En vrac, et en auto-promo

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Donc on est vendredi, donc ça ne signifie absolument rien pour moi étant donné que je suis l'incarnation du lapin d'Alice, en retard, en retard, en retard. Mais néanmoins, même si le week-end promet d'être relativement studieux, j'aime ce que porte en lui le vendredi. Je peux encore ressentir ce sentiment de bien être parfait qui s'emparait de moi à la sortie de mon école, quand je montais dans la vieille guimbarde de ma mère, collée à mes frères et soeurs. Le lendemain, je pourrais dormir, rêver, jouer.

Alors je vous souhaite ça, ni plus ni moins, en ce vendredi parait-il porteur d'espoir puisqu'il est numéroté d'un 13 qui veut dire chanceux. 

Et pour la route, quelques brèves…

– J'ai écrit un petit bouquin, rien d'extraordinaire, un livre léger sur la façon dont on peut se débarrasser de ses complexes. Les dessins sont sympas et drôles, le texte, je vous laisse en juger vous si l'envie vous prend de l'acheter. Je ne suis ni psy ni coach, donc rien n'est vraiment à prendre au pied de la lettre, j'ai eu envie de dédramatiser certains de nos blocages à ma façon. Après, on est d'accord, on est loin du roman.

– Dans le psycho en vente actuellement, avec Guillaume Canet en couverture, il y a un papier que j'ai écrit, sur les enfants qui nous racontent des histoires. Il est parti d'un billet ici sur Rose qui s'était inventé un petit ami Téo. J'ai adoré faire cet article, les enfants rencontrés à cette occasion, leur poésie et leur fantaisie. Bientôt en ligne sur le site et sinon, en vente dans tous les marchands de journaux.

– Le docteur Zermati a répondu à Dukan, dans le Monde mais aussi sur Linecoaching. Je vous invite à le lire, c'est, as usual, limpide et imparable. Il me fait par ailleurs vous dire qu'il organise avec le docteur Apfeldorfer un autre cycle de thérapie de groupe, le 13 février prochain. Des chercheurs en psychologie y assisteront pour tenter d'en évaluer l'efficacité, ce qui me semble incarner l'esprit de ces deux médecins et leur volonté d'avancer encore et encore dans leur réflexion. Pour s'inscrire c'est ici. C'est payant, je précise.

– Toujours sur ce sujet, un bon article dans le Figaro. Si. Dingue. Je sais. Où l'on découvre qu'écrire sur les valeurs que l'on juge positives permet de perdre du poids…

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Bonne journée. Et réfléchissez bien avant d'aller claquer dix euros au loto: s'il est une entreprise qui ne connait pas la crise, c'est bien la Française des jeux…

Ah et si quand même. Voilà que Nicolas Sarkozy veut inscrire le mariage homosexuel dans son programme. Ben voyons. Et la légalisation du canabis, c'est pour demain ? Non entendons nous bien, je suis évidemment favorable au mariage homosexuel, plus que ça même. Mais il faudrait peut-être arrêter de se foutre de nous, Nico, hein ? Rappelle moi, depuis combien de temps es-tu au pouvoir ? Ah ouais. Et c'était quoi la dernière fois ? Ouiiii, c'est ça, le droit de vote aux étrangers. Hyper pour avant les élections, hyper contre depuis. ça sent la panique un peu, là, non ?

Edit: On me fait remarquer que je suis complètement inapte en autopromo, étant donné que non seulement je m'excuse de vivre d'avoir écrit ce livre mais qu'en plus je n'en donne pas les références exactes. Donc je fais un effort sur moi et je vous précise ça: "30 jours pour se débarrasser de ses complexes", Caroline Desages, Studyrama, 8,90 euros, en vente un peu partout je crois. Et disponible sur Amazon ici. Et les illustrations sont de Pauline Perrolet, qui a un blog et qui est drôle et dont j'aime le style à l'opposé d'une mode ultra girly mignon-canon-yummy.

Génération désenchantée

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En 81, Giscard prédisait l'arrivée des chars russes à Paris en cas de victoire de François Mitterrand. Aujourd'hui, Bernard Accoyer compare une éventuelle alternance à une entrée en guerre de la France. Au delà du ridicule achevé de ces déclarations outrancières, j'y vois personnellement un déni de démocratie et un mépris indécent pour les pays réellement en guerre. Que monsieur Accoyer descende de son perchoir et aille cinq minutes voir en Syrie ce que signifie "être en guerre". Que monsieur Baroin parte en Corée du Nord pour avoir une idée de ce que peut être la prise du pouvoir "par effraction". Je ne sais pas ce que de telles sorties peuvent avoir comme effet sur ceux qui n'ont pas encore décidé pour qui ils voteront en avril prochain.

Personnellement, cela ne fait que renforcer mon aversion pour ces gens qui depuis cinq ans (au bas mot) semblent convaincus d'être devenus propriétaires de leur fonction. Et dont le bilan est loin, très loin d'être indiscutable. Hurler au scandale parce que François Hollande envisage de revoir le calcul du quotient familial quand un des premiers gestes de Nicolas Sarkozy fut d'offrir des milliards aux plus riches me parait tout de même extrêmement osé. Jouer les offensés pour un "sale mec" pas même prononcé de la façon dont le "journaliste" du Parisien l'a présenté alors que notre président fut filmé en train de cracher un "casse toi pauvre con" à un quidam dont le crime avait été de ne pas lui serrer la main, est aussi très savoureux.

Tout ceci n'est évidemment que vent et poudre aux yeux et vient occulter les vrais sujets. Ceci étant dit, je crains que les "vrais sujets", tout le monde s'en moque ou n'y comprenne que pouet. Moi la première. Hier, le churros est rentré excité comme une puce après "une interview passionnante d'un spécialiste des dettes souveraines". J'ai été saisie d'une angoisse monstrueuse à la perspective qu'il ne résiste pas à l'envie de me faire un compte-rendu. Par contre, j'avais très envie qu'on discute un peu de cette sortie d'Accoyer. 

