Catégorie : Les "minute par minute" de la ronde

A la poursuite des endorphines

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Je vous avais fait un minute par minute de l’avant course il y a quelque temps, mais je ne vous ai jamais raconté la suite, à savoir la façon dont ça se passe une fois que je suis en action (oui, aussi incroyable que ça puisse paraître, je parviens à me tenir à cette routine d’un footing une à deux fois par semaine) (trois c’est clairement au dessus de mes forces). Voilà donc comment se déroulent ces 23, parfois 25 minutes de running… En lire plus »

Au frais

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Or donc. Les bains dérivatifs. Comme je l’ai récemment évoqué, je viens d’être initiée aux bains dérivatifs par B. Totalement sous influence, je l’ai suivie au salon du Zen la semaine dernière, pour une immersion dans un univers qui m’était jusqu’alors totalement étranger. Il faut savoir qu’à la base, je suis plus allopathie qu’homéopathie, ibuprofène qu’acuponcture, cortisone qu’ostéopathie. C’est probablement ce qui nous différencie le plus toutes les deux: B. n’a pas du ingérer un médicament depuis 1998, alors que je croque de l’advil comme si c’était des bonbons. Mais quand elle m’a parlé des poches glacées censées rafraichir la chatoune et par là même non seulement dézinguer la cellulite mais tout simplement régénérer l’organisme, j’avoue, j’ai été intriguée. C’est à dire que dans l’absolu, s’asseoir sur une couche gelée, c’est moins fatiguant que les cinq rites tibétains ou une demi-heure de cardio.

Bon, que les choses soient claires, je n’ai pas succombé aux charmes du salon du zen. L’odeur, d’abord, de pisse mémé à tous les étages, m’a clairement rebutée. J’ai bien failli acheter un ou deux cristaux ré-énergisants ou m’asseoir au milieu d’un arbre de vie. J’ai loupé de pas grand chose la séance de yoga des yeux et j’étais à ça de dépenser une fortune pour de l’argent colloïdal, un oligo-élément connu pour ses vertus antimicrobiennes. Mais finalement, j’ai préféré, donc, dépenser tout mon argent dans des poches réfrigérantes. Je me suis dit qu’on ne pouvait pas être partout à la fois et que par conséquent le bol d’air Jacquier pouvait attendre.

Donc j’ai acheté mes poches. Et même sous la torture je n’avouerai pas au churros combien ça m’a coûté. Ou alors je le lui dirai quand il demandera à cette créature aux jambes interminables et au teint de rose qui elle est et ce qu’elle a fait de sa femme. En attendant, voici en gros comment s’est passée ma première matinée avec la nouille au frais… En lire plus »

Ma première fois avec le Pilates

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Il y a quelques jours, à l’occasion d’un petit voyage à La Grée des Landes que je vous relaterai plus tard et qui fut tout simplement merveilleux, j’ai vécu comme qui dirait mon dépucelage en Pilates. Je sais, c’est fou, à 29 ans (et demi), je n’avais encore jamais testé la gym si chère aux new-yorkaises en quête de simplicité. Je vais vous raconter mais je tiens à préciser que si j’aime bien rapporter ce type d’expérience au second voire au trentième degré, en réalité j’ai plutôt apprécié le Pilates. Pas aussi douloureux qu’une séance d’abdos fessiers et moins chiant que le yoga (j’ai testé, à priori ça n’est pas pour moi, ça me colle des malaises vagaux, ou bien je n’ai pas trouvé le bon cours). Surtout, la prof était absolument adorable. Pas certaine néanmoins que j’aie de vraies aptitudes (pas plus que pour n’importe quel sport d’ailleurs, je le crains).

Allez, on déroule son tapis et on se met en position. En lire plus »

My first mammo

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Hier, après avoir tergiversé – deux ans – j’ai enfin franchi la porte du centre de radiologie le plus proche de chez moi pour faire ma première mammographie. Je vous raconte ?

15h14: Ma carte vitale: j’ai. Une culotte en bon état: j’ai. Les aisselles épilées: j’ai (presque). Mon ordonnance… Putain mon ordonnance.

15h16: Le rendez-vous est pour dans dix minutes et je n’ai plus mon ordonnance. Ne pas se disperser, tenter de se souvenir où je l’ai mise le 23 février dernier lorsque pour la troisième fois ma gynécologue me l’a rédigée, les deux premières ayant fini par être périmées à force d’avoir piscine les jours où éventuellement il y aurait eu un créneau.

15h17: L’essentiel des tiroirs de mon armoire « à papiers importants » (tout est dans le « important ») (si si, la liste des restaurants indiens qui effectuent des livraisons à Clermont-Ferrand est IMPORTANTE) étant désormais sur le sol du salon, il m’est bien plus facile de retrouver cette p…. d’ordonnance, que si je n’y arrive pas je ne vais pas pouvoir aller faire ma mammographie, ce qui est ma foi… Tentant. En lire plus »

Cours caro, cours

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Pendant nos vacances à la montagne, on a joué au béret. Une sorte de ballon prisonnier mais sans ballon et sans prisonniers. Un jeu qu’à moins d’avoir été scout personne ne connait, en fait. J’avoue que l’explication des règles m’épuise d’avance, mais en gros à un moment il faut COURIR. D’ordinaire, j’ai le bon sens d’avoir piscine dans ces grands moments de joie parentale et d’émulation collective. Mais ce jour là, je ne sais pas, une absence, une attaque cérébrale invisible à l’oeil nu ou une histoire de mauvais alignement de planètes, je me suis entendue crier: « attendez-moi, je joue ».

Résultat, en plus d’avoir fait perdre mon équipe composée pourtant des plus forts du groupe, je me suis non seulement humiliée en ne parvenant pas à rattraper une enfant de six ans mais je me suis également étalée de tout mon long comme une merde en essayant (aucune autre comparaison moins grossière ne me vient présentement à l’esprit). Je ne sais pas ce qui a été le plus dégradant. Le fait de me vautrer lourdement après deux mètres de course ou l’empressement de mes enfants, paniqués et me traitant les deux jours suivants comme une octogénaire anémiée. « ça va maman ? ». « Tu es sûre ? » « Et tes fesses ? ».

Bref, ce jour là je me suis dit quelque chose qui n’avait pas traversé mon esprit depuis… depuis jamais en réalité: un peu de sport me ferait du bien.

Et une fois rentrée à Paris, j’ai profité du fait que mes enfants étaient restés chez leurs grands-parents pour me lancer dans un footing quotidien.

