Catégorie : Zermati et moi

Alimentation, thérapie, Zermati, Ze récap

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Depuis la diffusion du documentaire sur les régimes dans lequel je fais une brève apparition, je reçois énormément de mails. Des messages émouvants pour la plupart, de femmes mais aussi d’hommes qui se battent contre les compulsions alimentaires et/ou les kilos. Problème: y répondre m’est difficile. D’une part, ne nous voilons pas la face, parce que le temps me manque. Je suis déjà une vraie tanche en la matière mais là, à raison d’une dizaine par jour, autant vous dire que cela devient difficile, d’autant que je suis en période de bouclage pour deux journaux et que mes journées consistent à enchainer les interviews au téléphone. Hier j’avais des entretiens programmés toutes les heures, à un moment j’ai été tentée de faire pipi tout en prenant des notes mais quelque chose m’a retenu, probablement ma dignité.

Mais ça n’est pas qu’un problème de temps. Les questions qui me sont posées, je ne peux tout bonnement pas y répondre. Je ne suis ni médecin, ni diététicienne, ni psychologue. Je ne peux pas donner de conseils personnalisés, je ne peux pas poser de diagnostic et je ne peux pas non plus donner le numéro de portable du docteur Zermati. Voici donc un billet récapitulant les ressources pouvant vous être utiles et tentant de répondre à vos interrogations.

- Les coordonnées du cabinet de Zermati ainsi que celui d’Apfeldorfer sont sur les pages jaunes. Je ne peux absolument pas vous booker un rendez-vous avec eux ni intercéder en votre faveur pour obtenir un rendez-vous plus vite. Lire la suite »

Régimes, la vérité qui dérange, debrief

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Donc hier le documentaire « Régimes, la vérité qui dérange », a été diffusé sur France 2 dans le cadre de l’émission Infrarouge. Vous dire que j’ai vécu cette exposition – tardive, thank’s god – sereinement serait vous mentir. En réalité, depuis deux jours j’avais comme un noeud au ventre à cette idée. C’est tout moi, je fais les choses et je réfléchis ensuite. Limite j’oublie, d’ailleurs, parce que le tournage a eu lieu fin septembre – début octobre. Ce qui m’a laissé le temps d’enterrer ça bien profond dans ma zone de déni. Sauf que – note pour plus tard – ce qu’on enterre finit toujours par remonter à la surface (je me suis mise à regarder Dexter, j’en apprends beaucoup).

Après avoir visionné le reportage, ouf, pas de drame, déjà, le propos est fidèle à la promesse qui m’en avait été faite, il s’agit d’une dénonciation des effets pervers des régimes. Si le traitement un peu trop « vis ma vie » ne m’a pas emballée sur tous les points, j’ai apprécié l’image léchée et la façon très bienveillante qu’ont eu les réalisateurs de suivre Ingrid et Sandra, deux femmes touchantes. Lire la suite »

Jean-Philippe Zermati: « Comment se « défusionner » de ses pensées négatives »

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Récemment, certaines d’entre vous
m’ont demandé où j’en étais avec la nourriture, ce qu’il me restait des principes
hérités de ma thérapie avec Zermati, etc. Une question à laquelle
il m’est difficile de répondre à vrai dire, tant désormais j’ai la
sensation que tout ceci est devenu assez naturel. Niveau poids, j’ai
du reprendre 2/3 kilos depuis deux ans. Ce qui ne
m’a pas vraiment étonnée, j’étais descendue trop bas pour moi, mon
« set point » est clairement celui auquel je suis
aujourd’hui et il me convient. Ce n’est pas celui d’une top model, ni même
d’une fille « gaulée », mais il me permet de m’habiller
comme je l’entends, de ne pas être essoufflée au moindre escalier
et de me sentir en phase avec moi même.

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Quand Zermati et Apfeldorfer se paient Dukan

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Cela ne vous a sans doute pas échappé mais les docteurs Zermati et Apfeldorfer se paient enfin Dukan. Pas sur un ring, non, mais dans un petit bouquin, « Mensonges, régime Dukan et balivernes », que j'ai personnellement trouvé jubilatoire, tant il parvient à montrer au grand jour la dimension grotesque – et néanmoins terrifiante – du discours du pape de la minceur protéinée.

 Jubilatoire aussi par le style aiguisé et certaines tournures qui je l'avoue m'ont fait ricaner (je suis une ricaneuse en herbe, il faut dire, de celles qui se faisaient chopper systématiquement en cours pour avoir pouffé aux conneries des plus drôles que moi). Tout le mérite en revient aux auteurs, certes, mais finalement aussi à Dukan, dont les propos, repris et décortiqués dans l'essai sont en eux même une vaste blague. Où l'on apprend par exemple qu'une des solutions à nos kilos mais plus globalement à notre mal être réside dans la prise « à vie » de ce qui est « tout simplement une gourmandise » : les fameuses trois cuillères à soupe quotidiennes de son d'avoine. Mais bon son c'est bien sûr.

 Où l'on découvre aussi que Dukan préconise que l'industrie de la beauté « participe à la prise de conscience du rôle dévastateur du surpoids dans l'équation de la beauté, dans l'épaississement des traits du visage, l'expression du regard, etc », qu'il envisage de créer un « mac-du », « sosie du big mac » avec à l'intérieur… des galettes de son, what else…  Sans parler de « sa future école internationale de cuisine de lutte contre le surpoids », ou d'une « Académie française de cuisine anti-surpoids ». Fais péter le son, one more time…

 Je pourrais vous en parler longuement tant certains passages m'ont également touchée – le livre est drôle par son ironie mais n'en oublie pas d'être sérieux – alors même que je suis désormais familiarisée avec les théories des deux auteurs. 