Mais peut-être que si on m'expliquait vraiment bien ces histoires de dette souveraine, je parviendrais à m'y intéresser. Et peut-être aussi que si la campagne ne s'annonçait pas aussi putassière, les sondages cesseraient d'afficher des scores de plus en plus effrayants pour Marine Le Pen. Peut-être. En attendant, ainsi que je vous le disais hier, je soutiens la démarche de Cantona. Bien sûr, le gars a beau jeu, avec tous ses millions. Mais quelque chose me dit qu'il est assez sincère. Surtout, peut-être parce que j'ai été confrontée ces derniers jours à la galère de la recherche d'appartements (merci mille fois à toutes celles qui m'ont écrit et particulièrement à Clémence grace à qui la question semble être réglée), je me sens prête à me battre pour cette question.

Non parce que mon frère n'est pas à plaindre. Il est médecin, embauché par la ville de Paris. Il va toucher un salaire plus que correct. Mérité il me semble avec ses dix années d'étude, pas indécent mais permettant d'assurer un loyer conséquent. Sauf qu'à Paris, avec 800 euros par mois, on a au mieux un 25 m carrés. Au mieux. Et que les propriétaires ne se contentent pas d'un contrat, d'un titre qui il y a une trentaine d'années vous rangeait dans la catégorie des notables. Non, il faut, à 30 ans, fournir en plus de tout cela, les fiches de paie de vos parents ou leurs attestations de retraite. Et après, attendre qu'éventuellement on vous rappelle.

Je ne découvre rien, évidemment. J'ai assez souvent loué des appartements la peur au ventre en raison de revenus inférieurs à trois fois le loyer et des parents certes présents mais pas crésus, pour connaitre les rouages du système. Mais en quelques années, à Paris tout au moins, les choses se sont dégradées. Et que ce soit mon frère ou moi même, j'ai bien conscience que nous arrivons plutôt en haut de la pile en terme d'attractivité. Mais que peut espérer un jeune sans caution, commençant un boulot modeste ? Que peut-il attendre s'il a en plus le tort de ne pas avoir un nom très gaulois ? A quel âge peut-on être considéré comme responsable et solvable ? Comment ne pas se retrouver avec des impayés quand on est propriétaire et qu'on a l'impudence de louer, comme nous l'avons constaté avec mon frère il y a deux jours, un appartement de 18 m carrés sur les maréchaux avec en guise de salle de bain une cabine de douche collée à l'évier de la "cuisine" (elle même à trois centimètres du lit) pour 750 euros par mois ? SEPT CENT CINQUANTE EUROS. Pour un cagibi au sixième sans ascenseur. 

Je ne suis pas en train de justifier les squattages d'appartement. Mais je crois qu'à un moment, il faut tout de même revenir sur terre. Parce que tout ceci n'a plus aucun sens. Pas plus que n'en ont les spéculations boursières, les exigences des actionnaires vis à vis des entreprises qu'ils possèdent et dont ils se fichent tant qu'elles margent à deux chiffres. Il y a un moment où le système va réellement imploser, parce que je crois réellement qu'il arrivera un moment où les petites gens, celles à qui l'on demande d'accepter tout ceci sans broncher, diront non. Cela ne se traduira peut-être pas par une révolution ou des passages à l'acte dramatiques. Je crains que ce ne soit plus insidieux. Que les dépressions s'enchainent, que la grève du zèle se généralise, que l'on finisse par se désintéresser de la chose publique, au point d'un délitement total. Je ne sais pas si nos dirigeants ont conscience de cette lassitude qui se répand comme une sournoise maladie. Mais le désenchantement est là. François Hollande a parlé de rêve, nombreux sont ceux qui ont souri avec condescendance. Ce mot là me parle et je crois qu'il peut même faire des miracles économiquement parlant. Mais je ne vois pas pour l'instant comment ce candidat compte s'y prendre pour nous faire à nouveau rêver. Je ne demande qu'à être convaincue, mais le temps presse. 

Demain je vous montrerai mon bracelet et on parlera chiffons.

Bonne journée. Et un très bon anniversaire à ma Zaz.

Edit : Sorry pour Mylène dans la tête.

Edit 2: Quand je dis que je soutiens la démarche de Cantona, ça signifie surtout que je suis pour que ce débat soit mis sur la table. Je voterai pour Hollande, parce que je ne veux pas d'un second tour sans la gauche. Et j'espère qu'au fil des semaines ce vote se fera plus positif…

Une vie meilleure

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Donc c'est les soldes aujourd'hui. Ce qui ne va pas faire l'objet de ce billet parce que je suis bien infichue de vous donner de quelconques conseils d'achats, tellement je suis ce qu'on appelle une disfonctionnelle des soldes. A savoir que je vais probablement craquer comme chaque année sur les seuls produits de la nouvelle collection. Rien à faire, je suis inapte. Mais chez Violette vous avez un look book nickel.

A part ça, je suis allée voir "Une vie meilleure" au cinéma lundi soir. Nous profitons en effet de ce que mon frère squatte mon canapé (= mon bureau) en attendant de trouver un logement (si quelqu'un a sous la main un studio/F1/ F2 (soyons fou fou) dans Paris intra-muros à moins de 1000 euros par mois, qu'il parle ou se taise à jamais). Nous profitons, disais-je de ce qu'il squatte notre canap' pour lui faire exercer le métier qui va avec: baby-sitter. Gratos, ça va sans dire.

Et nous avons donc vu "Une vie meilleure". Que j'ai beaucoup aimé. Ce qui n'était pas gagné étant donné que je n'apprécie pas Guillaume Canet (ni ses petits mouchoirs, j'en suis navrée). Mais là, il est sobre et juste, ce qui suffit à me réconcilier avec lui. Quant à Leïla Bekhti, elle confirme tout le bien que je pense d'elle film après film.

