Burning Out, dans le ventre de l’hôpital

Hier soir je suis restée scotchée devant un documentaire qui a fait un peu parler de lui cette semaine, « Burning-Out, Dans le ventre de l’hôpital », de Jérôme Lemaire, diffusé sur Arte. Vous me connaissez, je nourris une fascination pour le milieu médical, en bonne hypocondriaque que je suis. Rares sont les reportages traitant du sujet qui échappent à ma vigilance. Mais celui-ci était différent. Plutôt que de se concentrer sur des parcours de malades, avec toute la putasserie que cela peut avoir parfois (je veux dire par là que ça vient titiller nos instincts parfois les plus bas, cette espèce de satisfaction que tout ça n’arrive pas à nous), ce documentaire se focalise sur le personnel médical de l’hôpital Saint-Louis. Le réalisateur a pu filmer pendant des mois, jusqu’à être en totale immersion et, fait rare, complètement adoubé manifestement par ses sujets, qui montrent à plusieurs reprises leur sympathie, à l’égard de cette caméra qui les accompagne dans leur souffrance.

Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, d’une souffrance généralisée à toutes les strates de ce petit monde si particulier. Une souffrance qui ne se manifeste pas par des slogans pour des journées moins longues, non, mais par une frustration à ne pas pouvoir exercer comme ils le souhaiteraient, ce métier choisi la plupart du temps par passion.

Petit à petit, deux personnalités captent totalement la lumière. Cette anesthésiste, dont on sent l’amour qu’elle voue à son travail et qui se désespère que l’humain ne soit plus au centre des préoccupations de ceux qui « décident ». Et ce chirurgien, grande gueule par excellence, ne reculant devant aucun excès verbal, mais dont on devine aussi la conscience professionnelle et l’engagement auprès de ses malades.

Ce qui m’a le plus frappée, c’est l’absurdité de cet audit que l’on promet donc au staff, pour tenter de trouver des solutions à leur épuisement permanent ainsi qu’à l’embouteillage des blocs opératoires, plus blindés que le périf aux heures de pointe. Lors de la réunion qui l’annonce, la directrice, jeune et fraiche moulue d’une grande école d’Etat, explique que bien évidemment, le bien être au travail sera au centre de ce chantier et que les consultants auront à coeur d’en identifier les conditions.

Personne ne semble totalement dupe, mais tout le monde parait vouloir jouer le jeu. Jusqu’à la restitution des conclusions du fameux audit, présentée par un jeune consultant qui semble aussi au fait de la réalité d’une salle de réa que moi. Et là, le couperet tombe: en gros, « bon remplissage du bloc, mais délai entre deux opérés encore trop long ». Le désespoir qui se lit alors sur le visage des chirurgiens et autres représentants médicaux est terrible. Pas un mot sur la souffrance psychologique, uniquement des chiffres et des termes comme « efficience, rentabilité, etc ».

C’est alors que la fameuse anesthésiste a cette idée de « boite à questions ». Fabriquée à la hâte, elle est déposée à l’accueil afin que tout le monde, de l’aide ménagère au grand ponte, y exprime, anonymement ou pas, ses doléances et ses besoins. Le moment du dépouillage est ultra émouvant. Enfin, les visages s’éclairent un peu. La liste des suggestions est longue comme le bras et part dans tous les sens. Sans doute que la plupart sont irréalisables. Mais quelque chose vient de changer, par la grâce d’une parole enfin libérée.

Bref, au delà même du secteur concerné et de la qualité du reportage, j’ai trouvé ça passionnants à plus d’un titre. Toutes proportions gardées, cela m’a fait penser aux problématiques auxquelles sont confrontés d’anciens collègues journalistes actuellement. De plus en plus, où que ce soit, le coeur de métier est méprisé, l’administratif et la gestion prenant le dessus, au nom de la sacro-sainte rentabilité. A grands coups d’audits menés par des experts qui n’en ont que le nom, on justifie la disparition des considérations humaines au profit de protocoles organisationnels souvent ineptes. Vous l’aurez compris, je vous invite vraiment à regarder ce documentaire, il est en ligne jusqu’au 2 décembre sur le site d’Arte.

Edit: rien à voir mais voici les noms des gagnantes du concours. Merci de m’envoyer un mail pour que je le transfère à la marque.

Commentaires:

7 : Alex
13 : MarieSouricette
21 : Soeurette
29 : Sophy
44 : Champi
46 : Adeline
48 : LaureB
55 : Marieal
61 : Melo
63 : Isamag

 

58 comments sur “Burning Out, dans le ventre de l’hôpital”

    • Marieal a dit…

      Merci beaucoup Caro! Moi aussi Nath je suis contente pour moi; cette crème va pouvoir me faire perdre la fatigue accumulée cette semaine à vider ma maison.

