Catégorie : La ronde enceinte

Y’a-t-il un anesthésiste dans la salle ? (suite et fin)

Allez, il est temps de finir l'histoire, afin de passer à un autre chapître de ma vie… 

Alors
donc, à 7h du matin, j'étais toujours en train de pleurer ma mère, ma
grand-mère et toute sa génération, pendant que l'homme s'évertuait à
chercher un moyen d'apaiser mes souffrances.

Six heures de travail quasi inefficace, qui dit mieux.

Merci mon périnée.

Quand
tu penses que pour mes premiers enfants, mon col s'est effacé à 4 mois
de grossesse, tu as envie de demander, elle est où la justice de la vie
?

Ben en tous cas, pas dans la salle de travail de la Pitié le 5 août dernier.

Bref, revenons à notre périnée. Sur les coups de 7h30 un jeune homme prépubère de 12 ans et demi est entré dans ma geôle. Je lui ai demandé dans un râle s'il était l'anesthésiste et l'ai averti que dans le cas contraire il pouvait dégager.

"Presque", il m'a répondu. "Je suis celui qui va vous dire si vous pouvez avoir la péridurale". Sérieux, jamais j'aurais pensé qu'obtenir cette satanée piqure dans le dos était autrement plus compliqué que de chopper la queue du mickey à la fête à neuneu.

En même temps j'ai toujours été minable pour décrocher la queue du mickey.

Toujours est-il que le gamin m'a examinée – à ce stade là, faut savoir que ton vagin est plus fréquenté que la grotte de Lascaux en plein mois d'août et que limite t'es étonnée quand on entre dans la salle sans direct t'enfoncer deux doigts histoire de juger de l'état de ton col – et a consenti à me délivrer mon autorisation officielle de péridurale.

Il était donc 7h45.

A 8h15 toujours pas l'ombre d'un anesthésiste.

A 8h30 j'ai commencé à hurler. Et menacé de saccager le matos à 15 000 dollars de la salle de travail.

A 8h40 ma sauveuse est arrivée. Un physique de catcheuse et une amabilité de porte de prison.

Et pourtant, ça a été "love at the first sight". C'est simple, s'il n'y avait pas eu cette histoire d'accouchement, je serais partie direct avec elle à Amsterdam pour l'épouser.

Quand elle m'a piquée, j'ai presque joui.

En fait j'ai joui.

Et quand dix minutes après j'ai senti la contraction arriver pour finalement ne pas me faire mal, j'ai été prise d'un rire démoniaque. Et j'ai décidé que je ne croirais plus qu'en une seule divinité: la péridurale.

Bon, ensuite, ça a continué tout pareil sauf que je n'avais plus mal. Certes, mes jambes étaient en coton et quand la sage-femme m'a demandé de me mettre à quatre pattes pour tenter d'aider la miss à s'engager, j'ai eu la désagréable impression d'être devenue une femme tron.

Certes, ta vessie non plus tu la sens plus, alors forcément, régulièrement, la même sage-femme vient la vider, tout ça en présence de l'homme.

Certes, ma tension a tellement chuté que je me suis demandé si au moment venu j'arriverais à pousser.

M'enfin l'armée de goths invicibles avait pris la fuite et c'était tout ce qui comptait.

Les heures ont passé et mon col a continué, la brave bête, à se dilater.

A son rythme.

Qui n'était pas le bon, tu penses.

A 13h, j'étais à 7 cm.

Et Pimprenelle beaucoup trop haut.

A 13h30, la salle de travail est devenue aussi bondée que la ligne 1 du métro aux heures de pointe.

Et je peux te dire que y'avait du beau linge. Exit les internes de 14 ans, là c'était chefs de service et compagnie.

C'est quand j'ai vu trois obstétriciens et une sage-femme les yeux rivés sur le monitoring dans un silence de mort que je me suis dit que ça sentait le roussi.

Et plus on me disait de ne pas m'inquiéter, plus bizarrement j'étais comme qui dirait tendue.

A 14h00 et après une centaine de touchers vaginaux on m'a annoncé que je plafonnais à 8 centimètres et demi et une infirmière a conseillé à l'homme d'aller manger un morceau histoire de tenir le coup "pour la suite". Là j'ai clairement compris que je ne pousserais probablement jamais.

