Pendant des années, l’entrepreneuriat ne m’a pas évoqué grand chose. J’étais tellement terrorisée à l’idée de ne pas avoir un CDI bien sécure que la perspective de mener ma barque me paraissait aussi folle que de me jeter du 10è étage (j’ai le vertige). Et puis, sans crier gare, l’envie finalement d’être seul maitre à bord ou presque a commencé à germer. Je crois que plusieurs éléments déclencheurs ont contribué à cette évolution. La naissance de ma dernière fille, à un moment où je me sentais en manque de maternage et de liberté quant à mes horaires. Des difficultés relationnelles, pour la première fois de ma vie, avec un rédacteur en chef. Et puis ce blog, peut-être surtout ce blog, qui en ouvrant une fenêtre sur une écriture différente et sur des rencontres toutes plus enrichissantes les unes que les autres, m’a fait penser que j’avais les épaules assez solides. Deux ans après cette décision prise un matin gris de janvier, poussée par mon amie MC – au sens propre, elle m’a littéralement propulsée dans le bureau dudit rédacteur en chef – je peux désormais le dire haut et fort: aucun regret. Des moments difficiles, il y en a, évidemment. Des angoisses, la peur de ne plus être sollicitée, la fatigue de n’avoir finalement jamais vraiment de temps mort, l’incapacité psychologique de gérer les temps morts en question lorsque parfois ils surviennent. Il y a aussi de temps en temps cette interrogation: jusqu’à quel âge peut-on vivre ainsi ? Ou celle-ci: et si je me retrouvais seule, pourrais-je assurer l’avenir de mes enfants. Ou enfin, une autre qui a pris tout son sens ces dernières semaines: et si je tombe malade, quel filet de sécurité ? Réponse: aucun. En lire plus »
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My heart belongs to daddy

Hier, alors que j'entrais dans le salon – théâtrales, mes entrées, depuis trois jours – (si je ne connaissais pas ma date de naissance, j'aurais du mal à croire que je n'ai que 28 ans), je tombe sur mes trois enfants la mine déconfite. On pouvait lire le désarroi et l'angoisse sur leur visage.
"Ils s'inquiètent, tu comprends", m'explique leur père, tout en les étreignant.
"Non, il ne faut pas, ça va aller, je sais que ça n'est pas bien drôle cette histoire, les urgences et tout et tout, mais finalement ça n'est pas si grave", tenté-je alors de les rassurer, me rappelant combien moi même je n'aimais pas quand ma mère était malade.
"Mais oui, c'est ce que je leur ai dit, a embrayé le churros. Il ne faut pas qu'ils s'en fassent ! Je vais tout à fait pouvoir gérer la situation et mon travail n'en souffrira pas. Je vais tenir le coup !".
Et mes – soit disant – enfants de pousser un soupir de soulagement.
Je l'ai très bien pris, vraiment. D'autant qu'au cas où quiconque en douterait, quand j'ai appelé en larmes mon mari après être passée à ça de me ruiner la moelle épinière, il a certes compati, il s'est certes énormément inquiété, a certes proposé d'abandonner séance tenante son boulot, mais s'est de très bonne grâce laissé convaincre de ne pas mettre en péril sa période d'essai pour une bête histoire de colonne vertébrale peut-être brisée.
Et s'il a accompagné Rose à l'école le lendemain, c'est sûrement pour me rendre service mais probablement aussi parce qu'il m'a demandé si éventuellement je me sentais tout de même capable de le faire, j'ai eu comme un regain d'énergie, juste assez pour le menacer de lui faire avaler ma boite de laxatifs en entier s'il osait réitérer la question. Quant à l'heure à laquelle il revient le soir, que tout le monde se rassure également, elle n'a pas varié d'une seconde depuis que je suis paraplégique. Et il ne me semble pas qu'à part le premier jour où j'étais aux urgences et donc dans l'incapacité physique de préparer le repas, il ait eu à assurer la survie alimentaire de la famille.
Et pourtant, manifestement, le principal sujet d'inquiétude de la chair de ma chair – les hyènes – s'est entièrement focalisé sur la façon dont leur pauvre paternel parviendrait à surmonter matériellement et psychologiquement l'épreuve.
Non mais vraiment, d'une certaine manière… respect. Je veux dire, c'est du grand art, quoi.