 Touchée parce qu'il apparaît assez rapidement qu'au delà des délires cosmiques et impérialistes de Dukan, ce qui fait le socle de sa méthode réside dans la stigmatisation de celui qu'il appelle lui même « le gros ». Je n'avais jamais lu ses écrits et si je me doutais qu'il franchissait souvent la ligne rouge, je ne pensais pas qu'il jouait aussi cruellement avec ce qui fait justement l'essence du « gros » : sa mésestime de lui. Dans leur ouvrage, Jean-Philippe Zermati et Gérard Apfeldorfer s'emploient à démontrer cela mais aussi à réhabiliter l'honneur des personnes en surpoids.

 Je pourrais vous en parler longuement, donc, mais j'ai préféré demander au docteur Zermati de répondre à quelques questions, donc après ce long préambule, voici ses réponses.

 

  • Pourquoi ce livre maintenant, pourquoi avoir décidé de le consacrer à Dukan ?

 

Le nombre de patients complètement détruits par la méthode Dukan, que nous recevons tous les jours avec Gérard Apfeldorfer nous a fait réagir. On ne parle plus aujourd'hui d'un épiphénomène, mais de millions d'adeptes, comme il le revendique lui même. Tous ces naufragés nous ont bouleversés, nous ne pouvions plus nous taire.

 

  • Vous avez alors décidé de vous plonger dans son oeuvre, pour comprendre le phénomène ?

 Exactement. Il s'avère qu'en réalité, je n'avais jamais lu ses écrits. Je connaissais sa méthode, je l'avais déjà entendu sur les plateaux de télévision, mais je ne m'étais jamais immergé dans ses livres. Et là, ce que nous avons découvert nous a stupéfiés. Plus que ses préceptes pour maigrir, c'est sa philosophie qui est terrifiante. Cet homme ne se contente pas de vouloir nous faire perdre du gras, il veut en toute modestie sauver la France, pour ensuite partir à la conquête de la planète. Partant du principe que les « gros » le sont parce qu'ils réagissent à leurs émotions en mangeant – un constat que nous partageons -, que propose-t-il ? Rien de moins que d'éradiquer le malheur. On est dans le délire le plus complet, dans une aspiration à une société lisse et « purifiée », sans émotion et peuplée de gens beaux et heureux parce que minces. Une philosophie qui évoque celle d'un gourou, voire des heures plus sombres de l'histoire…

 

  • Qu'est-ce qui est selon vous le plus dangereux dans le régime Dukan ?

 Le véritable danger réside dans la destruction à long terme des sensations alimentaires avec à la clé des troubles du comportement alimentaire difficiles à soigner. Par dessus tout, par sa stigmatisation constante des personnes en surpoids, qu'il décrit comme étant « déshumanisées », Dukan finit par anéantir toute estime d'eux mêmes. Il a très bien compris que la principale angoisse de ses patients est d'être rejetés. Il joue sur ce sentiment de désamour et d'exclusion, en leur promettant de les rendre beaux et donc à nouveau aimables. Et dans un premier temps, il les fait en effet maigrir. Tout en les prévenant que s'ils ne suivent pas à la lettre ses préceptes, ils reprendront du poids. 

  •    Et que ça sera entièrement de leur faute…

 Bien évidemment ! C'est le fondement même de sa théorie et des régimes en général. Le patient maigrit ? C'est grâce au médecin. Il reprend ses kilos ? C'est parce qu'il n'est qu'un minable sans volonté. C'est magique et merveilleux parce que ça marche à tous les coups. 

 

  • Avez vous bon espoir d'être entendus et que cessent enfin ces pratiques ?

 Je crois qu'il y a vraiment actuellement une prise de conscience des acteurs de la santé de l'inefficacité des régimes. Le rapport de l'ANSES sorti en 2010 dénonçant justement l'iniquité des régimes a été un véritable déclencheur, même s'il n'était pas une révélation pour nous qui travaillons depuis 15 ans sur des méthodes alternatives. Mais là encore il y a des malentendus. Beaucoup ont voulu voir dans ce rapport une sorte de comparaison entre bons et mauvais régimes. Or ce que le rapport met en question, c’est le concept même de régimes. Certes nous savons faire la différence entre les délires de purification mondiale de Dukan et la méthode bien plus light de Weight Watchers par exemple, mais il est faux de penser que Weight Watcher n'est pas un régime.

Nous esquissons dans notre ouvrage quelques pistes qui sont le fondement de notre méthode : l'écoute de soi, le respect des sensations alimentaires et le travail sur les émotions. Il y a des solutions. Mais elles impliquent que l'on accepte ce postulat de départ : tout le monde a un poids d'équilibre et ce poids d'équilibre n'est pas modifiable. L'objectif de nos thérapies est de parvenir à retrouver ce « set point », pas d'afficher une perte de poids spectaculaire, même si cela arrive parfois, lorsque le patient est justement bien au dessus de son poids d'équilibre.

Edit: Les docteurs Zermati et Apfeldorfer viennent de mettre en ligne une pétition contre les régimes. Je vous invite à la signer si vous adhérez à cette position. Vous pouvez aussi laisser votre témoignage sur le site. Par ailleurs, vous pouvez retrouver ces deux médecins sur Linecoaching. On y trouve des articles super intéressants, à commencer par celui-ci. (c'est également un portail proposant un suivi en ligne, payant).

Zermati, ça marche aussi en vacances (surtout, même)

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Dans un récent billet particulièrement larmoyant et rempli d'auto-apitoiement, je faisais la liste de mes maux de pré-rentrée. J'y confiais notamment ma légère angoisse d'avoir quelque peu porté le "lâcher prise" jusqu'à son paroxysme et d'en éprouver du coup les limites. En termes plus simples, je redoutais le moment de la pesée du retour, convaincue d'avoir pris un peu de partout, voire beaucoup.

Du coup, certaines d'entre vous m'avaient justement interrogée dans les commentaires sur ça, sur la difficulté de faire la part des choses entre le lâcher prise recommandé par Zermati et le grand n'importe quoi du barbecue en vacances.

