Mois : février 2010

Up and Down

Lipstick

C'est parti pour un up and down, parce que ça faisait longtemps, non ?

Up. Benjamin Biolay, que j'ai vu en concert il y a une semaine et qui m'a fait pleurer en chantant "ton héritage", danser en rappant "A l'origine", emportée avec sa Superbe et fait rentrer au bercail avec Lyon Presqu'île. J'aurais adoré écrire cette phrase de Simone de Bougeoir (ok, j'adorerais écrire chacun de ses mots, c'est le genre de blog que je me refuse presque à lire parce qu'après je n'ai qu'une envie, arrêter le mien, pas la peine, la barre est trop haut). Cette phrase donc: "Il était très très beau et, surtout, il transpirait le sexe (malheureusement, on dirait que le sexe fait graisser les cheveux).". Bref, franchement s'il passe près de chez vous allez-y, il ressemble à Benicio del Toro en plus. Pas été aussi émue en concert depuis Bashung. C'est dire.

Up aussi. Ouais, c'est ma semaine masque et la plume. J'ai vu, samedi, Stéphane Guillon au théâtre Dejazet. Rien que pour la salle ça vaut le coup, l'endroit est de ceux dont on dit qu'il est "chargé d'histoire". Et là ce n'est pas galvaudé. Poussiéreux comme j'aime, avec tentures rouges, peintures murales et fresques au plafond. Et Stéphane Guillon alors ? Alors il est drôle, grinçant, percutant. J'avais peur de trouver ça long, je veux dire j'aime ses chroniques mais deux heures, quoi. Et non, ça file aussi vite que son débit et en plus lui aussi sent le sexe et sans cheveux gras en prime. A un moment je me suis dit qu'il me faisait un peu le même effet que Docteur House. Même méchanceté qui titille le zizi. Et puis rien que pour le voir dans la peau d'un photographe de match racontant le shooting de BHL en Afghanistan ça vaut le coup. Sans compter que c'est le meilleur imitateur au monde de Nicolas Sarkozy.

Up encore (oui, call me bisounours-girl): Le clown bar, auquel on est allés manger après Guillon. Tout petit troquet attenant au cirque d'hiver. Ils servent tard des plats de famille, sans chichi et pas trop cher (pas donné non plus). Surtout, ils font des frites maison qui n'émeuvront pas ceux qui ont la chance d'avoir une vraie baraque à patates à proximité mais qui feront grimper aux rideaux tous les allergiques aux surgelées qu'on nous vend habituellement. Mention spéciale également à leur moelleux au chocolat valrhona (et une petite pensée au passage pour Caro d'Ardèche).

Down: The mentalist. J'ai beau y mettre du mien et regarder épisode après épisode (en version française, ceci explique peut-être cela), je n'arrive pas à comprendre l'hystérie collective autour de ce truc, ça ne me parle pas plus que ça. Ok, l'acteur est une sorte de docteur mamour en blond et a le regard yummy-yummy mais bon, pas de quoi faire peur à Greg House.

Down: Le mois de février qui certes est très court mais qui a le tort d'empêcher mars d'arriver plus vite. Lui même étant un sacré obstacle à Avril, ce dernier freinant l'arrivée de Mai. Mai qu'on aime puisque Juin n'en est pas loin.

Down: Le saucisson lyonnais acheté à mon charcutier parisien. Pas mauvais, non. Mais un saucisson de Lyon on l'achète à Lyon et c'est tout. Parce que fabriqué à Paris, il perd en route ses pistaches et ce goût inimitable qui fait qu'on se dit que c'est mortel le saucisson de Lyon. Non ?

Up: Mon lipstick Loreal True Red, acheté à Pas-cher et qui ne me vaut que des wow, des ouah, des Oh et des Ah. Si j'avais su que ça valait tous les talons du monde et même les kilos perdus, je n'aurais pas attendu 38 ans pour mettre un vrai rouge qui pute pète sur mes lèvres. Et en plus il hydrate, parait. Note que j'y crois pas, à ces machins deux en un. Mais il est vraiment va va voum et du coup, je m'invente que moi aussi…

Les larmes de Tarzan

Les-larmes-de-tarzan  Lui c'est Jane et elle c'est Tarzan. En vrai, c'est Mariana mais comme elle lui est tombée dessus sur une plage suspendue au bout d'une tyrolienne, il n'arrive pas à l'appeler autrement que Tarzan.

Lui, c'est un jeune homme très comme il faut, blindé de thunes un peu à l'insu de son plein gré après avoir – très bien – revendu sa boîte. Il aime les femmes mais pas plus que sa Lamborghini et ne voit pas du tout l'intérêt de se coltiner ces machins qui ont toujours une morve verte qui coule de leur nez et qu'on appelle des enfants.

Elle, elle est pauvre comme Job, et encore, à côté Job, ce serait Bill Gates. Elle élève ses deux enfants seule, depuis que l'amour de sa vie, un poète un peu schizophrénique sur les bords – et aussi sur le milieu d'ailleurs – est parti on ne sait où. Elle en est sûre, il va revenir. Mais en attendant, elle se bat tous les jours pour que ses enfants mangent à leur faim, même si certains soirs c'est nesquik pour tout le monde et c'est à peu près tout.