L'histoire tient en quelques mots: un jeune couple qui rêve de monter sa propre affaire, un resto au bord d'un lac, se fait piéger par le surendettement et les crédits à la consommation. Acculés, ils se voient obligés de se séparer, Nadia partant au Canada pour un boulot de serveuse et laissant provisoirement son fils de 9 ans à Yann. Sauf que le provisoire se met à durer et que Yann, en plus de se démener comme un diable pour se tirer d'affaire, s'improvise père, ce qui n'était pas franchement dans ses plans. Bien évidemment, quand on est dans la merde, on attire les salauds comme le miel les abeilles. Le salaud en question étant un marchand de sommeil comme on les déteste, louant des cages à lapin insalubres aux pauvres gens (vous voyez le fil conducteur de mon billet ?).

Un beau film, donc, sans pathos excessif, sans procédés tire-larmes. Un film politique mais qui le fait assez intelligemment pour qu'on n'ait pas l'impression d'un plaidoyer et assez subtil pour que Yann et Nadia n'apparaissent pas uniquement comme les victimes du système. La morale, s'il y en a une, c'est que parfois les rêves sont plus grands que nous et qu'il ne suffit pas d'en "vouloir" comme le prétendent les jeunes loups au cul bordé de nouilles depuis leur naissance. Il y a aussi l'espoir que la vie puisse être meilleure, d'une façon dont on ne l'avait pas prévu, mais finalement, qu'est-ce que ça peut faire ?

Voilà, sinon je vais peut-être voter Eric Cantona, moi.

Bonne journée

Les bijoux de Shlomit Ofir: les gagnantes sont…

Alors alors…

Le sort a parlé et deux d'entre vous ont gagné leur bijou.

– Le commentaire 200, Karine de Toulouse, qui recevra son bracelet deux fleurs argenté.

– Le commentaire 12, Missgavotte, qui recevra les boucles d'oreilles créoles rush doré.

Vous devez votre chance à la chérie qui visiblement aime les nombres pairs, voire les multiples de deux…

Je suis évidemment frustrée de ne pas pouvoir contenter tout le monde et je sais bien que pour deux heureuses, il va y avoir plus de 400 déçus. Il n'empêche que je suis ravie parce que vous avez été super enthousiastes et que Shlomit Ofir, qui est venue faire la petite souris dans les commentaires a été vraiment touchée de vos réactions. Je ne fais pas très souvent ce genre de concours ou d'opérations, j'aime que cela ait du sens et là cela en avait, ne serait-ce que pour les petits mots laissés par certaines et certains sur ce que leur évoquent les bijoux. Qui sait, nous réitérerons peut-être un de ces jours…

Bonne soirée !

Edit: les deux gagnantes, si vous voulez bien m'envoyer un mail ?

Les jolis bijoux de Shlomit Ofir

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J'aime les bijoux. Je n'en ai que très peu parce qu'hélas, je les perds. Sauf ceux que je garde sur moi en permanence. A savoir mon ras le cou avec un petit diamant reçu pour mes 35 ans et qui vient de chez Tiffany, ma mini-bague de fiancailles, mon alliance, ma bague "troisième enfant" et une autre, qui ne vaut absolument rien au sens pécunier du terme, mais que le churros m'a achetée sur une brocante après la naissance des twins. J'aime l'idée que chaque bijou signifie quelque chose de précis et me donne l'impression de porter sur moi mes amours.

A côté de ces indispensables, j'ai évidemment des sautoirs, colliers and co, que je prends plaisir à mettre ponctuellement. Mais encore une fois, j'en ai tant égaré que j'ai souvent des scrupules à en acheter d'autres. Si j'avais les oreilles percées, probablement que je me lâcherais un peu plus mais comme en réalité j'ai bel et bien des trous qui n'ont jamais cicatrisé correctement et qui ont donc fini par se reboucher, j'ai fait le deuil des plumes et autres créoles. Je compense en en achetant à ma fille.

Ceci étant dit, je peux passer des heures à regarder les sites de vente de jeunes créateurs, parce que je ne sais pas, ça m'émeut. Et quand on m'offre un bijou, je suis toujours touchée, parce que je trouve que c'est un cadeau qui n'est jamais anodin. Moi en tous cas, lorsque je choisis ce type de présent, je passe du temps à m'imaginer ce qui plaira le plus. Je suis incapable d'acheter un bijou à une personne que je ne connais pas vraiment.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que j'ai été contactée par une jeune femme qui travaille pour "Un oiseau sur la branche", un de ces sites sur lesquels je bâde régulièrement. Elle voulait me présenter le travail d'une jeune créatrice israelienne, Shlomit Ofir,  qui a décidé de vivre de sa passion en créant colliers, bagues, bracelets ou broches. Elle est partie de rien du tout, bricolant dès l'âge de 16 ans dans sa chambre et et vendant aux copines, puis aux copines des copines, puis… puis aujourd'hui, Shlomit Ofir a deux boutiques à Tel Aviv et fait travailler 15 personnes. Je ne sais pas ce que vous en penserez, mais je trouve que ses créations sont poétiques, hyper fines et avec ce je ne sais quoi de fragile qui me touche. Je regrette encore un peu plus amèrement cette histoire de trous rebouchés parce que les BO sont vraiment top, notamment les colibris et aussi les feuilles de Ginkobiloba. Il faut dire que c'est mon arbre préféré avec le saule pleureur.

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Bref, on m'a proposé de faire gagner deux bijoux ici et j'ai dit oui, parce que c'est encore un peu Noël. On m'a également demandé de choisir celui qui me ferait plaisir et j'ai opté pour un bracelet que je vous montrerai lorsque je l'aurai reçu. J'avais hésité avec ceux que je vous ai mis en photo et j'aurais pu opter pour d'autres encore tant j'ai eu un coup de coeur pour ce que fait cette jeune femme. D'autant que les prix sont accessibles, ce qui change un peu. Je veux dire, j'adore Shourouk ou Ginette NY mais sérieux, plus de 200 euros pour le moindre collier ? 