Je vous raconte ? En lire plus »

Gimme gimme gimme a Björn after midnight…

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On en était donc à l'arrivée à Stockholm, quelques heures avant l'interview tant redoutée de Björn, auteur et compositeur des chansons d'ABBA. Avant de continuer mon récit qui vous vous en doutez ne sera ni excessif ni volontairement catastrophiste, je tiens à préciser que ces deux jours (à peine) ont été riches en rires, en émotions et en camaraderie. Je connaissais Will (pas tant que ça non plus) et comme je l'imaginais, l'entente a été confirmée (euphémisme). Mais il y avait aussi JB, le cameraman et monteur, patient et jamais directif, Jeremy, journaliste à télé 7 jours qui s'est joint à nous et avec lequel on a grave ricané et enfin Jojo, la nounou des stars, personnage à elle toute seule qui mériterait sa propre série (elle PARLE à l'avion avant de monter dedans) (il y a donc plus atteint que moi). Par ailleurs, Björn Ulvaeus est la preuve vivante qu'on peut être une star internationale assise sur un tas d'or (mérité) et rester tout simplement un homme bien (enfin je me base sur notre petite heure passée ensemble mais il aurait eu des raisons de soupirer, croyez-moi).

Allez, on enchaine ?

11h45: On atterrit à Stockholm. Par la fenêtre, on ne voit que de la neige, des forêts et des petites maisons rouges perdues. J'adore quand la première impression d'un endroit inconnu rejoint très exactement l'idée que je m'en étais faite.

11h48: Une fois passé le portillon de la douane, on se retrouve face à un immense poster d'ABBA de 5 x 12 m. Je reprends un immodium.

11h53: Will me demande si je sais au moins lequel des deux hommes je vais rencontrer. Je pointe du doigt Benny, évidemment. Will fait une drôle de tête, comme s'il commençait à comprendre qu'il venait d'emmener Forrest Gump à Stockholm.

12h30: On arrive à l'hôtel Rival, propriété de Benny, donc, compère de Björn et encore ami de ce dernier (par contre avec les "filles", c'est moins clair, les deux couples ont explosé en plein vol, ce qui a provoqué d'ailleurs la séparation du groupe). Björn était avec Agneta, m'explique Will. "Ok, donc Björn est hétérosexuel, je lui réponds, c'est une information intéressante" (je raye mentalement ma question sur la difficulté ou non d'être gay en Suède). Will hésite avant de rigoler mais bizarrement ne me dit plus qu'il est fan. Je sens qu'on est un peu moins en symbiose.

12h32: L'hôtel Rival est un peu impressionnant. Le design est à fond 70s, avec ce chic suédois (on est tout de même au pays d'Ikea). L'attachée de presse, Ann-Sofi, a 22 ans et pourrait être la fille d'Agneta. Elle nous prévient tout de go que tout ce qui est autographes, demande de chanson pour notre maman ou autre manifestation d'amour intempestif, on oublie.

12h33: Je planque la photo de Violette apportée exprès pour un autographe et fais une croix sur ma proposition de duo improvisé en hommage à ma grand-mère. "Tout ça c'est du temps en plus pour poser des questions", argue Will. Toujours à voir le côté positif des choses, l'autre. M'énerve.

12h36: Will me propose qu'on répète un peu. Il fera Björn et moi Forrest, en gros. Ok, je dis. (Angoissage).

12h38: Will se décompose au fur et à mesure que j'ânonne mes questions. L'information selon laquelle je ne faisais pas EXPRES de ne pas savoir très bien parler anglais est en train d'arriver à son cerveau, ça se voit. Je sens ces choses là, moi.

12h44: J'ai fini le filage. Je peux donc tenir six minutes. "Bon écoute, tu te concentres sur le PLAISIR que tu vas prendre et qui va être énorme. Au pire, on fera de la post-prod. A savoir que tu viendras au studio pour redire tes phrases si au niveau de la prononciation… enfin tu vois, quoi ?", me rassure Will d'une voix blanche. Après il court aux toilettes en faisant un drôle de bruit qui ressemble à s'y méprendre à un sanglot.

12h45: Pour faire redescendre la pression, je décide de faire un petit exercice de pleine conscience. Surtout ne penser à rien d'autre qu'à ma respiration certes très aléatoire. Ne pas visualiser ce moment où je vais VRAIMENT m'asseoir en face de Björn avec en tout et pour tout un portrait chinois dans un anglais approximatif à lui soumettre.

12h46: Je me répète ma première question en boucle. Je sens que c'est la clé de tout. Si celle-ci sort correctement de ma bouche, après je vais me prendre la confiance et le reste va se dérouler comme la scène finale de Billy Eliot. Ou de Flashdance. Ou de Dirty Dancing. Attends, si cette niaise de Bébé est capable de se transformer en bombe lascive et sexuelle, je ne vois absolument pas pourquoi moi je ne pourrais pas entrer dans une sorte de transe pendant laquelle les phrases s'enchaineraient toutes seules dans un anglais impeccable. Surtout qu'il parait qu'on n'utilise que 5% de notre cerveau. A tous les coups dans les 95% qui restent il y a un Robert et Collins bien planqué dans un tiroir. Il suffit que je le trouve en somme. Ainsi que la clé.

12h47: "Hello, Björn. At first, I wanted to say you very sincerely: Thank you for the music". Ç'est bien, ça. Ça te pose la nana. Après j'embraye. "If I feel sad, I put your disks and I feel better. If a party is a little gloomy, we just have to listen one of your hits and everyone is dancing. Are you aware of that, Björn ?"

12h48: Jusqu'ici tout va bien. Je maitrise. Allez, on se refait un coup de pleine conscience. L'air passe dans ma trachée, je suis son cheminement jusqu'à mes poumons. Ma poitrine se gonfle, doucement. Je sens l'oxygène pénétrer dans mes vaisseaux sanguins. Peinard, il est l'oxygène. Pas stressé pour un sou, pépère. En même temps que j'accompagne mentalement mon inspiration, je note mes pensées et les range tranquillement dans un coin. Voilààààà.  Tout n'est que calme et volup…

12h49: J'étouffe. Help. L'air est rentré mais ne ressort plus. Je vais crever d'hyperventilation. Je me noie, les gars. Nine one one.

12h53: L'attachée de presse nous fait signe que c'est à nous. Je me lève dans une sorte de mouvement mal synchronisé. Je ne suis pas en train de vivre ça, c'est un cauchemard. Rose, c'est le moment de pleurer comme un veau pour que je me réveille. Promis, même s'il est 4h du matin je ne te ferai aucune remarque. Je veux un calin, moi aussi, de toutes façons.

12h54: Aucun signe de Rose. Je suis VRAIMENT à deux doigts d'aller interviewer une des plus grandes stars de la pop music.

12h55: Dans l'ascenseur, on n'en mène pas large. William essuie ses larmes l'air de rien. Je ne sais pas s'il est ému ou s'il est en train de penser à la maison de retraite de Marne la Coquette.