Quand elle lui est tombée dessus sur cette plage, la peau tannée et vêtue d'un seul bas de maillot duquel dépassaient des touffes de poil, il l'a regardée et pensé que ses petits seins ressemblaient à des oreilles de basset. Il l'a trouvée insupportable et puis mon dieu, quels horribles enfants elle avait, le plus petit tout pisseux, non merci, au-revoir Tarzan.

Quand à elle, elle s'est dit qu'il était puant et imbuvable, en plus d'être sans humour.

Et puis…

Et puis bien sûr, comme toutes ls histoires d'amour qui commencent très mal, ils ont fini par se sauter dessus et découvrir qu'en dépit ou à cause de leurs abyssales différences, leurs corps, eux, n'en finissaient pas de s'électriser. Et puis, les oreilles de basset, manifestement, ça peut être sacrément érotique, s'est dit Jane, qui s'est mis à trouver toutes les bimbos fraichement épilées et foutues comme des barbies complètement fades et sans saveur.

Je m'arrête là, parce que le mieux avec "Les larmes de Tarzan", c'est de le lire. Je vous préviens, ça passe vite, très vite, parce que Jane et Tarzan, on les aime d'amour, sans parler de tous les personnages secondaires décrits avec une tendresse incroyable par Katarina Mazetti.

Oui, Katarina Mazetti, l'auteur du "Mec de la tombe d'à côté", un des bouquins que j'ai le plus aimés l'année dernière.

Je ne saurais dire si celui-ci est mieux ou pareil, il se trouve que le procédé narratif est le même, une fois l'un, une fois l'autre qui raconte et que le sujet est sensiblement identique: comment s'aimer quand tout vous sépare ?

Sauf que c'est totalement différent, d'autres univers, d'autres personnages. Mais on retrouve en revanche l'esprit engagé de l'auteur qui décrit avec un réalisme incroyable la dure condition des femmes seules avec enfants, héroines du quotidien qui se démènent comme des diablesses pour leurs minots. Sans pathos aucun bien sûr, sa marque de fabrique étant un humour potache et caustique qui balaie tout sur son passage.

Voilà, je m'arrête là, je pourrais en parler des heures tellement je suis tombée en amour de Katarina Mazetti qui sait me faire rire et pleurer, vibrer, même, et qui écrit des scènes de cul comme jamais je n'en avais lues jusque là.

Edit: Un grand merci à Mlle E. pour ce livre, il faut arrêter de me gâter maintenant ou alors je vais vraiment y prendre goût…

Sur-exposée

DSC_0025

"Vous vous exposez trop, faites attention".

C'est le docteur Zermati qui m'a mise en garde lundi. Attention, aucun jugement de valeur dans cet avertissement, ni critique de mes billets sur la thérapie. Non, ce qu'il a voulu me faire comprendre, c'est que donner ici des détails sur le nombre de kilos perdus n'était pas forcément bon pour moi.

Pourquoi ? Parce que quelque part, je me mets toute seule la pression. Celle de ne pas "décevoir", de devoir tenir absolument, de ne pas faillir, pour ne pas avoir honte ensuite de devoir avouer ici que oui, j'ai regrossi.

"J'ai vu souvent des gens, un peu ou beaucoup célèbres, censés maigrir pour une marque quelconque de produits diététiques et dont l'amaigrissement était devenu un argument de vente. Ils ont tous fini par regrossir", a-til ajouté.

Sur le coup, j'avoue, j'ai été ébranlée. Après tout, je fais ce que je veux, et puis sur ce blog j'ai pris l'habitude de tout raconter, et puis je me suis aussi montrée plus grosse, et puis l'idée n'est pas de fanfaronner, simplement de témoigner. Non, je n'en fais pas un argument de vente ou de communication, n'importe quoi l'autre.

Sauf que… hum.

Evidemment, je fanfaronne.

Comme un enfant qui arbore sa deuxième étoile durement gagnée, j'ai cédé à la tentation, moi, d'épingler sur ces pages la graisse perdue. A grand renfort de photos flatteuses et d'annonces victorieuses, moins un, moins trois, moins dix, moins… stooooop.

Et oui, si j'y réfléchis bien, ça me met la pression. Parce que reprendre du poids serait, à tort sûrement, un échec. Assurément. Un échec d'autant plus cuisant qu'il serait public et constaté par vous tous

"Je ne vous le souhaite pas du tout, je touche même du bois, mais il est tout à fait possible qu'un jour vous soyez amenée à regrossir. Même en admettant que vous respectiez toute votre vie vos sensations alimentaires, il y a tout un tas de facteurs extérieurs qui peuvent intervenir. Vous pourriez être contrainte de prendre des médicaments (anti-dépresseurs, anti-cancéreux ou autres agissant sur le métabolisme), subir les effets hormonaux de la ménopause ou que sais-je. Ce jour là, votre valeur en serait-elle moindre ?".

Wow, là aussi, inutile de dire que j'ai été un peu bousculée. Attends, je suis la parfaite bonne élève zermatienne et voilà ce que je me prends ? Non mais où qu'ils sont les bons points et les images, hein ?

Plus sérieusement, je crois qu'il fallait probablement en passer par là pour calmer mon euphorie de dinde hystérique d'entrer à nouveau dans un 42.

