Quand Zermati et Apfeldorfer se paient Dukan

Dukan
Cela ne vous a sans doute pas échappé mais les docteurs Zermati et Apfeldorfer se paient enfin Dukan. Pas sur un ring, non, mais dans un petit bouquin, « Mensonges, régime Dukan et balivernes », que j'ai personnellement trouvé jubilatoire, tant il parvient à montrer au grand jour la dimension grotesque – et néanmoins terrifiante – du discours du pape de la minceur protéinée.

 Jubilatoire aussi par le style aiguisé et certaines tournures qui je l'avoue m'ont fait ricaner (je suis une ricaneuse en herbe, il faut dire, de celles qui se faisaient chopper systématiquement en cours pour avoir pouffé aux conneries des plus drôles que moi). Tout le mérite en revient aux auteurs, certes, mais finalement aussi à Dukan, dont les propos, repris et décortiqués dans l'essai sont en eux même une vaste blague. Où l'on apprend par exemple qu'une des solutions à nos kilos mais plus globalement à notre mal être réside dans la prise « à vie » de ce qui est « tout simplement une gourmandise » : les fameuses trois cuillères à soupe quotidiennes de son d'avoine. Mais bon son c'est bien sûr.

 Où l'on découvre aussi que Dukan préconise que l'industrie de la beauté « participe à la prise de conscience du rôle dévastateur du surpoids dans l'équation de la beauté, dans l'épaississement des traits du visage, l'expression du regard, etc », qu'il envisage de créer un « mac-du », « sosie du big mac » avec à l'intérieur… des galettes de son, what else…  Sans parler de « sa future école internationale de cuisine de lutte contre le surpoids », ou d'une « Académie française de cuisine anti-surpoids ». Fais péter le son, one more time…

 Je pourrais vous en parler longuement tant certains passages m'ont également touchée – le livre est drôle par son ironie mais n'en oublie pas d'être sérieux – alors même que je suis désormais familiarisée avec les théories des deux auteurs. 

 Touchée parce qu'il apparaît assez rapidement qu'au delà des délires cosmiques et impérialistes de Dukan, ce qui fait le socle de sa méthode réside dans la stigmatisation de celui qu'il appelle lui même « le gros ». Je n'avais jamais lu ses écrits et si je me doutais qu'il franchissait souvent la ligne rouge, je ne pensais pas qu'il jouait aussi cruellement avec ce qui fait justement l'essence du « gros » : sa mésestime de lui. Dans leur ouvrage, Jean-Philippe Zermati et Gérard Apfeldorfer s'emploient à démontrer cela mais aussi à réhabiliter l'honneur des personnes en surpoids.

 Je pourrais vous en parler longuement, donc, mais j'ai préféré demander au docteur Zermati de répondre à quelques questions, donc après ce long préambule, voici ses réponses.

 

  • Pourquoi ce livre maintenant, pourquoi avoir décidé de le consacrer à Dukan ?

 

Le nombre de patients complètement détruits par la méthode Dukan, que nous recevons tous les jours avec Gérard Apfeldorfer nous a fait réagir. On ne parle plus aujourd'hui d'un épiphénomène, mais de millions d'adeptes, comme il le revendique lui même. Tous ces naufragés nous ont bouleversés, nous ne pouvions plus nous taire.

 

  • Vous avez alors décidé de vous plonger dans son oeuvre, pour comprendre le phénomène ?

 Exactement. Il s'avère qu'en réalité, je n'avais jamais lu ses écrits. Je connaissais sa méthode, je l'avais déjà entendu sur les plateaux de télévision, mais je ne m'étais jamais immergé dans ses livres. Et là, ce que nous avons découvert nous a stupéfiés. Plus que ses préceptes pour maigrir, c'est sa philosophie qui est terrifiante. Cet homme ne se contente pas de vouloir nous faire perdre du gras, il veut en toute modestie sauver la France, pour ensuite partir à la conquête de la planète. Partant du principe que les « gros » le sont parce qu'ils réagissent à leurs émotions en mangeant – un constat que nous partageons -, que propose-t-il ? Rien de moins que d'éradiquer le malheur. On est dans le délire le plus complet, dans une aspiration à une société lisse et « purifiée », sans émotion et peuplée de gens beaux et heureux parce que minces. Une philosophie qui évoque celle d'un gourou, voire des heures plus sombres de l'histoire…

 

  • Qu'est-ce qui est selon vous le plus dangereux dans le régime Dukan ?

 Le véritable danger réside dans la destruction à long terme des sensations alimentaires avec à la clé des troubles du comportement alimentaire difficiles à soigner. Par dessus tout, par sa stigmatisation constante des personnes en surpoids, qu'il décrit comme étant « déshumanisées », Dukan finit par anéantir toute estime d'eux mêmes. Il a très bien compris que la principale angoisse de ses patients est d'être rejetés. Il joue sur ce sentiment de désamour et d'exclusion, en leur promettant de les rendre beaux et donc à nouveau aimables. Et dans un premier temps, il les fait en effet maigrir. Tout en les prévenant que s'ils ne suivent pas à la lettre ses préceptes, ils reprendront du poids. 

  •    Et que ça sera entièrement de leur faute…

 Bien évidemment ! C'est le fondement même de sa théorie et des régimes en général. Le patient maigrit ? C'est grâce au médecin. Il reprend ses kilos ? C'est parce qu'il n'est qu'un minable sans volonté. C'est magique et merveilleux parce que ça marche à tous les coups. 

 

  • Avez vous bon espoir d'être entendus et que cessent enfin ces pratiques ?

 Je crois qu'il y a vraiment actuellement une prise de conscience des acteurs de la santé de l'inefficacité des régimes. Le rapport de l'ANSES sorti en 2010 dénonçant justement l'iniquité des régimes a été un véritable déclencheur, même s'il n'était pas une révélation pour nous qui travaillons depuis 15 ans sur des méthodes alternatives. Mais là encore il y a des malentendus. Beaucoup ont voulu voir dans ce rapport une sorte de comparaison entre bons et mauvais régimes. Or ce que le rapport met en question, c’est le concept même de régimes. Certes nous savons faire la différence entre les délires de purification mondiale de Dukan et la méthode bien plus light de Weight Watchers par exemple, mais il est faux de penser que Weight Watcher n'est pas un régime.

