Je suis contre

Troy davis
Il parait que quelques secondes avant l'injection, il a redit à la famille de ce policier mort il y a vingt ans, qu'il n'avait pas tiré. Il parait qu'il a demandé à ses proches qui s'apprêtaient à le regarder mourir, de continuer à enquêter pour défendre sa vérité.

Il parait qu'alors que ses bourreaux libéraient le poison, il a imploré Dieu d'avoir pitié d'eux pour ce qu'ils allaient faire.

Il parait que ses derniers mots ont été "Dieu vous bénisse".

Je crois qu'au delà de l'horreur de cette exécution, de l'invraisemblable doute qui entoure cette affaire (7 témoins clés sur 9 se sont rétractés) et de mon opposition viscérale à la peine de mort, c'est ce qui me met le plus en colère ce matin. Cette idée qu'il n'ait pas, à quelques secondes de mourir, alors qu'il n'avait plus le moindre espoir d'être gracié, exprimé sa haine pour ce qui allait lui arriver. J'ai beau me dire que pour lui, c'était sans doute mieux d'avoir fait la paix avec ce putain de destin et que sa foi a sacrément du l'aider, je me demande si ces salades bigotes ne sont finalement que des outils au service de cette morale américaine à deux balles. Après tout, puisque là haut Dieu reconnaitra les siens, pas si grave qu'on ait fait une boulette avec celui-ci, hein ?

J'ai hésité avant d'écrire ce billet. Pas par peur de voir débarquer les hordes de défenseurs de la peine de mort – pitié épargnez nous le sempiternel "oui mais si on tuait ton enfant ?" – (j'ai quinze ans de débats sur la peine de mort au compteur, je vous attends, je pourrais demander une validation des acquis de mon expérience en la matière).

Pas par peur non plus de vous ennuyer avec un post pas glam.

Juste parce que je me demande bien à quoi ça sert.

Un peu comme Pénélope qui dans son très beau billet s'interroge sur le bien fondé ou non de parler de ces choses là sur un blog. Et puis je me dis que si j'ai pu inciter certaines d'entre vous à choisir un livre plutôt qu'un autre ou un top en dentelles à Monoprix, j'ai peut-être une minuscule fenêtre de tir. Je peux peut-être faire vaciller une certitude chez un ou une âme égarée sur ces pages. Ça ne serait alors pas perdu. Et puis je me dis aussi que des mots sur Troy Davis, il va y en avoir des milliards sur le web aujourd'hui. Et que c'est peut-être le seul hommage que nous puissions lui rendre: prouver aux autorités américaines que nous sommes infiniment nombreux à nous opposer à la barbarie qui consiste à oter la vie d'un homme, plus de 20 ans après sa condamnation.

Je précise enfin que même s'il était coupable de ce meurtre, Troy Davis n'aurait selon mes convictions, jamais du être assassiné à son tour.

 

Allo la terre ?

DSC_0040.jpg_effected
Ces derniers jours, je cours, tant et si bien que le temps, mon principal allié quand il s'agit d'écrire, me file entre les doigts. C'est un sacré défi, je trouve, de parvenir à trouver un équilibre entre les rendez-vous nécessaires pour sceller les projets à venir et cet indispensable isolement que requiert  l'acte étrange et douloureux qui consiste à trouver les bons mots.

J'aurais besoin de journées plus longues, d'envoyer les nuits voir là bas si j'y suis.

J'avais peur que la rentrée soit difficile parce que pleine de vacuité, je découvre l'envers du décor de la pige, cette quasi obligation d'accepter tout ce qui vous est proposé de peur de voir s'éloigner les prétendants. Je ne me plains pas, le contraire serait une source d'angoisse sans nom, mais parfois, je regrette ce sentiment jouissif de la journée terminée dès l'instant où la porte du bureau se referme.

Travailler seul, c'est faire le deuil de ce soulagement là.

A part ça, le machin s'est déjà cogné de recopier quatre fois le règlement intérieur du collège. Il faut dire qu'il fallait bien occuper les deux heures de permanence pour cause d'affaires de piscine oubliées. Je crois que ce qui me rend le plus perplexe, c'est que sur le chemin de l'école, il se soit enquis auprès de sa soeur de la raison pour laquelle elle portait un sac en plus de son cartable. "Ben ce sont mes affaires de piscine", lui a-t-elle répondu encore endormie. "Ah, j'ai eu peur, j'ai cru que j'avais oublié de prendre mes affaires de dessin", a renchéri le machin.