Je n'ai pas toutes les réponses, mais je peux vous parler néanmoins de la façon dont je gère désormais depuis trois ans les périodes où je ne suis pas dans mon rythme quotidien. Avec en préambule cette précision: je n'ai en réalité pas pris un gramme pendant les vacances, j'imagine que cette impression d'avoir gonflé était à 50% psy et à 50% hormonale. Ou l'inverse.

Bref, en vacances ou en we chez des copains par exemple, je tente de me rappeler les échanges que j'ai eu à ce sujet avec le docteur Zermati. Lequel me recommandait en premier lieu de me faire confiance. Ça n'a l'air de rien mais quand on a été complètement dépossédé de son instinct et de son bon sens par des années de régimes à la con, se faire confiance c'est en soi un gigantesque défi.

Faire confiance, donc, à sa faim, à sa sensation de satiété mais surtout dans ce cas à la RÉGULATION. Ce mécanisme naturel qui va faire qu'après deux ou trois repas copieux et dépassant donc de loin le fameux seuil de satiété, le corps va spontanément vouloir mettre la pédale douce. Pour cela, il faut bannir la culpabilité et l'angoisse d'avoir grossi et c'est certainement le plus difficile, conditionnés que nous sommes à regretter le moindre écart.

Alors que les écarts, comme me l'a également souvent répété monsieur Z., sont la preuve d'une certaine manière de notre équilibre. Personne ne parvient à respecter jour après jour la même façon de s'alimenter, les quantités parfaites aux heures dues. Et même, ceux qui y parviennent sont peut-être encore plus névrosés que les compulsifs du Pringles que nous sommes. (que je suis en tous cas).

Bref, forte de ces conseils, je me suis attachée à les garder en tête et ne me suis privée de rien durant les vacances (ceci dit je ne me prive de rien non plus pendant le reste de l'année). Ce qui ne signifie pas non plus que je me suis gavée. Mais j'ai mangé du clafoutis un jour sur deux, du gâteau chocolat/chataignes ou des pizzas mortelles de notre resto fétiche. Le reste du temps, c'était ratatouille maison (environ 234 ratatouilles ont été cuisinées durant ces vacances, mes enfants sont d'ailleurs sur le point je pense de m'assassiner avec une courgette si j'en refais d'ici juin prochain), taboulé maison ou salade de tomates. 

A l'arrivée, donc, un poids quasi identique (à 500 grammes près mais les 500 grammes étant même en moins) à celui que je faisais en partant.

J'en déduis donc que c'est possible, ce n'est pas un scoop mais je crois que c'était le premier été où j'étais vraiment en mode "instinctive", sans restriction ou presque (il est long le chemin, hein…).

Ce que je note aussi c'est que ces vacances encore plus que les précédentes et d'une manière générale cela vaut pour le reste de l'année, goûters des enfants mis à part, je n'ai acheté que très très peu de "produits manufacturés". Je me tourne de plus en plus en effet et ce sans efforts vers les matières "premières" que je cuisine, même de manière ultra basique. J'entends par là que je n'achète plus jamais de trucs comme des croque monsieur tout faits, des lasagnes surgelées, des hachis parmentier sous vide ou des yahourts type Danettes ou La laitière (qui n'ont de yahourt que le nom).

Ma mère me faisait la réflexion que tout de même en vacances je faisais pas mal de gâteaux. Ce qui est vrai et qui l'est aussi hors vacances, j'adore faire de la patisserie, c'est mon truc à moi quand je suis en panne d'inspiration ou que sais-je, la cuisine me vide la tête. Mais, lui ai-je répondu, du coup les enfants ne mangent presque plus de patisserie industrielle ou de pseudo laitages blindés de sucre et de gras. Au final je crois que c'est mieux.

Qu'on se rassure, je ne suis pas en train de devenir une intégriste du bio ou une locavore acharnée. Mais je crois que tout ça fait partie d'une démarche globale, que se faire confiance c'est écouter ses envies et que le corps réclame rarement un Savanne ou des twix, surtout s'il sait qu'il aura bien mieux à la place.

Voilà le fruit de mes réflexions, j'ajouterai un bemol à tout ça: je continue à manger du chocolat bien industriel et au lait et je pourrais tuer celui qui termine ma tablette de Nestlé amandes/nougatine.

Edit: Je crois que l'un des grands malentendus s'agissant du "zermatisme", c'est que certains traduisent un peu vite le "se faire confiance" et "manger à sa faim" par "si on mange avec plaisir, ça ne fait pas grossir". Ce qui est évidemment faux. La notion de plaisir est importante. Mais quand on mange compulsivement, il y a du plaisir et ça fait grossir. Bref, Zermati ne conseille jamais de se baffrer, que les choses soient bien claires !

Edit: la photo c'est parce qu'au départ je m'étais dit que j'allais faire un billet sur ma jupe en jean, mon basique de l'été, mise à toutes les sauces et portées encore rien que ce matin. Et puis en la regardant de près, je me suis dit qu'elle avait justement été prise ce jour où je me sentais serrée et qu'en effet ça se voyait un peu. Et une pensée en entrainant une autre… Qui sait, peut-être demain… 

Un esprit sain dans un corps sain ?

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Je ne sais pas comment c'est arrivé, mais j'ai lâché. Pas le poids ni la peur de regrossir un jour, sur ce point je crains d'avoir encore du chemin à parcourir. Mais tout le reste. Les bourrelets sur le ventre quand je suis en deux pièces sur la plage, l'idée de mes fesses en gelly que je ne vois pas mais les autres si ou mes seins qui semblent vouloir faire un chateau de sable quand je fais du topless.

Du topless d'ailleurs, je ne fais que ça ici, dans cet endroit où ne viennent à côté de ma serviette que des habitués qui se foutent bien de savoir si mon bonnet D s'est effondré et depuis quand. ça n'est pas la première fois, mais en revanche c'est assez inédit qu'en fin de journée, avec ma voisine devenue au fil des ans une bonne copine, je fasse des abdos fessiers en culotte pour le plus grand bonheur des passants. Je crois que si l'on m'avait dit que j'accepterais de faire le chien qui pisse les seins à l'air dans un lieu tout de même public, j'aurais explosé de mon rire gras dont la réputation n'est plus à faire.