Nous esquissons dans notre ouvrage quelques pistes qui sont le fondement de notre méthode : l'écoute de soi, le respect des sensations alimentaires et le travail sur les émotions. Il y a des solutions. Mais elles impliquent que l'on accepte ce postulat de départ : tout le monde a un poids d'équilibre et ce poids d'équilibre n'est pas modifiable. L'objectif de nos thérapies est de parvenir à retrouver ce « set point », pas d'afficher une perte de poids spectaculaire, même si cela arrive parfois, lorsque le patient est justement bien au dessus de son poids d'équilibre.

Edit: Les docteurs Zermati et Apfeldorfer viennent de mettre en ligne une pétition contre les régimes. Je vous invite à la signer si vous adhérez à cette position. Vous pouvez aussi laisser votre témoignage sur le site. Par ailleurs, vous pouvez retrouver ces deux médecins sur Linecoaching. On y trouve des articles super intéressants, à commencer par celui-ci. (c'est également un portail proposant un suivi en ligne, payant).

Un baiser

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Il y avait ces deux adolescentes sur ce quai de la gare de Lyon. Elles suivaient les parents de l'une, en se donnant la main, comme le font souvent les amies de cet âge. Je ne sais pas bien pourquoi mon regard s'est arrêté sur elles alors que je fumais ma dernière cigarette avant le départ. Peut-être cette grâce propre à cet âge si fragile, peut-être ce qui semblait les lier, ou alors était-ce le hasard. 

Je les regardais, donc, sans vraiment leur prêter attention, comme on laisse sa rétine imprimer malgré soi toutes ces images, dont la plupart disparaitront l'instant suivant.

Et puis soudain, il y a eu ce baiser. Echangé clandestinement dans le dos des parents qui marchaient devant. Il n'a duré que quelques secondes mais le rougissement de l'une et le sourire si complice de l'autre ne faisaient aucun doute. Ces deux là s'aimaient. Fort.

La petite troupe s'est arrêtée devant la voiture 8. Seule l'une des deux filles partait, en réalité. Elle a embrassé les parents de son amie, puis, celle-ci mais chastement cette fois-ci. 

Il n'y a que moi je crois qui ai vu alors la légère pression de leurs mains se frôlant et les yeux brillants de celle qui restait et dont je me suis inventé qu'elle était aussi celle qui aimait un peu plus que l'autre. Lorsqu'elle est repartie avec ses parents, son visage si lumineux à l'arrivée sur le quai était si triste que j'aurais voulu lui dire que ça passerait. Et puis j'ai pensé qu'en réalité, je n'en savais rien, tellement rien. Qu'à la complexité des amours adolescentes, s'en ajoutait une autre. Qu'il y a le discours et la réalité, les milieux parisiens bobos et l'isolement des bourgardes moins habituées tout simplement aux amours peu conventionnelles. Qu'au collège, l'insulte la plus courante reste l'incoutournable "sale pédé". Peut-être que si cette amie avait été un garçon, leur baiser eut été tout aussi furtif et caché, mais peut-être pas.

Elles m'ont serré le coeur ces presque amantes, ce jour là sur un quai de la gare de Lyon. Puissent-elles un jour s'embrasser à pleine bouche à en louper ce damné train…

My essentials à moi que j’ai

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Y'a ce truc qui me fait toujours marrer dans les magazines féminins mais aussi désormais sur les blogs, qui consiste à lister ses "essentials". Etant entendu qu'en général la fille interrogée est ce qu'Inès de la Fesse qualifie de "rock". Entendons par là "qui porte des chaussures Roger Vivier à 500 euros la paire twistées avec un bleu de travail acheté sur un marché de Manosque parce que c'est tellement chic de se saper avec des habits de pauvres laborieux". 

Mais je m'éloigne de mon sujet. Celui, donc, des fameux "essentials". Censés être ces produits dont on ne se passerait pas sur une île déserte (ce qui soit dit en passant pose le ridicule de l'exercice parce que personnellement sur une île déserte la seule chose que je veux avoir avec moi c'est de la flotte et de la bouffe. Et un mec, tant qu'à faire. Le contour de l'oeil de la Prairie, comment vous dire ?). Mais je m'éloigne encore. Ce qui me fait marrer, c'est que ces nanas, leurs essentials sont toujours des produits portant des noms à coucher dehors, importés d'un ashram à Pondicherry ou fabriqués dans une ferme bio en Lozère à partir d'ovaires d'anesses tout juste pubères. Idem pour leurs fringues, qui sont certes des "basiques" (c'est le synonyme d'essentials en fait) mais des basiques ultra pointus, genre des chemises "toutes simples" mais de chez "Equipment" (compter 400 euros en moyenne), des dessous Eres, une jupe droite mais de chez Dries van noten ou un pantalon Céline ("les mieux coupés") (ah bon ?).

Idem pour le parfum. Ces filles ne portent JAMAIS du Coco Chanel ou un trivial Miss Dior (sauf si elles sont égéries, là elles sont obligées) mais des essences de tubéreuse de Joe Malone ou, the must, n'importe quelle eau de Cologne de chez Santa Maria Novella, tellement pratique de s'approvisionner vu qu'elles ne sont en vente que dans la parfumerie d'origine à Florence, "une vraie caverne d'Ali Baba".

Ah et puis elles ont toujours des "trucs" pour l'avion, du style qu'elles se lovent dans une combinaison en cachemire ou qu'elles ont toujours dans leur poche "des gros grains de ruban de toutes les couleurs qui servent aussi bien à nouer les cheveux qu'à se fabriquer une ceinture de fortune" (moi je ressemble assez vite à un roti avec un gros grain de ruban en guise de ceinture, mais c'est une autre histoire).

