Mois : septembre 2010

Anne Mourat, une sculptrice hors normes

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"Como Dos Extraños", terre crue 2009, 70 cm x 55 cm x 60 cm

Anne Mourat est ma cousine. Enfin, une cousine à la mode de Bretagne, voire du Cotentin puisque très précisémment c'est la fille du cousin germain de ma maman. Une cousine, donc, au 34e degré, que je n'ai… jamais rencontrée.

Mais qui me lit, depuis que ma mère lui a parlé de moi. Et dont je suis les pérégrinations, depuis que ma mère m'a parlé d'elle. Pourquoi cet intérêt mutuel ? Parce que sans s'être jamais vues, on a, et vous avez du vous en rendre compte dès l'apparition de la photo ci-dessus, quelques préoccupations communes. Au hasard ? L'image de soi, le corps, la féminité et la façon dont celle-ci se manifeste, l'esthétique, le poids, la force des femmes, leur beauté. Seule la façon dont cette réflexion se matérialise diffère. J'écris, elle façonne, dessine, sculpte.

Je suis tombée en amour de ses femmes si amples, de ses couples enlacés dansant le tango. Je suis en totale admiration, aussi, devant ce choix si osé de se consacrer à sa passion, avec toutes les embuches que cela implique. Comme Solange, Anne se voue à son art, parce que tout simplement, c'est une nécessité.
J'avais donc envie de vous la présenter, de la laisser aussi expliquer sa démarche, bien mieux que je ne saurais le faire. J'en profite pour vous dire que c'est le genre de chose que j'ai envie de vous proposer cette année, vous donner la parole, mettre sur le devant de la scène des parcours atypiques, des initiatives particulières. C'est que parfois, j'en ai assez de parler de ma pomme, quoi. N'hésitez donc pas à venir vers moi si vous pensez entrer dans ce cadre. Je ne dirai pas systématiquement oui, mais ça vaut le coup d'essayer, non ?

Anne a par ailleurs dans l'idée de mettre en jeu un dessin, dans le cadre d'un concours comme il y en a eu récemment sur ce blog. Dès la semaine prochaine, j'organise ça…

Allez, trève de discours, voici quelques questions que j'ai posées à Anne et ses réponses éclairées, en direct de Dakar, parce que oui, Anne, très inspirées par les femmes africaines, n'a pas à aller très loin pour rencontrer ses modèles, puisqu'elle vit au Sénégal.

Pdr: Quand as-tu commencé à sculpter ?

Anne Mourat: J'ai pris des cours de modelage pendant mes études d'art, au début des années 80 (au Paléolithique, donc) ; j'avais bien accroché, mais à l'époque j'étais attirée par d'autres modes d'expression. 

Plus tard, au Burkina Faso où j'ai vécu 6 ans, j'ai refait du modelage chez les fondeurs traditionnels qui sculptaient leurs œuvres dans la cire d'abeille. Mais j'ai vraiment décidé de me consacrer à la sculpture il y a 10 ans, à Dakar. C'est là que s'est enfin imposé à moi l'évidence : "je suis sculptrice"… A plus de 40 ans, un peu lente, hein, la nana. Par contre, j'ai eu la chance de pouvoir exposer rapidement mon travail dans des galeries à Dakar. En 2005, j'ai été lauréate, avec ma sculpture «La Secrète», de la Bourse des Jeunes Sculpteurs de la Fonderie d'Art Barthélémy. Ca m'a donné confiance pour continuer…

Pdr: Comment travailles-tu, avec quels matériaux, dans quel lieu, etc ?

Anne Mourat: Je modèle l'argile ; pour l'instant, je ne cuis pas mes terres (même si j'ai l'intention de m'y mettre à Dakar dans les mois qui viennent). Je fabrique ou fais fabriquer des moules, pour réaliser ensuite des tirages, en bronze ou en résine.

Je m'inspire toujours de modèles vivants. Je prends de nombreuses photos numériques durant une ou deux séances de pause, ensuite je travaille seule avec les images sur mon ordi. Je dessine des croquis rapides, puis réalise une petite maquette en terre pour me guider dans la construction de la pièce en plus grand. 