Bad mood(board)

Je sais, je sais, je sais, vous m'avez expliqué que ce n'était pas forcément le genre de choses que vous adoriez voir ici. Mais j'ai une énorme circonstance atténuante qui rend la rédaction de billets assez fastidieuse, d'autant qu'hier n'a pas été une merveilleuse journée. Dire non à la drogue c'était non seulement voir s'en aller les licornes et les bébés poneys (ce qui voudrait dire qu'en fait ils n'existaient pas vraiment ?) (ne répondez pas à cette question, je vis déjà des choses difficiles, point trop n'en faut) mais également tenter de répondre à cette épineuse question: comment s'asseoir quand toute position donne l'impression d'avoir posé ses fesses sur des tessons de verre ?
Bref, je n'avais pas le moral en fait.
Et qu'est-ce je fais quand je n'ai pas le moral ? Je remplis des paniers sur les sites de fringues. Paniers que je n'ai pas validés, par contre (il me fallait me relever pour prendre ma carte bleue) (si ça se trouve avoir le cul cassé va certes me faire perdre la moitié de mes clients mais m'éviter quelques dépenses inconsidérées). Du coup, je me suis dit que ce serait dommage que ce temps passé à benchmarker les soldes soit complètement perdu. Et comme fabriquer ce moodboard est plus aisé allongée que de taper ce texte (à haute portée littéraire pourtant), j'ai bidouillé ça.
Plus sérieusement (vraiment ?), je suis une adepte des collections de créateurs pour La Redoute. Toutes les fringues Vanessa Bruno que j'ai chez moi (trois en fait) sont issues de collaborations avec le vépéciste. De un c'est moins cher qu'en boutique et de deux il y a plus de choix de tailles que dans le magasin qui en plus souvent m'intimide. Quant à ces robes Rabih Kayrouz, elles sont exactement ce que je recherche quand je veux une robe, justement. Du coup je crois que je vais braver mon cul pour aller chercher ma CB (c'est bizarre cette phrase ?).
Quant aux bagues Mia Reva, c'est parce que je les ai et que je suis à chaque fois étonnée de la qualité de ces bijoux fantaisie. La panthère fait son effet à chaque fois et là elle est soldée, alors…
Voilà, c'est tout pour aujourd'hui.
1 – Bague ailes d'ange Mia Reva – 2 – Bague panthère Mia Reva – 3 –Pull Tunique Vanessa Bruno pour La Redoute – 4 – Spencer Vanessa Bruno pour La Redoute– 5 – Robe maison Rabih Kayrouz pour La Redoute– 6 – Robe en soie maison Rabih Kayrouz pour La Redoute – 7 – Pochette Asos– 8 – Pull en mohair Vanessa Bruno pour La Redoute
Let it snow
Vendredi soir, alors que nous revenions avec les twins du théâtre de la Gare, nous sommes passés devant Beaubourg. Il y régnait ce drôle de silence si caractéristique des paysages enneigés. Ça et là, les uns lançaient des boules de neige, pendant que d'autres s'embrassaient sous les flocons. Comme si par la grâce de ce manteau blanc, la capitale avait sonné l'heure de la trève. Une échappée belle le temps d'une nuit pas comme les autres, l'oubli pour un temps, un temps seulement, du monde qui ne tourne pas rond, de la crise qui explose, du bruit des balles à Bamako. Peut-être l'ai-je rêvé, peut-être, sûrement, ai-je voulu voir cela parce que ces derniers jours j'ai l'effrayante sensation que tout s'accélère et nous échappe.
Le lendemain matin, alors que je rentrais du supermarché, il y avait devant chez moi un adolescent hilare, qui glissait, tombait, reglissait. "Il n'avait jamais vu la neige, le neveu, il est arrivé de Tunisie l'année dernière, il n'avait jamais vu la neige !", riait sa tante tout en le filmant.
J'ai ri aussi et puis je crois que j'ai aussi un peu pleuré.
Voilà, à part ça, pour poursuivre dans ce cheezy mood, je voulais vous donner des nouvelles de Vanina. Vous avez été plusieurs à m'en demander et j'attendais d'avoir des choses tangibles à vous dire. Sachez que depuis la mobilisation de beaucoup d'entre vous, Vanina a vu la chance tourner. Elle et ses filles habitent temporairement dans l'appartement d'une lectrice que je laisserai se dévoiler dans les commentaires si elle le souhaite mais à qui je voue une éperdue reconnaissance.
