Rose & Rose

Mamierose
Je l'ai toujours vue faire ça. Dessiner des moustaches sur les filles des magazines. Des lunettes, aussi, de la barbe et tout un tas d'autre choses disgracieuses. Ce n'est pas méchant, c'est elle, l'impertinence, la malice, le jeu, c'est tout ce qui la définit. Souvent, ça la prend quand elle a fini ses mots croisés. Petite, je m'asseyais à côté d'elle et je faisais la même chose.

La dernière fois qu'on était à Lyon, j'ai vu Rose se précipiter sur elle, un crayon à la main et coller consciencieusement un gros furoncle rouge sur la joue d'une pauvre fille à moitié à poil, vendant un parfum ou que sais-je.

J'adore l'idée que ma fille garde ça d'elle. Parce que c'est le genre de manie qu'on ne perd pas. Si je m'ennuie et que j'ai un magazine et un crayon sous la main, sans même y penser, je commence à gribouiller. Et immanquablement, je pense à elle.

J'aime aussi l'idée qu'elles passent leur temps à se chercher et s'engueuler lors des séjours de Rose chez mes parents. Rose & Rose, beaucoup d'amour et quelques épines. Je chéris cette photo et j'espère qu'il y aura encore beaucoup, beaucoup de visages à massacrer au crayon de papier…

Les talons de la guérison

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Vendredi, je suis allée chez Louboutin.

Pas pour moi, ne vous affolez pas, je rappelle au tout venant que je suis désormais pigiste et par conséquent définitivement et irrémédiablement… fauchée.

Sans compter que me payer une paire de Louboutin serait aussi judicieux que d'acheter du caviar à un cochon. Mes chaussures ont une durée de vie à peine supérieure à celle des papillons de nuit et ça, que je les paye un bras ou 20 euros.

Mais je m'égare, ce n'est pas le sujet.

Vendredi, je suis allée chez Louboutin et pour la meilleure des raisons. J'accompagnais mon amie Mimi, que j'ai évoquée ça et là ces derniers temps. Sans entrer dans les détails, parce qu'elle n'aimerait pas ça, cette douce amie, qui fait partie comme qui dirait de ma garde rapprochée, vient de passer trois mois… de merde.

Un pépin de santé lui est tombé dessus quelques jours avant Noël et l'a tenue éloignée de ses enfants et amoureux pendant de longues semaines. Quand je dis éloignée, je pèse le mot, Mimi vit habituellement à Kuala Lumpur, il y avait par conséquent entre elle et les siens près de 13h d'avion.

Trois mois, donc, à encaisser les mauvaises nouvelles, sans les bras réconfortants de ceux qu'on aime. Trois mois à tenir debout vaillamment, parce que Mimi, c'est une guerrière.

Je lui ai dit, je crois, à quel point elle a forcé mon admiration, par sa dignité et son courage. Mais deux fois valent mieux qu'une. Je sais aussi qu'on peut être une guerrière et tremper son oreiller le soir quand il n'y a personne pour vous regarder. Quoi qu'il en soit, parfois vos amis vous donnent des leçons de vie et croyez moi, avec elle j'en ai reçu une vraie. Ceci étant dit, elle aurait geint et chouiné tout le temps, ça n'aurait absolument rien changé à mon affection et mon estime, qu'on ne se méprenne pas, je crains qu'il n'y ait pas de "bonne" façon de faire face dans ces moments là. Il n'empêche que le jour où j'ai donné ma démission, elle était sur le billard et qu'en prenant ma respiration avant de prononcer les mots du "grand saut", mes pensées allaient droit vers elle. Si elle pouvait, alors moi aussi, non ?

Bref, si je vous la raconte cette histoire, c'est parce qu'elle finit bien. Vendredi, avant de prendre son avion qui la ramenait vers son home sweet home, Mimi a commencé le premier jour du reste de sa vie chez Louboutin, parce qu'un de ses rêves était de posséder une de ces paires d'escarpins à la semelle rouge. Il faut dire qu'elle est un peu toquée des pompes, Carrie bradshaw à côté, c'est une gueuse en pantoufles.

En la regardant essayer ses talons de douze, je la regardais, émue, reprendre des couleurs. Cette paire de chaussures, c'était bien tout sauf un caprice de petite fille. C'était d'abord un cadeau d'amour de son chéri, pour célébrer la fin des hostilités médicales. Cette paire de chaussures, c'était surtout le triomphe de la féminité, le pied de nez à la fatalité, le point final d'un épisode qu'on ne peut pas oublier mais qu'on va surmonter, assurément.

Pour toutes ces raisons, je ne regarderai plus jamais ces semelles vermillon de la même façon. Pour toujours désormais, elles rimeront pour moi avec guérison.

Lorsqu'on est sorties, le ciel était resplendissant et le soleil brillait dans le froid glacial de cette fin d'hiver. Il y avait comme un parfum d'espoir qui m'a semblé de très bon augure.

Longue et belle vie ma chère amie…

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Edit: les photos ne sont pas extras mais j'ai volé quelques clichés dans la boutique avant de me faire alpaguer par un videur qui a failli exiger que je les efface de ce pas. On ne photographie pas la boutique louboutin, sachez-le…

Edit2: Je n'ai bien sûr pas résisté à les essayer, mais chez moi, j'ai réalisé en effet une fois dans le magasin que j'avais une chaussette à carreaux et l'autre à rayures. Ça plus l'éventualité de puer des pieds, j'ai préféré m'abstenir…

Un mouton à Stockholm

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Histoire de clore l’épisode Stockholm – avant qu’on y revienne avec OFF TV quand les images seront montées -, voici un de mes fameux et inégalables reportages photos. Difficile de donner une impression juste sur cette ville dans laquelle je ne suis finalement restée que 24h. Un laps de temps très court  qui ne m’a toutefois pas empêchée d’avoir un vrai coup de foudre, en dépit des températures indécentes et d’un ciel très bas (pourtant la météo annonçait grand beau, si ça se trouve c’est le mieux qu’il puisse faire, le ciel, en Suède, au mois de février).