Oui, c'est bien, oui, c'est normal d'être heureuse de s'apprécier à nouveau. Mais non, sur-valoriser ce changement de silhouette n'est pas bon à long terme. Parce que c'est se mettre dans la tête que reprendre deux kilos serait dramatique. Et il y a fort à parier alors que ce ne serait pas deux kilos qui viendraient s'ajouter mais dix de plus, sous l'effet du stress et de l'angoisse générés.

Toutes ces remarques, le docteur les a formulées après avoir lu mon petit bréviaire de ce que j'éprouverais si je regrossissais. Il en est ressorti que très clairement, pour moi, obésité et estime de soi ne font pas très bon ménage (en même temps aucun scoop à l'horizon, hein).

En d'autres termes, j'ai une légère tendance à me considérer comme une personne de plus grande valeur lorsque je mincis.

"Ce qui compte, ce n'est pas le regard que portent les autres sur vous, celui-ci, vous n'y pouvez pas grand chose. Ce qui compte, c'est que vous, vous soyez convaincue que vous n'avez pas été grosse durant toutes ces années par manque de volonté, par faiblesse ou absence de ténacité. Parce que oui, je vous l'assure, cela n'a RIEN à voir avec la volonté. Il se trouve, même, que trop de volonté dans ces cas là ne fait que détraquer un peu plus la machine.

Pour faire une comparaison qui peut vous parler, un gardien de but peut arrêter un pénalty. Si vingt personnes tirent en même temps vingt ballons dans sa cage, il ne sera pas en mesure de tous les attraper. C'est ce qui se passe avec les envies de manger pour des gens qui comme vous souffrent d'un dérèglement du comportement alimentaire. Une envie de manger, vous pouvez, à force de volonté, la stopper. Deux, trois, peut-être. Mais si votre cerveau vous en envoie 50 dans l'heure, c'est impossible. Que vous soyez ou non quelqu'un d'obstiné".

Il m'a également expliqué tout le processus qui conduit quelqu'un à prendre du poids au fil des ans. C'est un peu compliqué et fastidieux à expliquer, mais si ça vous intéresse, je tenterai de vous le formuler avec mes mots. Mais en gros, ce que j'en ai retenu, c'est que oui, mère nature la truie. Ou pas, d'ailleurs, parce que d'après le docteur Z., je ferais bien d'arrêter de l'engueuler, mother nature. Parce que j'ai sacrément de la chance d'avoir perdu autant en si peu de temps, c'est la preuve que mon corps n'a pas été totalement déréglé par tous les régimes que je lui ai fait subir.

Ce que j'ai retenu aussi, c'est qu'à mon corps défendant, je porte un regard aussi malveillant sur moi (et donc les personnes en surpoids) que les garçons qui m'emmerdaient à l'école quand j'étais enfant. Et que tant que je n'aurai pas cessé de mépriser cette adolescente ingrate que j'étais, je n'aurai pas beaucoup avancé. 10, 15 ou vingt kilos en moins n'y changeront rien.

"Quand vous croiserez dans la rue, le métro ou ailleurs des personnes en surpoids, regardez-les comme elle doivent l'être. Comme des gens qui ne sont pas à blâmer pour ces kilos, dont ils ne sont pas responsables. Ce sera un bon début".

Je suis partie sur ces mots et depuis lundi tout ceci tourne dans ma tête. Je n'ai plus trop envie de parader, j'ai compris, je pense, que la partie était loin, loin d'être gagnée. Et j'essaie de me convaincre qu'en effet, voir à nouveau l'aiguille de la balance partir dans le mauvais sens ne serait en rien la preuve que je ne vaux pas tripette…

Edit: A compter d'aujourd'hui, donc, je continuerai à parler de tout ça, mais
sans donner de détails chiffrés sur mes "performances", qui ne doivent
justement pas être considérées comme telle.

Edit2: Il me semble que c'est évident mais je préfère le préciser, les propos que je rapporte sont exacts dans leur sens, mais je ne prends pas des notes et j'écris donc ça à ma sauce. Le docteur Z. a la grande gentillesse de me laisser raconter tout ceci sans jamais juger ou émettre une remarque alors que je pense qu'il lit, pas tout peut-être mais tout de même. Mais ces écrits sont avant tout ma version des choses, qui n'engage que moi.

Edit3: Je veux aussi ajouter que je ne raconte pas tout des séances et que chaque patient vit les choses à sa façon. Chaque patient est également particulier et ce qui est valable pour moi ne l'est pas forcément pour un autre…

Edit4: Non, rien.

Edit5: Ah, si, la photo c'est celle d'un shooting qui date de trois ans maintenant pour une marque de shampoing qui voulais montrer qu'elle aimait toutes les femmes, à la Dove, quoi. Pour ceux que ça intéresse, j'en avais fait des billets, et .

La course des héros

Petra

Il y a plein de façons d'être un héros. La plus évidente est d'enfiler une cape et un collant et de partir à l'attaque de tous les malfaisants. Pas facile facile tous les jours non plus, on est d'accord.

Et puis parfois l'héroïsme se cache dans des détails, au détour d'une phrase ou d'un sourire…

C'était il y a cinq ans, un peu plus, à la fin du mois de septembre. Six mois avant, N., une de nos plus chères amies, nous avait appelés pour nous annoncer qu'on venait de lui diagnostiquer une leucémie, mais que les médecins lui prédisaient 90% de chances de guérison.