Grâce à vos dons, elle a pu par ailleurs offrir un vrai Noël à ses filles. Et une autre lectrice, dont je ne donnerai pas non plus le nom sans savoir si elle le souhaite, a permis à Vanina de trouver un boulot qui correspond, cerise sur le gâteau, à ses compétences. Ce qui devrait lui permettre à terme d'avoir un logement pérenne.
Vanina n'oubliera jamais je crois la façon dont vous l'avez entourée en ce mois de décembre 2012. En son nom, je vous remercie.
Voilà, à part ça je repars pour une semaine de dingue, avec un savant mélange de boulots vraiment cools à faire – dont un dont j'espère pouvoir vite vous parler tant je suis heureuse – et d'autres vraiment casse burnes. La vie quoi.
Bonne journée
Edit: Une pensée très forte pour une petite fille qui se bat depuis quelques jours dans sa chambre d'hopital. Je ne la connais pas personnellement mais ses parents sont des amis proches d'amis chers à mon coeur et vous savez ce qu'on dit, les amis de mes amis, etc. May the force be with you, little M…
Pourvu qu’elle soit douce
Que l'année soit douce, pavée de coquillages (2013 sera un cru poétique). Merci encore de votre fidélité.
Edit: Commençons 2013 par un peu d'auto-promo, vous pouvez me lire sur l'Express Style aujourd'hui, pour un billet de circonstance…
Histoire ordinaire d’une maman et ses filles à la rue

C'est l'histoire tristement banale d'une descente aux enfers. Celle de l'une d'entre vous, l'une d'entre nous, devrais-je même dire. Ici, elle commente sous le pseudo de Blanche Neige, en vrai elle s'appelle Vanina. Je ne connais pas tous les tenants et aboutissants de ce qui s'est passé, mais après avoir vécu au Canada avec son mari et ses enfants, elle s'est séparée de son conjoint et est revenue avec ses deux filles à Paris. Quittant du même coup son job de décoratrice d'intérieur en espérant trouver l'équivalent en France.
Sauf que pour l'instant, Vanina n'a pas de travail. Et que de fil en aiguille, ne pouvant pas pour l'instant récupérer ce qui lui revient de son ancienne maison au Canada, elle se retrouve sans logement, ballotée d'hôtel en hôtel, du 115 à d'autres services municipaux, la peur au ventre de devoir se résoudre un jour à dormir dans un foyer ou la rue.
Je me dis que la seule chose que je puisse faire, c'est relayer son récit ici et en appeler à la générosité de l'un ou l'une d'entre vous. Vanina ne veut pas la charité, elle voudrait du travail. D'une manière plus urgente, elle rêve de pouvoir offrir un toit à ses filles pour la période de Noël. Elle doit libérer un appartement provisoire aujourd'hui et tremble à l'idée de passer les fêtes dans un hôtel.
Je me doute bien que vous n'avez pas forcément un logement en rab à prêter pour la période des vacances scolaires. Moi même cette année c'est compliqué, pas de vacances pour le churros. Je dis bien prêter, parce que pour l'instant Vanina n'a pas les moyens de payer un loyer. Mais elle ne demande que ça, de payer un loyer. Sauf que vous connaissez le cercle vicieux de la malchance. Pas de travail, pas de logement. Pas de logement… pas de travail.
Je me suis dit que si on ne demandait pas, on ne risquerait pas d'obtenir quoi que ce soit. Vanina a osé me demander et après avoir passé un peu de temps à m'interroger sur la façon dont je pouvais procéder, j'ai donc sauté le pas et écrit ce billet.
L'idée n'est pas de faire pleurer dans les chaumières, ni de faire une quête. L'idée c'est de voir comment éventuellement on pourrait, dans un premier temps, lui dégoter un toit à Paris ou ses alentours – ses filles sont scolarisées dans le 13è – et dans un second, peut-être un travail.
C'est un peu con sans doute mais sait-on jamais, magie de Noël, toutes ces choses, quoi.
Si vous avez ça sous la main, écrivez-moi à cfrancfr(at)yahoo.fr
Iceland, pays de la glace
Ce serait trop long de vous raconter cette journée par le menu détail mais sur une échelle de un à dix, le kiffe était à 15. Je me souviendrai toute ma vie de ce glacier, de zz top à fond pendant la montée et de cette impression hallucinante d’avoir perdu tous mes repères. A tel point que j’ai posé en débardeur et chaussures à paillettes au milieu de la glace. Il faut dire que peu de temps avant, je m’étais ramassée gentiment par deux fois. Un coup à perdre le sens commun. Photos classées X à venir, en attendant, quelques instagrams. Inutile de préciser que je suis tombée en amour de ce pays, j’y reviendrai avec ma tribu.