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  1. paris a dit…

    Le reportage est édifiant et j’ai eu exactement le même ressenti que toi sur l’audit. Et ce chirurgien est vraiment extraordinaire. Extraordinaire et perplexe. La scène où il réclame de l’oxygène pour le patient et qu’il a en face de lui une infirmière qui rechigne. Dingue.

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    • Caroline a dit…

      oui et ce qui est fou c’est que cette infirmière semble réellement convaincue d’être victime de maltraitance – et le fait est qu’il est brutal – mais que vu de là où on est, en effet, elle ne réagit pas correctement quand il lui demande l’oxygène. C’est tout le problème, comment réconcilier l’irréconciliable, chacun semblant sûr de son fait et de son bon droit.

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      • paris a dit…

        Je t’avoue que, en tant que patient, je préfèrerais autant que l’infirmière écoute au doigt et à l’oeil ce chirurgien qui, en plus de ses x années d’étude, doit avoir quelques longues années d’expérience derrière lui. Quand tu es confrontée à ça dans ton boulot (qui n’est pas dans la médecine), c’est juste agaçant et tu peux essayer de négocier et de prendre le temps. Devant une table d’opération, il n’y a pas de négociations (ni d’état d’âme) possible.

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    • Beline a dit…

      Oh non pitié ! Je suis médecin, et c’est à l’iade (infirmière anesthésiste) que je fais confiance sur cette séquence et surement pas au chirurgien ! C’est une anesthésie locale, réalisée par le chirurgien lui même, qui ne requiert pas l’intervention de personnel anesthésiste (médecin ou infirmière) et si le patient en a besoin, l’iade est formée pour administrer seule de l’oxygène. Tout le monde se doit le respect, le chirurgien comme les autres ! Et administrer de l’oxygène est plus délétère que bénéfique quand l’organisme n’en a pas besoin.. Le reportage montre assez bien la souffrance de tout le bloc en général, et le chir comme l’iade souffre surement, mais son comportement violent m’est difficile à encaisser (et vos réactions inappropriées à cette séquence me blessent pour elle.. ah ah ah on est trop sensible en fait à l’hosto 😉

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      • Caroline a dit…

        honnêtement je ne suis pas qualifiée pour prendre position. et je crois sincèrement les professionnels qui décryptent. J’y ai vu personnellement l’expression de ce burn-out, cette exaspération du chirurgien qui parle avec brutalité et l’ultra-sensibilité de cette infirmière qui semblait sûre de son bon droit. Et j’imagine que les deux restent persuadés d’avoir réagi convenablement. Le chirurgien en question, on le voit, est de la catégorie des râleurs. Et probablement de cette ancienne génération habituée à traiter « le petit personnel » ainsi…

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  2. zaza a dit…

    Vu aussi. Ca fait peur quand on pense qu’on passera forcément un jour ou l’autre entre les mains d’un personnel soignant a bout…
    Je partage totalement ton post (comme quoi, tu vois, je suis aussi capable de com positifs…)

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    • Caroline a dit…

      écoute moi ça ne m’a pas non plus fait trop peur parce qu’on sent qu’en dépit de tout, le malade reste au centre des préoccupations de ces soignants. Et pour avoir bien fréquenté l’APHP cet été, tout ce que je peux dire c’est que jamais je n’ai ressenti le ras le bol des médecins, ma fille n’a jamais souffert de cela. Après, clairement, c’est un flux tendu qui risque de céder à chaque instant…

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      • Marieal a dit…

        Pas vu encore ( et je suis pas sure de regarder un truc qui me parle de ce que je vis tous les jours) mais je me permets de vous dire que le journalistes a sûrement trie des heures et des heures de tournage et qu’il y a donc un prisme. Mais il est vrai que nos conditions de travail se dégradent et qu’il devient dur de Tout faire tenir dans une journée de boulot avec sécurité, avec des moyens qui fondent comme neige au soleil alors que les exigences elles ont une évolution exponentielle!