Bingo, à 14h15 l'obstétricienne en chef m'a expliqué que malgré tous les efforts de chacun et notamment les miens et ceux de pimprenelle, les choses n'avançaient pas. Voire même qu'on était en train de reculer. Rapport que le rythme cardiaque du bébé était un peu trop lent (= beaucoup trop) et que le mien n'était pas plus brillant (= le pouls d'une huitre). Quand à mon utérus, il menaçait de rendre l'âme (= je pissais le sang).

Résultat des courses, il allait falloir passer au plan B.

B comme césarienne.

Que les choses soient claires, jusque là, j'avais géré comme une pro. Bon, au niveau du pont de la douleur j'avais un peu laissé le chantier inachevé, c'est vrai. Mais pas une larme, pas une crise de panique, rien.

Et puis, forcément, une infirmière bien intentionnée n'a rien trouvé de mieux que de prendre ma main et de me dire avec une douceur terrible de ne pas m'inquiéter.

Et là, on va dire que sans le vouloir elle a ouvert les vannes.

Genre avec mes larmes on aurait pu alimenter toutes les usines hydroliques de l'hexagone.

L'homme a pris ma main, il arrêtait pas de dire que ce n'était pas ma faute et que j'avais fait mon possible. Moi dans ma tête je pensais juste que j'avais peur.  

Ensuite, tout a été très vite. On m'a emmenée au bloc à toute vitesse – bien que "y'ait pas d'urgence hein madame" -, une nouvelle anesthésiste est arrivée et m'a balancé un cocktail détonnant qui a endormi mon corps jusqu'aux seins en deux minutes. 

L'homme a été s'habiller en schtroumpf et m'a rejoint alors que le champ opératoire venait d'être tiré. Pendant tout ce temps là qui n'a duré finalement que quelques minutes, je peux me vanter de ne pas avoir cessé de pleurer une seule seconde.

Une vraie combattante.

Et puis j'ai senti une grande secousse. Suivie d'une sensation d'aspiration incroyable.

Et puis un cri.

Un putain de cri.

Et tout de suite après, la sage-femme qui m'avait accompagnée pendant ces 13 heures est arrivée de l'autre côté du champ avec dans les bras mon bébé. Ma Rose. Hirsute et furieuse. Elle l'a approchée de mon visage et les cris ont cessé. Rose a planté ses yeux d'esquimau dans les miens en louchant tellement elle s'appliquait. Puis elle a ouvert grand sa bouche, a attrapé mon nez et commencé à téter.

Depuis, elle ne s'est plus arrêté. Bon, je te rassure, elle a fini par comprendre que le nez ne donnerait rien.  

Edit: La sage-femme en question s'appelait Rozen. Rose en breton. ça ne s'invente pas.

Edit 2: On me demande souvent si je n'ai pas été trop déçue. La réponse est non. J'ai accouché. A ma façon, mais j'ai accouché. 

Edit 3: J'avais mis mon esquimaude en ligne mais comme convenu, je l'ai depuis enlevée, je ne veux pas avoir l'air de l'exposer comme un trophée…

 

 

Y’a-t-il un anesthésiste dans la salle ?

Bon, depuis que je suis rentrée, je me dis. Est-ce que je raconte ?
Comment ? Est-ce que ça peut intéresser qui que ce soit ? Est-ce qu'il
y a une "valeur ajoutée" à tout ça ?

Et puis finalement, la réponse est oui. Ou non. En fait on s'en moque.

Je
vais donc essayer de raconter, à ma façon, sans tomber dans le
médico-légalo-trash, cette nuit du 4 au 5 août 2008. Nuit durant
laquelle ce ne sont pas les privilèges qui furent abolis, mais les
limites de la souffrance et de la joie.

Tu notes comment je suis lyrique, moi, depuis que j'ai mis bas ?

Bref, commençons par le commencement.

Vers une heure du matin, alors que nous venions d'échapper à la césarienne programmée par la grace d'un chef de service estimant que Pimprenelle méritait bien un sursis, j'ai perdu les eaux. Je ne m'étendrai pas sur cette sensation plus qu'étrange de se vider sans pouvoir se maitriser parce que bon, on n'est pas obligés non plus.

