait comme un enfant. Il n'y avait personne dans ce jardin, lorsque je levais les yeux ce n'était que camaieu de vert sur fond bleu. Je ne sais pas si ce sont les mots de cet auteur que j'aime un peu plus à chaque ouvrage, la respiration régulière de mon mari à mes côtés, les effluves de pins et d'eucalyptus, la perspective de ces deux jours à flaner sans contrainte ou encore cette assurance de retrouver, très vite, toute ma portée, mais l'espace de quelques minutes, il m'a semblé que j'avais atteint ce point d'équilibre souvent recherché, sans succès. Tout était à sa place, moi la première.

Et sans manger, fumer ni baiser, j'ai éprouvé du plaisir. Un plaisir inédit, une jouissance non pas du corps mais de mon esprit, quelques secondes de ce qu'on doit pouvoir appeler la sérénité. Et le plus merveilleux dans tout cela c'est la conscience absolue que j'ai eue de cet instant. On dit souvent qu'on réalise à quel point on a été heureux une fois que c'est terminé. Pour une fois, j'ai eu la sensation d'être en parfait accord avec mon ressenti et la réalité.

Le temps de me le dire et le churros s'est réveillé. Je suis retournée à ma vie avec un léger pincement au coeur, l'impression d'avoir vécu quelque chose d'une fragilité absolue mais néanmoins d'une importance capitale.

J'aurai toujours ça, me suis-je convaincue. Un banc, un livre et un rayon de soleil. Et en même temps, je le crains, je n'aurai plus jamais très exactement "ça".

Edit: Rassurez-vous, je ne prévois pas dans l'immédiat de mettre une toge orange et de chanter Hare Krishna dans les rues.

Edit2: Rien à voir mais il y a une interview de moi sur Mon Bazar Vert, l'interview verte du mois. Et toujours sur mon bazar vert, la nouvelle collection de sacs est arrivée. Je craque personnellement sur le "Nouvelle vague". Et je ne suis pas intéressée aux ventes, je précise.

Monte là dessus tu verras les étoiles (Ainsi parlait Zara)

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A Barcelone, les Zara sont aussi nombreux que les boulangeries à Paris. Et je ne parle pas des Mango ou Desigual qui se défendent pas mal aussi. Problème, au moment de la distribution par sa marraine la fée de l'appétence au shopping, le Churros devait être en train de faire caca (ça lui arrive souvent mais ce n'est pas le sujet).

Je savais donc que j'avais en quelque sorte un pistolet muni d'une seule balle et que je n'avais par conséquent pas intérêt à me planter. J'ai choisi la sécurité et désigné le Zara de la place de Catalogne comme étant ma target du séjour.

On m'avait en effet assuré que tout y était moins cher qu'en France, je voulais vérifier (investigation, curiosité journalistique). Je confirme, tout est pareil – color block et motifs navajo, les deux mamelles de la trendytude 2011 – et moins onéreux.

Etant déjà dotée d'un jean vert pomme et d'un tee-shirt rose tagada, je me suis abstenue de me ruer sur les jupons fushias pourtant repérés ça et là. Il faut dire aussi que je suis courte sur pattes ce qui se marie assez mal avec les longueurs aux chevilles.

J'ai malgré tout tenté une veste orange mais le churros a viré au vert et failli rendre sa tortilla sur les carrot pants imprimés ethniques (oui, vous savez, ces pantalons Johnny Clegg, symbole s'il en fut des 90s ? Et bien oyez oyez, c'est complètement dans le vent depuis deux semaines).

Je m'apprêtais à ressortir du Zara aussi bredouille que Marion Bartoli du cours central quand je l'ai vue.

LA veste à étoiles.

Attendez, pas LA veste. LA veste, c'est la Claudie Pierlot qui à titre totalement personnel me fait fantasmer depuis trois mois. En général, à chaque saison, j'ai UNE fringue qui me fait baver d'envie, pas vous ? Notez que je ne fais jamais dans l'originalité, la veste en question a été matraquée dans tous les magazines depuis le mois de janvier. Il n'empêche que j'ai poussé la tocade jusqu'à aller la regarder pour de vrai au BHV. Plus de 300 euros, la bête.

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No way, vous pensez. D'autant que les étoiles ça va avec à peu près rien.