Vous allez me dire que quand on s'en fout de tout ça, on ne fait pas des abdos fessiers au lieu de bouffer une glace. Et bien c'est justement ça la perversité du truc, j'imagine. De la même façon que le mec vient à la fille célibataire quand elle ne l'attend plus (ou l'inverse), peut-être que l'exercice, lui, s'impose à la feignasse le jour où elle n'en espère pas plus que le bien être qu'il procure après coup.

Attention, je parle ici de 15 minutes à tout péter par jour qui en outre ne sont absolument pas suivies de courbatures, ce qui selon le churros n'est pas hyper bon signe. En même temps, comme il m'a dit avec sa légendaire sagesse: "pour faire des abdos, il faut déjà en avoir, c'est comme ça, on ne prête qu'aux riches et ça ne vaut pas que pour les banques" (je me demande si l'amour ne dure pas quinze ans). Pourtant, qu'est-ce qu'on peut jurer notre race quand on les fait, je ne vous dis pas, c'est toutes nos aïeules qui se retrouvent au rang de filles de joie. 

Mais bon, voilà, le propos n'était pas de vous annoncer que je comptais prendre la succession de Véronique ou Davina ou que j'allais très prochainement vous donner mes petits trucs sur les meilleures salles de fitness new-yorkaises. Non parce que je me connais assez tout de même pour savoir que cette tocade n'aura qu'un temps et qu'arrivée à Paris j'oublierai jusqu'à l'existence de mes fessiers (eux même m'ayant de toutes façons toujours superbement ignorée, ils ne s'en trouveront surement pas affectés).

Le propos, c'était donc que j'avais lâché du lest, que ce corps lesté de deux grossesses et n'ayant jamais fait de sport que par très courtes intermitences n'était plus pour moi cet été l'objet d'une honte frustrante, m'obligeant à trouver jour après jour une nouvelle façon de passer directement de la position debout à couchée sur le dos.

Je crois que c'est la maturité, le fait, sans conteste, d'avoir malgré tout minci (mais comme en témoigne cette photo prise par violette lorsque nous étions au Grau du roi, on est loin d'une ligne irréprochable) (là je n'étais pas topless, il ne faut peut-être pas m'en demander trop, j'étais alors probablement la seule personne de toute la plage à posséder un maillot de bain taille 42) et peut-être aussi de vivre quasiment à poil depuis trois semaines. Je crois que dans les thérapies d'acceptation de soi, il faudrait passer par là, par des moments où on ne se cache plus de soi. A force de croiser mon reflet dans la maison ainsi, j'ai fini par l'aimer un peu, peut-être. L'aimer, ou, même mieux, m'en détacher. Sans vouloir en faire des tonnes (c'est pas mon genre en plus), c'est comme si soudain je venais de me débarrasser d'un énorme boulet. Et si c'est ça aussi vieillir, alors ok, je prends.

Voilà, à part ça on entame notre dernière semaine ici et je me doute que je ne vais faire pleurer personne sur mon sort mais mon coeur saigne déjà.

Bon week-end.

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Chocolat noir versus chocolat au lait: de la connerie du diététiquement correct

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Il y avait cette jeune femme au supermarché, au rayon chocolat. Elle était avec sa fille, quatre ou cinq ans je dirais. Alors que je cherchais l'objet de ma dernière addiction en date – lait amandes et nougatine de Nestlé, I DIE -, son choix s'est porté sur deux tablettes de côte d'or noir. Tout en louchant ostensiblement sur celles au lait, tripotant l'une et la remettant à sa place.

"Maman, j'aime pas le chocolat noir, pourquoi t'achètes tout le temps du chocolat noir ?", lui a fait alors remarquer la petite. "Parce que c'est ce qu'il faut manger", lui a répondu sa mère, sans la moindre hésitation. Et d'égrener toute la liste d'arguments diététiquement corrects, sur pourquoi le chocolat noir "donne des muscles", "fait une belle silhouette" (on sentait qu'elle voulait éviter de prononcer le mot en G, surtout ne pas dire que le chocolat au lait fait grossir, mais tout faire pour l'expliquer quand même).

C'est simple, on aurait dit moi il y a trois ans.

La mère tiraillée entre ses propres goûts qui la portaient manifestement vers d'autres types de sucreries que celles mises dans son caddie et sa préoccupation number one: ne pas être la maman d'une grosse petite fille.

Laquelle, soit dit en passant ne présentait aucun signe avant coureur d'obésité.

Je me suis mordue la langue pour ne pas intervenir (non seulement je ne veux pas devenir l'une de ces dames embarrassantes dans les supermarchés qui s'adressent à tout le monde mais il se trouve que je prendrais sûrement assez mal qu'une inconnue – même blogueuse influente – vienne m'expliquer comment nourrir mes enfants). Je suis parvenue, donc, à ne pas mettre mon grain de sel dans la conversation qui durait, entre cette maman qui tentait de convaincre sa fille "qu'à force d'en manger elle apprécierait le chocolat noir" et une gamine finissant par lâcher dans un sanglot qu'elle n'aimait aucun des goûters que lui préparait sa maman tous les matins, "parce que y'a que des choses tristes dedans". De fait, le reste du chariot regorgeait de tous ces biscuits au son bio et autres compotes sans sucres ajoutés qui s'ils ne sont pas bons ont le mérite de rassurer les parents: on ne pourra pas leur reprocher d'avoir gavé leurs gosses.

Si je ne m'étais pas censurée, j'aurais dit à cette jeune femme que chocolat au lait, blanc et noir ont exactement la même teneur en calories. Que personne n'a démontré que le noir "fait des muscles" pendant que celui au lait donne de la cellulite. Que mieux vaut très certainement deux carrés d'un chocolat au lait apprécié qu'une barre entière d'un autre mangée sans plaisir. Que quand on y pense, c'est tout de même bizarre d'en arriver à dire qu'il "faut manger" du chocolat, fusse-t-il noir.