Du coup, j'appelle l'homme qui venait à peine de s'endormir, l'avertissant qu'il fallait que séance tenante il grimpe sur son vélib et ramène fissa ses fesses, la miss étant manifestement décidée à pointer son nez dans les minutes qui venaient.

Que je croyais.

Mais là j'anticipe, chaque chose en son temps.

On me descend donc en salle de travail et on m'explique qu'à partir de maintenant on va attendre de voir si mon col veut bien s'ouvrir et ce dans des délais raisonnables. Rapport à mon uterus cicatriciel qui ne pourra supporter une trop longue attente – et moi donc, j'ai envie de dire aujourd'hui. Mais là encore, j'anticipe.

En même temps qu'on m'expliquait ça, les premières contractions se sont fait sentir. Enfin, que je croyais, là encore.

Genre, toutes les dix minutes, mon ventre devenait dur, je disais "ouïe, ça tire un peu" et basta.

Ce qui fait que lorsque l'homme est arrivé, paniqué mais digne, je lui ai confié sans peur aucune du ridicule, que je gérais à mort la souffrance et qu'en fait c'était super simple, il suffisait de faire un pont entre ma douleur et mon corps que j'avais. Et pierre après pierre, on arriverait à la faire naitre, la biquette.

Deux heures après, le pont de la douleur il était à peu près dans le même état que celui de la rivière Kwaï. Et les pierres j'avais surtout envie de les envoyer à la tronche de toute personne m'approchant à moins de deux mètres.

L'homme compris.

Enfin, s'il avait été là.

Parce qu'après avoir compris qu'en fait ça allait durer, il était allé prendre des forces dans ma chambre.

Sur mon lit.

Pendant que je me faisait pulvériser de l'intérieur par une armée de Goths manifestement furieux et prêts à en découdre une bonne fois pour toutes. En ne laissant aucun survivant, ça va sans dire.

A quatre heures du mat' j'étais à 2 cm.

Efficace la nana, comme tu peux le constater.

Et tu sauras qu'à 2 cm ben on te met pas la péridurale.

Faut attendre 3 – 4, figures-toi.

Et moi mon col il était tellement tonique – note que si on m'avait dit un jour qu'un de mes organes serait qualifié de tonique par le corps médical, je l'aurais pas cru – que la dilatation était comme qui dirait très laborieuse.

A 5 heures, j'ai pris mon portable et j'ai réveillé l'homme en l'avertissant que s'il ne descendait pas immédiatement en salle de travail, j'allais le chercher avec les dents s'il fallait.

A 5h30, on m'a proposé d'essayer le ballon, histoire de détendre mon col – l'utilisation du mot détendre m'a fait rigoler ce qui à ce moment là relevait de l'exploit – et comme je considérais que je n'avais plus rien à perdre, je me suis retrouvée à califourchon sur un gros ballon, les bras appuyés sur le lit et le cul en arrière.

A 5h35 j'ai collé une droite à l'homme qui venait de me confier que je l'excitais dans cette position.

A 5h40, l'homme n'était plus du tout excité rapport que je venais de lui vomir dessus, conséquence du balancement lancinant du ballon. Ou de la dernière contraction, plus vicieuse que la précédente.

A 5h45, j'ai demandé un scalpel pour crever le ballon. C'était ça ou l'homme.

A 6h00, j'ai juré devant dieu que je ne boirais plus jamais de calva.

A 6h10, j'ai ajouté que je n'aurais plus de ma vie durant un quelconque rapport sexuel. Encore moins avec un homme qui était allé DORMIR DANS MON LIT pendant que je souffrais le martyre à cause de ses crétins de spermatozoïdes.

A 7h00, quand la sage-femme m'a annoncé triomphalement que d'ici une heure je pourrais probablement avoir la péridurale, j'ai failli lui faire bouffer le suppo de spasfon qu'elle venait de me donner.