Merci à Florence d’icelandair pour son savoir abyssal sur l’Islande et à notre chauffeur, Hainar (orthographe aléatoire) le plus rock and roll du genre.
Au Blue lagoon
La starac des flans

Hier soir mon ami Gilles* est venu manger à la maison. D'aussi loin que je me souvienne, il a toujours mis du jeu dans la vie. Cette fois-ci, il est arrivé avec le dessert: cinq parts de flan achetées aux quatre – ou plutôt cinq – coins de Paris. "C'est un défi-flan", a-t-il expliqué aux enfants qui se demandaient quelle mouche l'avait piqué.
Après mon risotto de la mort qui tue (je suis italienne désormais, je rappelle), nous voilà donc munis d'une feuille de papier avec un graphique à deux entrées, nos noms et les numéros des flans. Mission, acceptée sans broncher: noter chaque bête pour distinguer le meilleur.
Ce qui est drôle, c'est que Rose par exemple qui n'a jamais aimé les flans, a tenu à tous les goûter, tant le jeu l'amusait. Idem pour la chérie, pas vraiment gourmande devant l'éternel, du moins quand il n'y a pas de chocolat inside. Inutile de préciser que le machin, lui, a pris le challenge très au sérieux, commentant l'apparence, la consistance de la croute, la couleur de la crème, la saveur de la "petite peau" caramélisée du dessus, etc.
Au final, c'est ballot, je n'ai pas noté la provenance du vainqueur, je compte bien harceler G. toute la journée s'il le faut pour qu'il me la retrouve. Mais le deuxième, qui était l'unique flan rond et que nous avons eu du mal à départager, venait de chez Moisan, dont l'une des boutiques se trouve place Maubert.
Dans les cinq, je n'ai pas identifié the best ever, mais j'ai une liste longue comme le bras d'adresses que vous m'avez les uns ou les autres envoyées et que je dois absolument tester.
Au delà de l'objet de mon affection – le flan – ce que je retiens ce cette soirée, c'est le plaisir. Celui du jeu, où le seul perdant serait un flan (j'ai un peu de mal avec tout jeu entrainant la peur de perdre assez mal gérée chez certains membres de ma famille), mais surtout celui de la dégustation: tenter d'identifier la vanille, apprécier le croquant d'un feuilleté, goûter la tendresse d'une consistance moelleuse à souhait…
Quand il est arrivé avec ses cinq flans, j'ai immédiatement dit à G. qu'il était fou, que c'était beaucoup trop (le churros n'était pas là, or c'est un peu le plus gros appétit de la familia) tout en pensant qu'on les boulotterait sans geindre malgré tout. Et c'est ce qui se serait passé si nous les avions mangés sans nous livrer à notre starac de la part de flan.
Alors que là, sur les cinq, les trois moins appréciés sont restés presque indemnes (comme en témoigne la photo). Pas parce qu'ils étaient trop mauvais, pas parce qu'on s'est privés, juste parce que j'ai eu une nouvelle fois cette preuve évidente: la dégustation permet de détecter la satiété. Et de s'y soumettre de son plein gré.
Je me suis dit que ça pouvait être un exercice assez zermatien dans l'âme, cette histoire.
Où je deviens joaillière

Ma dernière réalisation manuelle avec les enfants remonte à 2004 environ, c'était une tentative de fabrication de figurines en pate à sel. A l'arrivée: une cinquantaine de boudins censés représenter des animaux et ressemblant au mieux à des baguettes de pain. Ce n'est pas que je n'aime pas ça – un peu quand même à vrai dire – c'est juste que je suis inapte. Souvent, je dis à ma grande qu'on va aller à la Droguerie acheter des perles pour faire des bijoux mais jusqu'à nouvel ordre, c'est toujours resté au niveau de l'intention (qui compte). Je rêverais d'être cette maman et même cette femme avec de l'or dans les doigts dont on dirait qu'elle met de la beauté là où elle passe. Mais hélas, là où je passe, au mieux je fais donc des baguettes de pain qui peuvent aussi passer pour des étrons mal moulés.