Un pronostic un peu hâtif. Les semaines passant, N. allait de plus en plus mal, souffrant le martyre et enchainant les chimios sans que rien n'y fasse. Une saloperie rongeait sa moelle osseuse. Jusqu'à ce qu'un jour, on reçoive un coup de téléphone de sa mère, nous prévenant qu'on ne pouvait plus rien pour elle, N. allait partir, dans peu de temps.

Dès le lendemain, l'homme, D. un ami, et moi même avons pris le train pour Bordeaux, pour aller la voir. Durant les trois heures de voyage, je crois qu'on a rarement autant parlé, comme si chaque seconde de silence hurlait la mort prochaine de N.

D., déjà bavard au naturel, peu enclin à la chochoterie ou à l'apitoiement, redoublait de blagues à deux francs qui, sans qu'on comprenne comment ou pourquoi, nous faisaient pouffer comme des collégiens prépubères. Par instants, son regard s'assombrissait, mais ça ne durait jamais.

Une fois arrivés dans la chambre d'hôpital, nous avons compris qu'en effet, N. ne verrait pas grandir son bébé, âgé de 18 mois. Ce jour là, nous, en revanche, on a grandi d'un coup. Voilà, c'était officiel, la vie ça craignait et pas qu'un peu.

Mais malgré la douleur, malgré le corps qui ne répondait plus à rien, l'oxygène qui manquait à ses poumons à tel point qu'elle était obligée de porter à son visage un masque qu'elle n'ôtait que pour nous parler dans un souffle, N. était là, magnifiquement là. Hors de question de parler de la fin, elle fut de ceux qui refusent, jusqu'au dernier instant, combattant comme une lionne avant de rendre son ultime soupir.

Alors, puisqu'elle nous signifiait par quelques phrases anodines sur ce qu'elle ferait une fois sortie de là, sa volonté de ne pas évoquer la gravité de la situation, nous avons, D., l'homme, F. et L. deux amies qui nous avaient rejoints et moi-même, fait semblant, qui l'invitant à Paris pour le nouvel an, qui parlant de son retour prochain au Maroc où N. enseignait, qui des vacances prochaines.

Personne n'était dupe et petit à petit, toute l'énergie déployée par chacun d'entre nous s'est émoussée, les larmes s'invitant alors qu'il était hors de question de les laisser couler.

Seul encore en selle, D. badinait, les traits tirés mais sans renoncer. Tout en parlant, il tenait fermement un sac, dont nous connaissions tous le contenu mais que personne n'osait regarder.

Quelques jours plus tôt en effet, c'était l'anniversaire de N. et nous avions décidé de lui acheter un baladeur CD (à l'époque pas encore de MP3 ou autres I-Pod). On lui avait également gravé quelques disques, prenant soin de choisir SES morceaux, N. était une fan des Red Hot, Noir désir, la Mano et Rage against the machine. Autant l'idée nous avait paru bonne avant, autant maintenant que nous avions pris conscience de l'horrible réalité, cette idée de walkman nous apparaissait stupide et non avenue, comme une mauvaise blague. Profitant d'un léger assoupissement de N. on s'est concertés et la majorité d'entre nous était pour laisser tomber, N. allait mal le prendre, elle faisait la forte mais savait qu'il ne lui restait plus très longtemps à vivre, à quoi bon, l'idée même de poser ce casque sur ses oreilles allait la faire souffrir.

Mais D. n'était pas de cet avis. Il avait choisi lui même le baladeur et après tout, il était à elle, peu importe le temps qu'il lui servirait, on s'était toujours fait des cadeaux pour nos anniversaires, aucune raison de déroger à la tradition. Sourd à nos arguments, il est allé doucement tendre le paquet à N.

Quand elle en a découvert le contenu, ses yeux se sont assombris et pour la première fois, elle a tombé le masque.

On s'est tous figés, ayant la confirmation qu'on aurait dû suivre notre instinct et garder ce stupide baladeur pour nous. C'était comme si cet objet rutilant criait "tu vas mourir et nous, on est tellement cons que la seule façon de te dire qu'on t'aime, c'est de t'acheter un crétin de cadeau d'anniversaire".

Personne n'arrivait à parler, L. a fini par s'éclipser, éclatant en sanglots derrière la porte.

C'est à cet instant exactement que D. est devenu un héros pour moi. Se saisissant de la boite, il l'a ouverte, brandissant le lecteur CD, faisant l'article à N. comme s'il avait derrière lui vingt ans de vente à la Fnac. Petit à petit, un sourire s'est dessiné sur le visage de N. Pas un rictus, non, le premier vrai sourire depuis qu'on était arrivés.

Galvanisé, D. a conclu ainsi son argumentaire:

– Et attends, tu n'as rien vu. On a pris l'option antichoc. Pour que tu puisses courir tranquille dans les couloirs sans que les morceaux sautent. Tu pourras même pogoter sur Rage, ma grande.

On n'a même pas eu le temps de lui donner un coup de coude meurtrier pour lui faire comprendre l'aberration qu'il venait de proférer. On n'a pas eu le temps, parce qu'a résonné dans la chambre le rire de N. Peut-être le dernier de son existence, en tous cas le dernier qu'on ait entendu. "Mais que tu es con", elle a lancé, de cet accent chantant du sud-ouest que je ne peux plus entendre aujourd'hui sans que mon coeur se serre.