Ce que j’ai aimé ? L’atmosphère, déjà, de l’Europe du Nord. J’avais adoré Copenhague au Danemark et j’étais tombée en amour de Bergen en Norvège il y a quelques années. Je n’avais pas encore mis les pieds en Suède et j’ai ressenti la même chose, cette impression de dépaysement, la rudesse du climat qui s’oppose à la chaleur des intérieurs, la mer, toujours présente, dont on sent qu’elle a joué et joue encore un rôle déterminant. L’air semble être plus cristallin, on sent qu’on se rapproche du pôle, aussi (ça c’est VRAIMENT un ressenti personnel, voire une sorte de vue de l’esprit, mais c’est comme ça, à chaque fois me fais cette réflexion). En lire plus »

Les bonbons de la corruption

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L'été dernier je ne sais pas si vous vous souvenez mais j'avais évoqué une distribution de bonbons haribos à Saint Martin en Ré qui avait quasiment viré au pugilat tellement tous ces gens désargentés qui passent leurs vacances sur cette île de prolétaires s'étaient battus pour obtenir un mini sachet de tagadas pink. A cette occasion, j'avais glosé sur les dites tagada pink dont on faisait toute une histoire pour pas grand-chose. Récemment, je vous confiais également mon amour invétéré pour les bonbons Arlequin qui hélas me niquent le palais et me collent des aphtes.

Ce que j'ignorais, c'est que parmi mes lectrices, il en est une qui bosse chez Haribo et qui s'est assigné comme mission de me prouver que j'avais tort. Pas pour les Arlequins, non, rapport que ça n'est pas la même maison. Mais pour les tagada pink. Cette adorable lectrice m'a suppliée (hum) de lui donner mon adresse pour me renvoyer un échantillon afin que je puisse vraiment juger sur pièce.

Après avoir longuement hésité (éthique, incorruptibilité et tout le tintouin), j'a accepté, à mon corps défendant.

Las, ce que je n'avais pas anticipé c'est que cette demoiselle ne faisait pas dans la demi-mesure. A savoir que vendredi, c'est carrément trois kilos de becs qui sont arrivés chez moi. Autant vous dire que l'hystérie de Saint Martin en Ré à côté, ce n'était rien. Imaginez trois enfants ouvrant une caisse de crocos, bonbons titeufs, chamalows et tagadas. Imaginez…

Merci à cette bienfaitrice, je garde son adresse pour les consultations à venir chez le dentiste, le nutritionniste, le spécialiste des addictions bonbonesques and co…

Ah et j'avoue, elles ne sont pas mauvaises tout de même, les pink. Surtout, elles sont tellement jolies…

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Edit: Je dois avouer que mes enfants me regardent depuis avec un respect immense. Je veux dire, le fait qu'on m'envoie ce genre de douceurs rien qu'à cause de mon influence, ça te pose une autorité maternelle.

Gimme gimme gimme a Björn after midnight…

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On en était donc à l'arrivée à Stockholm, quelques heures avant l'interview tant redoutée de Björn, auteur et compositeur des chansons d'ABBA. Avant de continuer mon récit qui vous vous en doutez ne sera ni excessif ni volontairement catastrophiste, je tiens à préciser que ces deux jours (à peine) ont été riches en rires, en émotions et en camaraderie. Je connaissais Will (pas tant que ça non plus) et comme je l'imaginais, l'entente a été confirmée (euphémisme). Mais il y avait aussi JB, le cameraman et monteur, patient et jamais directif, Jeremy, journaliste à télé 7 jours qui s'est joint à nous et avec lequel on a grave ricané et enfin Jojo, la nounou des stars, personnage à elle toute seule qui mériterait sa propre série (elle PARLE à l'avion avant de monter dedans) (il y a donc plus atteint que moi). Par ailleurs, Björn Ulvaeus est la preuve vivante qu'on peut être une star internationale assise sur un tas d'or (mérité) et rester tout simplement un homme bien (enfin je me base sur notre petite heure passée ensemble mais il aurait eu des raisons de soupirer, croyez-moi).

Allez, on enchaine ?

11h45: On atterrit à Stockholm. Par la fenêtre, on ne voit que de la neige, des forêts et des petites maisons rouges perdues. J'adore quand la première impression d'un endroit inconnu rejoint très exactement l'idée que je m'en étais faite.

11h48: Une fois passé le portillon de la douane, on se retrouve face à un immense poster d'ABBA de 5 x 12 m. Je reprends un immodium.

11h53: Will me demande si je sais au moins lequel des deux hommes je vais rencontrer. Je pointe du doigt Benny, évidemment. Will fait une drôle de tête, comme s'il commençait à comprendre qu'il venait d'emmener Forrest Gump à Stockholm.

12h30: On arrive à l'hôtel Rival, propriété de Benny, donc, compère de Björn et encore ami de ce dernier (par contre avec les "filles", c'est moins clair, les deux couples ont explosé en plein vol, ce qui a provoqué d'ailleurs la séparation du groupe). Björn était avec Agneta, m'explique Will. "Ok, donc Björn est hétérosexuel, je lui réponds, c'est une information intéressante" (je raye mentalement ma question sur la difficulté ou non d'être gay en Suède). Will hésite avant de rigoler mais bizarrement ne me dit plus qu'il est fan. Je sens qu'on est un peu moins en symbiose.

12h32: L'hôtel Rival est un peu impressionnant. Le design est à fond 70s, avec ce chic suédois (on est tout de même au pays d'Ikea). L'attachée de presse, Ann-Sofi, a 22 ans et pourrait être la fille d'Agneta. Elle nous prévient tout de go que tout ce qui est autographes, demande de chanson pour notre maman ou autre manifestation d'amour intempestif, on oublie.

12h33: Je planque la photo de Violette apportée exprès pour un autographe et fais une croix sur ma proposition de duo improvisé en hommage à ma grand-mère. "Tout ça c'est du temps en plus pour poser des questions", argue Will. Toujours à voir le côté positif des choses, l'autre. M'énerve.

12h36: Will me propose qu'on répète un peu. Il fera Björn et moi Forrest, en gros. Ok, je dis. (Angoissage).

12h38: Will se décompose au fur et à mesure que j'ânonne mes questions. L'information selon laquelle je ne faisais pas EXPRES de ne pas savoir très bien parler anglais est en train d'arriver à son cerveau, ça se voit. Je sens ces choses là, moi.