12h56: On entre dans la suite et on le voit. Il est mince et fait 10 ans de moins que son âge. Petit costume qui va bien, cravate mince très rock et oeil bleu pétillant. Je suis excitée. Sexuellement, j'entends. Il ne manquait plus que ça. Cours Forrest, cours.

12h57: Will me présente pendant que JB installe le matos. Il y aura TROIS caméras. Aucune chance que ma nullité passe inaperçue en raison d'un malencontreux dysfonctionnement technique.

12h58: "She has a blog", explique Will à Björn.

12h59: "Yes", je réponds. Hyper bien prononcé, le "Yes", je tiens à le préciser.

13h00: Björn est épaté que j'aie un blog.

13h02: Je suis épatée que Björn soit épaté.

13h04: "Is it not a lot of pressure ?", me demande-t-il, ses yeux plantés dans les miens.

13h06: "Yes, it's a lot of pressure", je réponds.

13h07: Je pense que je tiens la solution, je vais acquiescer à tout en répétant ses derniers mots. Astucieux. Je reprends la confiance, du coup. Björn me confie qu'il a envie lui aussi de se lancer dans l'aventure du blog.

13h08: "Oh, great, but be carefull, you know, as you said, it's a lot of pressure, I mean, ten thousands of people read me everyday. Before opening your blog, you have to be sure to be able to manage that", je lui explique.

13h10: Will est comme assommé. Ce n'est pas comme si Björn n'avait pas vendu 460 millions d'albums en 10 ans et rempli l'équivalent d'une centaine de stades de France. "Au niveau de la "pressure", hein, on va peut-être se calmer…", je lis dans ses yeux. Je sens qu'il faut que je me sorte de cette impasse avant qu'on doive sortir le défibrilateur pour Will. J'embraye direct sur ma première question: "Björn, I wanted to thank you, very sincerely. I mean, you gave me such happiness and positive energy…"

13h12: Will me fait des grands signes au moment où je m'apprête à envoyer la purée du "Thank you for the music". "Caro, on n'a pas encore commencé à tourner !", gémit-il.

13h13: Hell. Je viens de griller mon unique cartouche, ma seule phrase à peu près correcte gramaticalement et ça n'a pas été filmé.

13h14: Que quelqu'un m'achève. Je ne me relèverai pas de cette épreuve là, c'est certain. Je vais rester toute ma vie bloquée là, à répéter inlassablement "thank you for the music". Je serai une sorte d'incarnation du syndrôme de Stockholm.

13h15: Björn est mort de rire. Il dit qu'en fait on devrait toujours commencer avant que la caméra tourne, ça donnerait plus de spontanéité (bouffe moi la chatte, Björn, qu'on en finisse, je suis chaude comme la braise, là). Il dit aussi que les journalistes se mettent toujours trop la pression, qu'ils veulent tous poser les questions les plus originales alors que de toutes façons, ça n'existe pas vraiment. Il dit que le pire, ce sont ceux qui commencent tous fiers d'eux en lançant un "thank you for the music" avec l'air de penser qu'ils sont les premiers à avoir eu l'idée.

13h16: Je m'esclaffe bruyamment (trop). "Ces cons de journalistes", quand même, je dis (asshole of journalists), faut pas être bien malin (completely silly ) pour oser le "thank you for the music". Enculé. (what the fuck)

13h18: Maman, viens me chercher.

13h19: JB, putain, si tu ne mets pas en route ta caméra de merde immédiatement, je crois que je te la fais bouffer. Qu'on en finisse, je ne PEUX pas tenir une conversation EN PLUS de mon interview à venir. Je suis à deux doigts de cramer le portrait chinois, là, figure toi. Donc tu dis "moteur" ou je me casse.

13h22: Silence on tourne. M'en fous je répète ma phrase d'intro, je n'en ai pas d'autre en réserve. Pour la spontanéité on repassera.

13h23: "Björn, I wanted to thank you. Not for the music (hu hu hu) but for this hapiness you gave me".

13h24: Björn est un homme bien élevé. Il fait comme si je ne lui avais pas déjà dit ça deux minutes avant et répond que ça le touche à chaque fois, ce genre de remerciements. Il dit que ça le rend heureux encore aujourd'hui, l'idée d'être une fontaine de joie (traduction littéraire). Je passe à une question concernant la comédie musicale Mama-mia. Le temps passe, dieu merci il est bavard. Parfois je case un "yes ?" ou un "Yes !" ou, plus pointu, un "Really ?".

13h45: Portrait chinois. Björn se prête au jeu. Il cale sur "if you were a movie". Il dit que c'est une very good question. Pousse toi de là, Claire Chazal, que je m'y mette. Il ne trouve pas de réponse satisfaisante et me demande de la garder de côté, il y répondra à la fin de l'itv.

13h46:  C'était ma dernière question. Houston, on a un problème.

13h47: Je ne peux pas lui dire que c'était ma dernière question alors qu'il est coincé avec cette histoire de film à la con. Je l'humilie, là, je l'abandonne sur un échec.

13h48: "What do you look at first when you see a women ?", je demande avec l'énergie du désespoir.

13h49: Bien joué, Forrest, bien joué. Au mieux il trouve ça neuneu, au pire il pense que je le chauffe. Will émet un drôle de son rauque, on est en train de le perdre.

13h50: Björn me regarde longuement avec un petit sourire en coin et me répond "Her eyes".

13h51: Björn tu es un menteur mais ça ne fait rien, je suis à toi.

13h52: Emportée dans mon élan, je lui assène le coup de grâce: "Do you have any regrets" ?

13h53: Re-silence prolongé, re-yeux plantés dans les miens, re-mouillage de culotte: "I've done a lot of stupid things, you know. But I think that one of my biggest regrets is my divorce. It's so much pain, when love's ending…".

13h55: Will chiale comme un poupon.

13h56: Björn a les yeux mouillés. On est tous conscients qu'il s'est passé quelque chose de fort. Laissez-nous, maintenant, les autres, là. J'ai un homme à consoler, moi. Et pour ça, j'ai tout le vocabulaire qu'il me faut, pas besoin de dictionnaire, croyez-moi.

 

San ku kai au Ban Sabai

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Jeudi dernier, ma copine Maud m'a envoyé un texto: "Un massage thai toutes les deux, par ce temps affreux ?"

Moi je dis, on a les copines qu'on mérite. Le genre qu'on n'a pas vues depuis deux ans à cause du fameux "on est trop connes quand même" et du si fréquent "on a des vies de dingues" et qui se rappellent à vous comme ça, en proposant un massage thai.

Donc bien sûr, j'ai répondu ce que toute femme normalement constituée aurait fait.

"Un peu que je dis oui".