A compter de cet instant, j'ai imploré toute personne passant à proximité de la salle de travail, de la femme de ménage à l'infirmier, leur promettant un gros paquet de fric si l'un d'entre eux me dégottait un anesthésiste…

A suivre… 

Edit: ce billet est l'avant-dernier de la rubrique "La ronde enceinte". Ensuite, je tournerai la page… 

Reviendue

Enfin. Enfin à la maison. A cinq. Comme les cinq doigts de la main.
Evidemment, des tonnes de choses à écrire, des billets en tête, des
souvenirs à coucher sur ce blog.

Mais bien sûr aussi, des
milliers d'heures de sommeil perdues, un ventre qui tire encore
beaucoup et une sorte de prothèse humaine greffée à mes seins. Oui, eux.

Alors
pour un post un peu plus long, il va falloir attendre un peu, le temps
que je retrouve mes marques, que je rassemble mes idées et que je sèvre
Pimprenelle.

Rendez-vous donc dans 20 ans.

Au plus tôt.

Naaaaaan, je rigole. Hors de question de n'être plus qu'un garde manger en plus d'un fantasme de John Waters.

Non parce que tout de même, cette photo a été réalisée sans trucage, voyez le genre ? 

Tu notes malgré tout que je n'oublie pas de rester féminine en toute circonstance, appliquant la règle d'or de ma copine Zaz: "toujours porter quelque chose de rose".  

Edit: Je n'ai pas les mots pour vous remercier de cette ferveur dans vos commentaires, de cette veille que vous avez effectuée autour de Rose, l'homme et moi pendant cette nuit si longue et si particulière. Je crois, j'en suis même sûre, que tout ceci nous a portées ma fille et moi, nous a enveloppé d'une douceur bienfaisante. Alors voilà, il y a désormais entre nous ce secret, ce lien indéfectible dont je vous suis redevable à vie. Un merci tout particulier à Denis pour sa prose incroyable.

Edit 2: Merci aussi à Manou, notre ange gardien toute cette semaine, qui a également bien fait vivre ces pages en mon absence.

Edit 3: Je tiens à décliner toute responsabilité concernant les propos tenus ici par un preneur d'otage répondant au sobriquet de l'Homme. Il m'a fallu négocier des heures durant pour reprendre les clés de la maison et lui faire comprendre que non, il n'était pas devenu indispensable à la survie de ce blog moribond.

Edit 4: Je t'aime, l'homme. 

La touffe à zéro


Bon, petit télex pour vous dire que je suis en effet à la lettre vos conseils. Pas tous en même temps je vous rassure quand
même.

Puisqu'on en est à tout se raconter, la nuit fut courte et endiablée et l'homme tient à
remercier la médecine au grand complet qui est je le cite "entièrement
derrière lui dans ce combat contre la montre".

Il est même assez fier de pouvoir annoncer qu'il a
réussi à faire péter le bouchon muqueux, perdu ce matin.

Amis de la poésie bonjour.

J'ai par ailleurs arpenté au pas de charge les rues de mon quartier et je bois du schweppes comme si ma vie en dépendait.

Pour info c'est meilleur avec du gin mais pour faire simple, c'est tout de même dégueulasse.

Voilà,
pas d'acupuncteur sous la main, pas d'huile de ricin non plus ça me
fait un peu peur et l'idée de me vider de mes entrailles ne me tente
pas, merci, pour ça j'ai déjà le fer je te rappelle…

Résultat, malheureusement, toujours pas l'ombre d'une contraction.

Du coup je suis allée me faire faire la boule à zéro au niveau de mon intimité, histoire de décourager toute infirmière psychopathe qui serait tentée de me raser à vif en prévision de la césarienne de lundi.

Ben oui ça sent le vécu, je te le confirme. Et crois moi, avoir ensuite de la barbe qui dépasse du slip pendant les trois mois qui suivent l'accouchement ça n'aide pas à lutter contre le baby-blues.

Donc je suis un vrai bonze de la touffe et je t'avoue que c'est bien étrange. En plus d'avoir été atrocement douloureux ça va sans dire – après ça que personne ne vienne m'expliquer que je n'ai pas enfanté dans la douleur. L'esthéticienne s'est d'ailleurs vantée de pouvoir "la faire descendre" rien qu'en attaquant le sillon inter-fessier. Et franchement, si "ça" ça n'a pas marché, je ne vois pas.