Pour participer si cela vous tente, il suffit d'aller sur ce site et de me dire dans un commentaire le nom du bijou qui vous fait le plus rêver. A la fin de la journée, je tirerai au sort deux commentaires et les gagnantes recevront l'objet choisi. 

J’aime #10

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J'aime les balades nocturnes en hiver, quand l'air sent le feu de cheminée des maisons aux alentours. Ça me donne envie d'aller vivre ailleurs qu'à Paris. J'aime aussi la série Downton Abbey, qui raconte les aventures d'une riche et noble famille angaise au début du 20è siècle. Ça me rappelle les romans de Daphné du Maurier (et non Rebecca comme écrit précédemment, Rebecca étant le personnage d'un des romans de Daphné, merci Isabelle !!!) ou les quatre filles du docteur March. Amours impossibles, rivalités de valets et destins brisés, tout y est pour me rendre totalement accro.

J'aime les cheveux de Rose après le dénattage de ses tresses africaines que seule Maria sait faire.

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J'aime le sautoir que Zaz m'a fait et offert pour Noël. Je n'aime pas qu'elle semble convaincue que n'importe qui aurait pu en faire autant, alors qu'il est tellement évident que non. (on ne voit pas mais il y a une plume aussi et mes doigts ne sont pas attaqués par un psoriasis, c'est la photo qui fait ça)

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J'aime ce dessin éphémère vers la station Olympiades, ce regard qui ne me lâche pas et cette bouche si tendre.

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J'aime ces instants si rares où à la faveur d'un petit périple, nous traversons une haie de platanes ou peupliers sous un ciel bleu parfait. La route qui se déroule à l'infini me remplit d'un espoir insensé.

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J'aime cette devanture de pharmacie tout droit sortie d'un rêve d'art nouveau. Contrairement aux apparences, elle n'est pas située à Bruxelles ou autre ville du Nord mais à Douvres la Délivrande, petit bourg du Calvados.

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J'aime le souvenir de notre arrivée à Saint-Aubin, un 28 décembre. Cela n'a duré qu'un après-midi mais il faisait un temps parfait et par la grace d'un palmier, on se serait cru au sud.

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J'aime regarder nos ombres sur la plage.

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J'aime que mon machin ait encore l'âge de regarder, fasciné, le ressac de la mer. De loin, on avait l'impression qu'il marchait sur l'eau. De près, on s'est aperçus que c'était le cas. Ce qui compte-tenu du fait qu'il n'avait apporté qu'une paire de chaussures et que nous venions d'arriver m'a remplie de joie.

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J'aime la plage en hiver

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J'aime le souvenir de cette petite brocante adorable. On ne le voit pas mais un énorme matou tigré montait la garde, lascivement.

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J'aime l'association de mon manteau à trois mille dollars et de ce it-bag improvisé

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J'aime cette photo de Catherine Deneuve sur la table de ce resto de plage "le Charleston" qui, si on est patient, sert les meilleures frites de tout le Calvados. Qu'elle était belle, non ?

 

J'aime ces chaussures dessinées par la chérie. Je veux les mêmes.

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J'aime la marinière petit bateau de ma fille, cadeau de Noël de ma soeur.

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J'aime cette image prise un matin tôt dans cette grande maison normande. Notre chambre donnait sur le jardin, orientée plein est. Savourer le lever du soleil à travers les rideaux quand se rendormir est autorisé est une des douceurs de la vie, non ?

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Fierté maternelle (bis)

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Ceux qui me suivent sur Instagram l'ont déjà vu mais ce dessin de la chérie ne cesse de me ravir. Si ça se trouve elle va faire la Saint Martins School à Londres et travaillera chez Chloé et me filera les pompes à 800 boules qui font trépigner toute la blogo mode. J'ai bien raison de la préférer aux deux autres.

Edit: Instagram est une plateforme de micro-blogging accessible sur les I-phone. Mon compte: caro_penseesderonde.

Mon manteau bouillu

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Donc ce manteau. Avant tout, il faut savoir que je suis atteinte du syndrome du manteau qui ne va jamais complètement. J'en ai eu une palanquée, soit ils étaient beaux mais pas chauds, chauds mais pas beaux, près du corps mais tellement que je ne pouvais mettre qu'un soutif dessous et que ça ne le fait pas vraiment ou alors pour un trip "bonjour chéri je passe à l'improviste au boulot pour un plan baise et ça tombe bien parce que sous mon manteau je suis à poil". Fantasme assez masculin à mon avis que je n'ai pour l'instant jamais mené à bien. J'ai eu aussi les manteaux très larges dans lesquels je disparaissais, ceux qui me rajoutaient 20 ans (merci le manteau camel), ceux qui sentaient le chien mouillé dès qu'il pleuvait (mais pas qu'un peu, au point que VRAIMENT les gens se mettent à renifler dans le métro en disant "ça sent le chien MORT"), ceux dont les manches m'arrivaient au genou (je reviendrai ultérieurement sur ce point), ceux qui étaient tellement longs que j'avais l'impression de me promener dans mon duvet et ceux tellement courts que j'ai attrapé un rhume des fesses.

On m'aura comprise, je n'avais jusqu'alors jamais trouvé mon manteau mais ça n'était pas faute d'avoir cherché.

Alors qu'en plus dans ma tête, je savais quel était mon dulciné. Au dessus du genou, en grosse laine, qui fasse un peu "boule" surtout dans le dos et genre un peu masculin mais pour femme. Dans l'idéal, chiné. Et ne pesant pas un âne mort. Et chaud. 

Un jour j'ai vu une blogueuse avec un Isabel Marant. Je ne saurais vous dire laquelle de blogueuse mais je me demande en réalité s'il existe encore une blogueuse mode qui n'aurait PAS un manteau Isabel Marant. 