12h44: J'ai fini le filage. Je peux donc tenir six minutes. "Bon écoute, tu te concentres sur le PLAISIR que tu vas prendre et qui va être énorme. Au pire, on fera de la post-prod. A savoir que tu viendras au studio pour redire tes phrases si au niveau de la prononciation… enfin tu vois, quoi ?", me rassure Will d'une voix blanche. Après il court aux toilettes en faisant un drôle de bruit qui ressemble à s'y méprendre à un sanglot.

12h45: Pour faire redescendre la pression, je décide de faire un petit exercice de pleine conscience. Surtout ne penser à rien d'autre qu'à ma respiration certes très aléatoire. Ne pas visualiser ce moment où je vais VRAIMENT m'asseoir en face de Björn avec en tout et pour tout un portrait chinois dans un anglais approximatif à lui soumettre.

12h46: Je me répète ma première question en boucle. Je sens que c'est la clé de tout. Si celle-ci sort correctement de ma bouche, après je vais me prendre la confiance et le reste va se dérouler comme la scène finale de Billy Eliot. Ou de Flashdance. Ou de Dirty Dancing. Attends, si cette niaise de Bébé est capable de se transformer en bombe lascive et sexuelle, je ne vois absolument pas pourquoi moi je ne pourrais pas entrer dans une sorte de transe pendant laquelle les phrases s'enchaineraient toutes seules dans un anglais impeccable. Surtout qu'il parait qu'on n'utilise que 5% de notre cerveau. A tous les coups dans les 95% qui restent il y a un Robert et Collins bien planqué dans un tiroir. Il suffit que je le trouve en somme. Ainsi que la clé.

12h47: "Hello, Björn. At first, I wanted to say you very sincerely: Thank you for the music". Ç'est bien, ça. Ça te pose la nana. Après j'embraye. "If I feel sad, I put your disks and I feel better. If a party is a little gloomy, we just have to listen one of your hits and everyone is dancing. Are you aware of that, Björn ?"

12h48: Jusqu'ici tout va bien. Je maitrise. Allez, on se refait un coup de pleine conscience. L'air passe dans ma trachée, je suis son cheminement jusqu'à mes poumons. Ma poitrine se gonfle, doucement. Je sens l'oxygène pénétrer dans mes vaisseaux sanguins. Peinard, il est l'oxygène. Pas stressé pour un sou, pépère. En même temps que j'accompagne mentalement mon inspiration, je note mes pensées et les range tranquillement dans un coin. Voilààààà.  Tout n'est que calme et volup…

12h49: J'étouffe. Help. L'air est rentré mais ne ressort plus. Je vais crever d'hyperventilation. Je me noie, les gars. Nine one one.

12h53: L'attachée de presse nous fait signe que c'est à nous. Je me lève dans une sorte de mouvement mal synchronisé. Je ne suis pas en train de vivre ça, c'est un cauchemard. Rose, c'est le moment de pleurer comme un veau pour que je me réveille. Promis, même s'il est 4h du matin je ne te ferai aucune remarque. Je veux un calin, moi aussi, de toutes façons.

12h54: Aucun signe de Rose. Je suis VRAIMENT à deux doigts d'aller interviewer une des plus grandes stars de la pop music.

12h55: Dans l'ascenseur, on n'en mène pas large. William essuie ses larmes l'air de rien. Je ne sais pas s'il est ému ou s'il est en train de penser à la maison de retraite de Marne la Coquette.

12h56: On entre dans la suite et on le voit. Il est mince et fait 10 ans de moins que son âge. Petit costume qui va bien, cravate mince très rock et oeil bleu pétillant. Je suis excitée. Sexuellement, j'entends. Il ne manquait plus que ça. Cours Forrest, cours.

12h57: Will me présente pendant que JB installe le matos. Il y aura TROIS caméras. Aucune chance que ma nullité passe inaperçue en raison d'un malencontreux dysfonctionnement technique.

12h58: "She has a blog", explique Will à Björn.

12h59: "Yes", je réponds. Hyper bien prononcé, le "Yes", je tiens à le préciser.

13h00: Björn est épaté que j'aie un blog.

13h02: Je suis épatée que Björn soit épaté.

13h04: "Is it not a lot of pressure ?", me demande-t-il, ses yeux plantés dans les miens.

13h06: "Yes, it's a lot of pressure", je réponds.

13h07: Je pense que je tiens la solution, je vais acquiescer à tout en répétant ses derniers mots. Astucieux. Je reprends la confiance, du coup. Björn me confie qu'il a envie lui aussi de se lancer dans l'aventure du blog.

13h08: "Oh, great, but be carefull, you know, as you said, it's a lot of pressure, I mean, ten thousands of people read me everyday. Before opening your blog, you have to be sure to be able to manage that", je lui explique.

13h10: Will est comme assommé. Ce n'est pas comme si Björn n'avait pas vendu 460 millions d'albums en 10 ans et rempli l'équivalent d'une centaine de stades de France. "Au niveau de la "pressure", hein, on va peut-être se calmer…", je lis dans ses yeux. Je sens qu'il faut que je me sorte de cette impasse avant qu'on doive sortir le défibrilateur pour Will. J'embraye direct sur ma première question: "Björn, I wanted to thank you, very sincerely. I mean, you gave me such happiness and positive energy…"

13h12: Will me fait des grands signes au moment où je m'apprête à envoyer la purée du "Thank you for the music". "Caro, on n'a pas encore commencé à tourner !", gémit-il.

13h13: Hell. Je viens de griller mon unique cartouche, ma seule phrase à peu près correcte gramaticalement et ça n'a pas été filmé.

13h14: Que quelqu'un m'achève. Je ne me relèverai pas de cette épreuve là, c'est certain. Je vais rester toute ma vie bloquée là, à répéter inlassablement "thank you for the music". Je serai une sorte d'incarnation du syndrôme de Stockholm.