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  3. barbara a dit…

    Je l’ai vu ce documentaire, avec tristesse, effroi mais en même pas pas très surprise car je travaille un peu avec ce secteur et je vois bien l’évolution de l’hôpital public vers une entreprise comme une autre. C’est désespérant de faire croire que l’hôpital ne doive répondre qu’à des objectifs de rentabilité et d’efficience. On a la chance d’avoir encore des soignants qui passent par dessus ces injonctions économiques, enfin ils font avec, mais pour combien de temps ? Ce documentaire montre bien que ça ne peut pas aller plus loin. Face à ces « bullshit jobs » représentés par ce consultant, je dis un grand bravo et j’exprime toute ma reconnaissance au personnel médical – paramédical et tous les aides (mention spéciale à l’aide soignante qui nettoie les blocs entre 2 opérations …) qui s’occupent de notre santé. Qu’on s’occupe aussi de la leur, c’est indispensable.
    bonne journée

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    • Caroline a dit…

      clairement le métier de consultant n’est pas ressorti grandi du reportage… envie de claquer le beignet du jeune blanc bec et de le balancer dans le bloc le plus vite possible pour qu’il voie ce que ça fait d’être opéré à la chaine…

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  4. Calista a dit…

    Oh mince, j’y croyais pour le concours, pour une fois que le nombre de commentaires était raisonnable, j’ai pas de chance 🙁
    Bravo aux chanceuses !

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  5. Lulu a dit…

    Je regarderai avec plaisir le reportage, mais j’avoue que je suis assez partagée sur le milieu hospitalier, ayant eu des proches en fin de vie littéralement éjectés de l’hôpital pour aller mourir chez eux, car trop lourds à soigner. Après je suis consciente de la lourdeur de la tâche, de sa difficulté, …

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  6. Daphné a dit…

    Je le regarderai avec mon grand; ce monde qui se déshumanise est effrayant. Hier soir, je regardais Cash Impact sur le diesel, mais quel mépris pour l’humain là aussi. Entre deux interviews de pontes automobiles et des tests indépendants, il y avait cette petite fille dans sa chambre face au périph. Et l’assistance respiratoire devenue indispensable pour la soulager un peu.

    Ton article me fait aussi penser à ces mots de Trump à Porto Rico; ce mépris et cette violence dans ses mots. Mais où est notre part d’humanité là-dedans ?

    Bravo aux gagnantes ! Vous nous direz si ce protocole vous laisse la peau lisse ?

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  7. MarieSouricette a dit…

    Je vais le regarder tu m as convaincue ( si j arrive interrompre TheGoodWife, la je te dis pas merci!!)! Et oui meme si ce ne sont pas les memes enjeux le parallele avec les autres secteurs est un element de reflexion.. Dans mon entreprise le blanc bec en chemise calcule le nombre d’heures passees par type de profil et de missions / reunion sans aucune consideratiln de l humain.. dépitant… et plus futile: merci pour le concours, je suis ravie!

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    • beatrice a dit…

      Bonsoir, je te lis (toujours) mais en « petite souris » silencieuse en général….. Mais en lisant ta description de ce monde, j’ai cru reconnaitre le mien – à son échelle, l’enseignement. Le vécu de passionnés épuisés de non-considération….
      Comme MarieSouricette, je ressent fortement combien dans certains/beaucoup/tous (barrer la mention inutile) domaines professionnels l’humain est écrasé par l’argent ; le salarié (celui qui génère la plus-value) est rabaissé uniquement à ce qu’il coûte, et non plus à ce qu’il (r)apporte….

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  8. Isamag a dit…

    Bonjour !!!
    Je suis contente !!!
    J’ai regardé le documentaire … ça fait vraiment peur et c’est édifiant ! Tout cela ne tient que par la magie de quelques personnes qui malgré tout FONT … et j’ai le sentiment que ce fragile édifice peut s’écrouler comme un vulgaire château de carte !!!
    J’ai lu la liste jusqu’au bout
    Et puis, j’ai lu jusqu’au bout avant de voir mon nom parmi les gagnantes … chouette … et merci !
    Mail envoyé.
    Bonne journée à tous !

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  9. matinbonheur a dit…

    J’ai du mal avec les hôpitaux, à cause du côté pas toujours très humain justement.
    Ca va en s’améliorant…
    j’ai rencontré des équipes extraordinaires en néonat il y a presque six ans, très dévouées pour le lien parent enfant et qui mettait tout en œuvre pour l’humain dans sa globalité. Ca réconcilie.