Après, il a fallu calmer le churros qui ne savait plus trop où donner de la tête au niveau de ses fantasmes. Est-ce que la masseuse allait me toucher les seins, est-ce que j'allais toucher ceux de Maud ou est-ce que j'allais toucher les miens tout en regardant la masseuse toucher ceux de Maud, ou… Okay.

Bref, je suis donc partie le coeur en fête à l'idée de retrouver ma belle amie (aux seins sublimes s'il en est) et toute excitée à la perspective d'une heure à me faire dorloter dans un spa parait-il réputé.

La suite est un peu plus… sportive.

18h : J'arrive devant le Ban Sabai. Le 16e arrondissement, on dira ce qu'on voudra mais ça sent tellement l'argent qu'on pourrait penser qu'on en trouve sous les sabots des chevaux.

18h02: Ma copine Maud arrive. J'aimerais qu'on m'explique pourquoi certaines femmes continuent de grandir après l'âge légal.

18h05: Après un gros calin, on entre dans le Spa. ça sent les huiles et le luxe. Une dizaine de jeunes femmes superbes nous accueillent avec déférence et saluent "Mlle Maud". J'adore l'idée d'accompagner une habituée. ça te pose une femme, de savoir choisir ses amies. Tout de suite tu sens qu'on va te respecter.

18h06: "On va passer directement au massage mesdames, suivez-nous", nous expliquent Ling et Ping (les prénoms ont été changés).

18h08: On nous installe dans une massage-room toute de teck, bambous et bougies. Deux lits king size sont côte à côte. J'ai une pensée émue pour tout ce que va rater le churros. D'autant que ma copine Maud est déjà en culotte.

18h09: Ma copine Maud a enfilé son kimono de massage en trois secondes, on sent la professionnelle.

18h11: Je viens de comprendre que le bas était en fait le haut. Que j'ai mis à l'envers.

18h13: Je ne suis pas sûre que le style David Douillet ferait fantasmer le churros en fait.

18h14: Nos masseuses entrent en scène. La mienne mesure 1m55 à tout casser et pèse le poids d'une de mes cuisses. Quelque part ça me rassure d'autant que Maud vient de me glisser l'air de rien que les massages thai n'ont rien à voir avec les autres. "C'est un peu comme si quelqu'un faisait de la gym pour toi, tu vois ?".

18h15: Je ne suis pas très sûre de voir mais sur le principe de la gym par procuration, je suis assez partante à vrai dire.

18h16: Ling me demande si j'ai l'habitude et si je veux qu'elle fasse doucement, moyennement fort ou fort.

18h17: "Faites comme vous en avez l'habitude", je lui réponds. Rapport que ma copine Maud a demandé "fort" et que plutôt crever que de passer pour une mauviette. D'autant que sans me vanter, je suis ce qu'on appelle une dure au mal. Aucun mérite, c'est une question de personnalité. Certains résistent plus à la souffrance que d'autres. Non, je n'irai pas jusqu'à parler de courage, mais cela dit…

18h18: Ling interrompt mes pensées avec un drôle de petit rire et me dit qu'elle n'est pas sûre que j'aie très envie qu'elle fasse comme d'habitude si c'est ma première fois.

18h19: Si j'étais d'un naturel suspicieux, je dirais qu'elle se fiche de moi. Et le fait est que je suis d'un naturel suspicieux. Vas-y Ling, montre moi de quoi tu es capable. Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, tu m'arrives à la taille, hein. Et j'ai mis 14h dont SEPT sans péridurale pour péniblement dilater mon col à 9 cm. Celui-ci s'étant ensuite arrêté net histoire que je me tape le 2 en 1: accouchement par voie basse ET césarienne en urgence. Depuis, RIEN ne me fait peur ma grande. Enfin ma "grande", façon de parler, gamine.

18h20: Ling commence par me laver les pieds. Je bénis le ciel d'être venue avec des chaussures neuves.

18h21: Ling m'essuie les pieds. Vigoureusement.

18h22: Ling est peut-être LA solution contre les mauvaises odeurs au niveau de la plante des pieds. Même si ARRACHER la plante des pieds est peut-être un peu radical.

18h23: Ma copine Maud a un drôle de sourire.

18h24: Une question me traverse l'esprit. Pourquoi, déjà, ne nous sommes nous pas vues pendant deux ans ?

18h25: Ling m'avertit qu'elle va commencer. Je croyais pour ma part qu'on était déjà bien entrées dans le vif du sujet.

18h26: Elle fait craquer mes orteils.

18h27: Ling semble prendre personnellement le fait que mon gros orteil refuse de craquer.

18h28: Ling s'attaque aux mollets. Qui ne sont définitivement pas des zones érogènes.

18h29: Ling enfonce ses doigts derrière mon genou gauche et me dit qu'elle a décidé d'y aller doucement parce qu'elle sent mes résistances.

18h30: Le fait qu'y aller doucement consiste pour Ling à attraper ma rotule par le derrière du genou ne me dit rien qui vaille.

18h31: Ling tire sur ma jambe d'un coup sec, puis la laisse retomber sur le lit. Elle répète trois fois ce geste. Je n'en suis pas certaine, mais elle parait contrariée que ma jambe soit toujours reliée au reste de mon corps.

18h32: En tous cas je ne vois que ça comme explication au fait que mon pied droit soit désormais derrière mon oreille gauche et mon genou, contre mon omoplate. J'attaque direct un exercice de pleine conscience et je visualise ma douleur.

18h33: Je suis en train de faire d'incroyables progrès au niveau de la pleine conscience. Je la vois avec une de ces précisions ma douleur. J'en pleurerais. D'ailleurs j'en pleure.

18h34: Je demanderais bien à Ling où elle a fait ses études d'ostéopathie mais quelque chose m'en empêche.

18h35: Son pied, très exactement. Qui est présentement en train d'écraser mon plexus, rendant toute inspiration extrêmement problématique.

18h36: Toutes ces choses qu'on dit sur le fait qu'il est impossible pour un être humain de toucher ses fesses avec son nez sont complètement fausses. Par contre ce n'est pas sans quelques sensations désagréables. N'empêche que si j'étais un homme je serais en train de me faire une fellation. Voire…

18h37: Pendant que j'exécute – contre ma volonté – une figure qui m'évoque celle du tourniquet chinois dans le kamasutra, Maud a un petit gémissement de plaisir. Il faut dire que Ping lui fait à l'instant présent un effleurement de la nuque qui m'a l'air des plus agréables.

18h38: Ça me revient. 1995, le mariage de Paul et Béa. Une écharpe Kenzo. Je crois que je ne la lui ai jamais rendue. J'avais manifestement sous estimé son attachement à cette étole. Voilà comment on se retrouve quinze ans plus tard à se faire terrasser par la fille cachée de Mike Tyson et Jackie Chan.

18h39: Je me fais la promesse solennelle de ne plus jamais répondre "oui" à des SMS en provenance de qui que ce soit que je n'ai pas vu depuis deux ans.