La machine à fantasmes a démarré. D'autant que je possède une pièce Isabel Marant depuis une dizaine d'années dont je ne me suis absolument jamais lassée alors même que c'est le genre de fringue improbable. C'est un petit pull gris, en laine épaisse comme du jogging (oui, je sais, depuis le début mes descriptions sont à pleurer de consternation mais que voulez vous je n'ai pas fait l'IFM on s'excuse) à manches courtes et forme trapèze. Acheté par le churros. Un drôle d'épisode d'ailleurs que je ne résiste pas à l'envie de vous raconter. Il avait subi une petite opération sur laquelle je ne m'étendrai pas parce que chacun mérite de garder un jardin secret surtout quand le jardin est situé à cet endroit là. Ambulatoire l'opération. A savoir anesthésie générale le matin, petite opération au fond du jardin et sortie l'après-midi. Accompagnée, normalement, la sortie. A cause que parfois les anesthésies peuvent modifier le comportement d'un homme au demeurant très équilibré.

Sauf que je n'étais pas disponible et que personne ne pouvait aller le chercher. Il était entendu qu'il prendrait un taxi direct jusque chez nous et qu'il m'attendrait sagement. Las, comme il était seul et un peu perturbé par les vapeurs d'ether ou autre produit euphorisant, il n'a rien fait de tout ça et s'est retrouvé comme par enchantement à feu la Samaritaine. D'où il a commencé à m'appeler toutes les cinq minutes sur mon lieu de travail. Avec la voix d'un gars qui aurait mangé une boite entière de prozac. Ainsi qu'un ou deux bonzes tibétains sous acides.

"C'est génial la samaritaine, tu verrais, tout est beau et tout t'irait tellement bien, d'ailleurs tu vas voir je t'ai fait un cadeau". Au premier coup de fil je ne me suis pas inquiétée, j'étais même attendrie qu'après cette opération de l'arrière cour il soit aussi amoureux de moi. Au dixième j'ai pensé avertir le service de sécurité de la Samaritaine. Parce que coup de fil après coup de fil, il m'égrenait des marques totalement prohibitives et m'expliquait que c'était impossible de résister, j'allais être teeeeeeellement belle dedans.

A l'époque, je n'étais pas de ces blogueuses qui roulent sur l'or voyez-vous et lui même, journaliste presque débutant dépassait péniblement un SMIC. Et les twins étaient encore des bébés gardés à la maison. Autrement dit, nous étions fauchés. Et la fringue la plus chic que je devais posséder était probablement un pull Mango.

Au moment où je m'apprêtais à quitter mon poste de travail au risque de me voir licenciée sur le champ (ça rigolait pas le salariat au début des années 2000), il m'a juré avoir quitté ce temple de la consommation et être sur le chemin du retour. En promis qu'il avait été raisonnable.

Raisonnable à hauteur d'un millier d'euros environ (à l'époque ça devait faire 3000 francs mais on sait bien qu'on s'est fait enfler avec Maastricht) (il faut retenir que c'était énorme pour nous). Quand je suis rentrée, j'ai trouvé pas moins de huit paquets. Que des pulls. Isabel Marant, Vanessa Bruno, Bompard, etc. Croyez-moi ou non j'ai (mollement) proposé d'aller rendre tout ça. Mais il était encore sous influence et m'a assuré que non, jetant frénétiquement tous les tickets de caisse au vide-ordure (je pense que le lendemain il est allé les chercher avec l'énergie du désespoir dans le local à poubelles mais c'était trop tard).

Bref, depuis ce jour là, il n'a plus jamais eu besoin d'aller voir au fond du jardin si tout allait bien et résultat, plus jamais je n'ai eu droit à une fringue Isabel Marant. Mais ce petit pull, hormis qu'il me rappelle ce souvenir après-coup hilarant (surtout sa tête au réveil quand il s'est rappelé de son délire samaritain) (bon samaritain en quelque sorte) (hin hin hin), est resté l'un de mes préférés. Quand je suis grosse, il est ajusté, le reste du temps il me donne un petit côté stylé que je ne déteste pas. Et il n'a pas bougé d'un poil. A l'époque en tous cas, Isabel faisait de la bonne came.

Revenons au sujet du jour. Comme il m'était impossible (bien que je sois devenue blogueuse) d'acheter plein pot un manteau d'Isa (environ 400 euros), je suis allée voir sur Vestiaire de copines, un site qui revend des trucs de seconde main, mais des trucs de marque (pas mango par contre). Je me suis dit on sait jamais. Et pan, on sait jamais parfois ça marche. Il était là, la bonne forme, chiné noir/bordeaux, taille 3, tout moi. Moitié prix et encore l'étiquette. Un peu tremblante parce que pour ainsi dire vierge du vide-dressing, j'ai dégainé ma carte bleue en me répétant que je ne faisais rien de mal et que j'avais bien travaillé tout l'automne. Et que certes on pouvait pas rendre ce qui n'allait pas mais qu'au pire je le mettrais sur ebay.

Quand je l'ai reçu, dix jours après, joliment empaqueté, j'ai cru à une blague tellement le paquet pesait le poids d'un rouleau de sopalin. Et puis non, une fois déballé, il avait l'air chaud le bougre. Léger mais chaud, déjà deux bons points. Doublé en molleton à l'intérieur, laine et alpaga à l'extérieur. 3ème bon point. Et bonne longueur. Avec le côté boule dans le dos. Un peu mec, non ? Rah, jouissance.

Et puis soudain, grosse frayeur. Les manches. Pile poil. Tout juste un peu courtes. Y'avait un flou un loup.

Il faut que je vous explique avant d'aller plus loin, que j'ai les bras courts. Ça ne se voit pas au premier regard, peut-être même pas au second. Je veux dire, je ne pense pas, que les gens quand ils me rencontrent, ils se disent "mais c'est qu'elle a des petits bras celle là". Pas comme André Manoukian par exemple, qu'une fois qu'on l'a remarqué on ne voit plus que ça et qu'on a envie de lui dire "pas de chocolat". Mais quand même. Ils sont courts. Sinon comment expliquer que TOUT ce que je porte à manches longues ait des revers ? Surtout mes manteaux que je dois SYSTEMATIQUEMENT faire reprendre à cet endroit là ?