Voilà, ne vous inquiétez pas, je suis plutôt sereine, un peu déçue bien évidemment de la tournure que prennent les événements mais lundi j'ai un rendez-vous d'amour et je crois que c'est la seule chose qui compte.

Je vous tiens évidemment au courant et vous remercie infiniment pour tous ces petits mots déposés ici hier. Ils ont séché mes larmes et m'ont fait retrouver la raison… 

 Enfin, si tant est que d'aller se faire faire un intégral à 41 semaines soit un signe de santé mentale retrouvée.

Croisons les doigts

Bon, alors, les news. J'avoue que je ne suis pas hyper, hyper détendue du périnée là de suite, alors vous me pardonnerez hein.

En
gros, tout va bien. La pimprenelle s'éclate à mort dans sa baignoire,
mon pipi est un nectar de pipi qu'on en boirait. Ou pas. Ma tension est
à peu près la même qu'un coureur de fond et t'y crois ou pas j'ai PERDU
500 grammes cette semaine.

Direct je vais racheter une tablette de chocolat je peux te dire.

D'autant que j'en ai besoin en fait.

Parce qu'il y a un mais…

Forcément hein.

Le mais c'est que le col est à un doigt.

Non, je ne viens pas de dire une obscénité. C'est pour après, les cochonneries.

Un doigt, c'est peu. En gros c'est à peine entre-ouvert.

Et du coup, vu que le terme c'est dimanche et qu'à l'hôpital on rigole pas avec les dates – surtout au mois d'août en période de sous-effectifs si tu veux mon avis – et bien lundi matin, on m'ouvre et on récupère la faignante qui refuse de chercher le chemin de la sortie.

Bon, j'ai l'air de bien le prendre, en fait non.

Je sais, c'est con, je sais, l'essentiel c'est qu'elle aille bien. Mais voilà, tout de suite on passe dans une autre dimension, celle de l'opération, de l'acte chirurgical et patin couffin. Surtout, on ne peut pas dire que j'ai un bon souvenir de ma première césarienne. Non, on peut pas.

Mais c'est comme ça, pas de déclenchement possible pour un utérus cicatriciel (ouais, ça t'en bouche un coin, moi j'ai une moule cicatricielle, ça le fait non ?).

Alors en gros, la miss, elle a un peu moins de 48h pour magner son train et sortir de là par les voies naturelles.

Et pour l'y aider, les tuyaux refilés sous le manteau par la sage-femme sont les suivants: marcher (ça c'est fait), faire l'amour (ça c'est prévu) et… titiller mes bouts de sein.

La dernière consigne est prise TRES TRES TRES au sérieux par qui vous savez.

Je pense d'ailleurs très sincèrement que si ça a réellement un effet je vais accoucher dans les prochaines heures.

Voilà, je te laisse je vais me masser les tétons et me mettre un doigt ou deux.

De coca. Roh, ça va hein. 

 

Poétique et politique

Bon, pas de panique, je ne suis pas là ce matin mais c'est juste parce que j'ai mon "rendez-vous du terme" comme ils disent à l'hôpital. J'imagine qu'on va aller dire bonjour à mon copain le col, voir où il en est au niveau de son ouverture et de son effacement, mesurer mon abdomen, écouter le coeur de pimprenelle et bien évidemment, pisser dans le gobelet, se faire engueuler rapport à la tension ou bien être félicitée c'est selon et monter sur la balance devant plein de filles qui même à 40 semaines sont encore dans une dizaine commençant par six.

Bref, rien que des réjouissances.

M'enfin j'avoue que je suis assez soulagée d'aller vérifier que tout se passe bien là dedans et demander un peu comment que ça se déroule au cas où vraiment la miss aurait décidé que non c'est non et que voilà, elle se trouve très bien là où elle est.

Je vous tiens au courant.

Et en attendant, vraiment, n'hésitez pas à aller voir Wall-e, c'est poétique, c'est politique, c'est romantique et c'est pour tous les âges. Et en plus ça met en rogne les républicains américains. 