Ah ça oui, con, il l'était, D. Et dans la bouche de N. comme dans la mienne, c'est le plus beau compliment qu'on pouvait lui faire. Il en fallait de la finesse et du courage, pour comprendre à cet instant là que l'unique chose à faire était de dire un énorme fuck à tout ça, en rire avec la seule arme du désespoir en notre possession, l'humour, fut-il noir.

C'est la dernière fois que j'ai vu N. Trois jours après, elle s'en allait. Je n'ai jamais su si elle avait eu le temps d'écouter un de nos disques.

Edit: J'ai écrit ce billet parce que bientôt, le 6 juin très exactement, aura lieu la course des héros, organisé par l'association "Aiderdonner". Sophie, ma bonne fée typepadienne, va courir pour cette cause au nom de l'association Laurette Fugain , pour lutter contre la leucémie et si vous voulez, vous pouvez faire un don, la sponsoriser, en quelque sorte. Vous pouvez aussi aller courir, vous. Je reviens très vite avec plus d'explications sur le sujet et si j'étais un peu plus vaillante, je vous proposerais qu'on crée une team "Penseesderonde" pour aller les faire ces 6 km. L'année prochaine, peut-être ?

18 mois avec toi

Rose&me

Mine de rien, le temps passe. Il passe tant et tant qu'Helmut a eu 18 mois il y a 3 jours. 18 mois que le curseur de la grasse mat' s'est étrangement déplacé, plafonnant à 8h30. 18 mois que notre salle de bain sent le caca 23h/24. 18 mois que petit à petit, tous les objets fragiles et précieux grimpent d'un étage pour échapper à Godzilla et que notre appartement ne ressemble plus à rien. 18 mois qu'on se fait jeter par les taxis qui estiment que même sur les genoux un bébé est une personne (merci Dolto) et que par conséquent, ça fait 5 et c'est non. 18 mois que toutes les nuits ou presque le sempiternel "c'est toi qui y va ?" est prononcé par l'un ou l'autre des parents de mademoiselle Jaiplusommeil.

18 mois, surtout, qu'on est comme les doigts de la main, tous les cinq, et qu'au moindre reproche asséné à Rose, le machin et la chérie nous accusent de mauvais traitements sur enfant de moins de trois ans. Leur solidarité ne va pas jusqu'à leur donner envie de se lever la nuit ou de changer les couches surprises de leur sister, faut pas non plus rêver.

Bref, 18 mois au cours desquels j'ai appris ces deux ou trois choses sur elle…

– Elle sait dire "non", "pas", "aime'pas", "bahhhhh", "là-bas", "maman", "papa", "pain", "chuuut". Et tout un tas d'autres choses qu'elle seule semble comprendre. Ou pas.

– Elle raffole de l'eau du bain, bue à grandes goulées dès qu'on a le dos tourné.

– Depuis que sur un malentendu quelqu'un (= son père qui ne sait absolument RIEN lui refuser) lui a fait goûter aux granolas, elle prend assez mal le fait qu'on puisse imaginer lui faire avaler un boudoir.

– Elle a une conception bien à elle de l'expression "faire ses nuits" même si l'honnêteté me pousse à admettre qu'on est dans une dynamique positive. Mais quand-même, putain de bordel, 5h45 ce n'est pas exactement le matin, Helmut !

– Elle a découvert qu'en tournant plusieurs fois sur elle-même, y'a moyen de se sentir comme sous LSD. Elle est donc sous LSD fréquemment.

– Elle monte les escaliers à la vitesse de la lumière et les descend encore plus rapidement. Non sans mal, la descente.

– Elle déteste être dans sa poussette. Sauf avec sa nounou avec laquelle elle chante tout le long du trajet.

– Elle déteste mettre son manteau. Sauf avec sa nounou.

– Elle n'accepte de manger que si elle est elle-même munie d'une cuillère avec laquelle elle nous donne la becquée. Sauf avec sa n… Bref.

– Elle fait bien la différence entre ses parents et sa nounou. Sauf qu'elle ne la fait pas dans le bon sens, la différence.

– Elle a peur du sèche-cheveux.

– Quand elle est fatiguée, elle grimpe sur mes genoux, colle mon index contre son oreille et ronronne pendant que je la masse. Après vérification, elle n'a pas d'otite, juste, visiblement, une hypersensibilité du pavillon auriculaire. Quand elle sera en âge d'aborder ces sujets, je demanderai à ma copine julie qui jouit du cuir chevelu de lui expliquer qu'on peut vivre avec un point G bizarrement placé.

– Elle est brune, sauf si le soleil s'en mêle, semblant laisser quelques traces ambrées dans ses cheveux.

– Le matin, quand son frère et sa soeur se préparent pour partir à l'école, elle s'assied en bas de l'escalier elle aussi et enfile une vieille paire de baskets du machin. Tous les jours il faut lui expliquer qu'elle est encore trop petite pour l'école primaire. Et tous les jours on part le coeur serré de laisser cette petite fille qui tente maladroitement de nous emboiter le pas dans ses chaussures dix fois trop grandes pour elle.

– Quand elle lit ses livres, elle mouille son index dans sa bouche
avant de tourner les pages. Sauf qu'elle les tourne avec l'autre main.
A chaque fois je pourrais mourir d'amour.