Qu'il y avait de fortes chances que sa fille, frustrée par cet interdit, mendie à l'heure du goûter des kinder pingui ou autres saloperies très dangereuses pour les muscles et ne les en apprécie que plus, vu qu'à la maison toute production Ferrero est considérée comme un dérivé de drogue dure.

Qu'on ne se méprenne pas, il n'y a aucun jugement de ma part dans cette histoire, je n'ai pas la clé de ce que les mères doivent faire pour éduquer leurs enfants et encore moins sur ce point très précis de l'alimentation. Je ne suis pas non plus en train de dire que les gens qui mangent du chocolat noir sont tous de gros frustrés du nutella. Personnellement je préfère le lait mais ma fille ainée ne jure que par le 70% de cacao. Mais autant je trouve ça bien de faire goûter d'un peu de tout aux enfants, autant je suis convaincue que ce n'est pas en décidant à leur place de ce qui est bon pour eux – même s'ils trouvent ça dégueu – qu'on va les inciter à aimer ça.

Personne n'a envie d'avoir des enfants "trop" gros. Mais il serait bon parfois de se demander réellement pourquoi on veut tant qu'ils soient filiformes. Si ce n'est pour réparer une blessure narcissique quelle qu'elle soit (il ne faut pas croire il n'y a pas que les femmes étant ou ayant été rondes qui vivent dans la terreur que leurs enfants soient gros, la blessure narcissique peut être d'ordre physique mais pas que). J'essaie, tous les jours, de lutter contre cette tentation de faire de mes enfants un prolongement de moi même. De ne pas leur faire porter le poids de mes échecs en tel ou tel domaine et de leur faire comprendre que quel que soit leur tour de taille futur, je les aimerai pareil.

Vous savez quoi ? Je n'y arrive pas tous les jours.

Tu as maigri ?

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Il y a le "tu as maigri ?" pour faire plaisir. Le "tu as maigri?" soupçonneux, presque inquisiteur, qui sous-entend "tu t'affames". Il y a le "tu as maigri" surpris qui pourrait vous laisser penser qu'avant vous étiez un gros tas. 

Il y a le "tu as maigri" hypocrite, qu'on prononce alors même qu'il est évident que c'est le contraire qui est arrivé. Le "tu as maigri" contrarié, parce que soudain vous avez changé de camp.

Il y a le "tu as maigri" inquiet, qui signifie "est-ce que ça va ?". Il y a le "tu as maigri" qui semble vouloir dire "tu es belle", et celui qui est suivi d'un avertissement "arrête-toi là".

Dix-mille façons de le dire et autant de le recevoir. 

Je continue, j'avoue, d'être surprise par la récurrence de ces mots me concernant alors même que je ne perds plus de poids depuis plus d'un an maintenant. Encore récemment, ce repas avec quelques anciens collègues et ces exclamations: "on te reconnait à peine, tu as fait quoi, Dukan ?". Lorsque je les ai quittés en février dernier, je pesais deux kilos de moins qu'aujourd'hui. Bien sûr, il y a cette distance qui fait qu'on ne se souvient pas, il y a aussi cette évidence, durant mes huit ans là bas, j'étais, dernière année mise à part, très enveloppée. C'est cette image qui reste, persistance rétinienne. Je crois que dans dix ans, on me la renverra encore. Celle qui a maigri.

Je ne saurais vraiment dire si cela me plait ou non, probablement un peu, je crois que ça dépend de l'intention que je perçois. Lorsque ces mots sont tellement appuyés que je peux entendre à quel point j'étais, "avant", énorme, j'ai un peu mal pour celle que j'étais, j'ai presque l'impression de la/me trahir en acquiescant avec un sourire. Mais d'une manière générale, je ne boude pas mon plaisir. Tout en étant, je le constate, beaucoup moins avide de cette "reconnaissance".

Toutes celles qui ont fait des régimes et perdu du poids ont j'en suis sûre connu cette ivresse d'avant soirée, lorsqu'on sait que l'amaigrissement sera applaudi. J'imagine que cette excitation répond à un besoin inextinguible de consolation de ce passé de grosse. Je crois qu'il n'y a pas d'âge pour éprouver ce sentiment de victoire. Pourtant, au fil de mes conversations avec le docteur Zermati et surtout, depuis un an, au fil de mes réflexions personnelles je suis convaincue que c'est cette attente vaine d'approbation et d'admiration qui suscite la peur de grossir à nouveau. D'autant que passées les deux ou trois premières minutes où l'on peut éventuellement faire sensation (ou en avoir l'illusion), ces gens que l'on veut impressionner n'en ont finalement pas grand chose à faire et c'est tant mieux.

Cesser de chercher dans le regard des autres cette estime de soi qu'il ne pourront nous donner, c'est à mon sens la clé. Pas évident, mais qui a dit que c'était facile ?

Edit: j'adore ces photos prises avec un certain degré d'alcoolémie samedi soir lors de l'anniversaire de ma chère C. Fanny avait acheté un rouge à lèvres YSL "laque" qui une fois appliqué semble se figer et tient toute la soirée. Enfin surtout sur Fanny ou Zaz parce que moi y'a pas, je le mange, laqué ou pas. Mais il est tout de même plutôt pas mal. 

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 Elles sont pas belles ces bouches en cul de babouin ?

Lettre à monsieur Dukan d’une fille qui tirait sur ses pulls

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J'avais prévu d'écrire une lettre ouverte à ce monsieur Dukan qui a réussi à se faire une pub d'enfer à pas cher en glissant une proposition bidon et dangereuse dans son livre à paraître. D'aucuns dénonceront l'instinct grégaire des médias qui ne mettent pas cinq minutes à se jeter comme la misère sur le bas clergé sur la première ineptie proférée par un homme dont on ne sait même pas vraiment d'où il tient son titre ronflant de nutritionniste. En même temps, difficile de se taire devant tant de bêtise et le panneau, je tombe dedans aussi, évidemment. Mais comme je ne souhaite même pas m'abaisser à expliquer pourquoi je trouve consternante cette proposition de donner des points supplémentaires au bac aux jeunes qui correspondraient aux canons de l'IMC politiquement correct, je vais plutôt vous raconter une histoire.