Papillons, vagues et chocolat…


Alors hier je te dressais la liste de tout ce que je ne regretterais
pas une fois que ce cheminement merveilleux vers la vie qu'est la
grossesse se terminerait. Soit dit en passant j'avais oublié deux trois
choses au nombre desquelles les crampes nocturnes, le super odorat qui
tue et qui forcément à Paris n'est pas un avantage, les bas de
contention par 30° ou encore la carte de France qui se dessine sur mon
visage à la moindre exposition au soleil, même si cette exposition a
lieu au Parc de Choisy, pas vraiment connu pour sa plage pavillon bleu.

Et ne me cherche pas, je peux trouver d'autres trucs si je veux.

Mais
comme tout n'est pas négatif dans la vie, même celle d'une femme
enceinte, il y a évidemment quelques petits avantages à ce gavage
hormonal.

Voici donc tout ce qui va me manquer dès la fin de l'aventure…

– Acheter des crèmes pour peaux sèches

– Ne plus savoir à quoi ressemble un comédon, un point noir ou un quelque bouton que ce soit prêt à être charcuté.

– Me laver les cheveux une fois par semaine et encore juste pour l'hygiène.

– M'entendre dire que je suis douce comme de la soie (à quand des crèmes de beauté aux hormones de grossesse, je te le demande).

– Me réjouir de n'avoir pris QUE douze kilos en neuf mois.

– Voyager assise dans les transports en commun même si c'est souvent après l'avoir demandé.

– N'avoir presque plus de poils

– Caresser son abdomen après un bon repas et constater que ça attendrit l'assistance. Alors que juste t'es ballonnée.

– Etre en réunion supra-chiante et te retenir de sourire parce que mille papillons virevoltent au dedans de toi.

– Passer des heures à contempler connement ce ventre qui se forme et se déforme à l'infini et tenter de deviner où se trouvent les fesses, les jambes ou la tête de ton petit.

– Trembler avant une échographie et sentir tout ce poids s'envoler dès que le bruit d'un cheval au galop se fait entendre dans la sonde.

– Marcher en tenant le bras de l'homme même si c'est pour aller à la boulangerie et sentir qu'il adore l'idée de devoir te soutenir.

– Manger du chocolat quand je veux parce que si je ne le fais pas maintenant je ne le ferai jamais. Alterner avec des fraises. Me rendre compte qu'après c'est la fête du slip du côté de chez Pimprenelle. 

– Me faire des repas riz-au-lait sans honte et sans reproche. 

– M'endormir bercée par les vagues.

– Me blottir dans le dos de l'homme et le sentir tressaillir sous les coups de sa fille. Me dire que dans ces moments là on la porte tous les deux.

– Etre deux tout le temps, plus jamais seule, si forte et si fragile, lestée par cette autre qui déjà m'échappe et qui pourtant ne vit que parce que moi aussi.

Et puis, et puis, et puis… 

Edit: Le dessin est de 9lunes, je ne m'en lasse pas… 

A vos marques, Birk, partez !


Rigolez, rigolez, je suis toujours là. Ben ouais, la petite a 
manifestement  décidé  de rester jusqu'à sa majorité dans les jupes
de sa mère. Même pas peur.

Alors j'attends, j'attends, j'attends…

Et
toutes les nuits j'ai l'impression que c'est la bonne, rapport à
quelques coups de couteaux sympatoches dans les reins. Et
systématiquement, une fois que l'homme a été dûment réveillé, que les
paquetages des aînés ont été checkés, que les derniers détails de
l'exode nocturne – enfants emmenés à pied chez ma copine zaz qui habite
à côté ou presque, appelage de taxi, rassemblage des dernières analyses
de sang ET de la carte de rhésus sanguin et patin coufin -, oui, une
fois toute la répète du défilé du 14 juillet réalisée, pof, plus rien,
juste une énorme envie de dormir.

Enfin en ce qui me concerne, hein…

Parce que l'homme, lui, doit gérer la redescente d'adrénaline. Adrénaline secrétée à l'instant même où la phrase fatidique est prononcée: "je crois que c'est bon, là, elle arrive". Il a beau dire que non non non, pas de problème, il est zen, vu la façon dont tout son sang semble alors migrer dans ses pieds, je suppute une légère appréhension.

Voilà, donc je suis toujours là, moyennement vaillante, ne voyant plus mes pieds, chiant des épinards à force de bouffer du fer à double dose – chez moi le fer ça donne crampes d'estomac et caca très très mous, amis de la poésie bonjour -, et récemment enceinte des pieds. Merci l'été.