Le pire, c'est que je lis toujours religieusement ces articles, cruche que je suis, parce que j'ai toujours dans l'idée qu'un jour moi aussi j'aurai mes essentials, qui m'éviteront de gaver ma valise d'un tas informe de fringues pas assorties dont la moitié ne me serviront pas ou d'entasser dans le vide poches de ma salle de bain quantité de crèmes dont les trois quarts me filent de l'eczema. Sans parler de mon parfum que j'adore, certes, mais qui est d'un convenu absolu, vu qu'on le trouve dans la moindre parfumerie de France et de Navarre.

Et le pire, donc, c'est qu'une fois que j'ai potassé ces listes soit-disant réduites à la plus simple expression de l'indispensable, j'ai le tournis étant donné que 1) je n'ai pas les moyens de m'en procurer la moitié et que 2) à moins de passer ma vie dans un avion, je n'aurai jamais l'utilité d'un babygro en poil de chameau. D'autant que je ne voyage pas en première et que donc mon seul luxe dans les longs courriers consiste à enfiler les chaussettes en général oranges fournies par la compagnie, chaussettes qui s'accrochent à la moquette de l'appareil et finissent totalement éfilochées, classe.

Tout ça pour en venir où ?

A ma liste d'essentials pardi. Parce que sur le principe, j'aime assez l'idée de cette tendance à se débarrasser du superflu. Et que j'aimerais avoir la sagesse de m'y astreindre. Parce que si vraiment je réfléchis, voici les seules choses dont j'ai du mal à me passer:

Soins

– Ma crème hydratante (en général c'est Avène mais en gros la seule condition c'est qu'elle soit non comédogène, pardon my sebum)

– Mon eau démaquillante (j'utilise la bioderma en ce moment mais je pense que n'importe laquelle en vérité peut faire l'affaire, c'est juste que j'adore l'idée d'utiliser la même eau démaquillante que les tops models et que les laits me collent de l'acné, ne parlons pas des huiles, excuse my glandes sébacées).

– Mon fond de teint bare minéral ou ma crème teintée (Avène one more time) une fois le bronzage de l'été disparu (à savoir donc 11,5 mois de l'année) (ce n'est pas par snobisme que j'utilise exclusivement ces deux là, c'est juste donc que les autres finissent donc immanquablement par me coller une plaque d'eczema sous l'oeil).

– Ma poudre de soleil (avant je ne jurais que par la terracota de guerlain mais en fait il y en a pas mal d'autres qui font le job).

– Un mascara, si possible ne faisant pas des paquets et ne me brûlant pas les yeux quand je pleure (je pleure beaucoup, dès que je ris en fait) (je ris beaucoup).

– Eventuellement un rouge à lèvres.

– Un vernis rouge ou orangé.

– Un déodorant.

– Mon parfum, Chance de Chanel, donc (désolée).

– N'importe quel gel douche ou savonnette, idem pour les shampoings, franchement je ne vois jamais la différence sur mes cheveux.

Fringues

– Ma robe noire portefeuille Monoprix année 2004 en espèce de nylon qui ne froisse jamais et que j'envisage de faire reproduire en dix exemplaires par une couturière tant c'est la forme qui me va définitivement le mieux.

– Un jean plutôt slim et plutôt brut.

– Des tee shirts qui tombent bien, j'aime ceux d'american vintage ou de chez Zara en lin.

– Une paire de boots, si possible deux pour alterner parce que je pue des pieds et que je nique mes chaussures.

– Une paire de talons, si possible compensés parce que sinon je meurs de la voute plantaire très rapidement.

– Un pull plutôt près du corps parce que moi les grands pulls d'homme ça me tasse et me fait prendre dix kilos.

– Mon grand gilet en cachemire que le churros m'a acheté un jour chez Mark&Spencer et qui me sert d'à peu près tout, robe de chambre, manteau, doudou, couverture, etc.

– Un blouson en cuir type perfecto.

– Un manteau un peu oversize avec de la laine dedans pour ne pas avoir froid.

– Une écharpe et une étole.

– Des dessous qui 1) me tiennent bien les seins 2) ne me serrent pas le ventre mais passent par dessus mon fucking bourrelet.

– Des chaussettes noires qui montent jusqu'en haut du mollet SANS LE SCIER.

Et c'est à peu près tout. Voilà, vous pouvez reprendre une activité normale, genre en allant lire un livre, histoire de regagner quelques neurones après ce billet si profond.

« Camille redouble » et autres douceurs

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Samedi c'était notre désormais traditionnelle brocante de la rentrée. Signe de la crise sans doute, il y avait encore plus de stands que l'année dernière et  beaucoup moins d'acheteurs. Ne participant pas vraiment dans l'intention de faire fortune mais plutôt de libérer un peu de place dans nos placards, le fait de n'avoir récolté que de quoi payer notre soirée au cinéma le soir même – baby sitter compris quand même – m'a entièrement suffi. Au final, Zaz et moi avons surtout distribué à qui les voulait les habits trop petits de nos grumeaux, le coeur un peu serré parfois de nous défaire de ce qui leur allait encore hier. Faute de Merveilleux – Carson, where were you ? – On s'est consolées à coup de cheesecake made by Zaz et officiellement intronisé comme étant THE BEST FUCKING CHEESECAKE EVER.

Le mérite revient à la cuisinière bien sûr, mais aussi, rendons à César ce qui appartient à César, à Nanie, dont la recette est tout simplement génialissime. Je peux d'autant plus le certifier que j'ai immédiatement tenté de reproduire le miracle le lendemain (pardon my personnalité), non sans avoir envoyé le churros rafler une bonne dizaine de boites de Philadelphia au Franprix du coin. C'est que la bête est dense: 900 grammes de fromage frais. Mais pas de crème, ce qui en fait donc un gâteau plutôt léger. (je déconne).