13h15: Björn est mort de rire. Il dit qu'en fait on devrait toujours commencer avant que la caméra tourne, ça donnerait plus de spontanéité (bouffe moi la chatte, Björn, qu'on en finisse, je suis chaude comme la braise, là). Il dit aussi que les journalistes se mettent toujours trop la pression, qu'ils veulent tous poser les questions les plus originales alors que de toutes façons, ça n'existe pas vraiment. Il dit que le pire, ce sont ceux qui commencent tous fiers d'eux en lançant un "thank you for the music" avec l'air de penser qu'ils sont les premiers à avoir eu l'idée.

13h16: Je m'esclaffe bruyamment (trop). "Ces cons de journalistes", quand même, je dis (asshole of journalists), faut pas être bien malin (completely silly ) pour oser le "thank you for the music". Enculé. (what the fuck)

13h18: Maman, viens me chercher.

13h19: JB, putain, si tu ne mets pas en route ta caméra de merde immédiatement, je crois que je te la fais bouffer. Qu'on en finisse, je ne PEUX pas tenir une conversation EN PLUS de mon interview à venir. Je suis à deux doigts de cramer le portrait chinois, là, figure toi. Donc tu dis "moteur" ou je me casse.

13h22: Silence on tourne. M'en fous je répète ma phrase d'intro, je n'en ai pas d'autre en réserve. Pour la spontanéité on repassera.

13h23: "Björn, I wanted to thank you. Not for the music (hu hu hu) but for this hapiness you gave me".

13h24: Björn est un homme bien élevé. Il fait comme si je ne lui avais pas déjà dit ça deux minutes avant et répond que ça le touche à chaque fois, ce genre de remerciements. Il dit que ça le rend heureux encore aujourd'hui, l'idée d'être une fontaine de joie (traduction littéraire). Je passe à une question concernant la comédie musicale Mama-mia. Le temps passe, dieu merci il est bavard. Parfois je case un "yes ?" ou un "Yes !" ou, plus pointu, un "Really ?".

13h45: Portrait chinois. Björn se prête au jeu. Il cale sur "if you were a movie". Il dit que c'est une very good question. Pousse toi de là, Claire Chazal, que je m'y mette. Il ne trouve pas de réponse satisfaisante et me demande de la garder de côté, il y répondra à la fin de l'itv.

13h46:  C'était ma dernière question. Houston, on a un problème.

13h47: Je ne peux pas lui dire que c'était ma dernière question alors qu'il est coincé avec cette histoire de film à la con. Je l'humilie, là, je l'abandonne sur un échec.

13h48: "What do you look at first when you see a women ?", je demande avec l'énergie du désespoir.

13h49: Bien joué, Forrest, bien joué. Au mieux il trouve ça neuneu, au pire il pense que je le chauffe. Will émet un drôle de son rauque, on est en train de le perdre.

13h50: Björn me regarde longuement avec un petit sourire en coin et me répond "Her eyes".

13h51: Björn tu es un menteur mais ça ne fait rien, je suis à toi.

13h52: Emportée dans mon élan, je lui assène le coup de grâce: "Do you have any regrets" ?

13h53: Re-silence prolongé, re-yeux plantés dans les miens, re-mouillage de culotte: "I've done a lot of stupid things, you know. But I think that one of my biggest regrets is my divorce. It's so much pain, when love's ending…".

13h55: Will chiale comme un poupon.

13h56: Björn a les yeux mouillés. On est tous conscients qu'il s'est passé quelque chose de fort. Laissez-nous, maintenant, les autres, là. J'ai un homme à consoler, moi. Et pour ça, j'ai tout le vocabulaire qu'il me faut, pas besoin de dictionnaire, croyez-moi.

 

Thank you for the music

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Alors donc lundi, j'étais à Stockholm avec William et tout un tas d'autres gens drôlement chouettes pour aller interviewer un des chanteurs du groupe ABBA, Björn Ulvaeus de son petit nom. Vous verrez le résultat dans quelques semaines, le tout était en effet filmé pour un épisode de Puzzle, une émission de la chaine OFF TV d'Universal, qui fait se rencontrer blogueurs et chanteurs. Quand on m'a fait cette proposition, j'avoue, j'ai un peu sauté de joie. Non seulement je n'étais jamais allée à Stockholm et la perspective de découvrir la ville de Millenium me tentais carrément, mais surtout, surtout, rencontrer l'auteur des tubes à qui je dois des dizaines de soirées endiablées, comment vous dire ? Grosse montée d'adrénaline.

Je vous raconte ?

– 4h56: Après avoir dormi par tranches de 5 minutes toute la nuit de peur que mes trois réveils soient victimes d'une attaque nucléaire, je décide de devancer les hurlements des alarmes et de me lever.

– 4h57: Je ne sais pas ce qui me parait le plus insurmontable dans la journée qui s'annonce: être prête dans 28 minutes pour sauter dans mon taxi, décoller deux fois en moins de cinq heures ou interviewer un monstre du show bizness.

– 4h58: En anglais.

– 4h59: Je ne suis pas certaine d'avoir précisé à William que mon anglais se compose d'une vingtaine de mots dont 18 relatifs à l'autonomie des universités.

– 5h00: Je n'en finirai jamais avec ce syndrôme de l'imposteur.

– 5h01: Imposteuse.

– 5h02: Impostrice.

– 5h03: De grâce, que quelqu'un sorte son Larousse et achève mes souffrances.

– 5h04: Je suis donc à la bourre alors que je suis prête depuis 22h45. Tout ça à cause de ce mystère au sujet du féminin d'imposteur.

– 5h12: Je bois mon thé tout en checkant mes affaires et en me récitant mentalement mes questions méticuleusement préparées la veille.

– 5h13: MA question.

– 5h14: J'ai l'illusion de penser que les autres viendront toutes seules.

– 5h17: "Björn, I wanted to thank you because you gave me so much hapyness. If I feel sad, I put one of your song and I feel suddenly better".

– 5h19: On sent les dix années de journalisme d'investigation.

– 5h22: Ils vont être séchés chez Universal. Pauvre William.

– 5h24: Ce n'est pas que je veuille son poste mais franchement, si on me le propose, ça risque d'être un véritable cas de conscience.

– 5h27: Ce n'est pas de ma faute non plus si je suis naturellement lumineuse à l'écran. Quand à ma voix, il parait que je pourrais faire bander un mort dès que je sussurre trois mots dans un micro.