Et là, pof, comme par hasard, il m'irait impecc ? Doutance.

Soudain j'ai compris. La fille elle l'avait fait BOUILLIR. D'où le moitié prix. Je me serais collé des gifles d'être aussi cruche. Comme une bleue je m'étais fait avoir.

En bonne pisseuse 2.0, j'ai immédiatement confié mon désarroi sur twitter. Sur le mode "je suis bien fuckée, avec mon manteau Isa Marant tout bouilli et ses manches trop courtes".

Heureusement, twitter n'est pas comme qui dirait peuplé que d'ignares. Et dans la seconde, Géraldine et Cécile m'ont répondu sans l'once d'une condescendance (parce qu'elles sont des modeuses sympas) que je ne devais SURTOUT pas paniquer et ne balancer le manteau sous aucun prétexte. "Tu le reposes immédiatement et tu sors du local à poubelle". Parce que Isa, elle est comme ça, elle aime les manches courtes. Paie ta mitaine en Marant. Passée l'humiliation (apparemment TOUT le monde sait ça) j'ai enfin pu savourer mon bonheur parce que "manches courtes" pour les autres = bonne longueur pour moi et que donc pour une fois je n'aurais pas de revers à mon manteau. Et aussi parce que je ne m'étais pas fait avoir vu que personne n'avait fait bouillir mon manteau.

Depuis, je ne saurais vous expliquer l'impression délicieuse qui s'empare de moi à chaque fois que je l'enfile (je sais). Il est chaud comme si je me trimballais une peau de bison sur le dos, léger comme une plume et il a une allure folle. Sauf pour le churros qui le déteste (- il est trop grand non ? – non, il est oversize – c'est bien ce que je dis, il est trop grand). Mais TOUTES mes copines l'adorent. CQFD.

Voilà,  j'ai réussi à pondre un roman sur un manteau et viens probablement de perdre tous ces nouveaux lecteurs arrivés ces deux derniers jours convaincus d'avoir affaire à une leadeuse d'opinion très crédible. Alors qu'en réalité, je suis complètement… bouillie.

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Et incapable de mettre une photo où on voit vraiment mon manteau. Par contre il est évident à la revoyure que ces bottes en caoutchouc qui m'ont donné l'impression d'être kate moss à glastonburry me tassent aussi sûrement que si j'étais passée sous un bus.

Deux trois choses de plus

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Difficile de reprendre la plume, tant vos réactions hier m'ont touchée et accompagnée toute la journée. Le billet a eu un écho que je n'avais pas anticipé, ce dont je ne me plains pas mais qui me fait presque un peu peur. Je veux dire, je ne suis porte parole que de moi, je n'ai pas la science infuse et pour les connaissances réelles sur le sujet, mieux vaut aller voir du côté des docteurs Zermati et Apfeldorfer.

Par ailleurs, ce que je n'ai pas écrit hier parce que ça va de soi pour moi, c'est que d'une manière générale, malgré tout, je fais partie des chanceuses et privilégiées, dont l'enfance et les années qui ont suivi ont été… heureuses. Parce que oui, on peut être en surpoids une grande partie de sa vie tout en réalisant bon nombre de ses aspirations. Si mes kilos m'ont bouffé la tête jusqu'il y a peu, il ne m'ont pas empêchée de suivre les études que je souhaitais, d'exercer le métier dont je rêvais et de rencontrer l'homme parfait, qui s'est toujours foutu de mon tour de taille.

Peut-être aussi qu'avoir été ronde, l'être encore un peu aujourd'hui – j'ai certes maigri mais je reste… moelleuse – a finalement été un fardeau fertile. Je veux dire par là que j'ai compris très tôt que je n'obtiendrais pas forcément l'attention en clignant des yeux comme certaines des filles que je cotoyais. D'où un certain sens de la répartie acquis assez jeune, pour me défendre, pour faire rire, pour séduire. Je ne serais pas celle que je suis aujourd'hui si mère nature n'avait pas été un peu bourrée au moment de la distribution d'adipocytes. Je serais peut-être tout aussi heureuse, ou plus, ou pas, je l'ignore en réalité. Je sais juste que je me suis construite avec cette idée selon laquelle il faudrait peut-être parfois me battre pour faire ma place. Parce que sans tomber dans le misérabilisme ou le pathos, clairement la vie est un peu moins aisée pour ceux qui sortent du moule. Mais elle l'est encore moins pour les malades, les désargentés, etc etc, donc même si parfois l'auto-apitoiement peut être jouissif – et j'en connais un rayon – il faut admettre qu'avoir les cuisses qui se touchent n'est pas ce qu'on appelle un handicap majeur.

Alors bien sûr j'ai parfois rêvé de n'être pas que celle qui faisait marrer les garçons mais en même temps, avec un peu de recul, ça m'a donné une sacrée pêche, ces années de déconnade. Et aussi des amis à vie. Si ça se trouve, j'aurais été une bombe, j'aurais été aussi bavarde qu'un horodateur. Et je suis convaincue que mes copains d'aujourd'hui s'en plaindraient. Ou pas, remarquez.

Bref, je suis loin d'être cosette, je suis loin d'être parfaite aussi, je suis une teigne à mes heures, mauvaise langue et perfide plus souvent qu'à mon tour. Donc même si j'adore être adorée, je crains de n'être pas toujours à la hauteur de votre considération.