Le lieu : un atelier bien à moi, mon cocon, pour de longues heures de solitude heureuse…

Pdr: As-tu toujours sculpté des femmes rondes ?

Anne Mourat: J'ai toujours fait des personnages FORTS. Quand j'ai commencé à travailler la terre, si j'ai sculpté des femmes rondes, c'est parce que je rencontrais, en Afrique, surtout au Burkina, des femmes qui, à la fois musclées et grasses, dégageaient une incroyable impression de puissance et de grâce. Des femmes qui s'acceptaient et s'assumaient avec leurs rondeurs, qui se vivaient séduisantes et séductrices grâce à elles.


Ce qui m'intéresse de montrer, dans l'être humain, c'est sa puissance de vie et "la conjugaison subtile de sa spiritualité et de son animalité" (désolée, je ne sais pas comment te le dire plus simplement…). Et les femmes africaines rondes en dégagent, de la puissance de vie ! 

Depuis quelques temps, je suis davantage tournée vers les portraits, traités à ma façon : personnages représentés jusqu'aux hanches (l'équivalent du "plan américain" au cinéma) ce qui me permet de jouer sur les disproportions entre tête, corps et mains. Mes danseurs de tango ont été réalisés dans cet esprit. J'ai plusieurs projets, dont un autour du thème du couple ; hommes et femmes seront puissants et massifs, je n'imagine pas les faire minces… 

Pdr: Pour toi la beauté passe par la rondeur ?

Anne Mourat: Bon, soyons honnête… Dans la vie quotidienne, non, pas forcément ! La preuve, je fais comme toi, je lutte depuis toujours contre mes kgs pour me sentir séduisante ! Je suis dans les mêmes contradictions, peut-être, que toi… Nous "militons", chacune à notre façon, pour l'acceptation des corps non conformes à la norme en vigueur dans notre culture, alors que par ailleurs nous passons beaucoup d'énergie à l'atteindre, cette norme… Va comprendre…

Une fois de plus, ce n'est pas forcément la rondeur, qui m'intéresse, mais la puissance de vie. 

Pdr: Qui achète tes sculptures ? As-tu l'impression que les femmes les préfèrent aux hommes ?

Anne Mourat: Pour l'instant, mes rondes ont plutôt été achetées par des hommes. 

En fait, j'ai l'impression que les femmes sont un peu dans les mêmes contradictions que celles dont je parlais pour nous, plus haut : séduites par cette représentation sympathique et positive de la rondeur, elles ne passent pas forcément à l'acte d'acheter ; un peu comme si elles n'osaient pas s'affirmer dans leur goût par une telle acquisition. Enfin bon, c'est une interprétation de ma part et je me plante peut-être complètement !

Non, je crois que mes rondes plaisent davantage aux hommes…. Un Monsieur m'a laissé ce commentaire dans le livre d'or d'une de mes expos : "Les femmes d'"envergures" ne vous remercieront jamais assez. Vous avez changé le regard sexuel que j'avais des dames rondes et je vous en serai toujours reconnaissant". Je l'aime trooop cette phrase-là !

 
Pdr: Quels sont les retours que tu as des gens qui viennent voir tes oeuvres ?

Anne Mourat: Les réactions les plus négatives que j'ai reçues ont été pendant le seul Salon d'Art auquel j'ai participé à Paris. C'était curieux : je me suis demandée si la normalisation du standard féminin maigre, lisse et quasi asexué y était tellement forte que les gens (hommes comme femmes) ne supportaient pas de voir des femmes si épanouies… J'ai entendu également des réactions de rejet de la part de personnes qui exprimaient un malaise face à l'animalité trop présente de ces corps.

Mais, quand même, j'ai la chance d'avoir plus de retours positifs que le contraire… Les gens me disent être touchés par l'émotion et la force qui se dégagent de mes sculptures. La rondeur de mes modèles surprend, amuse quelquefois et finalement séduit pour certainement les mêmes raisons que ton blog séduit (entre autres pour ton blog…) : un regard décomplexé, déculpabilisé et non victimisé du sur-poids… Bon, attends, j'essaie de trouver des adjectifs plus positifs : un regard confiant, joyeux, optimiste, coquin sur ce qui sont la réalité et le quotidien de bon nombre de femmes !