Bref, si ma tentative était un poil moins orgasmique que celle de Zaz, c'est uniquement parce que mon plat était un peu trop grand pour obtenir un gâteau de deux mètres de haut. Mais la texture et le goût, madre mios…

Bravo, donc, à Nanie, qui vient de mettre fin à l'une de mes quêtes désespérées, à savoir celle du cheesecake parfait. Il ne reste donc plus qu'à trouver la part de flan idéale et je pourrai enfin me mettre à la lecture du Temps perdu (je ne peux pas tout faire).

A part ça, samedi soir nous sommes donc allés au cinéma. Voir "Camille redouble". Après "Du vent dans mes mollets", encore un film qui se déroule dans les années 80, même si c'est, avec la présence de Denis Podalydès au générique, le seul point commun.

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Un vrai bijou que cette comédie qui n'en est pas tellement une finalement, réalisée et jouée par la génialissime Noémie Lvovski. Récemment, un article du Elle soulignait combien cette actrice illuminait, voire sauvait toutes les oeuvres dans lesquelles elle apparaissait. J'avais trouvé ça extrêmement juste. C'est fou le charisme de cette femme et c'est fou aussi sa capacité à s'effacer derrière ses personnages. Elle parvient à rendre le moindre second voire troisième rôle plus important que tous les autres, sans pour autant vampiriser le reste des acteurs. 

Là, elle est au centre du film et on savoure sa présence à tous les plans, comme celle également de Judith Chemla, actrice envoutante que l'on peut aussi voir actuellement dans Engrenages. Je pressens qu'on n'a pas fini d'entendre parler d'elle non plus.

Le pitch de "Camille redouble" est à la fois simple et complètement improbable. Après une cuite monumentale et alors que sa vie part en couilles, Camille, 40 ans, actrice courant le cachet et récemment plaquée par son mari, est catapultée 25 ans en arrière. L'occasion peut-être de donner un tour différent à sa vie, en évitant de commettre les erreurs, qui l'ont, pense-t-elle, fait courrir à sa perte.

Qui n'a pas rêvé de pouvoir faire le chemin à l'envers, de revivre cette période trouble mais excitante de ses quinze ans, tout en sachant tout ce qu'on ignorait alors ? C'est la grande force de ce film, qui répond je crois à un fantasme partagé par nombre d'entre nous. J'avais peur que ce soit bizarre, qu'on n'y croie pas (Noémie Lvovsky joue elle même Camille à 15 ans) mais en réalité, je ne sais par quelle magie, il n'y a pas un seul instant où l'on se dit que ça sonne faux. Bien sûr, j'ai reconnu le walkman jaune "sport" dont je rêvais gamine, bien sûr la bande son est omniprésente et parlera d'autant plus aux natifs des années 70. Mais je pense que "Camille redouble" en réalité parle à tout le monde, tant il touche à cette quête universelle: "Et si j'avais pris une autre décision, que se serait-il passé ?".

Je ne veux pas vous dévoiler tout le film, mais j'en ai aimé la – non – morale de l'histoire, le fait qu'en réalité nos erreurs n'en sont jamais vraiment et que la douleur que l'on voudrait s'épargner est celle là même qui nous construit.

En réalité, il y a un autre point commun entre "Du vent dans mes mollets" et "Camille redouble". Dans ces deux films on entend la grande et merveilleuse Barbara. Et à chaque fois c'est une joie mais aussi une souffrance.

Allez-y, vraiment, c'est drôle, c'est fin, c'est brillant, c'est un film pour réfléchir, pour pleurer un peu et pour se souvenir de notre premier baiser.

Je vous laisse avec quelques photos prises durant la brocante puis sur les quais avant le ciné, l'occasion de sacrifier au rituel du Mojito et d'arriver donc à moitié beurré devant l'écran (mais finalement c'était une façon d'être sur le même tempo que l'héroïne du film).

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Edit: Alors que j'avais fini d'écrire ce billet j'ai lu celui de Violette qui parle de la même chose, mais différement. On n'est pas potes pour rien, faut croire…

Shlomit Ofir: les résultats du concours

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Alors les trois gagnants du concours sont:

– Le commentaire n°119: Flo 44

– Le commentaire n°453 : Smallbubble

– Le commentaire n°11: Maodun

Envoyez moi un mail à l'adresse cfrancfr(at)yahoo.fr

Un grand merci pour votre participation, sachez que Shlomit Ofir est hyper touchée de l'accueil que vous réservez à ses créations. C'est un crève coeur de ne faire gagner que trois personnes…

Bon we !

(la photo n'a rien à voir, c'est juste que j'aime bien ce souvenir, envie de prolonger un tout petit peu l'été…)

Les beaux bijoux de Shlomit Ofir (concours)

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Inutile de vous dire que je ne vous remercie pas vraiment. Grâce à vos conseils et votre enthousiasme communicatifs, je suis bien évidemment partie en chasse dès hier avec pour objectif de rafler toutes les séries que je n'ai pas encore vues et qui MANIFESTEMENT manquent cruellement à ma culture personnelle. Il va de soi, comme je le glissais hier dans les commentaires, qu'en cas de réclamations d'un de mes employeurs je SAURAI VERS QUI ME RETOURNER.

Mais ce n'est pas l'objet de ce billet, non, ça n'est pas. Aujourd'hui c'est cadeau. Vous savez combien j'aime les créations de Shlomit Ofir et je sais que vous les appréciez aussi, les deux précédents concours pour gagner l'un de ces bijoux avaient suscité quasiment autant de commentaires que le billet d'hier sur les séries télés (c'est dire). 

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Shlomit Ofir, je ne la présente plus ou alors en deux mots: Israelienne, jeune et insolemment jolie, cette créatrice est tombée dans la joaillerie quand elle était petite. Elle a toujours voulu faire ça et pratique son art avec une véritable authenticité. Ce que j'apprécie notamment c'est la constance de ses collections. On sent qu'elle ne va pas changer radicalement de style au gré des tendances comme c'est parfois le cas de certaines créatrices du moment. Et en même temps elle est capable de proposer des choses assez différentes les unes des autres, avec toujours en guise de fil rouge cette douce poésie qui caractérise chacun de ses bijoux.