Aussi, surtout, cette bienveillance dont je parlais hier, mes parents l'ont toujours eue à mon égard. Je ne dis pas que mes galères de poids n'ont pas plombé ma mère et qu'elle n'aurait pas préféré éviter les psychodrames dans les cabines d'essayage où à 14 ans j'étais serrée dans le 42. Mais dans ses yeux, dans ceux de mon père, je me suis toujours sentie belle. Et c'est là où je voulais en venir. Hier dans les commentaires, l'une d'entre vous a listé ce que devaient absolument faire les parents pour que leurs enfants ne prennent pas de poids. J'avoue ne pas être hyper d'accord avec les principes énoncés, mais ça n'est pas le propos. Je crois personnellement que le plus important, le plus fondamental, n'est pas de rationner les chips ou d'interdire les grignotages mais bien de rassurer ses enfants quant au fait que même obèses nous continuerions à les aimer. Il faut aussi éviter je crois de valoriser la minceur de nos filles et de les fliquer à chaque écart observé. Et j'écris ces mots en ayant totalement conscience d'être moyennement capable de respecter ce dernier point. Mais je sens que la clé est là. En tant que ronde ou ancienne ronde, j'ai évidemment peur que mes filles suivent mes traces. Officiellement parce que je ne veux pas qu'elles souffrent. En réalité, je sais bien qu'une part de moi a surtout envie d'être vengée, voire valorisée à travers leur sveltesse. Et cette part là de moi, croyez bien que je ne l'aime pas beaucoup…

Demain on parlera de mon manteau. Parce que c'est important aussi. 

Ah et parait donc que mon billet d'hier – enfin, un extrait – a été lu sur Europe 1 à Dukan. Réaction de ce dernier: on n'a pas compris ce qu'il voulait dire. Tout ce qu'il veut lui c'est recréer du lien familial, par exemple en incitant les adolescents à aller au marché avec leur maman. On a vraiment une pierre à la place du coeur, je vois que ça.

Lettre à monsieur Dukan d’une fille qui tirait sur ses pulls

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J'avais prévu d'écrire une lettre ouverte à ce monsieur Dukan qui a réussi à se faire une pub d'enfer à pas cher en glissant une proposition bidon et dangereuse dans son livre à paraître. D'aucuns dénonceront l'instinct grégaire des médias qui ne mettent pas cinq minutes à se jeter comme la misère sur le bas clergé sur la première ineptie proférée par un homme dont on ne sait même pas vraiment d'où il tient son titre ronflant de nutritionniste. En même temps, difficile de se taire devant tant de bêtise et le panneau, je tombe dedans aussi, évidemment. Mais comme je ne souhaite même pas m'abaisser à expliquer pourquoi je trouve consternante cette proposition de donner des points supplémentaires au bac aux jeunes qui correspondraient aux canons de l'IMC politiquement correct, je vais plutôt vous raconter une histoire.

(un peu longue, je préviens ceux qui seraient pressés, ne cliquez pas sur lire la suite)

Celle d'une petite fille qui aux alentours de 13 ans s'est mise à grossir. Elle n'avait jamais été très mince, mais les hormones aidant et tout un autre tas de facteurs qu'elle a fini par identifier des années plus tard, les kilos se sont envolés à un âge où la dernière chose qu'on souhaite est de se faire appeler la grosse. A l'occasion d'une visite chez son pédiatre, ce dernier, très à cheval sur ces choses là – un précurseur probablement – l'a vertement sermonnée. Ça n'était pas possible, il fallait absolument prendre les choses en main, arrêter de manger autant, enfin madame, surveillez-la, et vous jeune fille, un peu de VOLONTE que diable.

En sortant, elle a pleuré, elle s'en souvient. Et le soir même, elle s'est mise à jeuner, appliquant à la lettre le régime qui à l'époque faisait rage et qui tenait son nom d'un chef cuisinier, monsieur Oliver. Avec le recul, elle aurait du se méfier. Il n'empêche qu'à force de manger scrupuleusement du fromage blanc sous l'oeil légèrement inquiet de sa maman, elle a commencé à maigrir. Beaucoup et vite. A 13 ans, il ne faut pas bien longtemps pour fondre. Problème: elle était fatiguée. Très. Tellement fatiguée qu'elle a été prise de vertiges en classe. Le pédiatre, en la voyant arriver amaigrie et chancelante, l'a à nouveau engueulée. On ne s'était pas compris, lui a-t-il expliqué, moins manger ne signifiait pas faire la grève de la faim, et puis ce régime était idiot, il fallait juste faire un peu attention. Comment, pourquoi, ça il préférait qu'elle le trouve toute seule, hein. Mais ça tenait en un mot la fameuse VOLONTÉ. En attendant, c'en était fini de ces imprudences, à la poubelle monsieur Oliver.

Sauf que c'était trop tard. Le ver avait été mis dans le fruit. La petite fille, avec la bénédiction pensait-elle de son censeur, s'est jetée sur tous les gâteaux dont elle s'était privée les semaines passées. Et même un peu plus, au cas où. C'est ce au cas où probablement dont elle n'a par la suite jamais su se débarrasser. Au cas où un autre médecin lui intimerait l'ordre de maigrir à nouveau, au cas où y'aurait la guerre, au cas où elle soit prise à nouveau de vertiges.