Histoire de me préparer à ce que tout ceci se termine, je me fais des petites listes de tout ce que je ne vais pas regretter lorsque que Pimprenelle se sera décidée (= dans 18 ans, donc).

– Etre en sueur après avoir enfilé ma culotte.

– Avoir le choix le matin entre trois paires de Birkenstock et constater que mes petons ont définitivement pris la formes de ces oeuvres d'art teutons.

– Mettre huit heures à digérer une part de quatre quart.

– Passer plus de temps aux toilettes que dans mon canapé.

– Avoir besoin d'une aide pour sortir de ma chaise longue.

– Voir trente-six chandelles au bout de deux minutes dans une file d'attente.

– Redouter tous les matins d'atteindre les trois chiffres sur la balance.

– Pisser dans un gobelet en plastique et le trimbaler toujours au mauvais endroit à l'hôpital.

– Laver la salade scrupuleusement (donc ne plus en manger depuis neuf mois) et faire carboniser mes steacks.

– Choisir le menu brochettes au japonais pendant que mes enfants s'enfilent des sushis au saumon.

– Avoir besoin d'un chausse pied pour m'extraire de ma baignoire. 

Voilà, demain je ferai la liste de tout ce que je vais regretter et elle sera sûrement longue aussi… 

Rien à déclarer

Today… 

Nothing to declare…

A part ça:

Mais à bien y réfléchir, c'est déjà pas mal !

Voilà, c'était un clin d'oeil pour le week-end, histoire de justifier ma grosse flemme.

Je précise que ce n'est pas mon nombril qu'on voit dépasser mais un de mes doigts. Je suis de celles dont le nombril ne sort pas mais aurait plutôt tendance à devenir un réservoir de plus en plus large au fil des mois.

Charmant, isn't it ? Si, it is.

Les vacanciers, profitez du soleil, de la mer, des montagnes, enfin de tout ce qui fait la joie des vacances. Et puis à celles et ceusses qui ne partent pas, je souhaite malgré tout de belles après-midi de siestes crapuleuses, de pic-nic dans l'herbe, d'odeurs de barbecue, de farniente, niente, niente…

 

Tout est bon dans l’huile d’olive

Alors ça fait déjà une semaine ou presque que je te parle de ce cours de préparation à l'accouchement.

Mais que s'est-il donc passé pendant ces deux-heures qui mérite un tel teasing, te demandes-tu donc ?

Pas grand chose à vrai dire.

Si ce n'est que l'homme a manqué dans un premier temps s'enfuir, puis s'évanouir, puis être massacré par moi même…

Pour ce qui est de la fuite, je peux le comprendre, on est en effet arrivés à la bourre dans une salle pleine d'utérus remplis à ras bord et de périnées bien détendus du gland.

Et pas une seule paire de couilles. Ou alors bien planquées dans les utérus en question mais donc d'aucun secours pour mon gaillard paniqué.

Heureusement, par la suite, deux autres gars se sont pointés. Le premier, Fayçal, un grand brun ténébreux et le second, Walter, hollandais de son état et fervent opposant à la péridurale comme on le verra plus tard.

Le tour de table une fois fait, on est entrés direct dans le vif du sujet avec la première question d'une primipare très renseignée: "Est-il vrai qu'en massant régulièrement son périnée, on prévient les déchirures entre le vagin et l'anus ?".

 Là, tu imagines que l'homme a changé de couleur et a frôlé le malaise vagal. Ensuite je pense qu'il a été légèrement excité rapport que la sage-femme, jeune et jolie, a montré, geste à l'appui et jambes écartées comment en effet prévenir l'épisiotomie en massant délicatement cinq minutes par jour avec une bonne vieille huile d'olive la portion de périnée qui se situe à l'arrière du vagin. En précisant qu'il fallait, pour que ce soit efficace, enfoncer deux doigts dans la vulve et que le mieux c'était encore que ce soit le partenaire qui s'en charge. 

A ce stade là, Fayçal était quant à lui en hyperventilation avançée. 

Depuis, l'homme me poursuit avec sa bouteille d'huile d'olive avec un air lubrique qui paniquerait même Brigitte Lahaie.