18h40: Ling me remet sur le dos, écarte mes jambes, s'accroupit au niveau de mon périnée et s'apprête à me masser le ventre.

18h41: Je sens que la torture est terminée, maintenant elle va juste faire quelques caresses énergiques au niveau de mon abdomen. Ce qui va peut-être accélérer mon transit un peu trop paresseux. La bonne nouvelle en tous cas c'est qu'à priori, il n'y a aucune articulation à faire craquer dans le ventre.

18h42: La mauvaise nouvelle c'est qu'il y a des organes vitaux à écraser.

18h43: Pourvu que ce soit ma vésicule, qu'elle vient de déplacer d'une bonne dizaine de centimètres. Je suis presque sûre qu'on peut vivre sans vésicule.

18h45: Je n'aurais jamais pensé ressentir un jour la sensation d'être à deux doigts de dégueuler mon stérilet.

18h46: Vas-y Ling, fais toi plaisir avec mes côtes flottantes. On frôle quand même le pneumo thorax, cela dit. Sans te vexer, hein.

18h48: Ling me demande de m'asseoir.

18h49: Si je veux, Ling, si je veux.

18h50: Je m'assieds en lui montrant ostensiblement qu'elle a peut-être une certaine emprise sur mon corps malgré ses douze kilos toute mouillée, mais que j'ai conservé mon libre arbitre. Mais pas ma motricité. Ling est obligée de m'aider à me redresser.

18h51: Ma copine Maud dit qu'elle a un peu froid.

18h52: Pauvre chérie. Putain, laisse Ling s'occuper de toi cinq minutes et tu n'auras plus jamais froid, crois moi. Ni chaud d'ailleurs. Ni faim ni soif. A l'heure actuelle je ne sens plus ma langue et je ne suis pas certaine de ne pas m'être fait sous moi.

18h53: Ma copine Maud trouve que le chauffage que Ping a mis fait trop de bruit. ça la perturbe dans sa relaxation.

18h54: Je jette des regards éplorés à ma copine Maud pour qu'elle arrête de provoquer ces deux malades.

18h55: Peine perdue. Au moment où ma copine Maud demande une couverture et qu'on éteigne le radiateur, Ling me soulève par derrière et me projette littéralement à deux mètres au dessus du lit.

18h56: Ok, où est cette putain de caméra ?

18h57: Je te JURE Maud, que je n'ai jamais, mais JAMAIS voulu te VOLER ton écharpe.

18h58: "Il faut vous détendre, si vous ne vous détendez pas, la manipulation que je vais faire maintenant peut-être dangereuse".

18h59: Je n'aurais jamais du lui dire avant qu'elle commence que j'étais sensible des cervicales.

19h00: C'est le BA-BA franchement. Ne dévoiler ses points faibles à son bourreau sous aucun prétexte.

19h01: Pitié, je vous en prie, leave me alone, gémis-je. J'ai un Codevi, ajouté-je dans une pathétique tentative de l'amadouer.

19h02: Visiblement je viens de briser son code de l'honneur. Les thai ne rigolent pas avec tout ce qui est corruption. Ling semble plus déterminée que jamais. Elle se place derrière moi, passe ses bras sous les miens et fait tourner mon buste à 90° d'un coup sec.

19h03: Dans le feu de l'action, une latte du lit vient de se casser, ça a fait un de ces "cracs" dis-donc. Dans ta face, Ling, je veillerai personnellement à ce que ce soit retiré de ton salaire.

19h04: Ah, il semblerait qu'en réalité le bruit ait été causé par la fracture de ma troisième vertèbre. Je suis donc paralysée à partir du menton.

19h05: "Votre corps a encore besoin de massage" me dit Ling, d'un ton sans appel.

19h07: La seule chose dont mon corps a besoin c'est un brancart. Voire d'un cercueil.

19h08: La séance touche à sa fin, on termine par un modelage du visage.

19h09: Je suis au delà de la peur. Je ne veux pas finir avec les sourcils en accent circonflexe après une manip ratée.

19h10: Il parait que si on appuie à un endroit très précis sur les tempes de quelqu'un, on peut le tuer d'un doigt.

19h11: Je n'aurais jamais imaginé que mon accouchement prendrait des airs de balade en forêt par la grâce d'un massage thailandais.

19h12: "Ils font aussi les épilations et tout un tas de soins", m'apprend Maud pendant que Ling tente de m'étouffer sous des litres de crème à l'aloé vera.

19h14: Il doit y avoir plus que cette histoire d'étole. Mais quoi ?

19h15: Ling et Ping nous annoncent qu'elles ont terminé et repartent visiblement satisfaites de leur boulot. Maud est très déçue par Ping, qu'elle a trouvée molle du genou.

19h16: Je voudrais lui répondre mais je suis en train de craquer. Je chiale comme un bébé qui vient de naitre.

19h18: Maud me prend dans ses bras et on se touche les seins.

19h21: Je sens mes seins. Tout n'est pas perdu. Si ça se trouve, je maitrise encore mes sphincters.

19h45: Après un mojito bien dosé, je parviens enfin à prononcer une phrase cohérente. Et le miracle, c'est que je me sens totalement et inconditionnellement détendue.

23h09: Ma copine Maud me dépose devant chez moi. On se promet de se revoir très vite. Maud me parle d'un cours de thai-chi remarquable à Neuilly.

23h12: Je rentre fissa chez moi prétextant une envie pressante et me rue dans ma penderie. Il FAUT que je retrouve cette putain d'écharpe. Il en va de ma VIE.

Edit: En vrai, ce spa est magnifique et donne envie de s'y installer pour toujours. J'ai quand même visiblement hérité d'une masseuse un poil énervée. A laquelle j'aurais du demander d'y aller mollo. En vrai aussi, ma copine Maud ne m'en veut de rien. Enfin… je crois. Et je la remercie du fond du coeur pour cette si délicieuse attention. Par contre la prochaine fois, on fait un hammam. Sans gommage ni massage. Merci.

Edit2: Ma copine Maud elle est du genre à avoir organisé avec mon amie Chloé, mon enterrement de vie de jeune fille. Et à réussir à mettre sur une table absolument tout ce qui dans la vie me fait grimper aux rideaux. J'aime bien aussi qu'il y ait toujours des feuilles de menthe dans ses carafes d'eau. Et tout un tas d'autres choses qui font que c'est un de mes modèles dans la vie. Sauf pour les massages, par contre.

Edit3: Vous ne pensiez quand même pas que j'allais vous mettre une photo de moi en train de faire la brouette ukrainienne en kimono ?

Edit4: Encore merci pour vos votes.

But where is the computer ?

