Elephanz: deux garçons dans le vent

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Hier j’ai rencontré Jonathan Verleysen, aux manettes avec son frère Maxime du groupe Elephanz, l’un des plus prometteurs de la scène française (je suis la critique musicale). J’aime bien parfois sortir de mon domaine de compétence, la musique en effet m’accompagne quotidiennement mais je n’ai en la matière que très peu de connaissances précises, ma carrière de guitariste ayant avorté le jour où mon prof, dont j’étais amoureuse, a cédé sa place à sa femme, lui même ayant des projets plus excitants que d’enseigner trois accords à une dyslexique des mains.

Pour une interview pointue sur les influences de ce jeune groupe, il faudra donc repasser. En revanche, comme à chaque fois que je me trouve face à un artiste, un vrai, un qui a décidé un beau jour que sa vie ce serait ça, manger parfois de la vache enragée parce que c’est le prix à payer pour assouvir sa passion, je l’ai interrogé là dessus: comment devient-on ce que l’on a toujours rêvé d’être ? Comment se passe le processus créatif ? Quelles sont les sources d’inspirations ? Et s’il était une ville ? (j’ai fini par mon habituel petit portrait chinois, je suis l’impertinence journalistique). Voici un peu en vrac et pas tellement dans l’ordre ce que j’ai retenu de ce joli moment au Zimmer, qui devient peu à peu « mon » endroit, et même si aucun serveur ne m’y reconnait (fantasme number one de la wanabee parisienne que je suis), j’avoue, j’adore prononcer ces mots puants de prétention: « voyons-nous aux Zimmer, c’est là que je fais mes interviews ».

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Donc. La musique pour Jonathan et Maxime a toujours été une affaire de famille. Leur père, mélomane et fou de jazz, a tenu à ce qu’ils suivent des cours de solfège et à ce qu’ils apprennent à jouer d’un instrument. « A 13 – 14 ans, on a fait comme tous les ados, on a tout rejeté en bloc« , raconte Jonathan. Trop tard toutefois, le virus avait eu le temps de contaminer toutes les cellules de leurs organismes et quelques années plus tard, ils ont tous deux replongé. Jonathan d’abord, seul dans un premier temps et tout en suivant parallèlement des études de droit. « Pendant quelques années j’ai écumé les bars et minuscules salles, seul ou accompagné d’un ou deux musiciens. Mais je n’allais pas forcément très bien, j’étais seul, même sur scène, même face à un public, j’étais seul. » S’il ne regrette pas ces errements du début, c’est parce qu’il en est certain, « ils ont été le terreau de la suite ».

Et quand soudain Maxime et lui écrivent ensemble leur premier morceau, alors qu’ils n’avaient jusque là pas vraiment pensé faire ça tous les deux, il y a comme une évidence. Dès lors, tout s’enchaine « très vite », avec une invitation aux transmusicales de Rennes et une succession de dates, dans des salles de plus en plus combles. Quelques concerts et titres plus tard, Elephanz « monte à Paris » et sort son premier album et le single éponyme, « Time for a change ».

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« Cet album, c’est à la fois le fruit d’années de travail et en même temps quelque chose qui semble irréel tant il s’est imposé à nous naturellement », explique Jonathan. Si le groupe compte aujourd’hui deux autres musiciens, Clément et Thibaud, la composition et l’écriture des chansons est exclusivement assurée par les deux frères, dans un travail « fusionnel ». Parfois ils cogitent chacun de leur côté, parfois ensemble. « On peut tout se dire, « c’est nul », « j’adore », « il faut encore bosser sur celle là », etc. C’est une relation qui a la chance d’échapper à toute notion de susceptibilité ou de rancœur. »

Les titres de l’album sont la plupart en anglais et sont autant de ballades parfois un peu cyniques, souvent tendres et poétiques, décrivant des anti-héros un peu désabusés, un peu perdus dans le tourbillon d’une vie qui semble leur échapper. Les refrains sont restent immédiatement en tête et le tout distille un charme qui n’est pas sans rapport avec le charisme de ces deux frangins de Nantes. Elephanz parvient en outre à être à la fois d’une modernité absolue – avec des arrangements qui ne sont pas sans rappeler ceux de groupes comme Phoenix ou Cassius (non mais en vrai je touche à mort) tout en assumant un héritage directement inspiré des idoles de l’enfance: les Beatles, mais aussi les Pixies, Kinks ou Bowie.