Je peux te dire que plus jamais je bouffe une tomate mozarella. 

Après, le portable de mon cher et tendre s'est mis à claironner comme un con en plein exposé sur l'engagement du bébé et cours sur la poussée. Non content de mettre deux heures à le trouver, il n'a rien trouvé de mieux que de décrocher et de sortir précipitamment pour raconter, hilare, à son pote Jef, où il se trouvait. 

Par contre pour ce qui est de s'éloigner de la porte, ça, il a pas eu l'idée.

Ce qui m'a fait vivre deux longues et douloureuses minutes pendant lesquelles on a tous profité des gloussements de celui qui parait-il est le père de mes enfants – mais rien n'est moins sûr quand j'y pense -, sur le mode: "Ouais c'est l'enfer, que des gonzesses en cloque qui racontent des horreurs, là on en est à la poussée, c'est glamour je te dis pas, un conseil, refuse systématiquement d'aller à ce genre de conneries, parce qu'après pour qu'un jour t'arrive à nouveau à bander, t'as du boulot, ah ah ah…".

Ah Ah Ah.

J'ai fini par sortir, pour conseiller amicalement à Jean-Marie Bigard de se barrer avec son téléphone histoire que je ne meure pas d'humiliation.

Je te dis pas la maitrise de moi même dont j'ai eu besoin pour ne pas lui casser la gueule en le traitant de tout un tas de noms pas amicaux pour le coup. Et ça uniquement parce qu'au contraire de lui, je SAVAIS que de l'autre côté de la cloison, c'était comme si on y était.

Voilà. Ensuite, il est revenu et je peux te dire qu'il a plus moufté, d'autant que si les utérus sur pattes avaient pu le tuer d'un seul regard elles l'auraient fait. Terminés les coups d'oeil envieux du début lancés au seul mâle assez courageux pour se pointer. Le masque était tombé. Finalement, le leur ne venait pas, mais au moins elles pouvaient garder leur dignité.

En même temps, le mien, il n'a pas levé la main quand la sage-femme a demandé qui était contre la péridurale.

Au contraire de Walter.

Que j'ai pris en grippe direct, t'imagines.

Genre lui il savait. Que par exemple, le fait de souffrir ça t'aide à accueillir ton enfant. Et aussi que le travail du coup il se fait plus vite. Et patati et patata. A mon avis, Walter, à la moindre carrie il pleure sa mère. Mais nous, on peut accepter d'être écartelées sans anesthésie.

Sa femme aquiescait, fière de son mari si brave. Mais elle a demandé douze fois si elle aurait mal. 

Ben oui ma cocotte. Mais t'auras qu'à te venger sur Walter. A mon avis ça soulage.

Bref, après un débat philosophico-prise de chou sur pour ou contre la péri – perso je n'ai pas d'avis tranché, je ne supporte juste pas qu'on m'explique que si je choisis de ne pas avoir mal je suis d'emblée une mauvaise mère, après chacun fait comme il voudra – on a fini par une séance de relaxation.

Là encore, l'homme s'est distingué en se couchant de tout son long, mobilisant une douzaine d'oreillers alors que Fayçal – en état de choc depuis le dessin au tableau des grandes et petites lèvres qui s'effacent lors de la dilatation – et Walter s'étaient assis discrètement au côté de leur épouse.

"Ben quoi, si tu veux que je me relaxe, faut que je sois bien, non ?", qu'il m'a dit après que je lui ai administré mon regard n°13, celui qui en gros signifie "t'as décidé de me tuer aujourd'hui ? J'ai fait quelque chose de mal, c'est ça ? Quoi qu'il arrive tu peux te brosser pour un quelconque rapport sexuel d'ici les vingt prochaines années". 

Oui, en effet, un regard, ça peut en dire long. T'as pas idée.

Pour finir, il s'est redressé d'un coup au moment où la sage-femme a annoncé qu'on allait faire une promenade dans notre corps histoire de bien sentir toute la souplesse de notre périnée.

Voilà, depuis tout va bien entre nous sauf qu'il y a des mots qu'on ne prononce plus à la maison.

Comme vinaigrette, genre. 

 

 

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