Champagne Corbon: les vainqueurs

Champagne2

Bon alors va y'avoir des déçus c'est une certitude, puisque mon lectorat que je pensais fin et distingué n'est en fait qu'une agglomération de pochtrons.

Je précise deux ou quatre choses avant de donner les résultats: Les dates de dégustation sont à fixer avec Agnès, inutile de vous en référer à moi ou de poser des questions à ce sujet dans les comms, je n'en aurai pas la réponse. Par ailleurs, devant votre enthousiasme, Agnès propose qu'on recommence l'opération vers la fin de l'année, avant les fêtes, ce que je trouve trop chouette. Enfin, Agnès me fait vous dire que les personnes qui décideraient malgré leur "pas de chance" d'acheter du champagne ou de venir déguster sur place auront un cadeau bonus. Il suffit pour cela de donner le mot de passe: "Penseesderonde" au moment de la commande. Enfin, pour les neuf gagnants de dégustation, j'ai procédé de la façon suivante: l'homme m'a donné des numéros et si ces derniers correspondaient à des comm qui précisaient que la dégustation ne serait pas possible à cause de tout ce qui est distance et longue route, je cherchais à proximité de ces numéros des personnes qui manifestaient leur désir d'y aller.

Maintenant, si jamais parmi ces neuf gagnants certains ne pouvaient finalement pas se rendre à Avize en Champagne, qu'ils le disent et je remettrai le lot en jeu.

Allez, je sens que vous voulez connaitre les vainqueurs

Tadaaaaaam !!!!

La gagnante du coffret de trois bouteilles est Madile (com n°156)

Les neufs gagnants d'une dégustation sont:

– Bounty (com n°3)

– Pascale (com n°35)

– Marykos (com n°45)

– Laetitia (com n°69)

– Leyleydu95 (com n°74)

– Ariane (com n°157)

– Loop of Kurland (com n°186)

– Smallbubble (com n°322)

– Lilas (com n°349)

Allez et maintenant les enfants, va falloir penser à consulter. Je dis ça je dis rien.

Edit: Je rigole mais merci pour cette participation. Je me doute que l'idée de gagner des boutanches vous a motivés, mais je sais aussi par Agnès que vous avez été trèèèèèèès nombreux à cliquer sur son site et donc à ne pas vous contenter d'écrire "charbonnier". En plus, l'ambiance était franchement sympa, donc welcome à toutes les souris sorties de leur terrier pour picoler !

Edit2: Est-ce que les neuf vainqueurs peuvent m'envoyer un mail à cfrancfr(at)yahoo.fr ? Histoire que je les mette en relation avec Agnès. Parce que retrouver vos mails est compliqué dans mon back-office avec tous ces comms !

Qui c’est qui veut gagner du Champagne Corbon ?

Champagne

Bon alors ce cadal ?

Donc l’histoire, c’est qu’une d’entre vous – je ne donne pas son pseudo ici parce que j’ai cru comprendre qu’elle ne souhaite pas qu’on fasse le lien avec son blog « perso » mais si je me trompe, elle me le dira – qui s’appelle donc Agnès dans la vraie vie, est viticultrice.

Déjà, moi, viticultrice, ça m’épate. Un peu comme femme vétérinaire, chauffeur de train, pêcheur, dresseur de chevaux, ingénieur nucléaire, urologue, entrineur de foot ou tout autre métier théoriquement dédié aux hommes. Ok, c’est mon côté vieille France j’imagine, mais voilà, ça m’impressionne.

Donc Agnès, que je connais et vous aussi sous un pseudo bien rigolo, c’est une marrante et une sympa. Qui un jour m’a proposé qu’on fasse un partenariat pour faire connaitre son champagne.

Ah oui, elle est viticultrice de champagne, en plus, tant qu’à faire, hein, je choisis mes nanas qu’ont des couilles.

Il s’appelle le champagne CORBON, même que.

Bref, moi qui refuse neuf fois sur dix les concours qu’on me propose de faire, qui pour des couches culottes qui pour des jeux vidéos, qui pour des produits diététiques, là j’avoue, j’ai pas hésité douze secondes. d’abord parce que j’admire les gens qui créent leur activité, ensuite parce que j’adore le champagne. Et enfin parce que là je savais que vous n’alliez pas retrouver sur douze autres blogs le même billet sponsorisé.

Je précise en passant d’ailleurs que le billet n’est pas sponsorisé, juste je vais me faire rémunérer en  bulles. Mon poids – d’avant – en boutanches. Nan, je déconne, un magnum ça ira.

Pas de panique, j’en viens au fait.

Le principe est simple.  

Pour gagner, il suffit de répondre à la question suivante : le grand-père Albert d’Agnès était :

producteur de champagne,
– Charbonnier
– Avant-centre de l’Ajax d’Amsterdam.

La réponse se trouve sur le site d’Agnès

Une fois que vous l’avez trouvée, vous venez l’écrire ici. A la fin de la journée, je tire au sort les gagnants. Bien sûr, vous allez être tentés de recopier les réponses données par les plus rapides. Mais je vous conseille d’aller regarder, vraiment, le site d’Agnès, parce que ça vaut le coup et que parait que son champagne, c’est le meilleur du monde. Et moi, je la crois.

Et c’est quoi qu’on gagne ?