– 5h30: Le taxi est là, je saute dedans. Vivement que j'ai mon poste à Universal qu'on m'envoie une voiture.

– 5h45: Texto de William: "On dirait que je passe mon bac tellement j'ai pas dormi et que j'ai la colique".

– 5h46: Qu'est-ce que ça va être demain mon chéri, quand Björn aura appelé le siège pour qu'on coupe ta tête et qu'on y mette la mienne à la place…

– 5h47: "I wanted to thank you, Björn. Are you aware of being such helpfull for so many people ?".

– 5h49: Je tiens ma deuxième question. C'est bon.

– 5h50: Par contre après je cale.

– 5h52: J'ai un doute. Est-ce que "aware" ça s'applique à la situation ? Je vais demander à Will. Après tout il ne sait pas encore que je vais lui voler son job. Il devrait m'aider.

– 5h53: William pense qu'"aware" ça le fait. Après il me dit tout un tas d'autres choses en anglais que je ne comprends pas. Il est native ou quoi ?

– 5h56: Ok, ça risque qu'être un peu plus compliqué que prévu au niveau de la supplantation professionnelle.

– 5h57: Ce qui va se passer en fait, c'est qu'il va se faire virer par Pascal Nègre quand ce dernier aura vent que cette petite plaisanterie d'aller-retour à Stockholm, hôtel compris, a été organisée pour permettre à une dinde de blogueuse de remercier Björn pour sa musique.

– 5h58: "Thank you for the music".

– 6h00: Non mais je m'épate, moi. Jeu de mots, référence à l'un de ses hits, remerciement subtil avec une touche d'humour… La prochaine fois que j'ai un défi à relever je me tape une nuit blanche, on dirait bien que ça stimule considérablement mon cerveau qui n'en a pourtant pas vraiment besoin.

– 6h02: J'arrive à Roissy.

– 6h03: William m'attend. Il est tendu comme un string et cette histoire de colique n'était pas qu'une boutade à en juger son teint livide.

– 6h06: "Non mais tu te rends compte putain, chérie ? – ouais je sais, je t'appelle chérie, c'est super gay, mais là pardon, quoi – Björn, merde ! Je veux dire, il y a les Beatles, Michael Jackson et Abba. Je ne veux pas te mettre la pression mais 460 millions d'albums vendus, hein".

– 6h07: Je demande à William de me filer son immodium.

– 6h10: Je commence à tâter le terrain au niveau de mon level en anglais. "Il se pourrait, Will, que je n'ai pas été très honnête avec toi, pour ce qui est de mon fluently english…"

– 6h12: Will est mort de rire, il trouve ça trop drôle comment je fais semblant de pas parler anglais. Il m'est super reconnaissant de dédramatiser la situation. "Je te voulais toi, notamment parce que je sais que tu n'as pas arrêté de voyager dans ton ancien boulot et que tu maitrises, ce qui n'est pas le cas de tout le monde dans la blogo. Et là je ne te cache pas qu'on joue gros."

– 6h14: On est MAL.

– 6h15: Je demande à Will si par hasard il n'en a pas marre de son nouveau travail qui lui permet de rencontrer des stars internationales tous les jours. "L'atmosphère des maisons de retraite te manque, parfois, avoue ?"

– 6h17: Will trouve que je suis hilarante, il est FAN.

– 6h21: Will me prévient que "FAN" en suédois veut dire putain.

– 6h22: Je raye mentalement mon éventuelle troisième question qui aurait pu suggérer à Björn que je lui proposais une relation tarifée.

– 6h23: Will m'explique le déroulé de la journée. Outre l'interview qui aura lieu à 15h, on va tourner dans la ville et prendre des images de moi en mode "FAN de" (hey, ho, ça va, hein ?). On va aussi faire une petite chorégraphie Will et moi, qu'on reproduira un peu partout. Au montage, JB mettra de la musique dessus et ça sera génial. D'ailleurs on va commencer tout de suite.

– 6h26: Il est con ce Will. Je vais sûrement m'humilier dans quelques heures et provoquer son licenciement dans la foulée mais d'ici là qu'est-ce qu'on va rigoler avec toutes ses blagues.

– 6h28: Will vient de prendre une drôle de position. Il met ses mains sur ses hanches et commence à battre la mesure avec son pied gauche. JB fait les derniers réglages caméra, il me fait signe qu'il est prêt à filmer la choré, épisode 1.

– 6h30: La journée va être longue.

– 6h32: En même temps on a une petite chance de se faire expulser de l'aéroport si on continue à danser la macarena sans musique dans la file d'enregistrement.

– 6h45: A la douzième prise je parviens à agiter les bras du bon côté au bon moment et à reproduire la chorégraphie de Will pourtant à la portée d'un enfant de 4 ans.

– 6h47: J'explique à JB (abattu le JB, il vient de comprendre qu'il a tiré le gros lot) qu'au terme d'un an de danse africaine, j'ai eu l'honneur de participer à un modeste spectacle de rue lors de la fête de la musique. A la fin, mon fils chéri, âgé de trois ans à l'époque, était venu me féliciter, tout en me demandant pourquoi je n'avais pas fait le même spectacle que les autres danseurs du groupe.

– 7h12: On entre dans l'avion.

– 9h30: On atterrit à Munich

– 9h34: Alors qu'on court pour attraper notre correspondance, je commence à regretter cet emprunt à ma mère. Je veux parler de sa veste en mouton retourné hors de prix offerte par mon père il y a trente ans et quasi jamais portée (un sujet totalement tabou chez mes parents, mon père n'ayant toujours pas avalé la facture de ce cadeau raté). Pour avoir chaud, je vais avoir chaud. En attendant, elle pèse un âne mort, je sens DEJA la transpiration et je suis à peu près certaine de ressembler à Charles Ingals dans un épisode qui se passe à Sleepy Hide par un hiver rigoureux, quand il travaille dans un saloon pour faire vivre sa famille ruinée à cause d'une récolte foutue en l'air. En plus qu'il faut payer les lunettes hors de prix de Marie. (alors que ça ne sert à rien vu qu'elle va devenir aveugle) (et perdre son unique enfant dans un incendie) (provoqué par Albert, son frère) (lequel va se droguer, ensuite) (mais Charles le sauvera) (juste avant qu'il soit emporter par une leucémie foudroyante) (Albert, pas Charles). Bref.