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Donc on en était qu'en glissant ma main par l'ouverture de ma valise-cabine, j'ai pu constater que mon ordi n'y était pas. Mais alors pas du tout. Tout ça alors que les stewards étaient en train de nous faire leur démo inutile qu'en cas de crash ça te fait une belle jambe de savoir où se trouve la sortie de secours où comment utiliser un gilet de sauvetage.

Allez, repartons donc dans le déroulé de ce départ en fanfare…

7h56: Sorry miss, can I just check my bag, just two
seconds, thank's.  Voilààààà, j'ouvre le zip de la valise, je passe ma
main à l'intérieur et je constate que…

7h57: que
je veux ma maman.

7h58: Et aussi mon papa.

7h59:
Et surtout je veux mon ordinateur. Qui est certainement quelque part
mais pas dans ma valise. Ni dans ma poche. Ni dans celle de mon sac à
main. Ni dans mon soutien gorge. Et l'avion part dans 3 minutes.

8h01: C'est un cauchemar, je vais me réveiller, il n'y a pas de raison, je SAIS que j'ai repris ce foutu ordinateur après son passage au scanner. Après avoir remis mes chaussures. Et récupéré mon sac à main. Ainsi que mon portable. Et ma trousse de toilette transparente. Et… Putain, et rien du tout, l'ordi je l'ai zappé, maintenant ça me revient.

8h02: Je m'en fous, je vais raconter à mon boss qu'on me l'a arraché dans la rue et puis c'est tout. Pas de témoins, un pays étranger, la barrière de la langue, il comprendra.

Ou pas.

Sans compter que c'est la deuxième fois en trois ans que je déplore la perte d'un ordinateur du travail. Le premier on me l'avait VRAIMENT volé mais on sait comment une réputation ça vient vite.

8h03: En plus mon mari est bientôt au chômage.

8h04: Et toutes les notes prises pendant le colloque sont dans cette vermine d'ordinateur. Ou comment revenir sans son matériel et sans aucune matière pour un éventuel article.

Soit je trouve une solution pour aller le récupérer, soit c'est toute une famille qui va tomber dans la précarité.

8h05: Je prends mon plus beau sourire (= à l'instant présent une grimace atroce) et j'explique dans un charabia indigeste (le stress n'a pas vraiment un effet très positif sur ce qui est de toute façon à la base très très loin du "anglais lu écrit parlé" de mon CV) que c'est une question de vie ou de mort et qu'il FAUT que je retourne au check point où j'ai oublié, triple conne que je suis, mon laptop.

8h06: Le steward m'avertit que le check point est very very very éloigné de la gate E72 (je le SAVAIS que c'était un mauvais signe cette absence de 3) et qu'il ne peut nullement me garantir que l'avion sera encore là à mon retour.

8h07: Je prends ça comme un challenge. Je vais récupérer ce fucking bastard of computer ET réussir à prendre mon avion, what a fucker motheeeeeer.

Tain, quoi.

8h08: Comme dans un film, je bondis hors de l'avion et je me mets à courir comme une damnée. Ok de l'extérieur, c'est probablement un film au ralenti. Il n'empêche que je cours. Ce qui ne m'est pas arrivé depuis 1987 environ.

8h09: Je réalise pendant ma course effrénée que a) l'aéroport de madrid a une superficie équivalente à celle de l'Oregon, b) que je ne suis pas convaincue de savoir où est le check point, c) que je suis partie de l'avion sans papiers, sans carte bleue, sans téléphone. MAIS avec ma carte vitale. Au mieux, je dis bien, au mieux, si je retrouve mon ordinateur, j'aurai douze minutes d'autonomie (le cordon est dans ma valise, ce qui me fait une belle jambe, pourquoi je n'ai pas oublié le cordon, plutôt que l'ordi, ça c'est un des mystères du cerveau humain) pour envoyer un SOS international. Ensuite je pourrai toujours essayer de trouver un psychiatre qui accepte la carte vitale.

8h10: Je vais peut-être finir mes jours dans la zone de transit de l'aéroport de Madrid. Si ça se trouve je vais devenir une sorte de bête sauvage, on fera des reportages sur cette étrange femme qui s'accroche à un vieux PC sans cordon et qui vit dans un caddie.

8h11: Je suis à mi-chemin entre l'avion et ma destination et je n'ai à priori plus que le dixième d'un poumon qui fonctionne. Mon collant est au niveau de mes genoux et un de mes seins semble vouloir arriver avant moi au check point.

8h12: Est-ce qu'on sait quand c'est la fin ? Parce que là tout de même j'ai comme une sorte d'intuition que ma vie ne va pas tarder à défiler devant moi.

8h13: Contre toute attente, j'arrive au check point. Dans un dernier râle je marmonne que je viens récupérer mon computer forgotten a few minutes ago. Un mec de la douane me confirme qu'ils en ont un mais qu'il faut qu'il aille chercher la clé de l'armoire dans laquelle ils l'ont rangé. Il y va en sifflotant, peinard.

Tranquille.

"I AM IN A HURRRRRRRY !!!!!!" hurle-je comme une possédée, jouant mon va tout, consciente que ça va soit le réveiller, soit le convaincre que je suis dangereusement folle et par conséquent bonne pour le gniouf.

8h14: A priori il a décidé d'opter pour la première solution. Il me sort l'ordi qui est donc bien le mien. En même temps il n'y en a pas d'autres dans l'armoire des objets trouvés. Ce qui me confirme que je suis de ce genre de boulet qui ne pullule pas non plus partout. Ce qui est rassurant pour le reste de l'humanité. Pas pour moi.

8h15: je m'apprête à partir à nouveau en courant – même si là j'aimerais vraiment être dans un film et qu'on passe direct à la séquence suivante où je suis en sueur dans l'avion que j'aurais réussi à prendre, à côté de Georges Clooney qui serait en transit entre l'Espagne et la France et qui tomberait raide de moi et des gouttes de sueur qui perleraient entre mes seins à cause de la course poursuite dans l'aéroport. Au lieu de quoi, speedy douanier me barre le chemin en me disant que je dois avant tout ouvrir le computer, l'allumer et faire mon code secret pour vérifier que c'est bien le mien.

8h16: On prend combien en Espagne pour meurtre ? Non parce que est-ce que j'ai l'air assez intelligente pour avoir manigancé tout ça, genre je vais faire la fille qui court comme une dingue à travers tout l'aéroport, faire le pari qu'une oie sans cerveau a oublié son ordi  et prétendre que c'est le mien ? Non je veux dire, QUI POURRAIT AVOIR UNE IDEE PAREILLE ?

Manifestement ça a déjà dû arriver, étant donné que le gars est intraitable. "You have to write your password".

8h17: Au point où j'en suis je m'exécute le plus calmement possible ( = en gémissant comme une enfant de trois ans et en tremblant tellement que je me plante deux fois dans le code secret). L'ordinateur met trois jours à s'allumer, je chie sur la gueule à Bill Gates et je lui fais un doigt, au point où j'en suis.