Personnellement, je craque pour ses colliers en céramique. Elle n'a pas attendu que ce soit la mode pour les proposer et ils sont devenus sa marque de fabrique. Mais j'adore aussi ses bracelets un peu rétros, j'en ai deux (offerts) et je les mets très régulièrement (la preuve en images), moi qui n'en porte pas souvent au quotidien (ça tape contre le clavier).

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Bref, on s'en fiche en réalité de ce que j'aime puisqu'aujourd'hui c'est donc à vous de choisir. Trois gagnantes seront tirées, selon la formule désormais consacrée, par le churros ce soir à 20h.

D'ici là, votre seule mission consiste à aller sur le site d'un oiseau sur la branche et de donner dans le commentaire la référence du bijou Shlomit Ofir que vous rêveriez de gagner.

ATTENTION, NE SONT EN JEU QUE LES CRÉATIONS DE SHLOMIT OFIR.

Les dernières fois certaines d'entre vous s'étaient trompées et avaient sélectionné d'autres objets sur le site, ça ne marche pas. Par ailleurs, inutile de tenter de jouer plusieurs fois avec un pseudo différent. Je me suis aperçue récemment de l'entourloupe (j'en suis restée comme deux ronds de flan, j'avoue) et je vérifierai donc que les gagnantes ne se soient pas livrées à ce petit subterfuge. Je sais bien que ce n'est le fait que d'une ou deux personnes, hein, mais je préfère signaler que je suis moins tarte que je n'en ai l'air… 

Voilà, c'est tout, bonne journée.

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Les bracelets que je porte de Shlomit Ofir sont le Adora Doré (ci-dessus) et le bracelet tresse doré (je crois qu'il n'y en a plus, mais il existe en argenté) (c'est celui que l'on voit sur la photo avec ma robe à fleurs). Plein d'autres me font de l'oeil, comme celui-ci ou celui-là ! Quant à ma fille elle a des boucles d'oreilles qu'elle adore également et qui n'ont pas bougé. Ah parce que oui, pour le prix assez raisonnable, ces bijoux sont résistants (plus que Pomellato, suivez mon regard).

Edit: le bracelet rose de la première photo est un Clémence Cabanes et vient de chez Mia Reva. (une mine aussi).

Séries télé : mon top dix

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C'est Kro hier qui m'a suggéré ce billet, la pauvrette étant au repos forcé, elle se demande ce qu'elle pourrait bien regarder pour passer le temps. Je suis une dingue des séries, depuis toujours je crois à vrai dire. Ça a commencé par les soap operas – Santa-Barbara, best soap EVER – mais aussi l'imbattable "Petite maison dans la prairie" dont je me suis farcie je pense dix fois chaque épisode au gré des rediffusions sur M6 ou encore Beverly Hills – au grand dam de mes copains d'alors, cinéphiles et fans de Tarkovski – puis Dawson – alors que j'étais bien trop vieille pour être accro aux aventures gentillettes de ces ados dépressifs. Ne parlons pas d'Amicalement Votre, Chapeau melon et bottes de cuir, Remington Steel ou Les deux font la paire. Bref, je suis une droguée.

Et puis sont arrivées les "vraies" séries. Celles construites d'après des calculs savants capables de déterminer où et comment le téléspectateur va devenir addict. Avec des rebondissements complètement programmés à l'épisode et minute près. Je suis capable désormais de prédire très exactement l'instant où tout va basculer pour le héros, celui où les choses vont faire mine de s'arranger pour s'effondrer à quelques épisodes de la fin de saison pour donner envie de repartir pour un tour l'année suivante. Mais même en connaissant toutes les ficelles, je plonge avec délices.

En sélectionner dix est pour moi un supplice tant il y en a que j'ai adorées. Mais voici après mure réflexion celles que j'emporterais sur une île déserte.

1 – Homeland. On vous en rebat les oreilles parce que la première saison va être diffusée sur Canal mais je vous assure que ce n'est pas surfait. L'année dernière le churros et moi avons été complètement scotchés par cette histoire de prisonnier américain qui rentre d'Afghanistan après huit ans de captivité. Carrie Mathison, agent de la CIA chargée de suivre son retour sur le sol américain et accessoirement complètement bipolaire, est convaincue qu'il a été "retourné" et devenu un agent double. Il ne se passe finalement pas tant de choses que ça mais on est suspendu au moindre signe qui prouverait que Carrie a vu juste. Et bien sûr, entre le héros et l'espionne, il y a une énorme tension… sexuelle. 

2 – The Wire. Pour moi la série la plus brillante de toutes. Pas la plus drôle en revanche ni la plus optimiste. Saison après saison – il y en a cinq – les auteurs brossent un portrait de Baltimore, ville américaine sinistrée par le chômage, la drogue et le banditisme. On suit des flics cabossés et pas très académiques – rahhhh mc nulty, salaud au grand coeur, rebelle complètement barré qu'on voudrait sauver (et baiser aussi accessoirement) – dans leur lutte perdue d'avance. Noir mais captivant.

3 – Dr House. J'étais tellement triste quand j'ai vu le dernier épisode l'année dernière. Hugh Laurie a habité ce rôle comme rarement un acteur l'a fait. Ce médecin mysanthrope et cynique est surtout d'une drôlerie incroyable. Les dialogues sont des bijoux et pour peu qu'on soit un poil hypocondriaque comme je le suis, il y a moyen de se découvrir une pathologie rare à chaque visionnage. Mais c'est de loin la meilleure série médicale de tous les temps (et dieu sait que j'ai aimé Urgences).

4 – The killing. Version américaine (je n'ai pas vu la danoise). Deux saisons pour l'instant, une atmosphère assez similaire à celle de The Wire j'ai trouvé, à savoir pas gai. Une adolescente est retrouvée morte et l'inspectrice chargée de découvrir le coupable est elle même assez torturée. A chaque fois que l'on pense que la vérité surgit, elle s'avère fausse. Et le couple formé par les deux enquêteurs est hyper attachant.