Quelle n'a donc pas été ma joie de constater que la réputation de copieuse éhontée de la chaine espagnole n'avait une fois de plus pas failli ! Bon, le motif n'est pas tout à fait le même, on est d'accord. Mais on devine l'inspiration.

Surtout, 59 euros, la petite supercherie.

Contre – j'ai vérifié depuis – 79 euros à Paris.

Je l'ai essayée et les étoiles, elles étaient autant sur moi que dans les yeux du churros (ou alors c'était des larmes de désespoir) (la veste était à deux mètres de la sortie et il venait de voir sa tentative d'évasion réduite à néant).

Ce qui a facilité la phase 2 de mon plan shopping en amoureux. Le moment où tu prends ton air le plus misérable pour annoncer que c'est trop ballot, j'ai laissé ma carte bleue à l'hôtel. "Reste à côté et ne la lâche pas, c'est la dernière dans ma taille. Je vais file chercher ma CB, j'en ai pour… une heure ?".

Il ne s'est même pas débattu. Trop content de voir son calvaire se terminer, il m'a arraché ma merveille des mains et s'est précipité aux caisses. A la sortie je lui ai roulé une pelle. Et touché un peu le zizi, aussi (j'étais d'humeur caline).

Edit: Les chaussures sont donc des Minelli et je n'ai jamais été aussi confortable dans une paire de sandales à talons. L'astuce c'est probablement cette semelle de liège, un peu la même matière que les birkenstock, qui fait comme un cocon pour mes pieds pourtant très cons (carrés, retenant l'eau comme le chameau dans le désert et cornés). Le churros, qui déteste les compensées, les a trouvées canons. "Elles font un peu pute, c'est pour ça". Bac + 5, mate le niveau.

Sans blague, j'ai marché dans Barcelone avec et zéro ampoules. dès demain je vais les acheter en kaki et en chocolat, je crois.

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Oui bon, c'est flou.

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on était coordonnés.

Barcelona querida…

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Je suis une obsessionnelle de la météo. 12 jours avant de partir où que ce soit, je commence à regarder frénétiquement les prévisions, croisant mes informations au gré des sites qui bien sûr n’annoncent jamais la même chose. Je privilégie en général les plus optimistes, même si je suis tordue au point de flipper grave si trop de soleil est annoncé à l’avance, j’ai peur que ça nous porte la poisse. Cinglée.

Autant vous dire qu’avec l’Iphone je suis servie, ma névrose ne s’arrête en effet pas du tout au temps qu’il fera là où je pars. A savoir que j’ai programmé dans l’appli meteo france et celle de yahoo tout un tas de villes, dont je regarde tous les jours les températures et risques de précipitations. A priori, je m’en brosse un peu du taux d’humidité à Stockholm. Sauf que non, je peux ainsi vous apprendre que le week-end dernier, c’est là qu’il fallait être. J’avoue aussi que j’éprouve une sorte de jouissance quand la pluie est annoncée à Bastia ou Marseille. Je n’ai jamais prétendu n’être qu’altruisme et bonté, en même temps. En lire plus »

Luxuriant Parc Guell

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Rentrée tard hier de Barcelone avec des centaines de photos plus ou moins réussies à trier tout en écoutant les histoires minuscules mais fondamentales des trois machins ramenés à Paris par mes saints parents. Billet par conséquent très court et illustré de deux trois clichés (après coup, plutôt une dizaine, essentiellement végétales, c’est ma nouvelle orientation bloguesque) du parc Guell.

Il m’avait été recommandé chaudement par une amoureuse de la ville qui se reconnaitra peut-être, friande également de rioja et des premières oeuvres du maitre Pablo P. Un endroit paradisiaque, que ce parc perché sur les hauteurs de Barcelone. Il devait être initialement une sorte de phalanstère, un lotissement utopique à la Corbusier imaginé par le très pieux mais néanmoins déjanté Gaudi. Finalement, seules deux maisons ont été construites, faute d’argent. Tant pis pour les potentiels habitants, tant mieux pour les promeneurs qui peuvent se perdre dans une végétation luxuriante où se cotoient lacivement orangers, palmiers, figuiers de barbarie, ou encore ces fleurs étranges qui se dressent entre les pins sur des tiges immenses et donnent la sensation d’être subitement devenus tous petits. Le parc Guell, c’est aussi cette terrasse bordée de banquettes en mosaïques que repeignent patiemment de jeunes femmes méticuleuses. En lire plus »