8h18: L'ordi s'allume, c'est le happy end, j'ai envie de rouler un patin au douanier, mais ce dernier qui a lui aussi très envie de moi c'est évident, me hurle "Ok GO ! RUN RUN RUN, your plane is leaving !"

8h19: Je repars donc lestée de trois kilos supplémentaires, vive le parc informatique de 1998.

8h20: En même temps que je tente de me mouvoir dans ce qui ressemble plus à un rampement qu'à une course alerte, il me vient une de ces pensées dont j'ai le secret. Si ça se trouve tout ça c'était un signe. Et je suis en train de me ruer vers mon cercueil. Alors que là haut, mon ange gardien fait des moulinets avec ses petits bras pour m'expliquer que je ne dois pas monter dans l'avion qui est encore plus mité que mon cerveau. Ce qui, si c'est le cas, est la preuve cette fois-ci irréfutable que j'ai hérité du plus crétin des anges gardiens. Parce qu'à mon avis il y avait d'autres options que manquer me faire claquer sur un tapis roulant à l'aube.

8h21: Si je retourne dans le boeing, je perds peut-être ma seule chance d'être à la une des journaux pour avoir échappé au crash le plus meurtrier d'air Europa. Je vois d'ici les titres: "Elle manque l'avion à cause d'un ordinateur oublié au chek point (la conne) et évite ainsi une mort atroce". Et juste en dessous: "parfois l'intelligence ne paie pas, la preuve".

8h22: M'en fous, entre finir mes jours dans un chariot à bagages en étant la risée du monde entier ou exploser au dessus du pays basque, mon choix est fait. ETA me voilà.

8h23: Je me propulse dans l'avion, essoufflée comme un octogénaire tuberculeux et syphillique et pleurant d'émotion.

8h24: A peine j'ai fait deux pas et alors que dans un film avec Georges, je croulerais sous les applaudissements, voire que les passagers me feraient passer de bras en bras avec en fond les hurlement de Gloria Gaynor, à la place de ça, 300 paires d'yeux m'assassinent du regard. Je sais désormais ce que c'est d'être l'objet d'une haine collective.

Je ressens une solidarité incroyable avec Raymond Domenech.

8h26: Je m'assieds et boucle ma ceinture sans la ramener. L'avion s'apprête à s'élancer sur la piste. Et fait incroyable: je n'ai pas peur. Mais alors pas du tout. Je n'en ai tout simplement pas la force.

Edit: Je vous signale l'excellentissime dessin de Pénélope sur un sujet pas si éloigné, qui aurait pu, si j'avais été du genre sans gêne qui ne s'embarrasse pas des droits d'auteur, pu illustrer à merveille ce billet. Rah, quel talent tout de même, cette miss !

Objets volants non identifiés

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Donc hier, j'ai pris un avion très tôt pour revenir de Madrid. Le genre d'avion que tu dois te lever avant 6h du matin pour le prendre, même si tout le monde dit toujours que rien ne sert d'arriver trop tôt à l'aéroport, il se trouve que mon léger problème avec ces engins volants me rend la vie un poil compliquée les jours où je le prends. Ok, bonne à enfermer. Ou pire, à aller témoigner dans une émission de Delarue.

Allez, je vous raconte.

4h39: Réveil en sursaut. Où est mon téléphone, en plus c'est bientôt l'heure de me réveiller et si je ne le trouve pas je vais rater mon avion.

4h41: Téléphone retrouvé. Putain il ne me reste plus qu'une heure à dormir, il faut que je me dépêche. Sauf que je ne suis pas sûre de savoir comment me dépêcher pour me rendormir. Ce qui est un vrai problème.

5h12: En même temps l'intérêt de ne pas arriver à me rendormir c'est que j'ai peu de risques de ne pas entendre mon réveil. CQFD. Je suis brillante.

5h24: Est-ce que ça vaut le coup ou non de me rendormir, c'est la question.

5h34: Là c'est évident que ça ne vaut plus la peine. Je vais rester quand même dans le lit jusqu'à ce que l'alarme sonne.

5h45: Je confirme ça ne valait pas le coup, j'étais bien plus en forme il y a dix minutes, là j'ai l'impression qu'il est 23h55 et que la nuit est devant moi.

5h55: Où est mon billet électronique ? J'ai perdu mon billet électronique. C'est l'horreur, merde, il est où, ce chien de billet électronique ? Les éléments sont contre moi, c'est mauvais signe, putain, c'est TRES mauvais signe. Ou alors c'est justement un coup de pouce du destin. Pour m'éviter de prendre le vol A4566 qui va se scratcher au dessus du pays basque. Sans moi rapport que je n'aurai pas retrouvé mon billet électronique à temps.

5h56: Dans ma main gauche. Il est dans ma main gauche. On oublie cette histoire de pays basque alors qu'on ne le survole certainement pas. Ok, je suis opérationnelle. Je mets immédiatement ce damné billet dans la poche intérieure de mon sac avec mon pass…

Merde, le con, il s'est barré.

5h57: Là. Il est là, dans le fond de mon sac. Je le laisse, au moins je me rappellerai qu'il y est.

6h01: Je me douche rapide et ensuite je m'habille et je fais un tour de la chambre pour être sûre de ne rien oublier. Surtout mon chargeur, j'en suis au quatrième oublié dans une chambre d'hôtel. Grâce à moi il y a un trafic parallèle de chargeurs blackberrys. Je fais plonger le marché, c'est évident.

6h03: Chargeur qui est donc bien dans ma valise. Je le sors et je le mets bien en évidence pour ne pas l'oublier.

6h15: Une douche et ça repart.

6h17: C'est quoi ce string ? J'ai jamais pris de string, je rêve ou quoi ?

6h16: Au temps pour moi c'est mon soutien-gorge. Et ma culotte… Ma culotte est avec mon passeport et ça c'est extrêmement bizarre.

6h18: Cool il me reste dix minutes pour faire le tour de la chambre et ensuite je ferme. Et ensuite je prends mon taxi. Et ensuite je monte dans l'avion.

6h21: Sauf si le volcan s'est remis à cracher.

6h22: Cette saleté de volcan.

6h23: Qui aurait tout de même pu être un peu plus endurant. Histoire que plus jamais je n'ai à subir l'épreuve de l'avion. Après tout il y a de formidables reportages à faire en banlieue parisienne. Sans compter tout ce qui est protection de la planète.

6h24: ça me rend malade quand j'y pense. On avait une occasion rêvée d'en finir une bonne fois pour toutes avec les émanations de CO2 et pan, voilà que l'autre crétin au nom imprononçable ne tient pas sur la longueur. Volcan de mes deux.