(un peu longue, je préviens ceux qui seraient pressés, ne cliquez pas sur lire la suite)

Celle d'une petite fille qui aux alentours de 13 ans s'est mise à grossir. Elle n'avait jamais été très mince, mais les hormones aidant et tout un autre tas de facteurs qu'elle a fini par identifier des années plus tard, les kilos se sont envolés à un âge où la dernière chose qu'on souhaite est de se faire appeler la grosse. A l'occasion d'une visite chez son pédiatre, ce dernier, très à cheval sur ces choses là – un précurseur probablement – l'a vertement sermonnée. Ça n'était pas possible, il fallait absolument prendre les choses en main, arrêter de manger autant, enfin madame, surveillez-la, et vous jeune fille, un peu de VOLONTE que diable.

En sortant, elle a pleuré, elle s'en souvient. Et le soir même, elle s'est mise à jeuner, appliquant à la lettre le régime qui à l'époque faisait rage et qui tenait son nom d'un chef cuisinier, monsieur Oliver. Avec le recul, elle aurait du se méfier. Il n'empêche qu'à force de manger scrupuleusement du fromage blanc sous l'oeil légèrement inquiet de sa maman, elle a commencé à maigrir. Beaucoup et vite. A 13 ans, il ne faut pas bien longtemps pour fondre. Problème: elle était fatiguée. Très. Tellement fatiguée qu'elle a été prise de vertiges en classe. Le pédiatre, en la voyant arriver amaigrie et chancelante, l'a à nouveau engueulée. On ne s'était pas compris, lui a-t-il expliqué, moins manger ne signifiait pas faire la grève de la faim, et puis ce régime était idiot, il fallait juste faire un peu attention. Comment, pourquoi, ça il préférait qu'elle le trouve toute seule, hein. Mais ça tenait en un mot la fameuse VOLONTÉ. En attendant, c'en était fini de ces imprudences, à la poubelle monsieur Oliver.

Sauf que c'était trop tard. Le ver avait été mis dans le fruit. La petite fille, avec la bénédiction pensait-elle de son censeur, s'est jetée sur tous les gâteaux dont elle s'était privée les semaines passées. Et même un peu plus, au cas où. C'est ce au cas où probablement dont elle n'a par la suite jamais su se débarrasser. Au cas où un autre médecin lui intimerait l'ordre de maigrir à nouveau, au cas où y'aurait la guerre, au cas où elle soit prise à nouveau de vertiges.

Au fil des ans, la petite fille a grandi, beaucoup grossi, parfois maigri. Elle ne s'est bien sûr pas arrêtée à ce premier régime, les enchainant avec enthousiasme et espoirs insensés. Certaines diètes ont marché, d'autres moins. Une année, alors qu'elle terminait ses études, elle a carrément arrêté de manger ou presque. Moins vingt kilos et l'impression étrange et euphorisante qu'elle allait disparaitre. Dix mois plus tard, elle en avait repris 25 et ainsi de suite. Dans les années 90, elle a découvert les sachets protéinés. Ahhh, les sachets. Ces pancakes en poudre au goût métallique, ces "pudding" à la vanille platreux et laxatifs. Et la phase de sta-bi-li-sa-tion. Qui ressemblait à s'y méprendre au régime Dukan, avec viande et protéines animales à tous les étages et gros contrôle sur les légumes sucrés type carottes et haricots verts. Le mal, les carottes. A nouveau, jackpot, moins 15 kilos. Et l'apparition de l'obsession. Du poids, des hanches qui saillent, de l'en-cas protéiné qu'on mangera dans deux heures, putain c'est long deux heures. Et non, je ne veux pas aller bouffer chez truc, elle va encore faire des lasagnes, tu sais bien que je déteste ça. Enfin, j'adore ça, mais ça revient au même, on se comprend. Oui, je fume deux paquets par jour, mais essaie, toi, de ne bouffer qu'un quart de pomme en dessert et dis-moi ce que ça te fait. Je suis heureuse, je mets du 38, mais je ne pense plus qu'à ça et j'ai l'haleine qui pue l'acétone à 20 kilomètres. Je suis géniale en même temps, non mais tu en connais des qui ont une volonté pareille ? Je suis une merde, oui, j'ai craqué, j'ai mangé une carotte. J'en pouvais plus des poivrons. Je ne suis pas folle tu sais ? Tu m'aimes encore ? Comment fais-tu ? Non je ne tire pas sur mon pull. C'est sur mon ventre, que je tire, en réalité, mais il est toujours là, ce con.

Et puis cette impression impossible à chasser que de toutes façons, il y aurait toujours des kilos à perdre, encore plus, encore mieux. Et les contrôles de ce médecin, pignon sur rue place de la Madeleine, des consultations à 120 euros pour monter sur la balance, prendre vaguement une tension et soupirer qu'elle aurait déjà du passer sous les 55, là. Tout juste s'il a cillé quand elle lui a annoncé son envie de faire un enfant.

Une envie qui lui a probablement sauvé, sinon la vie, au moins son couple et sa raison, réalise-t-elle aujourd'hui. Parce que dans ce corps qui ne lui semblait pourtant pouvoir accueillir personne tant elle s'était mise à le haïr année après année, deux bébés ont décidé un jour d'automne de s'installer et de grandir. Des bébés qui avaient besoin, lui assura sa gynéco merveilleuse, de carottes, de haricots verts, mais aussi de riz au lait, de chocolat et de tout aliment dont elle avait envie. Et l'envie, elle n'avait que ça. Tant et si bien qu'elle n'a jamais su combien de kilos elle avait amassés durant ces sept mois de grossesse. Elle s'est arrêtée de compter à 30. 