5 – Glee. Même si la dernière saison était un peu un ton en dessous et que je me demande bien comment les scénaristes vont renouveler les personnages, c'est tout de même la série la plus déjantée qui soit. Cette bande de freaks – qui ne le sont pas vraiment d'ailleurs – est tout simplement géniale, les chorégraphies, les reprises de tubes donnent envie de danser et le personnage de Sue Sylvester, coach des cheerleaders est un des plus drôles de l'histoire des séries (rien que ça).

6 – The L Word. Là aussi, série terminée depuis des lustres, mais oh my god ce que ces lesbiennes chic ont pu nous chauffer le churros et moi ! Une ambiance très "chroniques de san fransisco" mais à Los Angeles, des histoires d'amour – et de cul – en veux-tu en voilà et surtout pour la première fois, donc, une mise au grand jour des amours saphiques. J'aimerais tellement que Shane refasse son apparition un jour…

7 – Californication. Bon ben là, pareil, un bijou scénaristique, doublé d'une vraie performance d'acteur, David – chaud bouillant – Duchovny, où comment revenir des oubliettes du showbizz pour devenir le plus grand fucker de tous les temps, personnage haissable et adorable, alcoolique, sex addict, désabusé et surtout ridiculement romantique.

8 – Downton Abbey. Enorme coup de coeur l'année dernière pour cette série de la BBC qui raconte la vie d'une famille de lords anglais à la veille de la première guerre mondiale. Il y a de l'Autant en emporte le vent, du Jane Eyre ou encore des Quatre filles du docteur March dans cette fresque. On y vibre au rythme des costumes des héritières mais aussi des malheurs des domestiques. Un bijou dont j'attends avec impatience le début de la troisième saison…

9 – Girls. J'en ai déjà parlé mais les dix épisodes de l'unique saison pour l'instant de cette nouvelle série sont jubilatoires. Un anti sex and the city, la vie de quatre amies à Brooklynn, quatre filles qui entrent dans l'âge adulte et qui sont un peu maladroites, un peu séductrices, un peu ambitieuses et beaucoup barrées. Du haut de mes trente-onze ans, j'ai réussi à m'identifier complètement à l'héroine de 25 ans, à cause de ses rondeurs peut-être, de ses ambitions d'écrivaine ou tout simplement de sa condition de femme au 21è siècle.

10 – Mad Men. Comment ne pas parler de Mad Men, de Don Draper, Betty, Joan et les autres ? Virtuose, ambitieuse, esthétique, impertinente, elle réunit toutes les qualités indispensables à la réussite d'une série. Le quotidien de ces employés d'une agence de pub dans les années 50 est passionnant et romanesque, on est là aussi totalement plongés dans un univers pourtant à des kilomètres du nôtre, mais ça marche.

Voilà, j'en ai pris dix mais il y en a tant du coup sacrifiées: Modern family, Smash, 24h, the big C, Damages, Sex and the city, Friday night lights, etc. Et aussi celles dans lesquelles je ne me suis pas encore plongée: six feet under, les sopranos, breaking bad, dexter…

Allez, je m'en accorde une en bonus, une à laquelle je suis sentimentalement attachée parce qu'elle a probablement été la "première" de nos addictions au churros et moi:

Alias. Elle fait figure de dinosaure désormais, mais les aventures de Sidney Bristow m'ont happées jusqu'à la fin, même si la dernière saison était objectivement bien moins bonne, c'est souvent le cas cela dit. Le pitch:  Sidney, étudiante américaine athlétique et canon – Jennifer Gardner – est recrutée par une agence très spéciale, sorte de CIA occulte. Très vite – à savoir après l'assassinat de son fiancé – elle va se rendre compte qu'elle n'est pas forcément du côté des gentils… Suspense, action, glamour, c'est une série pour filles et garçons et même si elle est sans doute un peu datée aujourd'hui, je ne pouvais pas ne pas la mettre dans ce classement.

Edit: je ne savais pas comment illustrer ce billet, alors j'ai choisi ce magnifique tee-shirt du Churros qui illustre à merveille son addiction aux comics, aussi forte que la mienne aux séries… Moi je dis, avoir supporté qu'il le porte tout l'été prouve à quel point mon amour pour lui est réel. Non ?

Quatre livres pour la rentrée

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Trois semaines que je veux vous écrire ce billet. Et puis je suis accidentellement tombée dans une série qui avait échappé à mes filets. In treatment. Et désormais j'envisage de faire une thérapie pour tomber amoureuse de mon psy. Même si ledit psy de la série, qui ressemble un peu à Harvey Keitel mais un Harvey Keitel qui serait gentil, est bien évidemment beaucoup plus mal que la majorité de ses patients. Et ne fait absolument rien dans la vraie vie de ce qu'il suggère à ceux qui viennent le consulter…

Bref, trois saisons, quarante épisodes chacune, on n'est pas rendus.

Mais trève de diversion, j'ai quatre coups de coeur pour la rentrée. Cet été j'ai eu la chance de pouvoir lire quelques livres en avant-première et je ne vous cacherai pas que c'était un sentiment assez jouissif, comme un petit privilège d'initiée. Ce qui ne m'a pas non plus empêchée de dévorer des oeuvres publiées depuis des lustres, hein. Mais donc cet été j'ai craqué pour :

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– Bois sauvage, de Jesmyn Ward, édité chez Belfond. Une énorme claque. L'auteur a l'air sur la photo de quatrième de couv d'avoir 14 ans (et est accessoirement d'une beauté renversante) et pourtant dans son style il y a quelque chose je trouve qui semble venir de loin, de très, très loin. L'histoire ? Depuis que sa mère est morte en couches, Esch, quatorze ans, s'occupe des hommes de sa famille : son père Claude, ses deux aînés, Randall et Skeetah, et Junior, le petit dernier. Esch a du mal à trouver sa place : elle couche avec les copains de ses frères pour leur faire plaisir mais c'est de Manny qu'elle est amoureuse. Et dont elle est enceinte. Ce pourrait être une chronique du bayou, d'une famille comme il y en a des tonnes le long du Mississipi, sur fond de luttes de chiens, de baignades dans la rivière et de misère, aussi. Sauf que les radios ne cessent d'annoncer l'arrivée imminente d'une tempête plus forte que les autres. Page après page, la menace gronde et l'atmosphère se fait plus lourde et moite. Parce que la tempête en question porte le funeste nom de Katrina… Il y a du Faulkner ou du Toni Morrison dans la façon d'écrire de cette jeune femme, elle même issue d'une famille nombreuse et première de sa lignée à obtenir une bourse pour l'université. Achetez-le, lisez-le, personnellement quand je l'ai refermée je n'étais plus tout à fait la même.