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Et puis même si Jonathan et Maxime ne boudent pas leur plaisir d’avoir signé dans une belle maison de disque, de voir leur album sortir au Japon et de préparer une tournée longue comme le bras pour 2014, on sent que l’objectif avant tout reste celui de jouer, de composer, d’écrire – « un corps à corps avec le piano, durant lequel les notes viennent, comme nourries par des expériences dont je n’avais pas idée au moment où je les vivais qu’elles m’inspireraient ensuite cette mélodie » – et aussi, peut-être surtout, se produire sur scène, « pour prendre cette dose hallucinante d’adrénaline et d’énergie, quelque chose qui pourrait rendre dingue tant c’est bon et puissant ». Et puis Jonathan et Maxime ne détestent pas cette étiquette de « groupe de Nantais »: parce qu’ils ne veulent pas oublier d’où ils viennent. « Cette référence à Nantes vient nous rappeler le chemin parcouru, la façon dont nous nous sommes construits en douceur, discrètement ». En d’autres termes, Jonathan et Maxime ne sont pas des étoiles filantes propulsées sur le devant de la scène par tel ou tel programme télévisé, sans ossature pour amortir la chute en cas de désamours subit des caméras.

Bref, pour l’instant Elephanz n’a pas pris le melon et profite des courants ascendants, sans toutefois perdre ce petit je ne sais quoi de vigilance et d’incertitude, peut-être parce que les doutes sont aux artistes ce que le soleil est à la lune, le ying au yang, les crêpes au Nutella, Paul à John… (arrêtez moi).

Allez, je conclus ici ce billet fleuve et je vous laisse avec le petit questionnaire de Proust (mini) et le clip de « Time for a change », que j’écoute en boucle depuis quelques jours. Vous pouvez d’ailleurs télécharger l’album d’Elephanz ici.

Bonne journée…

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Alors Jonathan…

Si tu étais un film ? Manhattan, de Woody Allen.

Si tu étais une ville ? Nantes.

Si tu étais un roman ? « Risibles amours » de Kundera

Si tu étais une actrice ? Scarlett Johansson

Si tu étais un souvenir ? Je crois que ce serait cet après-midi avec mon grand-père, j’avais 12 ou 13 ans. Il était sculpteur et m’apprenait à dessiner. Un jour, je suis venu dans son atelier, il y avait une jeune femme venue pour poser, nue sur le sofa. Mon grand-père m’a donné des crayons et je l’ai dessinée avec lui. J’étais ému, fasciné, intimidé. Je m’en souviens comme si c’était hier…

Edit: Demain Elephanz est en concert au Ferrailleur à Nantes. La tournée débute fin Janvier 2014, toutes les infos et les dates sont sur la page FB du groupe.

 

45 comments sur “Elephanz: deux garçons dans le vent”

  1. lilou17 a dit…

    Tu es peut-être la critique musicale, je ne suis pas critique littéraire (loin de là). Mais, je ne sais si ton texte est sorti d’une traite, en tout cas j’ai eu un plaisir particulier à le lire.
    Bon à part ça merci pour la découverte, je vais pouvoir me la péter devant mes fille branchées musique !

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    • Caroline a dit…

      ça me touche beaucoup Lilou17, j’ai bien aimé l’écrire et d’une manière générale j’aime bien l’exercice du portrait, l’idée étant d’arriver à intéresser des lecteurs pas forcément concernés par la musique ou la naissance d’un groupe rock. Alors si j’ai un peu réussi, c’est chouette 🙂

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  2. Plum' a dit…

    J’avais entendu il y a quelques temps sur une radio (ouï fm ?) une session avec notamment une reprise de ‘poupée de cire’ de F.Gall, j’avais bien aimé à l’époque…

    Bonne et douce journée 😉

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  3. Blanche neige a dit…

    Han mais le Zimmer, c’est juste à côté de mon nouveau chez moi. La prochaine fois, fais un petit crochet par chez moi qu’on se prenne une petite coupe histoire de fêter ça.
    C’est quand même grâce à toi et tes lectrices que je suis sortie de la mouise.
    D’ailleurs, sans rire, j’aimerais bien à la rentrée, quand j’aurais fait un peu de place avec les cartons, organiser un petit apéro champ avec les filles (et garçons) qui veulent venir, pour vous remercier tous de m’avoir aidée.