– 9h40: On est arrivés devant l'embarquement Lufthansa pour Stockholm. Will se remet en position pour une deuxième choré. Au taquet, Gene Kelly.

– 9h42: C'est le feu à Munich. On te met une ambiance.

– 9h45: Je remets mon mouton et on monte dans l'avion.

– 9h50: Ce qui est bien avec cette histoire d'interview d'une légende vivante (en anglais, je l'ai précisé ?), c'est qu'à côté, le décollage c'est une partie de plaisir.

– 9h54: Will me dit qu'il vient d'avoir un message de l'attachée de presse, c'est GÉ-NI-AL, on a UNE HEURE d'interview au lieu de dix minutes.

– 9h56: Pour le bien être de tout le monde il vaudrait mieux finalement que cet avion explose en plein vol.

– 10h15: Bien sûr (toujours comme ça, pour une fois que j'étais prête à mourir) tout s'est bien passé et on file à la vitesse de la lumière vers Stockholm.

– 10h16: Je SAIS.

– 10h18: Je vais faire le coup du portrait chinois.

– 10h19: Très très très malin, le coup du portrait chinois. Je devrais parvenir à caser mes huit mots de vocabulaire. If you were a flower, If you were a city, if you were a movie, If you were a book… If you were a university.

– 10h23: Will trouve que c'est génial le portrait chinois. "Et ensuite, tu enchaines sur quoi ?"

– 10h25: A la limite, je pourrais foutre le feu à mon mouton dans l'avion, ça pourrait suffir à ce qu'on nous détourne sur Copenhague.

– 12h41: L'avion entame sa descente. Les statistiques sont formelles, c'est à ce moment là qu'il y a le plus de risques d'accident. Je prie pour qu'un des trains d'atterrissage reste en carafe. Tout plutôt que d'avoir à affronter une heure entière en face d'une diva qui ne va pas comprendre pourquoi on lui a collé dans les pattes une nana qui lui demande ce qu'il pense de l'harmonisation des cursus universitaires. Non parce que là, franchement, une fois le portrait chinois balancé, soit je pars direct sur le LMD, soit on compte les moutons (hin hin hin) (rapport à mon manteau).

A suivre…

De Bridget à Nikita en passant par Galliano

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Me voici revenue de Stockholm. Je vais vous raconter cette folle journée de lundi, mais il se trouve que le retour fut assez laborieux – pour cause de billets directs très très très chers, on a fait un léger détour par Francfort, bonjour les 8 heures pour rentrer – et que par conséquent, le temps m'a manqué hier pour écrire mon billet.

Je vais donc improviser pour celui-ci en divaguant ça et là.

Je voulais tout d'abord répondre à l'un des commentaires qui me disait en substance à propos de mon post de lundi, "pourquoi tu n'attends pas de pouvoir lâcher le morceau plutôt que de nous faire languir, c'est agaçant ?".

N'étant pas convaincue que c'était écrit sur le ton de la plaisanterie, je me dis que je me dois de m'expliquer. Loin de moi l'envie de vous faire bisquer en évoquant ce déplacement de cette façon là. Il se trouve que je ne voulais pas griller la politesse à Will, qui organisait tout ça. Mais que je ne pouvais pas m'empêcher de vous communiquer un peu de mon enthousiasme à ce sujet. Et puis je savais aussi que je serais absente du blog le lendemain, et je ne sais pas, j'ai l'impression que c'est plus correct de vous avertir, peut-être que c'est con. Ok, j'avoue, j'aime bien aussi vous laisser sur votre faim. Mais je peux comprendre que ça énerve.

Alicia et Will n'ont toujours pas niqué après une saison et demi et je suis sur les dents, donc je concède que c'est chiant, le teasing, à force. Je ne le ferai plus.

Par ailleurs, vous avez été quelques unes aussi à me faire part de votre peur de me voir ne plus… avoir peur. De prendre l'avion, de parler en public ou de tout un tas d'autres choses.

Premièrement, laisser moi vous rassurer: ça ne risque pas d'arriver. Je ne suis que peur. Tout le temps, en permanence. Pour un oui ou un merde. Un battement de coeur irrégulier, je crains la trombose cardiaque. Une toux persistante d'Helmut, c'est la pneumopathie. Ma grande qui refuse son dessert, je suis à deux doigts d'appeler SOS Anorexie. Le machin fait des cauchemards, je crains la psychose. Le churros rentre stressé du boulot, je l'imagine dans la salle d'attente de notre agence Pôle emploi dans les jours qui suivent. Mon père se coince le dos ? Je pense cancer des os. Ma mère a la voix rauque ? Je la supplie de passer un IRM. Une remarque d'une rédac-chef sur un de mes papiers ? Je suis fichue, perdue pour la cause, jamais on ne me rappellera, de toutes façons j'écris comme un pied. Plat, le pied.

Bref on m'aura comprise, il n'y a pas un seul objet d'angoisse, il y en a des milliers.

Et en même temps, j'avoue que cette décision il y a un mois de plonger dans ce qui me terrifiait le plus, à savoir l'insécurité professionnelle, m'a en quelque sorte libérée. Enfin, je ne sais pas trop si c'est le mot qui convient. Disons que je n'ai plus trop le choix. Parmi les raisons qui m'ont fait sauter le pas, il y avait celles-ci: pouvoir enfin profiter des opportunités que m'offre ce blog, aller au fond de certaines envies, me donner les moyens de réaliser ce qui n'est peut-être que pur fantasme.

Du coup, si je persiste à écouter mes mille et une inquiétudes, j'ai la sensation de perdre sur toute la ligne. Non seulement j'hérite de cette foutue précarité, mais en plus je passe à côté de ce à quoi j'aspirais.

Alors en effet, quand il m'a été proposé par surprise ce voyage à haut risque (QUATRE décollages en deux jours, putain), étrangement, je suis arrivée à clouer le bec à cette satanée petite voix intérieure qui me poussait à refuser parce que non, je n'allais quand même pas VOLONTAIREMENT m'exposer à QUATRE crashs potentiels, si ?