Après ça, la petite fille devenue maman n'a plus jamais cédé aux sirènes des sachets ou autres régimes vantés dans les magazines. Elle a malgré tout erré longtemps encore de nutritionnistes en nutritionnistes, espérant tomber un jour sur celui qui trouverait les mots et lui expliquerait comment en finir avec tout ça. Maigrir, elle n'y croyait plus vraiment, arrêter de grossir déjà serait bien. Mais hors de question de recommencer à se priver, hors de question de peser les aliments ou d'accepter ne serait-ce qu'une fois qu'une bonne femme hystérique mesure ses cuisses semaine après semaine pour voir si elles étaient ou non "gorgées de flotte". Ne plus jamais entendre qu'à Auschwitz il n'y avait pas de gros. 

Un beau jour, à l'aube de ses 40 ans, elle a fini par toquer à la porte de celui qui non seulement ne la pèserait jamais, ne lui promettrait jamais une quelconque perte et ne lui interdirait plus rien, mais qui, cerise sur le gâteau, parviendrait à lui faire perdre plus de poids que tous les régimes déjà essayés. En lui parlant de la faim, des émotions, de la satiété, de la nécessité d'être pleinement consciente de ce qu'elle mange, quand elle le mange. Deux ans plus tard, elle vient de passer une semaine entre amis à manger un peu plus que de raison. Prétendre qu'elle ne s'est pas dit deux ou trois fois qu'elle allait le payer cher serait mentir. Dire qu'elle n'a pas peur que tout ça recommence, que les kilos reviennent pendant la nuit serait là encore malhonnête. Mais jour après jour, mois après mois, elle se surprend à y croire. Peut-être est-elle sortie de ce cercle infernal. Peut-être n'aura-t-elle plus jamais à passer par là. 

Voilà, monsieur Dukan. Vous et vos disciples, vous et vos préceptes ineptes avez failli me faire basculer de l'autre côté. Celui dont on ne revient jamais parce qu'un jour le corps ne peut plus faire machine arrière. Parce que j'ai cru, très jeune, qu'être mince était l'alpha et l'omega du bonheur. Parce que croyant à vos chimères, j'ai fini par m'oublier. Tenter de corréler sveltesse et réussite au bac est la dernière étape d'un long travail de sape entrepris depuis des années consistant à faire penser que les gros ne sont que des larves sans volonté, indignes de notre société si performante. Et ce faisant, on fabrique, jour après jour, de plus en plus d'obèses, tellement angoissés à l'idée d'incarner justement ces valeurs contraires à la croissance qu'ils n'en finissent plus de manger pour se réconforter.

Je suis convaincue qu'il suffirait déjà de ne plus cultiver ce dégout des capitons pour que l'obésité cède du terrain. Mais ça ne fait pas vendre, cette théorie. C'est compliqué, un peu tiré par les cheveux, presque louche. Pourtant, ce que j'ai retenu du docteur Zermati, celui par qui l'équilibre, non pas alimentaire mais l'équilibre tout court est arrivé, c'est ce qu'il m'a dit lors d'une de mes dernières séances avec lui: "Vous irez vraiment bien lorsque vous poserez un regard bienveillant sur les personnes en surpoids que vous croisez tous les jours". Ce regard bienveillant je m'efforce de le poser désormais, parce que ces personnes là sont toutes un peu mes soeurs. Je suis elles pour toujours, je l'ai été et le serai peut-être à nouveau, parce que parfois, la vie fait que. Et cela n'enlèvera rien à ma qualité d'être humain. Je crois que c'est probablement cela qui devrait ajouter des points au bac. Mais ça n'est hélas, pas gagné.

Interview de Jean-Philippe Zermati sur l’impulsivité alimentaire

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La dernière fois, je vous avais dit que le docteur Zermati reviendrait ici pour parler de cette délicate histoire d'impulsivité. Pas celle qui nous fait parfois faire des choses inconsidérées mais néanmoins positives comme embrasser à pleine bouche ce nigaud de garçon qui nous reluque depuis trois mois dans l'amphi de droit social sans oser nous approcher. 

Non, la mauvaise impulsivité. Celle qui nous pousse à descendre le contenu du placard à bouffe parce que ce salaud de nigaud ne nous a pas rappelée depuis qu'on l'a justement embrassé à pleine bouche. Ou parce que la petite dernière n'a pas dormi de la nuit et qu'on n'en peut plus. Ou parce que big boss nous met la pression pour la réunion de demain. Ou… ou… ou juste parce qu'on ne sait pas quoi faire, qu'est-ce que j'peux faire.

Le docteur Zermati, ça le turlupine depuis un moment, cette question. Parce qu'elle est finalement au coeur de presque tous les problèmes de ses patients. Ça le turlupine d'autant plus depuis qu'il a fondé avec Gérard Apfeldorfer le site Linecoaching. Parce que les personnes inscrites semblent pour beaucoup vraiment submergées par ces émotions qui les amènent à des compulsions. Et qu'à distance, les aider, c'est compliqué. Bref, monsieur Z a gambergé et il y a quelques jours, il m'a laissé un message un peu étrange et forcément très intriguant: "Caroline, j'ai trouvé un truc. Je l'ai appelé la pompe à chocolat. Si vous voulez que je vous en parle, appelez-moi".

Vous vous doutez qu'avec un nom pareil, le dispositif ne pouvait qu'aiguiser ma curiosité. Voici donc les explications de Jean-Philippe Zermati. Qui je pense tombent à point nommé, juste avant Noël et son cortège d'envies difficilement maitrisables. Sans parler de la famille qui est certes un cocon de douceur mais bien casse-burnes aussi parfois et là, bonjour la razzia de chocolat.

Allez, je me tais et je laisse la parole à l'expert.

Pourquoi vous êtes-vous penché sur ce problème de l'impulsivité ?