Pdr: Où peut-on les admirer ?

Anne Mourat: Elles sont exposées en permanence dans une galerie, "Les Ateliers d'Artistes", à Lourmarin dans le Luberon (Vaucluse).  Sinon, je suis à la recherche d'autres lieux d'expositions, provisoires ou permanentes, qu'on se le dise !

 


Dernière remarque pour conclure : je tiens au terme de "sculptrice", même si je trouve ce mot finalement pas très élégant. Tant pis, en féministe intégriste, je tiens à utiliser le terme féminin puisqu'il existe, même si le correcteur orthographique le goret (masculin de la truie, donc) de mon ordinateur s'entête à le souligner, comme s'il n'existait pas…

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"Abrazo", étude pour la sculpture "Como Dos Extraños", résine patinée 35 cm x 23 cm x 19 cm

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A Mulher Do Meio (La Femme du Milieu) : portrait de la peintre cap-verdienne Misa, tirage en ciment et pouzzolane, Sculpture réalisée dans le cadre de la Première Rencontre Multi- culturelle de Porto Madeira, île de Santiago, Cap Vert, Août 2008
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"Can't Be Nice All The Time" *: bronze, 40 cm x 23 cm x 24 cm
* slogan féministe des années 1970 aux États Unis ; "on peut pas être mignonne tout le temps"…
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Détail de la sculpture en ouverture du billet: "Comos dos extranos"
Pour en savoir plus et admirer d'autres oeuvres: http://www.anne-mourat.com/

Zermati, un an après

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Alors avec Zermati, où j'en suis ?

Disons que je ne peux pas vraiment prétendre m'être détachée de toute considération pondérale. J'en veux pour preuve l'excitation ressentie lorsqu'en lisant l'état des lieux de la maison du bonheur en Corse, j'ai vu, entre "24 assiettes" et "5 casseroles", "1 pèse-personne".

J'aurais aimé vous dire qu'à l'occasion, au milieu du séjour, j'étais tombée complètement par hasard sur la balance reléguée au fond d'un placard. Mais je crains que "tombée par hasard" ne s'applique pas vraiment au fait d'avoir quasiment défoncé au mortier la porte d'une armoire à priori condamnée pour dénicher le fameux pèse-personne.

Quand je l'ai enfin aperçu, j'étais aussi heureuse que si, un dimanche soir en panne de clopes, j'avais finalement retrouvé un paquet plein dans la poche de mon manteau.

Et bien sûr, la comparaison n'est pas fortuite.

On l'aura compris, si je pense avoir intégré pas mal de préceptes inculqués par ce brave docteur Z., il en est un qui pour l'instant me passe loin, très loin du ciboulot. A savoir celui consistant à s'abstenir de contrôler névrotiquement son poids.

Par contre, je sens tout de même que je fais du chemin: en me pesant ce jour là, j'ai en effet vu se confirmer la tendance observée à mon retour de l'île de Ré: 2 kilos au compteur, merci belle maman.

Et bien même pas j'ai trop flippé.

Je veux dire, j'ai flippé.

Mais pas trop.

Pas trop trop.

Par exemple, je n'ai pas prononcé UNE SEULE FOIS de la journée ces mots que je suis capable de répéter jusqu'à épuisement de la partie adverse (= celui qui dans ces moments là regrette d'avoir signé à la mairie):

"J-ai-gro-ssi…"

Suivis de l'inévitable: "Tu trouves que ça se voit ?"

Puis du "TU ES SÛR ?".

Et enfin du "Tu mens".

Non, là, j'ai respiré à fond, et je me suis payé un bon moment de pleine conscience (ou quelque chose qui s'en rapprochait). J'étais à deux doigts de la lévitation.

Et les deux jours qui ont suivi, j'ai simplement suivi mes envies, en essayant d'écouter ma faim. Qui n'était pas énorme, chaleur et plage obligent. J'ai évité LE PIÈGE de quand tu reprends du poids: essayer de le reperdre. En te privant de bouffer les douze premières heures, en voyant des cheeseburgers partout les douze heures suivantes et en finissant par tomber la tête la première dans les canistrelli à la tombée de la nuit en te traitant mentalement de grosse truie sans volonté.