Ce qui ne m'a pas empêchée de faire l'oeuf ou presque à tous les atterrisages, ni de freiner avec mes bras sur la piste ou de supplier mentalement l'avion d'être clément encore une fois avec moi.

Par ailleurs, Bridget je suis dans l'âme, Bridget je resterai. Mais au risque de vous décevoir, je ne suis pas prête à oublier une deuxième fois mon ordinateur au check point histoire de vous écrire un brillant minute par minute. Je veux dire, oui le blog c'est un peu ma vie, mais très honnêtement ce jour là j'ai cru mourir. De honte, de colère contre moi et aussi – voire surtout – d'insuffisance respiratoire après ma course dans les couloirs de l'aéroport. Mon abnégation au service de la cause bloguesque a ses limites, je peux vous assurer qu'à chaque passage au scanner de bagages, je ne vérifie pas UNE fois, pas DEUX mais au moins TROIS fois le moindre de mes effets. Ensuite je compte mes sacs pour être sûre. Après je raconte à qui veut l'entendre qu'il m'est arrivé d'oublier mon ordi comme ça. Et rien que de l'évoquer, je commence à suffoquer. Du coup je recompte mes bagages. Et je cherche mon passeport. Puis mon téléphone. Puis ma carte d'embarquement.

En somme je suis bonne à enfermer.

Le mieux dans tout ça ? Je crains que ça ne me protège pas d'une tuile éventuelle. Il devrait y'avoir moyen de rigoler à mes dépens encore quelques fois avant que je ne tire ma révérence bloguesque.

Attention, je ne suis pas en train de déplorer que certaines d'entre vous viennent ici dans l'espoir de lire une de mes mésaventures. J'adore l'idée de vous faire marrer en vous racontant que j'ai mangé du caca, retrouvé ma petite culotte dans mon jean en pleine réunion ou sorti un tampax à la place d'un briquet. Mais tout ça n'est drôle que parce que c'est VRAIMENT arrivé. Et dieu merci, je ne suis pas non plus Benny Hill tous les jours. 

Je sais que derrière ces commentaires, il n'y a pas de malveillance. Je sais aussi qu'il y a peut-être la crainte que je me perde en route, que je finisse réellement par me prendre pour une connasse de blogueuse influente. Franchement, il y a de la marge. Même si je voulais, je veux dire. Pour ne citer que ça, je me suis promenée dans Stockholm avec un mouton de trois kilos sur moi – un manteau en peau retournée ayant appartenu à ma mère qui ne l'a jamais vraiment mis et je comprends désormais pourquoi – qui me faisait ressembler à une réincarnation de Nikita Kroutchev (je viens de le découvrir en visionnant les photos) et j'ai fini par me retrouver les quatre fers en l'air en plein tournage (à ce moment là j'ai béni le mouton qui a considérablement amorti ma chute).

Bref, je vous raconte très vite le reste et j'arrête cette improvisation sans queue ni tête.

Ah si, dernière chose. Ouf que j'ai refusé d'être égérie de Galliano. Comment ce serait compliqué aujourd'hui de retourner ma veste.

Remarque, Nathalie Portman ne s'en sort pas si mal.

Edit: John Galliano est manifestement un porc imbibé encore un peu plus cintré qu'il ne semblait l'être. En même temps, je m'étonne un peu de l'étonnement général. Je ne peux pas croire que son adoration du Führer lui soit venue comme une envie de faire popo. Je doute également qu'il n'ait pas tenu ce genre de propos nauséabonds avant et devant d'autres personnes que de pauvres clampins venus boire un verre dans son fief de La Perle (j'ai des amis qui fréquentent ce bar et il en est un des pilliers depuis des années). Bref, je ne suis pas dans le secret et fondamentalement je m'en tape, mais je ne serais pas surprise que tout le monde dans le milieu connaisse depuis belle lurette les penchants du monsieur, qu'il s'agisse de celui pour l'alcool ou de celui pour les chambres à gaz. Mais j'imagine que jusque là, il rapportait plus qu'il ne gênait. Or là, ce n'est plus le cas et pof, une vidéo accablante sort sur le net, pof, deux personnes portent plainte. L'aubaine pour Dior qui voulait s'en débarrasser. Moi je dis, mieux vaut tard que jamais, il est plutôt rassurant qu'on ne laisse pas à ce poste quelqu'un ayant de telles idées. Mais l'effroi du microcosme fashion me fait doucement rigoler. Non, en fait, pas doucement. Bruyamment.

Edit2: A stockholm, il y a manifestement deux incontournables. Victoria et Daniel, en photo ci-dessus (Kate et William peuvent aller se rhabiller) et… ABBA. Les premiers, je ne peux pas dire s'ils sont sympas. Mais lundi, donc, j'ai interviewé Björn, pas Borg, mais Bjorn Ulvaeus. L'un des quatre larrons du groupe mythique. Et guess what ? J'ai un peu de mal à m'en remettre. Promis, j'y reviens…

Kiss kiss bang bang

Redlancome2
Récemment, on m'a proposé de faire un billet sponsorisé pour une marque de maquillage. Venant de refuser pas mal de sollicitations et l'opération étant plutôt bien rémunérée, j'avais pour une fois dit oui.

Pour m'entendre répondre que finalement, mon blog n'était pas assez axé "beauté" pour l'annonceur.

Merde alors.

Je me suis sentie comme humiliée.

Je veux dire, ce n'est pas faute de glisser régulièrement quelques allusions subtiles à mes must en maquillage, quoi (la terracota, la terracota et… la terracota). On peut être apolitique de gauche, fanatique des bagels, MAMophobe ET maitriser l'art du smokey, merde ! Non aux préjugés, j'ai envie de dire.

Ok, l'art du smokey, on repassera.

Mais qui a écrit un papier sur le maquillage dans Psychologie magazine ? Hein ? Et qui collabore désormais avec Cosmétique Mag, LA bible des professionnels en la matière ?