Jean-Philippe Zermati: Depuis que je traite des patients pour des troubles du comportement alimentaire ou des problèmes de poids, je tourne autour de cette question. Mais clairement, l'expérience que nous menons actuellement dans le cadre de Linecoaching m'a poussé à aller plus loin dans cette réflexion. Pourquoi ? Parce que beaucoup des personnes inscrites à ce programme souffrent de compulsions et buttent sur ce problème de l'impulsivité. Il fallait donc trouver une réponse adéquate à leurs interrogations et les aider à gérer cette impulsivité. Je rappelle que l’impulsivité alimentaire est une envie de manger réflexe déclenchée par une situation d’inconfort émotionnel.

Justement, comment gérer ces pulsions qui nous poussent à manger sous le coup d'une émotion ?

Jean-Philippe Zermati: C'est LA grande question. L'idée n'est surtout pas de lutter contre les émotions ou de chercher à les supprimer. La vie est faite d'émotions positives et négatives et c'est un leurre que de penser pouvoir s'en passer. Il faut au contraire parvenir à supporter l'inconfort émotionnel et à faire en sorte que cet inconfort ne déclenche pas une envie de manger immédiate. Ou tout au moins une envie de manger qui prend le pas sur tout. Pour ce faire, j'ai tenté de ré-orienter les exercices de pleine conscience qui au départ ne sont pas conçus pour répondre spécifiquement à ce problème particulier. Dans un premier temps, je les ai beaucoup utilisés en cabinet pour identifier et accepter la sensation de faim. En effet, chez certains, la sensation de faim déclenche de vrais états de panique. En pratiquant en cabinet des exercices de pleine conscience alors même que le patient avait faim, j'ai constaté des résultats spectaculaires en deux ou trois séances.  C'est comme cela que j'ai décidé de tenter d'appliquer ces exercices à la gestion des émotions. Parce qu'après tout, une émotion n'est pas physiquement plus douloureuse que la faim ou beaucoup d’autres désagréments que nous subissons dans notre existence quotidienne. 

Comment fonctionne donc ce procédé que vous avez appelé « la pompe à chocolat » ?

Jean-Philippe Zermati: Le principe de départ, donc, est d'observer son émotion au moment où l'on ressent cette envie de manger alors qu'on n'a objectivement pas faim. On observe sans jugement les pensées et les sensations physiques qui les accompagnent. Sans chercher à les chasser. Puis si l’on peut, on met des mots sur ce que l'on ressent : est-ce de l'ennui, de l'angoisse, de la joie, de la peur, de la fatigue ? Une fois que cette émotion est identifiée, le patient a deux possibilités qui s'offrent à lui : soit il se réconforte en mangeant l'aliment convoité. Ce qui implique d'avoir au préalable travaillé aussi sur la dégustation et sur ses comportements de restriction. Afin de s’autoriser à manger toutes sortes d’aliments sans aucunes arrière-pensées négatives. Et afin que cette attente de réconfort ne se transforme pas en compulsion. Autre choix : se maintenir quelques instants dans cet inconfort émotionnel pour améliorer sa tolérance à ce type d’inconfort et observer comment il évolue dans le temps. Au terme de cette observation, à nouveau deux possibilités : mettre un terme à l’exposition émotionnelle et choisir le réconfort alimentaire, soit à nouveau attendre un peu, toujours en observant ses émotions. Dans le cas de l'option consistant à choisir de manger, si la dégustation ne s'avère pas réconfortante, le principe est le même : observer à nouveau son émotion et éventuellement manger à nouveau, une petite quantité de l'aliment, 20 minutes plus tard.

 Pourquoi ce terme de « pompe à chocolat » ?

 Jean-Philippe Zermati Parce que je me suis inspiré de la pompe à morphine. Il faut savoir qu'au départ, la pompe à morphine lorsqu'elle a été mise en place, a suscité beaucoup de critiques et de craintes. Certains étaient convaincus que les patients allaient s'administrer beaucoup plus d'antidouleur que ce qu'ils recevaient auparavant par le biais des infirmiers. Or très vite on a constaté que c'était exactement le contraire qui se passait et que les malades attendaient beaucoup plus longtemps entre deux prises, simplement parce qu'ils maitrisaient leur décision et la durée de leur exposition à la douleur. Là, c'est finalement un peu le même principe. A n'importe quel moment, on peut décider d'arrêter de supporter l'inconfort émotionnel en dégustant un carré de chocolat, un morceau de fromage ou n'importe quel aliment synonyme d'apaisement.

 Et ça marche ?

Jean-Philippe Zermati: Oui, cela fonctionne. Attention, il faut être capable d'observer une émotion sans se laisser submerger, ce qui suppose un entrainement aux exercices de pleine conscience. Il faut aussi bien garder à l'esprit que l'expérience n'a pas pour finalité d'empêcher de manger. Elle est là pour offrir un choix entre un réconfort alimentaire réellement apaisant ou un travail sur la tolérance à l'inconfort émotionnel. Ce qui aboutit généralement à une plus grande flexibilité psychologique et l’accès à un plus grand nombre de réponses efficace face à ses émotions. Cette expérience n'a pas non plus pour finalité de calmer l'émotion, mais d’apprendre à mieux la supporter Il ne faut donc pas s'attendre à « se sentir mieux ». A ce titre, j'ajoute que ce qui ressort des témoignages sur Linecoaching, c'est que les émotions qui déclenchent le plus souvent les compulsions alimentaires sont rarement très douloureuses. La plus citée est ainsi… l'ennui. Or en général, on répond à quelqu'un qui s'ennuie et que cela angoisse : « occupez-vous ». Ce qui est totalement inutile. S'activer en permanence pour « oublier » l'envie de manger revient à une stratégie d'évitement ou de contournement émotionnel. Une vie sans ennui n'existe pas et à un moment ou à un autre, l'inactivité reviendra. Il faut donc apprendre à accepter ces moments d'ennui, quitte à se réconforter en mangeant, mais alors parce qu'on l'a choisi, et dans des conditions qui ne soient pas celles d'une compulsion.

Edit: si vous voulez il y a un petit shéma qui résume cette "pompe à chocolat". C'est ici.

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