Et on me croit, on me croit pas, mais 48h plus tard, en ayant pourtant sacrifié au rituel du mojito quotidien et mangé des choses aussi diététiques qu'une tarte au figues à se damner ou du lonzu qui pue le cochon gras à 20km, j'avais reperdu mes deux kilos.

Surtout, mis à part ce passage obligé sur la balance – après avoir pissé, à jeun, en retenant ma respiration et en procédant par paliers à la montée sur l'engin -, je n'ai pas beaucoup pensé à "ça".

Je crois que c'était le premier été que j'étais aussi détachée. Dans la mesure de mes moyens, on est d'accord, merci Einstein et la relativité.

Tout ça pour dire que je suis rentrée avec un poids identique à celui du mois de juillet. Avec surtout la preuve que oui, je pouvais reprendre. Et ne pas en mourir.

Maintenant, je mentirais si je disais que je me fous éperdument de ces kilos en moins, un an après avoir commencé ma thérapie. L'année dernière, je vous avais expliqué que c'était en regardant les photos de mes vacances et en me demandant qui était cette grosse femme dessus que j'avais décidé de téléphoner au docteur Z. Je vous avais même montré les photos en question. Sauf que je n'avais pas mis en évidence LA photo qui m'avait fait tant de mal. Personne n'a envie de s'exhiber sous son plus mauvais jour, hein.

Et puis hier, en faisant le tri de la cuvée 2010, je suis tombée sur un cliché pris par le churros, exactement au même endroit. Mis à part le fait que mon aimé n'a aucun lien de parenté avec Helmut Newton et n'en aura jamais, je dois bien le reconnaitre: voir la transformation de mon corps en douze mois m'a procuré une satisfaction certainement exagérée.

Je sais que j'aurai "avancé" quand j'aurai fait la paix avec cette femme que je me refuse à apprécier encore aujourd'hui sur ces marches. Alors pour cette raison, cette fois-ci je la mets à l'honneur. Parce qu'elle n'a pas moins de valeur que celle que je suis aujourd'hui. Il faut juste que je m'en persuade.

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Ma fille a un blog

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Ici je parle d'elle en l'appelant la grande chérie. Dans la vie, elle s'appelle Lou. Elle a dix ans et c'est ma fille.

Son truc, à part les slims gris, les converse et les dizaines de bracelets brésiliens aux poignets, c'est la lecture. J'avoue, je ne suis pas peu fière. Surtout, j'aime l'idée qu'elle connaisse ce bonheur unique. Celui qui te rend heureuse de rejoindre ton lit le soir parce que tu as rencart. Avec une histoire, des personnages, un auteur.

Sans rire, moi quand je suis dans un bouquin qui m'a pécho, il m'arrive d'avoir cette pensée agréable en pleine journée, l'assurance qu'à un moment, on va se retrouver, lui et moi. C'est comme de savoir qu'il reste un carré de chocolat fleur de sel au fond de la tablette.

Et à la voir se précipiter dès le repas terminé dans son plumard perché pour tourner et tourner les pages de ses livres, je crois qu'elle a attrapé le virus elle aussi.

A tel point qu'elle a eu envie d'en parler quelque part. Et, "non, pas sur ton blog, j'ai envie d'avoir mon truc à moi, tu comprends" ?

Ok, ok, ok.

Bref, elle s'est débrouillée comme une chef, aidée par le meilleur copain du machin déjà à la tête d'un blog de manga, et le blog de Louminette a pris vie. Louminette c'est comme ça que l'appelle sa manou.

Je lui avais promis que lorsqu'elle aurait écrit cinq billets, j'en parlerais ici. C'est chose faite. Si vous avez des enfants de son âge, n'hésitez pas à leur donner l'adresse, je crois qu'elle adorerait avoir des commentaires ;-).

Et voilà, mon bébé a un blog.

Je vous laisse, je crois que cette fois ci c'est bon, je dois de toute urgence aller parler de tout cela à "quelqu'un".

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