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  10. Lili a dit…

    Impossible pour moi de passer à côté de ce documentaire car, étudiante aujourd’hui, je serai normalement dans quelques années à la place de cette directrice d’hôpital « jeune et fraîche moulue d’une grande école d’Etat ». Alors je me permets de commenter…
    Je ne veux pas me faire l’avocat du diable, moi aussi ce documentaire m’a beaucoup remuée et fait réfléchir, je le considère d’utilité publique. Mais j’ai toujours du mal lorsque je vois que sont opposées équipes médicales et soignantes et directions administratives, qui ne prôneraient que l’efficience et la rentabilité.
    Je ne crois pas que l’on devienne directeur ou directrice d’hôpital sans vocation ou passion. Certes il y a une véritable question autour de la légitimité de ces directions, mais, comme je suis encore jeune et naïve, j’ai quand même envie de croire que chacun ici sert le même but, avec ses compétences propres. A savoir un système de santé performant et de qualité pour les patients, mais également pour les professionnels. Les analyses (type Envoyé Spécial L’hôpital en urgence) qui font du lean management et de l’hôpital-entreprise la nouvelle norme sont pour moi beaucoup trop simplistes. Tout changement doit passer par la collaboration et la concertation entre équipes médicales et directions, et il aurait pu être intéressant dans ce documentaire de davantage connaître la position de ladite directrice – car en effet, cet audit est aussi inutile que révoltant. Chaque jour, on demande à tous ces acteurs de faire plus avec moins, et malheureusement les directions ont trop souvent les mains liées. Mais quitte à me destiner à ce métier, il me faut rester optimiste et croire au dialogue, à la collaboration, aux améliorations possibles…

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    • Caroline a dit…

      ah mais je pense en effet qu’il faut des personnels administratifs et que les directeurs d’hôpital sont nombreux à exercer cette profession par passion. Et à te lire je suis convaincue que l’hôpital aura tout à gagner à te gagner dans ses rangs. j’ai eu la sensation que cette jeune directrice en l’occurrence était assez peu rompue au dialogue et à mon avis elle a refusé de s’exprimer face caméra. Mais apparemment elle a accepté le reportage, ce qui en soi est preuve de transparence. Peut-être aussi que le postulat était dès le départ de se concentrer sur le personnel médical. Mais je suis d’accord, sa voix manque.

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      • Karine G-s a dit…

        Je n’ai pas vu ce documentaire mais je vais tâcher de le trouver, il semble super intéressant.
        Mais concernant les directeurs d’hôpitaux qui font ce métier par passion, je peux répondre pour mon papa qui est en retraite depuis quelques années maintenant mais qui a fait toute sa carrière dans les hôpitaux du Val-de-Marne, que ce soit le CHI de Créteil, des maisons de retraite, le CHS Paul Guiraud de Villejuif ou finalement la direction de la Fondation Vallée à Gentilly, encore un psy mais pour enfants et adolescents. Quand il parle de Santé Publique, on sent bien qu’il y met des majuscules et qu’il a failli y laisser la sienne, de santé. Je sais que ses équipes le respectaient, parce qu’il les respectait aussi, tout en ayant la lourde tâche de faire rentrer des carrés dans des ronds. J’en ai pour preuve le nombre de personnes totalement inconnues de moi qui m’arrêtaient dans la rue pour me demander de ses nouvelles à l’époque où il était lui-même hospitalisé en cancéro.
        Pour en revenir à la gestion hospitalière, il faut savoir aussi que les administrateurs ont des contraintes assez intenables aussi, en provenance directe de différentes instances supérieures notamment le Ministère de la Santé, ainsi que les différentes directions des Affaires Sociales, contraintes administratives et budgétaires à tenir pourtant. Eux aussi peuvent se retrouver en burn out… ou y laisser leur santé d’une autre manière.
        La nouvelle gestion hospitalière notamment la tarification à l’acte y est pour beaucoup. D’un côté on demande aux hôpitaux publics (à la différence du secteur privé) d’être performants, à la pointe de la médecine technique pour des soins de qualité, à la pointe de l’enseignement pour former les médecins de demain MAIS aussi d’être rentables. Les deux ne vont pas ensemble.

        Pour n’importe quel projet à mener, il y a trois critères : la qualité, le temps, le coût.
        On ne peut pas optimiser les trois en même temps. On peut éventuellement en conjuguer deux, mais ça se fera au détriment du troisième. C’est ce que j’appelle faire rentrer des carrés dans des ronds, et le plus vite possible en plus, quitte à le faire au marteau.
        Hélas…

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  11. Noémie a dit…

    Bonjour Caroline.