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  4. inidil a dit…

    ah là je me devais de commenter! Ces charmants jeunes hommes étant de chez moi (enfin de ma ville d’adoption que j’aime d’amûûûûûr!!), je les ai vu 2 fois en concert, la première fois un peu par hasard il y déjà 3 ou 4 ans, et je confirme qu’ils sont plutôt doués! En tous cas moi j’avais assez accroché. (Bon par contre c’est con je serai à Paris demain… 🙁

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  5. Agoaye a dit…

    Eh bien moi non plus je ne connaissais pas, mon Deezer ne m’a pas encore emmené vers eux (oui parce que bien souvent je me laisse guider par les recommandations Deezer…
    Ou alors c’est parce que je suis tellement obnubilée par les Fatals Picards qu’ils me prennent toute la place dans le cœur, la tête et les oreilles (c’est possible en fait) (oh, et puis au passage, d’ailleurs je fais gagner le dernier CD des FP dans mon concours d’aujourd’hui, si ça intéresse quelqu’un !!)

    Sinon, très jolie interview. Perso je m’entraine (mais chuuuut, c’est un secret…)

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  6. Marje a dit…

    Merci beaucoup pour cette découverte … Peut-être de quoi boucler certains cadeaux de Noël et pourquoi pas le mien d’ailleurs ? J’ai aussi cru que c’était le Churros !

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  7. carole a dit…

    Ca ressemble un peu à Pony pony run run? Ok, j’arrête, je suis pas critique musicale pour un sou..néanmoins, je dodeline de la tête, ce groupe est bien sympathique à écouter, et s’ils sont passés aux trans…:).

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  8. Isabelle a dit…

    Ce matin, je suis passée devant le Zimmer, et près de la fenêtre, une femme aux cheveux blonds savamment ébouriffés, discutait avec deux hommes. Malgré mes efforts, je n’ai pas été très discrète, et un des hommes devait se demander pourquoi je les zieutais comme ça. Bon bref, en tous cas, ce n’était pas toi ! je t’aurais fait un tout aussi discret coucou de la main !
    J’aime beaucoup le Zimmer, synonyme pour moi des premiers cafés parisiens fréquentés à mon arrivée à Paris.

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  9. reine a dit…

    Arrete …..j ai mis deux ans a me faire reconnaitre par Jojo le serveux du rade d Aligre ou je vais prendre mon apero tous les dimanches apres le marche. Et maintenant je suis toute bouffie d orgueil quand il me salue et qu il m apporte direct mon Martini blanc ET mes olives vertes….La vanite se faufile vraiment n importe ou !!! J ai fait sc po aussi…..ca doit etre ca..

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  10. Mouette a dit…

    Ben oui, moi aussi j’ai cru que c’était ton officiel. C’est trop le même !!!
    Je me suis même dit que vous aviez bien de la chance de pouvoir vous offrir un café en semaine, en terrasse et de jour à Paris !!! (Pour moi le comble du luxe par les temps qui courrent because enfants, tarifs prohibitifs, nuits qui tombent trop vite et incompatibilité d’agendas ! )

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  11. lavieacinq a dit…

    Merci pour ce bel article!!
    Je connais Elephanz, je les ai même vu en concert!!! Yeahhhh!!! alors, franchement, j’ai adoré ton article!!
    Les photos sont magnifiques! De qui sont elles? (j’aime particulièrement la troisième)

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  12. AnneduSud a dit…

    Je trouvais qu’avec le Churros vous formiez un très beau couple!
    Et puis l’expression : dyslexique des mains, j’adore. Je ne manquerai pas de la ressortir à mon homme quand je râle qu’il ne soit pas capable de planter un clou… Suis au boulot donc pas possible d’écouter mais je n’y manquerai pas ce soir.

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