Pour les neuf suivantes : une initiation à la dégustation du Champagne pour deux personnes le 1er mai à Avize

Allez, à vous de jouer mes lapinoux.

Edit: L’alcool est à boire avec modération, ça va sans dire mais il me semble que ça va mieux en le disant.

Edit 2: La photo c’est les vignes d’Agnès sous la neige…

Blame and shame

Horizon

Bon, après cette journée riche en émotions hier, pas beaucoup de temps pour poster, alors quelques pensées en vrac, si vous voulez bien.

– Un gros shame on you au PS. Ce qui s'y passe et notamment en Languedoc-Roussillon parvient encore à m'émouvoir et m'estomaquer. Comment se saborder alors qu'à priori le contexte est quand même plutôt favorable. Dans le genre ils sont forts, nos amis de la rue de Solferino. En même temps, ils se seraient débarrassés avant du vieux cacique pas si fresh que ça, on en serait pas là aujourd'hui. Quand à Martine, faudrait un tout petit peu qu'elle arrête d'avoir la confiance comme ça. Parce que bon, à force de crier qu'on va tous les niquer et que l'UMP va être fanny (expression de bouliste), les gens (= moi) y vont ptêt pas s'emmerder à aller voter. Surtout que personnellement, Huchon, il va avoir ma voix par défaut, autant le dire.

– Un grand big-up au procureur Marin qui a pris sa décision de faire appel du verdict du procès Clearstream tout seul comme un grand, mais c'est bien sûr. Un peu plus et va croire que Jean-Pierre Pernaud il avait écrit ses questions à monsieur le Président sans que personne ne l'aide. Et François Fillon, il est premier ministre peut-être ? Attends, l'autre !

– Un grand merci à Patrick Balkany sans qui on n'aurait jamais su cette semaine que le petit prince Solal, fils du futur ex président de l'EPAD et par conséquent déjà destiné à remplacer Phiilippe Seguin à la cour des comptes, avait été parfaitement circoncis. L'info, quoi.

– Un grand bravo à Violette qui a dessiné sa propre paire de pompes pour André. Si ça c'est pas la preuve de l'influenterie, je suis Mimi Mathy. Personnellement je veux les bleues. Même si il est peu probable que je parvienne à marcher avec, soyons lucides. Y'a aussi Walinette dans le coup, même que je crois que c'est l'instigatrice.

– Un grand coup de coeur pour le film "Complices" avec Emmanuelle Devos et Gilbert – sluuuurp – Melki. Un polar qui se passe dans ma ville de Lyon et qui sans être un chef d'oeuvre tient en haleine et révèle deux jeunes acteurs formidables.

– Un gros respect pour Rosemary Mac Grotha (ne pas prononcer à la française, redoutable) qui après s'être tapée toutes les une "spécial grosse" du Elle, embraye sur les "spécial vioques". Un destin, quoi. Ceci étant dit, je la kiffais grave du temps de ma jeunesse et je la trouve toujours aussi canon, sans être défigurée ce qui tout de même est une gageure dans le métier.

– Une grosse envie de soleil, mais ça à priori c'est pas pour tout de suite et je me doute que tout le monde s'en fiche.

– Un gros teasing pour demain où y'aura du cadal à mort, du cadal de niveau, je veux dire, pas du fard à paupière vert canard ou que sais-je, pas du sac Darel non plus on est d'accord. Mais du cadal qu'on trouvera sur aucun autre blog et que même il pétille.

– Un énorme bravo à Mademoiselle K qui a remporté le prix "blogueurs" du concours Esthetic Factory avec sa magnifique photo intitulée "Horizons". Je suis trop contente parce que c'est l'une d'entre vous. Désolée pour les autres mais en tous cas j'ai été estomaquée par la qualité de vos photos.

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui, à demain pour le cadeau qui tue sa mother.

Appel aux ondes positives

Cierges

En janvier, pour les voeux, je vous avais demandé de m'envoyer de bonnes ondes pour un projet à venir dont je ne pouvais rien dire.

Le moins qu'on puisse dire c'est que vos ondes, c'est du titane, parce que l'affaire suit son cours. Disons qu'une première étape a été franchie.

Aujourd'hui, à 16h30, il y en aura une autre, d'étape, et pas des moindres. Alors je vous demande de me renvoyer vos pensées positives, parce que je n'en mène pas large et que l'enjeu est de taille.

Voilà, pas possible de vous dire plus, ce n'est pas du teasing, je crèverais de tout vous raconter, mais parfois il faut savoir la boucler, je l'ai appris à mes dépens plus d'une fois et mine de crayon, ça rentre un peu dans ma petite tête. J'espère vivement qu'on pourra un jour fêter ça ici, c'est tout.

Ceci était donc un billet parfaitement inutile en soi, ou du moins totalement égoïste, un appel non pas au dons mais aux ondes, quoi…

Thanks !

Edit: Si je m'écoutais je demanderais à ma mamie d'aller faire brûler un cierge à Fourvière. En même temps, il faut peut-être garder ça pour des urgences plus vitales. N'empêche.

Edit2: C'est 16h30 en fait, pas 16h50 comme mis précédemment. La fille qui joue sa vie sur un faux horaire. Malheureuse.

Si j’étais…

Tutu

Si je maigrissais encore…

– Je fermerais à l'aise un 42

– Je serais enthousiaste à l'idée d'acheter un maillot de bain

– Je pourrais peut-être grimper sur des talons de 10.