    Je suis infirmière au bloc opératoire et je n’ai pas du tout accroché avec ce reportage, que j’ai pourtant regardé jusqu’au bout. Je l’ai trouvé beaucoup trop centré sur les chirurgiens, médecins anesthésistes et cadres de santé… On ne voit quasiment aucun infirmier ou aide soignant, qui représentent pourtant au minimum 80% du personnel du bloc opératoire… Pourquoi cet oubli ? Je me pose encore la question et pour en avoir parlé hier avec mes collègues je ne suis pas la seule… Il y a une interview (pourtant très intéressante) de 5 minutes d’une aide soignante et la fameuse scène ou l’infirmière anesthésiste se fait engueuler par le chirurgien, drôle de représentation de ces catégories de personnel sans qui pourtant le bloc ne pourrait pas tourner et qui sont aussi très largement impactées par le burn out…

    Pour la défense de cette infirmière anesthésiste, comme elle l’explique après l’altercation à la cadre de santé, l’intervention en question était sous anesthésie locale pure, intervention où l’infirmière anesthésiste n’a pas à être présente, et donc elle se trouvait dans le local à côté, sans doute en train de préparer l’intervention suivante, et, comme elle essaie de l’expliquer au chirurgien, elle ne connait pas le dossier de la dame en train d’être opérée et n’a normalement pas à intervenir. Et rien ne justifie que le chirurgien (qui n’est pas du tout son supérieur hiérarchique hein) s’énerve ainsi et ne lui parle comme ça.

    En regardant le reportage je me demandais ce que des personnes extérieures au bloc opératoire allaient en penser (et si elles allaient comprendre qui étaient les intervenants, qui ne sont pas présentés) et du coup je suis contente de lire ta réaction ce matin.

    Bonne journée !
    Noémie

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    • Caroline a dit…

      merci de ton point de vue, je suis d’accord avec toi, les chirurgiens sont omniprésents, d’ailleurs à la fin l’anesthésiste le dit très sincèrement: on ne s’est pas intéressés nous non plus aux autres professions. Quant à l’infirmière anesthésiste, on voit bien en effet qu’il y a une totale incompréhension entre les deux protagonistes. j’y ai vu surtout la conséquence de ces opérations à la chaine 🙁

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  12. sylvie a dit…

    Les hôpitaux comme toutes les entreprises maintenant sont soumis à la « sacro-sainte » rentabilité. Si il me parait indispensable de lutter contre les dépenses inopportunes qui malheureusement existent encore (mais aussi à cause de certaines inepties de la sécu and co et probablement quelques acointances avec les labos), ni les patients, ni le personnel médical ne devraient en aucun cas en pâtir… c’est de moins en moins vrai ! Les hôpitaux manquent de tout (lorsque mon père était hospitalisé nous avons du ramener une prise multiple pour pouvoir brancher ces multiples appareils….)

    Je suis aussi un peu partagée sur le dévouement du personnel medical des hôpitaux….c’est bien souvent vrai mais pas toujours et meme si je comprends leur épuisement les malades ne devraient jamais le subir ….

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    • Photine a dit…

      Sylvie, vous avez un ou des exemples de « certaines inepties de la sécu » ? parce que pour ma part, j’y travaille à la « sécu » et notre boulot, c’est de financer entre autre, l’hôpital en coûtant le moins cher possible et en apportant le meilleur service possible (même problématique, quoi). Donc être accusé des maux de l’hôpital dans une parenthèse….

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    • Tachalili a dit…

      Les soignants sont des humains comme vous et moi. Quand on voit le stress qu’ils subissent (outre celui d’avoir la vie de personnes entre leurs mains), on peut comprendre qu’eux aussi puissent de temps en temps péter les plombs. Voir un chirurgien (métier qui fait qu’on doit avoir des nerfs bien solides) au bord des larmes parce qu’il n’en peut plus c’est très parlant. Le chirurgien en question part 6 mois pour respirer et s’extraire de ce milieu qui le bouffe et dès les premiers moment de son retour, on sent toute la tension revenir. C’est flippant

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  13. Alice a dit…

    Vu avec mon conjoint qui est IBODE (infirmier de bloc) dans un autre hopital de l’APHP où il y a exactement les mêmes pbs.
    Attention j’ai eu la même réaction que vous face à l’infirmière pour l’oxygène mais mon conjoint m’a expliqué que c’était une opération sans AG donc pas d’anesthésiste dans la salle seulement l’infirmière qui n’assiste pas aux rdvs. Les chirurgiens n’aiment pas ce type d’opération car la personne peut bouger etc. Donc tension. Beaucoup de chirurgiens parlent très mal aux infirmières c’est une réalité. Il est peut être reconnu comme tel. Par exemple quand il dit qu’il ne compend qu’un infirmier part à un certain horaire alors que lui ne part que quand l’intervention est fini. Les infirmiers ont des horaires, oui, ils sont aux 35h, oui comme de nombreux non cadres, et ils n’ont surtout pas la même rémunérations que les chirurgiens. Chacun son métier mais aussi chacun ses horaires..Les infirmières ne sont pas valorisées. Elles sont souvent en effectifs réduits (2 infirmières pour 4 blocs) font des astreintes, des week-end, elles sont aussi à bout. Le reportage était centré sur les chirurgiens mais les IBODE et les IADE souffrent également. J’ai également trouvé les résultats de l’audit édifiants mais là encore mon conjoint me dit qu’il y a bcp de pertes de temps entre 2 opérations: pas de brancardiers, etc.Mais cet audit ne répondait clairement pas à la détresse du personnel.. La seule bonne idée et pourtant simple, la boîte à idée. J’ai trouvé qu’ on restait un peu sur sa faim à la fin du reportage..Merci d’avoir partagé. 🙂