Bref, ça c'était avant. Avant que je ne reçoive pendant les vacances un joli colis tout bleu estampillé "Chic Maker". A l'intérieur: tout le matériel pour fabriquer un bracelet pile poil dans la tendance Aurelie Bidermann (la femme qui tressait des brins de laine autour de gourmettes dorées et te vendait ça au prix du diamant) (la Isabel Marant du bijou, en somme).
J'avoue, le concept des box commence un peu – comme tout le monde – à me fatiguer (l'idée de l'abonnement me rappelle toujours la saga du Grand livre du Mois vécue comme un drame familial il y a des années, ma mère ayant du envoyer une cinquantaine de recommandés avant qu'enfin on accepte de mettre un terme à son engagement). Et là, autant vous prévenir de suite, Chic Maker est basé sur la même idée, consistant donc à s'abonner pour une somme conséquente, 25 euros par mois, afin de recevoir des kits tout prêts de bijoux à fabriquer.
Je ne sais pas si je m'abonnerais, d'autant plus compte-tenu de mon syndrôme de la pâte à sel, mais je dois avouer avoir été bluffée par le résultat. Pourtant ça n'était pas gagné.
Je vous raconte ?
10h34: La chérie, intriguée par le colis me supplie de l'ouvrir séance tenante.
10h35: La simple vue des pinces à couper le métal me colle des palpitations. A ma fille aussi mais elle, c'est de joie. "On va le faire toutes les deux maman, ça va être trop génial ! Et après on range toute la maison ensemble, dis oui, dis oui !".
10h37: Une fois encore l'idée d'un échange de bébés à la maternité m'effleure.
10h42: Les petites étoiles qui brillent dans les yeux de ma fille me décident à franchir le pas. A minima on aura passé un de ces instants fondateurs dans la vie d'une mère et son enfant. Complicité, je crie ton nom.
10h53: Une fois tout le matos déballé, on lit scrupuleusement le mode d'emploi. "C'est très important tu comprends, dans ce genre d'activité, de suivre les consignes A LA LETTRE. Sinon le bracelet va ressembler à une baguette de pain", j'explique à ma fille qui me regarde.
10h54: Rose veut faire le bracelet avec nous. Je dis mentalement au revoir à tout ce qui pourrait ressembler à un instant fondateur. A trois, on va s'écharper.
10h58: Après d'apres négociations, on parvient à convaincre Rose de jouer aux barbies juste à côté mais de ne pas intervenir. Elle finit étrangement par céder. Le dialogue, on ne répétera jamais assez l'importance du DIALOGUE. (je crois que je vais écrire un livre sur ma méthode éducative)
11h02: La langue tirée et le ventre contracté (j'ai décidé finalement d'intégrer mes séances d'abdos à la vie quotidienne et profite donc de la moindre occasion pour les faire travailler), on commence par nouer les quatre brins de soie comme sur la photo.
11h04: Les quatre brins de soie sont noués mais pas vraiment comme sur la photo.
11h05: Ma fille trouve qu'on devrait tout reprendre du début pour que ce soit comme sur la photo.
11h07: Je pense complicité, je pense dialogue, je pense instant fondateur.
11h08: On défait et on refait, ce n'est toujours pas exactement comme sur la photo mais je décide que c'est comme ça et que c'est très bien (le dialogue a aussi ses limites, comme tout en somme).
11h10: "A présent, introduire les brins rose et corail par dessous dans le premier anneau et rabattre sur la gauche".
11h12: Pourquoi cette phrase m'évoque au mieux un rébus au pire une citation de Sénèque mal traduite ? Je vois la baguette/étron arriver au rythme d'un cheval au galop.
11h13: Ma fille prend les choses en main et semble avoir compris, elle. Elle enchaine avec les brins verts et bleus qu'il faut placer "par dessus les brins roses et fushia" et glisser à leur tour dans l'anneau par dessous.
11h15: J'insiste pour me charger du glissage dans l'anneau des brins verts et bleus. J'ai quand même fait Sciences Po, hein.
11h16: ÇA N'EST PAS COMME SUR LA PHOTO.
11h18: Ma fille me signale que sur la photo ça ressemble à une tresse. Et que là ça ressemble… "A UNE BAGUETTE DE PAIN, OUI JE SAIS !".