6h25: Où est mon passeport ?

6h26: Dans le fond du sac, parfait, même si on se demande comment il s'y est retrouvé. Par contre mon téléphone, aucune idée. Je suis mal.

6h27: Sur la table de nuit.

6h28: Je récapitule: passeport, ok, carte bleue, ok, billet électronique… ok, téléphone, c'est bon. Vamos.

6h29: Chargeur. J'y ai pensé. J'ai pensé au chargeur AVANT d'être en salle d'embarquement. c'est un signe. Et à mon avis, pas un bon. Tant pis, je prends le risque de partir quand même. Dès que j'ai retrouvé ma clé électronique. Qui est dans la porte. Tout va bien, je ferme et j'appelle l'ascenseur.

6h30: Mon ordinateur. Resté sur le lit. C'était moins une. C'est pas comme si c'était important non plus, hein.

6h31: Hola quetal signor, aeroporto por favor, terminal due… dos, quoi.

7h00: Vol pour Paris, Gate E 72. Jusqu'ici tout va bien, ces chiffres me parlent, pas de 3, c'est un signe.

7h02: Mon passeport. Merde, mon passeport. Il est resté dans la salle de bain, c'est sûr.

7h03: Hola signora, ouno momento por favor, I have lost my pass… ah, no, it's here, my god, thanks.

7h05: La signora ne semble pas vraiment désireuse de partager une bière avec moi. Ni même un moment de franche camaraderie.

7h07: Donc: mes chaussures dans un bac, ma trousse de toilette dans l'autre, mon ordinateur dans un troisième. Ma valise-cabine là, mon sac à main, tout y est, allez, zou, tout ce petit monde passe au scanner et on n'en parle plus.

7h08: Hein, quoi, what ? Passeport ? Putain mais je VIENS de te le montrer, signorita, ça va, là, non ?

7h10: Non, ça ne va pas, même en espagnol je comprends.

7h12: D'accord, d'accord, on ne va pas appeler la police des frontières de suite, hein, on se calme, mon passeport, s'il n'est pas retourné avec ses petites jambes dans la salle de bain de l'hôtel où d'ailleurs il n'a jamais été, devrait se trouver…

7h13: Dans ma main droite.

7h14: Je ne suis pas folle vous savez.

7h16: Je remets mes chaussures, je range mon passeport, ma carte d'embarquement ici, ma carte bleue dans ma poche pour acheter des cigarettes. Je remets mon manteau, je récupère ma trousse de toilettes, je referme ma valise. 

7h18: Ma valise qui est…

7h19: Ma valise qui est…

7h20: MA VALISE QUI EST…

7h21: Sur le tapis.

7h22: C'est complètement con une valise. Tu crois que ça te ferait un signe, quelque chose ?

7h23: La prochaine fois je ne prends RIEN, j'achète des slips en papier et je garde le même jean. Et je me couds mon putain de passeport à l'intérieur du manteau, histoire qu'il arrête de vouloir se planquer dans la salle de bain.

7h32: Il n'empêche que je ne voudrais pas dire, mais mise à part une légère angoisse d'oublier mes affaires ce qui est entre nous d'une grande banalité en plus d'être totalement légitime, je suis plutôt zen. A peine si j'ai fait gaffe à ne pas marcher sur les lignes blanches par terre.

7h34: Mais là ça ne compte pas étant donné que c'est connu que ça porte singulièrement la poisse aux gens qui s'apprêtent à prendre l'avion.

7h35: Par exemple, là, l'inconsciente devant, je ne donne pas cher de sa peau, elle n'ar-rê-te pas de piétiner la ligne.

7h36: Putain, elle s'assied Gate E72. MA GATE. Elle prend le même vol que moi.

7h38: A cause de cette femme d'un égoïsme inouï et n'ayant aucun sens des responsabilités, on va tous y passer. Alors que je me donne un mal de CHIEN depuis ce matin à éviter tout ce qui ressemble à une ligne blanche.

7h41: Je suis à bout.

7h42: Mon passeport. Merde, mon passeport.

7h43: "Passengers for Paris-Orly, please, passengers for Paris-Orly"

7h45: La signorita n'en a rien à foutre de ma carte bleue. Ni de ma carte vitale. Encore moins de mon pass navigo.

7h46: LE VOILA !!! J'en pleurerais. Le bâtard était dans la poche intérieure de mon sac. Comme si c'était le moment de se planquer hein. "Objets inanimés avez vous une âme", se demandait l'autre illuminé, ben te casses pas, j'ai la réponse.

7h49: Tout va bien. Si ce n'est cette histoire de ligne blanche mais je SAIS que ça n'a aucun sens. Je le SAIS, le docteur me l'a dit, tout ça c'est mon esprit qui me joue des tours, c'est le syndrome de l'empêchement, qu'il a dit. Mais sinon, franchement, je suis fière de moi. Mon coeur bat normalement, je n'ai pas de suées ni de pensées obsédantes – mon pass… ta gueule – tout ça alors qu'on décolle dans moins d'un quart d'heure.

7h50: Je crois que c'est ce qu'on appelle avoir grandi.

7h51: Ou vieilli. Mais dans le bon sens du terme.

7h52: Pas sûre qu'il y ait un bon sens du terme pour le mot vieillir, cela dit.

7h53: N'empêche que si j'étais celle d'avant, celle qui faisait l'oeuf comme une possédée dès l'entrée dans l'avion ou qui étudiait le langage corporel des hotesses à la loupe, je cèderais à cette petite voix perverse qui me murmure à l'intérieur de ma tête que je ne suis plus tout à fait sûre d'avoir remis mon ordinateur dans ma valise après le passage au point de sécurité.

7h54: Alors qu'il faudrait être complètement demeurée pour faire un truc pareil. Perdre son passeport, passe encore, mais là, hein, y'aurait moyen d'aller "voir quelqu'un" pour les dix années à venir.

7h55: En même temps, je SAIS que c'est encore une manifestation de mon inconscient qui veut m'empêcher de prendre cet avion, mais ça ne coûte rien de vérifier si tout est en ordre dans ma valise que je viens de mettre dans le coffre à bagages. J'ai à peine cherché mon passeport depuis ce matin, une performance, on ne va pas mégoter pour si peu, surtout si c'est la clé de la tranquillité.

7h56: Sorry miss, can I just check my bag, just two seconds, thank's.  Voilààààà, j'ouvre le zip de la valise, je passe ma main à l'intérieur et je constate que…

7h57: que je veux ma maman.

7h58: Et aussi mon papa.

7h59: Et surtout je veux mon ordinateur. Qui est certainement quelque part mais pas dans ma valise. Ni dans ma poche. Ni dans celle de mon sac à main. Ni dans mon soutien gorge. Et l'avion part dans 3 minutes.

A suivre…

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