Je demande une réhabilitation immédiate, vous l'aurez compris. Comme si ça n'avait pas suffi de me voir retoquée l'année dernière par La Halle aux chaussures en raison d'un manque de level fashion.

Je ne suis pas qu'un cerveau, ai-je envie de crier. Sous cette carapace d'intellectuelle, vibre une beauty-addict et cette dernière ne demande qu'à ce qu'on l'écoute aussi.

Bon, j'déconne, je m'en balance de Diadertruc. Mais je voulais trouver une accroche pour vous parler de mon coup de foudre pour un tube de rouge, une fois n'est pas coutume. Lipstick offert par une amie qui a la chance de recevoir des cosmétiques à la pelle (et non, ce n'est même pas une blogueuse, on hallucine) (cela dit, le fait qu'elle les reçoive gratos n'enlève rien à sa générosité).

A chaque fois qu'on se voit ou presque, elle me sort une petite merveille de son sac et je dois avouer que grâce à elle, je suis à deux doigts de rattraper 20 ans de retard en soin du visage et maquillage.

Dernier cadeau, donc, ce Lancôme, conçu parait-il pour celles qui n'assument pas le rouge pupute. A savoir qu'il est rouge, mais un peu transparent. Surtout, ce qui m'a conquise, c'est le fait qu'il ne "sèche" pas. Non parce que personnellement, quelle que soit la marque ou le modèle utilisé, je finis par ne plus rien avoir au centre de la bouche. Comme si tout le produit migrait sur le contour des lèvres. Effet assuré.

On me dit qu'il existe un terme exact pour décrire ce phénomène. Le rouge "file". Ok, je note.

Et bien ce rouge là, il ne "file" pas. Et même s'il déborde un peu, il donne cette impression de bouche mordue plutôt sexy (on me laisse rêver, merci).

La bouche mordue, c'est un de mes fantasmes, à égalité avec les pommettes un peu roses "comme si on revenait d'une ballade en forêt". Je n'arrive jamais à obtenir ce résultat, inutile de le préciser.

Bref, ceci était donc un billet beauté (dans ta face Diadermerde) pas du tout sponsorisé.

Je vous retrouve très vite, à l'heure où vous me lisez, je suis dans un avion pour une contrée où les filles ont les joues roses naturellement (les hyènes). Je ne peux pas en dire plus, c'est secret, mais si tout se passe bien, vous aurez des nouvelles très vite. Même que là je semble garder mon calme mais à l'intérieur de moi je suis excitée comme une pucelle. Je m'apprête en effet à rencontrer comme qui dirait une légende vivante, tout ça accompagnée de Will (grand ordonnateur de ces deux jours) (un indice: c'est pour tourner un "puzzle" pour Off TV, allez voir par là, celui qui fait se rencontrer Jenifer et Vinvin est très sympa).

See you very soon…

Redlancome

Edit: je sens que je tiens un concept avec ces autoportraits, non ?

Edit2: c'est le foulard H&M dont j'avais précédemment (pas) parlé.

Césars et solidarités

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Salade d'avocats et champignons, saumon fumé, blinis et crème fraiche et bien sûr, champagne. Voilà le difficile sort que je nous réserve au churros et moi pour cette soirée des Césars.

On a des vies compliquées.

A part ça, je voulais vous remercier pour votre enthousiasme et vos si gentils compliments, je suis à la limite de tomber amoureuse de moi même donc je pense que vous pouvez désormais cesser.

Enfin, et ça n'a rien à voir, mais je viens de pleurer comme un bébé en entendant des Tunisiens à la radio accueillir les milliers de réfugiés libyens qui déferlent à la frontière tuniso-libyenne. Les uns emmenaient les autres dans leur maison, certains apportaient des vivres, d'autres opéraient dans l'urgence des blessés. Il n'y avait pas besoin d'images, on voyait la scène à la fois tragique et humaine.

Je me doute que passés ces premiers jours, la question du devenir de ces réfugiés ne va pas manquer de se poser. Je me doute aussi qu'à un moment où à un autre, elle va venir sur la table en France. Il est fort à parier que des déplacements sont en train de s'opérer et je tremble du débat nauséabond que cela provoquera chez nous. Je ne sais pas pourquoi mais je doute qu'il y ait ce même élan de solidarité spontanée par ici.

Bref, c'était un billet encore plus décousu qu'à l'accoutumée, place aux robes à paillettes, aux sourires hypocrites, aux vexations rentrées, aux espoirs comblés et déçus. Depuis ma désagréable expérience de trophées truqués chez Elle, je crois que je m'identifie un peu à tous ces illustres perdants.

Ben quoi ?

Voilà qu’elle parle, maintenant

Quand Blogbang m'a proposé cette interview, j'ai dit oui tout de suite parce que j'avais trouvé celles de Nadia et de Deedee très sympas. J'y suis allée le coeur léger, après tout, on serait seules la journaliste et moi et cette dernière, Sarah de son petit nom semblait charmante.

C'était sans compter mon petit problème.

A niveau de la gestion du stress.

A savoir que j'ai été fichue de me retrouver en panique dans les cinq secondes qui ont suivi la mise en route de la caméra. Sarah a été d'une patience inifinie et est parvenue je ne sais comment à enrayer la crise. Au visionnage, ça ne se voit donc pas trop mais j'avais comme une énorme boule dans la gorge. Parler de moi n'est pas chose aisée, ça se confirme.

Ensuite, quand il a fallu tirer au sort un questionnaire et qu'il s'est avéré que le sort était mon ami puisqu'il avait choisi le cinéma, je me suis sentie mieux. Néanmoins, on constatera que mes références cinématographiques en ont pris un coup depuis ma période "Cahiers du cinéma". Y'a du level, comme dirait Violette. Mais à ma décharge, répondre à brule pourpoint comme ça, ce n'est pas super évident. Je ne renie aucune réponse, j'imagine que la spontanéité est gage de sincérité, ce qui explique probablement l'absence totale d'allusion aux merveilleux films de ces illustres réalisateurs coréens vus durant ma jeunesse…

Voilà, je me suis dit que ça vous amuserait après ce billet pas léger léger.

Edit: on excusera les "ouais" et les ricanements en fin de phrase et on mettra ça sur le compte de ma panic attack. Merci.