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    • Caroline a dit…

      je partage totalement cette conclusion, j’avais envie que cela continue et qu’on voie la suite, en se concentrant sur d’autres personnels… Après je me suis dit aussi que les chirurgiens avaient sans doute moins peur de s’exprimer que les infirmiers, que leur statut leur permettait une liberté de parole bien différente. Mais peut-être que je me trompe.

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      • Caroline a dit…

        et oui, les chirurgiens parlent souvent mal aux infirmiers, il y a une sorte de mépris de classe qu’on ressent parfois en tant que patient. Après, ils ont aussi une pression sur les épaules pendant les interventions qui peuvent expliquer cela. J’ai aimé que le documentaire ne prenne pas parti et laisse les deux protagonistes exprimer leur colère.

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    • paris a dit…

      Mais les 35 heures, c’est peut-être le coeur du problème. Il aurait fallu recruter en urgence dans les hopitaux pour pallier la réduction du temps de travail, non ?

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    • Geneviève a dit…

      C’est vrai que c’était très très centré sur les chirurgiens… En même temps c’était un reportage sur… un service de chirurgie.
      C’est vrai aussi que le rôle de l’IA était peu ou mal présenté

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  14. mayoun a dit…

    Je pense (j’imagine, j’espère..) que les consultants ne gagneront jamais. La motivation des soignants est de soigner, pas de raisonner en terme de logique économique. Mais je travaille dans le milieu médical et je vois que la souffrance des personnes est immense, il va falloir encore du temps avant que la situation s’améliore. Encourageons-les autant que possible en attendant!

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  15. R. a dit…

    J’ai travaillé du côté de « ceux qui décident » , l’Agence régionale de santé pour ne pas la citer, puis je suis devenue consultante quelques temps (notamment dans des hôpitaux, des ARS mais aussi pour la sécurité sociale) avant de repartir du « côté des gentils » (l’associatif) et ma conviction profonde est qu’on va droit dans le mur [et je ne travaille que depuis deux ans !].
    Je ne sais même pas si une augmentation significative des budgets permettrait d’améliorer vraiment les choses.
    Au fond, tout ce que j’ai pu constater c’est que tout le monde (décideurs, consultants, personnels soignants et para-médicaux) fait souvent de son mieux pour maintenir à flot l’hôpital et tout ce qui gravite autour selon sa propre conception du service public.

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  16. Mireille a dit…

    Je n’ai pas vu ce reportage mais tu m’as donné très envie de le regarder. Quant à ta phrase « De plus en plus, où que ce soit, le coeur de métier est méprisé, l’administratif et la gestion prenant le dessus, au nom de la sacro-sainte rentabilité. A grands coups d’audits menés par des experts qui n’en ont que le nom, on justifie la disparition des considérations humaines au profit de protocoles organisationnels souvent ineptes… »
    comment te dire, euh, no comment à force de le vivre au quotidien…jusqu’à m’être trouvée à la limite du burn out (et pas que moi malheureusement)

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  17. Carole Nipette a dit…

    Pas encore vu, séance de rattrapage à faire… il suffit de passer une nuit ou plus dans un service pédiatrique par exemple pour se rendre compte qu’il y a un vrai problème dans nos hôpitaux… j’ai été observatrice à chaque fois puisque c’est mon enfant qui y était et j’ai pu voir à quel point la rentabilité demandée plus le manque de personnel donne des situations que je ne souhaite de vivre à personne…
    ce que tu racontes me fait penser à une saison de Grey’s Anatomy, quand l’hôpital est racheté et qu’on comprend bien les histoires de rentabilité, d’économies à faire partout… les audits qui sont faits en dépit de tellement de choses dont l’humain… je sais que ce n’est qu’une série américaine pas toujours réaliste mais là ils avaient bien appuyé où ça fait mal…

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  18. Smouik a dit…

    l’audit que tu évoques m’en a rappelé un autre, dans une grande entreprise de service public où je travaillais dans une vie antérieure. N’en sont sortis officiellement que les points positifs qui plaisaient au boss. Toutes les difficultés, tous les problèmes (notamment ceux qui le mettaient directement en cause) : pffft… gommés, disparus, inexistants. Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai décidé de partir et de ne plus remettre les pieds dans ce genre d’organisations où l’argent public est attribué en enveloppes, avec une certaine opacité dans le rendu des comptes et où l’humain a si peu d’importance…