Au fil des ans, la petite fille a grandi, beaucoup grossi, parfois maigri. Elle ne s'est bien sûr pas arrêtée à ce premier régime, les enchainant avec enthousiasme et espoirs insensés. Certaines diètes ont marché, d'autres moins. Une année, alors qu'elle terminait ses études, elle a carrément arrêté de manger ou presque. Moins vingt kilos et l'impression étrange et euphorisante qu'elle allait disparaitre. Dix mois plus tard, elle en avait repris 25 et ainsi de suite. Dans les années 90, elle a découvert les sachets protéinés. Ahhh, les sachets. Ces pancakes en poudre au goût métallique, ces "pudding" à la vanille platreux et laxatifs. Et la phase de sta-bi-li-sa-tion. Qui ressemblait à s'y méprendre au régime Dukan, avec viande et protéines animales à tous les étages et gros contrôle sur les légumes sucrés type carottes et haricots verts. Le mal, les carottes. A nouveau, jackpot, moins 15 kilos. Et l'apparition de l'obsession. Du poids, des hanches qui saillent, de l'en-cas protéiné qu'on mangera dans deux heures, putain c'est long deux heures. Et non, je ne veux pas aller bouffer chez truc, elle va encore faire des lasagnes, tu sais bien que je déteste ça. Enfin, j'adore ça, mais ça revient au même, on se comprend. Oui, je fume deux paquets par jour, mais essaie, toi, de ne bouffer qu'un quart de pomme en dessert et dis-moi ce que ça te fait. Je suis heureuse, je mets du 38, mais je ne pense plus qu'à ça et j'ai l'haleine qui pue l'acétone à 20 kilomètres. Je suis géniale en même temps, non mais tu en connais des qui ont une volonté pareille ? Je suis une merde, oui, j'ai craqué, j'ai mangé une carotte. J'en pouvais plus des poivrons. Je ne suis pas folle tu sais ? Tu m'aimes encore ? Comment fais-tu ? Non je ne tire pas sur mon pull. C'est sur mon ventre, que je tire, en réalité, mais il est toujours là, ce con.

Et puis cette impression impossible à chasser que de toutes façons, il y aurait toujours des kilos à perdre, encore plus, encore mieux. Et les contrôles de ce médecin, pignon sur rue place de la Madeleine, des consultations à 120 euros pour monter sur la balance, prendre vaguement une tension et soupirer qu'elle aurait déjà du passer sous les 55, là. Tout juste s'il a cillé quand elle lui a annoncé son envie de faire un enfant.

Une envie qui lui a probablement sauvé, sinon la vie, au moins son couple et sa raison, réalise-t-elle aujourd'hui. Parce que dans ce corps qui ne lui semblait pourtant pouvoir accueillir personne tant elle s'était mise à le haïr année après année, deux bébés ont décidé un jour d'automne de s'installer et de grandir. Des bébés qui avaient besoin, lui assura sa gynéco merveilleuse, de carottes, de haricots verts, mais aussi de riz au lait, de chocolat et de tout aliment dont elle avait envie. Et l'envie, elle n'avait que ça. Tant et si bien qu'elle n'a jamais su combien de kilos elle avait amassés durant ces sept mois de grossesse. Elle s'est arrêtée de compter à 30. 

Après ça, la petite fille devenue maman n'a plus jamais cédé aux sirènes des sachets ou autres régimes vantés dans les magazines. Elle a malgré tout erré longtemps encore de nutritionnistes en nutritionnistes, espérant tomber un jour sur celui qui trouverait les mots et lui expliquerait comment en finir avec tout ça. Maigrir, elle n'y croyait plus vraiment, arrêter de grossir déjà serait bien. Mais hors de question de recommencer à se priver, hors de question de peser les aliments ou d'accepter ne serait-ce qu'une fois qu'une bonne femme hystérique mesure ses cuisses semaine après semaine pour voir si elles étaient ou non "gorgées de flotte". Ne plus jamais entendre qu'à Auschwitz il n'y avait pas de gros. 

Un beau jour, à l'aube de ses 40 ans, elle a fini par toquer à la porte de celui qui non seulement ne la pèserait jamais, ne lui promettrait jamais une quelconque perte et ne lui interdirait plus rien, mais qui, cerise sur le gâteau, parviendrait à lui faire perdre plus de poids que tous les régimes déjà essayés. En lui parlant de la faim, des émotions, de la satiété, de la nécessité d'être pleinement consciente de ce qu'elle mange, quand elle le mange. Deux ans plus tard, elle vient de passer une semaine entre amis à manger un peu plus que de raison. Prétendre qu'elle ne s'est pas dit deux ou trois fois qu'elle allait le payer cher serait mentir. Dire qu'elle n'a pas peur que tout ça recommence, que les kilos reviennent pendant la nuit serait là encore malhonnête. Mais jour après jour, mois après mois, elle se surprend à y croire. Peut-être est-elle sortie de ce cercle infernal. Peut-être n'aura-t-elle plus jamais à passer par là. 

Voilà, monsieur Dukan. Vous et vos disciples, vous et vos préceptes ineptes avez failli me faire basculer de l'autre côté. Celui dont on ne revient jamais parce qu'un jour le corps ne peut plus faire machine arrière. Parce que j'ai cru, très jeune, qu'être mince était l'alpha et l'omega du bonheur. Parce que croyant à vos chimères, j'ai fini par m'oublier. Tenter de corréler sveltesse et réussite au bac est la dernière étape d'un long travail de sape entrepris depuis des années consistant à faire penser que les gros ne sont que des larves sans volonté, indignes de notre société si performante. Et ce faisant, on fabrique, jour après jour, de plus en plus d'obèses, tellement angoissés à l'idée d'incarner justement ces valeurs contraires à la croissance qu'ils n'en finissent plus de manger pour se réconforter.

Je suis convaincue qu'il suffirait déjà de ne plus cultiver ce dégout des capitons pour que l'obésité cède du terrain. Mais ça ne fait pas vendre, cette théorie. C'est compliqué, un peu tiré par les cheveux, presque louche. Pourtant, ce que j'ai retenu du docteur Zermati, celui par qui l'équilibre, non pas alimentaire mais l'équilibre tout court est arrivé, c'est ce qu'il m'a dit lors d'une de mes dernières séances avec lui: "Vous irez vraiment bien lorsque vous poserez un regard bienveillant sur les personnes en surpoids que vous croisez tous les jours". Ce regard bienveillant je m'efforce de le poser désormais, parce que ces personnes là sont toutes un peu mes soeurs. Je suis elles pour toujours, je l'ai été et le serai peut-être à nouveau, parce que parfois, la vie fait que. Et cela n'enlèvera rien à ma qualité d'être humain. Je crois que c'est probablement cela qui devrait ajouter des points au bac. Mais ça n'est hélas, pas gagné.