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Tigre, Tigre, de Margaux Fragaso, chez Flammarion: Un bouquin filé sous le manteau par ma dealeuse préférée. Elle m'avait prévenue: "c'est du lourd et ça chamboule". Résultat: c'est du lourd et ça chamboule. Faisant figure de péhnomène de la rentrée littéraire, le livre est chroniqué un peu partout. Un engouement qui a sûrement à voir avec la portée très sulfureuse du sujet, mais qui est néanmoins mérité. L'auteure raconte sa propre histoire d'enfant abusée par celui qu'elle considérait comme un père, un frère, voire aussi et c'est là toute la complexité de la chose, un potentiel amoureux. Elle a 8 ans quand elle le rencontre, il approche de la cinquantaine. Le plus cruel et le plus difficile à accepter dans ce récit, c'est que cette enfant l'aime, cet homme. Passionnément et viscéralement. Et que toute la perversité de ce bourreau réside justement dans sa capacité à se rendre indispensable. En choisissant pour proie une victime que sa famille, déchirée et dysfonctionnelle ne pourra non seulement pas aider mais précipitera même dans ses griffes. C'est troublant, c'est beau aussi, parce que le style est ciselé, précis, presque chirurgical. Mais c'est aussi bouleversant, c'est de l'assassinat de l'enfance qu'il est question page après page. A ne pas mettre entre toutes les mains, âmes trop sensibles s'abstenir.

L'attente de l'Aube, de William Boyd, publié au Seuil. Vienne, août 1913.  Lysander Ulrich Rief 27 ans, comédien anglais, autrichien par sa mère et fils d'un célèbre acteur britannique décédé en 1899, est venu suivre une psychanalyse avec le docteur Bensimon, anglais lui aussi. Son problème ? Il ne parvient plus à "conclure" ses ébats. Ce qui commence comme une sorte de périple initiatique d'un jeune homme un peu superficiel, très gâté et complètement narcissique se transforme très rapidement en quelque chose qui tient à la fois du roman d'espionnage, de la chronique de guerre et de la comédie romantique. On s'attache à Lysander, ce candide jeté malgré lui dans le renseignement britannique et devenu l'objet de manipulations amoureuses et politiques qui le dépassent. C'est parfois un peu compliqué et on n'a pas été trop de trois ou quatre à l'avoir lu cet été pour tenter de démêler le vrai du faux et asseoir nos certitudes quand au dénouement. C'est peut-être tout l'art de William Boyd, qui nous manipule autant que peut l'être son héros. A lire si on aime James Bond, les histoires d'espions et surtout, si l'on goûte cet humour anglais fin et parfois un peu empoisonné dont William Boyd est pour moi l'incarnation…

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Les Apparences, de Gillian Flynn, publié aux éditions Sonatine. Pour l'instant, toutes les personnes auxquelles je l'ai conseillé l'ont adoré. Un tout autre registre que les deux premiers romans américains évoqués dans cette chronique, si ce n'est que l'histoire se déroule dans le Mississipi aussi. Mais là on est dans le polar, même si c'est un polar plus proche du thriller psychologique que d'une véritable enquête policière. Je n'ai pas envie de trop vous en dire parce que tout l'intérêt du livre, outre son style absolument jubilatoire, réside dans les retournements de situation auxquels on ne s'attend pas une seconde. Mais pour vous planter le décor, il s'agit donc de la disparition d'Amy, l'épouse de Nick. Amy et Nick, couple modèle new-yorkais, jeunes, beaux et successfuls, ont connu quelques revers de fortune. Journalistes tous les deux, ils ont perdu leur boulot et se sont résolus à revenir sur les terres natales de Nick, au bord du Mississipi. Nick y tient un bar et Amy… Amy s'ennuie. Jusqu'à ce matin de leur cinquième anniversaire de mariage, où Amy disparait, ne laissant derrière elle qu'une maison sens dessus dessous et quelques tâches de sang. Assez rapidement, Nick, l'époux éploré, fait figure de suspect numéro un, magré ses dénégations. Je m'arrête là, mais franchement, c'est époustouflant d'ingéniosité, on a peur, on rit aussi beaucoup parce que Gillian Flynn est très, très, très drôle. Même si sa vision du couple et du mariage n'est pas vraiment très drôle, elle…

Edit: J'oubliais un truc. Christine S., la chroniqueuse de bouquins de Psychologies magazine parle de cette drôle d'expérience qu'est la rentrée littéraire. C'est hyper intéressant et c'est drôle et c'est ici.

Joue la comme Christina Hendricks

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Il y a celle qu'on voudrait être et celle qu'on est. Et il y a ce moment dans la vie où soudain, on se dit qu'on va être amie avec celle qu'on est.

D'aussi loin que je me souvienne, je me suis rêvée en fille sans seins, sans hanches et sans fesses. Manque de chance, je me suis réveillée un matin de ma douzième année avec un 95 C et ça ne s'est jamais résorbé. J'ai bien espéré après mes grossesses être de celles qui perdent deux ou trois tailles sans même le calculer, mais las, ils n'ont jamais désarmé, enfin, si, mais ils se sont contentés de regarder plus bas si j'y étais.