– J'entrerais dans les lieux publics avec un poil plus d'assurance.

– J'aurais l'impression d'être plus séduisante.

– Je me raconterais des histoires dans lesquelles on me désirerait juste pour mon corps.

– Je me regarderais tout le temps dans la glace.

– Je poserais sur mon blog en rentrant les genoux, comme une professionnelle.

– Je me sentirais plus jeune.

– J'aurais, si ça se trouve, moins peur de parler en public. Ou pas.

– Je serais toujours Caroline, 38 ans, mariée, 3 enfants.

– J'aurais peut-être moins d'inspiration.

– Je serais ruinée mais par contre La Redoute et Americain Vintage seraient montrés comme des exemples d'entreprises en pleine croissance dans tous les Davos du monde.

– J'aurais toujours aussi peur de mourir.

– Je passerais mes mains sur mes hanches qui sailleraient le soir et sans comprendre pourquoi, j'aimerais ça.

– Je ferais scandale en affirmant qu'on ne se sent jamais si bien que lorsqu'on est mince. Et je ne verrais pas où est le problème.

– Je serais peut-être moins drôle

– Je me sentirais fragile.

– Je ne me demanderais plus si la personne à côté de moi dans le métro n'est pas trop serrée par ma faute.

– Je n'aurais plus peur qu'on me cède une place dans les transports en commun.

– Je proposerais à mon généraliste de me peser, même pour une otite.

– Je me pèserais dans une pharmacie, devant tout le monde.

– Je retournerais à la Pitié, au service consultations-maternité, je sauterais sur la balance et et je demanderais à la sage-femme de dire à voix très haute le chiffre qui s'affiche. Je ne supplierais même pas d'avoir le droit d'enlever mes chaussures.

– J'irais essayer tous les pantalons de chez comptoir des chiffonniers.

– Je proposerais à ma mère qu'on aille faire les magasins ensemble, pour réécrire l'histoire et ne plus jamais lui ressortir cet épisode dramatique des Nouvelles galeries, elle et moi en larmes dans la cabine, parce qu'à douze ans la seule jupe m'allant était en flanelle marron, taille 44.

Si je reprenais du poids…

– J'aurais envie d'arracher à nouveau ce bourrelet qui empêche tout pantalon de fermer sans serrer.

– Je ressortirais toutes les fringues roulées en boule au fond du placard parce que trop grandes.

– Je roulerais en boule toutes les fringues nouvellement achetées au fond du placard.

– Je me réveillerais à nouveau avec cette question existentielle s'il en est: qu'est-ce que je vais bien pouvoir me mettre ce matin. Putain.

– Je ferais bouger l'aiguille de la balance pour tricher, rien que pour le plaisir de reculer l'inéluctable.

– J'inventerais des problèmes hormonaux, je pesterais contre la rétention d'eau.

– Je finirais par prévenir tout le monde avant même que ça se voie que ça y'est, voilà, encore un coup pour rien.

– J'irais quand même à la plage et la mer serait à la même température qu'avec 10 kilos de moins.

– Je profiterais du printemps qui vient de la même façon.

– Je lâcherais l'affaire au niveau du tutu. (ok, c'est pour justifier la photo)

– Je serais toujours caroline, 38 ans, mariée, 3 enfants.

– Je retomberais la tête la première dans le paquet de granolas, ceci expliquant aussi cela.

– Je le laisserais carresser mes hanches, en essayant d'oublier qu'elles ne saillent plus.

– J'aurais à nouveau plein d'argent sur mon compte et je crierais à qui veut l'entendre que tout est moche cet été dans les magasins.

– Je dirais adieu à mon boy-friend jean et bonjour à mon slim. Sans avoir besoin d'acheter ce dernier, rien ne se perd, tout se transforme.

– Je saurais toujours écrire.

– Je serais toujours journaliste.

– Je serais quand même en vie.

Et les autres, qu'en penseraient-ils ?

Je crois que mes amies seraient tristes pour moi, désolées même. Peut-être que certaines, secrètement, trouveraient que finalement tout se remet à sa place et que ce n'est pas si mal, l'ordre des choses. Ma mère m'aimerait toujours mais on oublierait cette histoire de shopping. Elle me trouverait jolie quand même, je crois. Mes enfants me diraient qu'ils ne voient pas la différence et que non, vraiment, n'importe quoi, maman, tu n'es pas grosse. L'homme applaudirait à deux mains le retour de mes seins.

Peut-être qu'une fois le dos tourné, certains proches se diraient que c'est dommage, tout de même, ça m'allait bien. Et puis en face, ils m'assureraient que franchement, quand tu es trop mince, ça te donne mauvaise mine, ton visage n'est pas fait pour ça, ce n'était pas toi. Et si ça se trouve, ils seraient sincères dans les deux cas.

Voilà tout ça est un peu sorti tout seul, sans vraiment réfléchir. Si je suis à 100% honnête, le plus merveilleux dans le fait d'être plus mince est de pouvoir s'habiller sans y penser. Est-ce normal d'avoir fait des années d'études, de revendiquer depuis toujours le fait qu'une tête bien faite est dix fois plus important qu'un corps parfait et de pourtant courir après une telle futilité ? Pas sûr…