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  19. Kty a dit…

    Ma mère et mon père sont morts à l’-hôpital pour la première et dans une clinique privée pour le second.
    Ma mère a eu un un avc et nous l’avons veillée pendant une semaine. De l’équipe du service de neuro et de celle des soins palliatifs (nous les avons rencontrés mais elle ‘a pas eu à y aller) je ne peux dire que du bien : attention, patience et beaucoupde douceur, surtout quand on s’adressait à mon père alors complètement paumé.
    Pour mon père, dans la clinique privée, même chose, là aussi des infirmiers/ères aux agents hospitaliers et au chef de service.
    Chambre individuelle les deux fois, on m’a installé un petit lit les deux fois et on a toujours repondu à mes questions.
    Ça fait un peu bisounours (et pour d’autres proches, ça a ete plus compliqué) mais ca a été ma réalité, et chaque fois que je le peux, je le répète, ils ont ma reconnaissance éternelle.

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    • Geneviève a dit…

      Pour moi aussi, reconnaissance éternelle à l’hôpital public (c’est celui que je connais). Nombreuses hospitalisations en soins intensifs cardio pour ma fille (la première fois, assez longue hospitalisation) et CHAQUE fois, un personnel, concentré, attentif, bienveillant et expliquant bien la situation.
      C’est pour ça que le reportage m’effraie: il montre des consultants totalement étrangers à la dimension humaine de la mission de SOIN ; ces consultants seront à l’origine de toutes les décisions prises pour la gestion de l’hôpital

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  20. Thiphane a dit…

    Cette souffrance au travail se retrouve partout dans les services à la personne. Je suis éducatrice et passionnée mais le métier que j’exerce est difficile car face à la misère humaine. Au lieu d’un soutien ou nous oppose des lois, des décrets. les audits se multiplient et ce qu’on nous demande c’est de la rentabilité. On nous demande d’accompagner 3 personnes sur un temps pour une. Nous allons traiter à la chaîne des personnes qui ont besoin de temps.

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  21. Marieal a dit…

    Le problème de l’hôpital public , à mon avis c’est la tarification à l’activité. En gros tant que l’on considérera qu’une prothèse de hanche par exemple est payée le même prix dans le privé ( qui sélectionne ses patients pour ne garder que ceux qui ne posent pas de problème) que dans le public ( qui ne sélectionne pas et donc opére plus de patients susceptibles de se compliquer donc des durées d’hospitalisation plus longue) on ne s’en sortira pas, même si il y a des moyens de pondérer le prix de  » revient » par des facteurs de fragilité, et l’hôpital public sera perdant.
    Et dans ces calculs de coût ne sont jamais pris en compte le temps d’échange avec les patients comme si on produisait de vulgaires saucisses… mais une saucisse ça parle pas ça souffre pas, ça n’a pas de famille à rencontrer ça n’a pas besoin d’être rassuré.

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    • Photine a dit…

      Sauf que la tarification à l’activité a repmlacé la « dotation globale » qui était « le même budget de l’année dernière avec tel % d’évolution » depuis… les années 70. Les budgets des hôpitaux n’avaient plus rien à voir avec leur réalité : celui d’un territoire qui avait perdu des habitants, avait plein de budget, celui d’un territoire qui avait gagné des habitants ne pouvait pas faire face aux besoins de santé.
      Fixer un budget en fonction de l’activité réelle est quand même mieux yc pour les soignants. Sinon, vous faites comment pour financer un nouveau service (qui avait donc zéro activité l’année précédente) ? Et comme vous le dites, l’hôpital public n’est pas financé que par la tarification à l’activité. Ses missions de service public reçoivent des budgets en plus.