Je n'ai de mémoire jamais mis de soutiens-gorges triangles et je suis par ailleurs passée du 12 ans au 42 sans jamais m'arrêter sur la case 38. Et aujourd'hui, bien qu'entrant dans un 40 sans difficulté, je garde ce corps plein de déliés et surtout… de pleins.

Mais la nouveauté, c'est que j'ai capitulé.

Abandonné, mon rêve absolu de pull en col V à la Jane B, au placard les tenues faites pour les filles droites. Cette robe, je ne lui aurais pas accordé un regard il y a encore un an ou deux. Parce qu'elle est de celles qui ne se contentent pas de "mettre en valeur" les formes, elle transforme instantanément un 95 C en un 115 E. En soulignant la taille elle vous fait en prime ce qu'on peut bien appeler… une croupe.

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Et bien je ne saurais vous dire si ce sont les yeux du loup de Tex avery du churros quand je l'ai mise hier ("Est-ce qu'on pourrait dire qu'on serait dans les années 50, que tu serais ma secrétaire, que moi je serais Don Draper et que le harcèlement sexuel serait encore légal ?"), ou si c'est parce qu'elle est d'un confort incroyable. Non, je ne saurais vous le dire, mais je m'y suis sentie comme arrivée quelque part.

Il était peut-être tout simplement temps d'aller à la rencontre de celle que je suis et de dire enfin adieu à celle que je ne serai jamais…

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Il y a quelque temps, je vous racontais que lors d'une de mes séances avec le docteur Zermati, ce dernier m'avait demandé de réfléchir à cette interrogation: "est-il nécessaire de se plaire pour s'aimer ?". J'avais été à l'époque assez perplexe quant il m'avait assuré que non, cette idée de "se plaire" n'avait rien à voir avec celle de s'aimer. En prenant pour preuve d'ailleurs qu'il y a plein de gens dans la vie qu'on aime et qui honnêtement ne nous "plaisent" pas. Je crois que j'ai enfin fini par comprendre. Et je ne saurais vous dire là non plus quel soulagement cela me procure. Cesser de se donner cet objectif tellement inatteignable, cesser surtout de se préoccuper de cela. 

Alors voilà, cette robe a tendance à me rendre plus pulpeuse que je ne suis aujourd'hui mais étrangement, je l'adore, parce qu'elle me ressemble, je crois. 

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Edit: je sais que certaines d'entre vous n'aiment pas que je donne la référence des habits sur les rares billets où je pose, mais je sais aussi que d'autres poseront peut-être la question, alors c'est une robe Monoprix, en rayon actuellement. 

Edit2: Un cheveu s'est opportunément caché sur l'une des photos ruinant toute ma crédibilité modesque d'un coup d'un seul. Saurez-vous le retrouver ?

J’aime #25

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Ces derniers jours j'ai pas mal déambulé dans Paris, à la faveur de rendez-vous qui m'ont emmenée au musées du Quai Branly, à Notre Dame, vers la Tour Eiffel ou sur les Grands boulevards. Depuis que je travaille chez moi, je crois que je me suis un peu laissée vivre dans mon quartier, m'empêchant pas mal d'en bouger même les jours où je pourrais flâner un peu – culpabilité de free-lance oblige. Mais j'ai tellement apprécié de retrouver un peu les pavés parisiens que j'ai ajouté à ma liste de bonnes résolutions de la rentrée – longue comme le bras – celle de ne pas oublier à quel point j'aime ce qui est devenu au fil des ans… ma ville. 

Un "J'aime" assez parisien, donc, en ce lundi mais également très culinaire, on m'a donné récemment un exemplaire du magazine Marmiton et je suis comme qui dirait en pleine compulsion cuisinière…

J'aime observer ma grande (façon de parler, son drame absolu étant d'être immanquablement la plus petite de sa classe) devenir cette jeune fille jour après jour, avec toute la complexité de ce processus aussi excitant qu'effrayant qu'est l'adolescence. Cela me parait à la fois si loin et si proche, ce temps où il me semblait habiter le corps d'une autre…

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J'aime à la folie Notre Dame, d'autant plus vue depuis le petit square du quai de Montebello, oasis de fleurs et de calme dans ce quartier si frénétique et touristique…

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J'aime les muffins, donc, ce n'est plus un secret pour personne (ai-je encore des secrets pour quiconque ?), mais alors les muffins à la framboise faits à partir de la recette de Marmiton, comment vous dire ? La prochaine fois, j'y mettrai un poil plus de sucre et ce sera tout simplement parfait, comme un air de breakfast anglais sans le prix de l'Eurostar.

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J'aime ce restaurant vietnamien à deux pas de chez moi, qui fait sans exagération aucune les meilleurs rouleaux de printemps du monde entier. Il y a les classiques aux crevettes, bien sûr, mais ce qu'il faut absolument goûter au Pho Tai Tai, ce sont ceux aux boeuf, sorte de bo-buns enveloppés d'un feuille de riz moelleuse à souhait. Tout le reste de la carte est à tomber, la patronne est un ange et le cadre tout vert est étrangement très apaisant. (réservation très conseillée, depuis que Ducasse a clamé que c'était sa cantine vietnamienne).

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J'aime que ce soit ENFIN la saison des figues, je ne tolère personnellement que celles de Soliès, les seuls avec celles de Sifnos, petite Île paradisiaque des cyclades dans laquelle j'ai eu la plus merveilleuse des indigestions à la figue de toute ma vie. Je ne vous donnerai pas de détails, en même temps vous ne m'en avez pas demandé. (la réponse est non) (à la question posée plus haut) (je n'ai pas de secrets) (plus de dignité non plus).

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J'aime le mur végétal du musée du Quai Branly et la terrasse du café Branly dans le jardin. On y entend les bruits d'oiseaux, diffusés par des hauts-parleurs mais on jurerait qu'ils sont vrais. Un endroit parfait pour un déjeuner en lovers ou tout autre rendez-vous d'ailleurs.

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