11h19: Ma fille m'assure que ça ne ressemble pas à un étron de chien ni à une baguette de pain mais que par contre à un gros noeud tout vilain, oui. Elle me propose de tout défaire et de tout recommencer.
11h20: Elle a peut-être été échangée à la maternité mais je lui ai transmis ma patience et ma diplomatie et ça c'est énorme. On s'en fout des liens du sang. Je ne crois qu'à l'acquis.
11h21: En essayant de défaire mon bordel, ma fille semble empirer le truc. "BORDEL MAIS TU EMPIRES LE TRUC LÀ, LAISSE MOI FAIRE", je crie, en lui arrachant le bracelet.
11h23: Pour un instant fondateur, ça il est fondateur, désormais ma fille aura peur de moi à vie.
11h24: Je m'excuse auprès de ma fille pour le ton qui est monté un peu vite, j'admets (toujours admettre ses torts, penser à en parler dans mon essai sur l'éducation par le dialogue). "Mais EN MEME TEMPS TU EMPIRAIS LE TRUC", je rajoute sans pouvoir m'en empêcher.
11h26: Ma fille décrête qu'elle n'a plus très envie de participer. L'incapacité des enfants à persévérer, on n'en parle pas assez. Alors que je me décarcasse pour qu'on passe un instant fondateur de complicité. C'est moche moche moche. La mère naturelle de cet enfant devait être d'un égoisme.
11h28: Je m'éclate comme une petite folle depuis que j'ai choppé le truc. Je ne veux pas dire mais ça ressemble presque à la photo. Ok, pas tout à fait. Voire pas du tout.
11h30: Je fais de vraies excuses à ma fille qui accepte de jeter un oeil et qui en deux secondes remets les brins à l'endroit et tresse le tout comme si elle avait fait ça toute sa vie. Si ça se trouve, sans le vouloir, mon inconscient lui a transmis mon amour des belles choses.
11h36: Je supplie ma fille de me laisser faire moi aussi.
11h38: Si on fait abstraction de ma mèche de cheveux passée elle aussi dans l'un des anneaux sans que je ne comprenne comment, je me débrouille plutôt bien.
11h40: Je m'éclate.
11h41: "Non c'est MON jouet", je crie à ma fille qui voudrait prendre le relais.
11h43: On finit par trouver un arrangement. Elle s'occupe des brins roses et corail et moi des verts et bleus (y'a pas eu moyen de faire l'inverse alors que le rose c'est quand même ma couleur préférée) (parfois c'est chiant de se comporter en adulte).
11h44: j'ai l'impression que devant moi brillent en lettres de feu les mots "complicité" et "instant fondateur". J'ai envie d'écrire une chanson.
11h45: On n'est pas loin de la fin, sauf qu'on a beau chercher, on ne retrouve pas la petite boite qui contenait le fermoir et la minuscule chainette permettant de régler la longueur du bracelet.
12h34: Après avoir passé le salon entier au peigne fin et tenté d'incriminer le churros, on finit par admettre que notre bracelet restera en l'état jusqu'à ce que j'aille à la Droguerie acheter un fermoir. "Donc jamais", glisse, résignée, ma fille à son frère.
12h35: Au moment où je m'apprête à m'élever contre ce procès d'intention injuste et infondé (comme si j'étais du style à m'asseoir sur mes promesses) (est-ce qu'on n'avait pas fini par la faire cette pâte à sel, en 2004 ? AH !), Rose arrive l'air de rien avec la boite du fermoir, qu'elle avait planqué dans la bagnole de Ken. Je me disais aussi que sa rédition avait été louche.
12h45: Après qu'on lui ai promis par écrit que la prochaine fois – dieu m'est témoin qu'il n'y en aura sûrement pas – elle participerait elle aussi à notre instant fondateur (et aussi qu'on lui ai fourgué des bonbons) (note pour plus tard, ne pas aborder la question des bonbons dans mon traité éducatif, les gens ne sont pas prêts), Rose ramène la chainette, cachée, elle, dans la culotte en latex de sa fashion polly.
13h00: Le bracelet est terminé et je me surkiffe avec. D'un coup j'ai envie d'aller chiner des robes blanches vintages aux puces pour chiller sur une plage en Grèce.
Voilà, franchement le résultat est chouette et je dis merci à Chic Maker pour ce moment passé à fabriquer le bracelet. En vrai on a donc galéré au début et après c'était plutôt très facile. Et j'avoue, j'ai super envie de recommencer.






