On est lundi et je vais pousser mon cri.
Contre quoi cette fois-ci suis-je en pétard ?
Contre une pub.
Qui fleurit sur tous les arrêts de mon tramway. Histoire que toutes les 4 minutes environ je me re-énerve.
Une
pub, donc, pour un médoc. Déjà, personnellement, si j'étais présidente de la république, j'interdirais de
faire de la retape pour les médicaments, au même titre que pour
l'alcool ou les clopes. Je ne veux pas dire mais on meurt aussi en France
de trop se gaver de saloperies qui non seulement ne nous font pas de
bien mais enrichissent grassement les labos, seule industrie
actuellement épargnée par la crise, et pour cause.
Fin de l'apparté.
Là, cette pub m'agace autrement que celles pour l'ibuprofène ou le paracétamol.
Parce
que ce qui nous est vendu, à grand renfort de balance en forme de croix
de pharmacie, c'est Alli. La pilule qui fait soit-disant maigrir.
Alors
qu'en vrai, elle te fait juste chier. Et dans tous les sens du terme.
Parce que crois-moi, rejeter par le fondement tout le gras des
aliments que tu as boulotté, ça fait VRAIMENT chier.
Je ne parle
pas en connaissance de cause, la dernière nutritionniste consultée par moi même en
2006, avait refusé malgré toute mon insistance de me prescrire la
bête. Probable qu'elle ait détecté chez moi le genre de bécasse prête à
s'enfiler la double dose avant de se gaver de tiramisu. Parce que bien
évidemment, le fantasme de toute personne dotée d'un IMC de
compétition, c'est de maigrir tout en continuant de se faire péter la
panse.
Sauf que c'est un fantasme voué à le rester.
Et Alli pas
plus qu'une autre pilule ne permet de fondre tout en bouffant. D'abord
parce que donc, à moins de se balader avec un sani-broyer sous le bras,
la molécule présente quelques inconvénients déjà développés ci-dessus,
je n'y reviendrai pas, on est lundi matin, amis de la poésie restez
parmi nous. On résumera qu'au lieu de "faire gros", tu "fais gras". Et
liquide. Et à n'importe quel moment. Et sans pouvoir te retenir. J'ai une amie qui a tenté, elle s'en souvient encore et y a laissé quelques jeans. Tu te souviens des pets foireux au suppositoire à l'eucalyptus qui te filaient la grosse honte rapport à l'odeur et à la tache de gras sur le pantalon quand t'étais gosse ? Ben là c'est comme si tu t'étais enfilé une demi-douzaine de boîtes desdits suppo et qu'ensuite tu te gavais de pois-chiches au jus de chou-fleur. Imagine.
Bref, si tu prends Alli, tu oublie toute vélleité de vie sociale.
Sauf.
Sauf si tu ne manges pas gras.
Donc si tu fais régime.
Auquel
cas Alli ne sert à rien puisque son seul pouvoir consiste à piéger les
lipides et à les envoyer manu militari à la déchetterie.
Bref, en gras
gros, ça peut éventuellement t'aider à manger du vert assaisonné de
citron. Histoire d'être analement autonome plus de douze minutes par
jour.
Le problème c'est que bien évidemment, les gamines
désespérées à l'idée d'exploser dans leur maillot cet été vont être
tentées. Que les boulimiques également. Que des personnes en mauvaise
santé mais ne le sachant pas, aussi. Et que tout ce petit monde va
pouvoir s'en procurer sans ordonnance à la pharmacie.
Ah, bien
sûr, on va m'objecter que justement, le pharmacien n'a pas le droit de
vendre la came à quiconque n'aurait pas un IMC supérieur à 28. Ce qui
est bien sûr très facile à voir au premier coup d'oeil. Et qui suppose
que le pharmacien ait envie d'être consciencieux. Et se souvienne qu'il
n'est pas uniquement un vendeur de produits amincissants. Ok, ça existe
sûrement. Après tout, ce n'est pas parce que je n'en ai pas rencontré
qu'il n'y en a pas.
Quoi qu'il en soit, je me souviens qu'à 14
ans, un nutritionniste très respecté m'a prescrit de l'Isoméride.
Médicament qui s'est avéré des plus dangereux et a tué bon nombre de
femmes, mortes pour avoir voulu modérer artificiellement leur appétit.
Par chance, je n'ai pas supporté le traitement et l'ai arrêté.
Mais
je m'interroge. Combien de temps avant qu'on apprenne qu'Alli présente
quelques anom-alies ? Combien de temps pour que celui-ci aussi soit
retiré du marché ? Comment se fait-il qu'avec tous ces précédents, on
ose faire de la retape sur le chemin du travail pour que des femmes
victimes de diktats insupportables se rendent malades, histoire de
perdre au mieux quatre kilos ? Sachant que les soit-disant cibles du
médoc, si elles ont un IMC supérieur à 28, doivent se délester de bien
plus de quatre kilos si elles veulent "entrer dans la norme" ?
La
réponse, bien sûr, je la connais. Derrière toutes ces affiches, c'est
un paquet de fric qui est en jeu. Et oui mesdames, nos kilos sont pour
certaines compagnie de l'or. Tous ces cacas que vous allez faire grâce
à Alli, ce sera autant d'argent dans les poches du labo qui le
fabrique. Et après on dit que l'argent n'a pas d'odeur…