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  22. Pauline a dit…

    Merci de relayer votre ressenti sur ce documentaire et de vous en faire l’écho… Je suis assistante sociale dans un CHU, et aux premières loges de toute cette souffrance de par mon rôle transversal. Et je la vis aussi dans ma moelle au quotidien, quand on me dit que les « problèmes sociaux » sont les principaux motifs d’hospitalisation (sérieusement?), qu’on me demande d’organiser le retour à domicile de patients incapables de se lever de leur lit car « le chef est passé et il a fait le ménage », que des médecins refusent de démarrer des traitements de chimiothérapie pour des patients étrangers tant que leurs droits à la sécurité sociale ne sont pas ouverts… etc, etc. On nous parle de durée moyenne de séjour, de chiffres, de coût… Mes collègues et moi nous battons tous les jours pour remettre l’humain au coeur de tout ça, et pour autant nous recevons souvent beaucoup d’agressivité de la part des soignants, parce qu’on « freine » la prise en charge. Ou comment alimenter soi-même le monstre qui nous dévore…
    Voilà, je pose ça là, peut-être simplement pour que les dernières roues du carrosse que nous sommes (ni soignants ni complètement extérieurs) soient aussi un peu considérés dans leur mal de l’hôpital public.
    Merci encore Caroline 🙂

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  23. Reine a dit…

    Ah ton sujet me fend le coeur car ma fille, jeune chef de clinique dans un grand hôpital parisien, passionnée par son métier, appréciée par son equipe et les patients, vient de jeter l’éponge.
    Usée par les journées sans fin, les astreintes, les responsabilités surhumaines, les contraintes administratives absurdes, , le manque de ressources humaines . Elle vit ça comme un échec terrible parce que c’était son rêve de petite fille et qu’elle avait le sens du Service public ancré en elle .
    Pas de souci pour la suite. Avec sa spécialité très pointue et recherchée, et son expérience, elle croule sous les propositions en France et à l’étranger dans le privé. Elle va gagner 3 fois plus pour de meilleures conditions de travail.
    Et moi je pleure pour l’hôpital public.

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  24. Bea a dit…

    Bonjour
    Je suis infirmiere et cela depuis 30 ans. Ce metier je lais pas choisi c etait une evidence depuis mon enfance (poete a mes heures perdues mdr).je peux vous assurer qu il y a une reelle souffrance. Non pas par rapport au nombre de jours travailles mais il est difficile de faire correctement ce boulot quand on deshumanise tout. On ne traite plus des patients tout est ramené au coût de la journee d hospitalisation . Je suis en clinique privee et c tout pareil un grand manque de consideration des medecins qui sont tout puissants de nos superieurs qui ne sont preoccupes que par le fait de faire tourner un service avec le moins de complications. Le plus dur reste de rentrer a la maison et de se dire ben j ai n ai pas fait au mieux non pas parce qu on a pas voulu mais parce qu on ne peut plus…. l humanitude devrait faire parti des formations obligatoire a tout les niveau
    Voila c etait mon coup de gueule gentil du jour
    Merci pour tout caroline

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  25. Geneviève a dit…

    L’audit et ses conclusions (sa conclusion)… Juste consternant
    Pour fréquenter souvent souvent l’hôpital (maladie cardiaque chronique d’un proche), j’ai une profonde admiration et un profond respect pour le travail de TOUS à l’hôpital et je suis effarée de voir ce que de jeunes consultants (qui ne connaissent apparemment rien à la vie) vont DÉCIDER de choix ESSENTIELS.
    Ils sortent peut-être de « grandes » écoles de management mais ils ne comprennent rien.

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  26. Fred b a dit…

    Un autre domaine où la rentabilité est devenue reine au détriment de la sécurité: l’aérien…. depuis le début de sa carrière, mon mari a travaillé dans 3 compagnies en France, et deux à l’étranger. Et plus ça va, plus on lui demande de s’asseoir sur son temps de repos déjà très souvent réduit (4-5 heures de sommeil entre deux vols) pour reprendre après seulement 3 heures de repos…il lui arrive de refuser quand il est trop crevé. Mais il n’a pas intérêt à faire trop souvent la forte tête. Pourtant, en cas de manquement à la sécurité , il est le premier à porter le chapeau.

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  27. Juliette a dit…

    Après huit ans passés à l’hôpital, j’ai décidé de claquer la porte. J’exerce une profession paramédicale qui ne connaît pas la crise et qui m’a permis de m’installer en libéral en sachant que mon agenda était rempli avant même de commencer et avec un salaire deux fois plus important. C’est une désillusion, mais les conditions de travail (cadences infernales, exigences des cadres démesurées, burn out en série des collègues etc etc etc) sont devenues telles que j’ai décidé de penser avant tout à moi et à mon bien-être.
    Je n’ai pas regardé ce documentaire, parce que je sais déjà ce que je vais y voir

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  28. mel a dit…

    Bonjour à tous,
    Et les maris/femmes, enfants de médecins, on en parle ?
    Parce qu’avec les horaires de boulot de fou, c’est pas toujours simple de concilier avec la vie de famille (et sociale accessoirement…).

    Il est bien dommage que le service public en France soit aussi malade (sans jeu de mots, et pas qu’à l’hopital d’ailleurs…)
    Bonne continuation à vous.

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