Ouf que non, hein.

Ce n'est que deux heures plus tard qu'il a réalisé qu'il avait malgré tout zappé un truc. "C'est quand même dingue, maman, non ?".

Ah si.

Moi qui ne voyait comme avantage à ce qu'ils soient dans la même classe que le fait qu'avec un peu de chance le sens scrupuleux de l'organisation de sa soeur profiterait à mon écervelé de machin.

Perdu.

D'autant que bien qu'elle s'en défende, j'ai un peu de mal à ne pas la soupçonner d'avoir un tout petit peu sciemment évité de lui faire remarquer que théoriquement lui aussi aurait du porter un sac supplémentaire.

C'est ma préférée, entendons-nous bien. Mais elle n'est à ses heures perdues pas totalement dénuée de perfidie, il me faut l'admettre.

Sinon, vendredi, Rose m'a confié à la sortie de l'école avoir pleuré dans la journée. Après vérification auprès de son maitre, cela n'avait pas du être bien long puisqu'il ne s'en était pas aperçu. "Non mais pas beaucoup, maman. Juste une goutte". Alors ça va, j'ai dit en ravalant à mon tour un millier de gouttes d'eau salée.

 

Little Bird de Craig Johnson

IMG00333-20100223-1253.jpg_effected
Un des trucs qui me manque le plus – le seul presque quand j'y pense – de mon ancien boulot, c'est ce moment qu'on prenait entre deux dépêches ou à midi pour piapiater avec mes copines de bureau. Autant vous dire qu'en pia pia pia je suis championne du monde et de très mauvaise influence.

En même temps, j'avais lu un article très sérieux qui expliquait qu'il était nécessaire pour la productivité d'une équipe que dans le lot il y ait un ou deux individus qui fasse du lien social en racontant des conneries. Pas sûre que les managers adhèrent à cette étude pourtant scientifique mais personnellement je me rappelle que le départ d'un collègue qui me faisait mourir de rire plusieurs fois par jour avait singulièrement altéré mon boulot. Tout simplement parce que du coup j'arrivais avec un peu moins d'enthousiasme (greg si tu me lis, la voilà ta dédicace).

De là à prétendre que mon départ a plongé mon open-space dans une sinistrose désespérée il n'y a qu'un pas que je ne franchirai pas. Il reste tout au fond de moi quelques grammes de modestie. Si si, quand on creuse, on a des chances d'en retrouver des traces sous les ongles.

Tout ce préambule pour parler de ma copine S. et de nos instants masque et la plume qui ont de longs mois durant adouci mon quotidien (le mieux c'était quand on s'y mettait à trois avec J.). La dernière fois que nous nous sommes vues, elle m'a apporté un livre dont elle pensait que je pourrais l'aimer.

Un geste d'autant plus précieux que l'exemplaire était dédicacé par l'auteur, rencontré par S. au salon du roman américain l'année dernière. Quand on connait mon peu de soin apporté à tout objet inanimé, c'est une sacrée marque d'amitié.

"Little Bird". De Craig Johnson.

Premier opus d'une série qui compte pour l'instant cinq livres.

C'est simple, je me languis de pouvoir entamer le second que je vais m'empresser d'acheter séance tenante. Il s'agit donc d'un polar, qui se passe dans les plaines et les montagnes du Wyoming. Le héros est un shérif veuf, bedonnant et un poil dépressif mais exerçant néanmoins son charme sur la gente féminine – un peu désespérée – du bled dans lequel il officie. Racontée à la première personne avec un humour d'une rare finesse et une tendresse pour tous les personnages, même les plus retords, l'enquête concerne le meurtre d'un jeune homme accusé quelques années auparavant d'avoir violé en collectivité une jeune indienne de 14 ans un peu attardée. Le genre de gars dont la mort n'attriste pas grand monde. Autant dire du coup que les suspects se bousculent au portillon, qu'il s'agisse du meilleur ami cheyenne de Walt le shérif, du prédécesseur unijambiste de ce dernier ou du père de la victime. Pour ne citer qu'eux.

Walt lui même sait qu'il ne l'a pas fait mais ce n'est pas l'envie qui lui aurait manqué.

Je ne suis pas sûre de savoir parler de cet ouvrage comme il faudrait tellement sa force réside dans un style impeccable et fantasque, dans la description de cet liaison naissante entre Walt et Vonnie, deux rescapés de l'amour hyper attendrissants ou la peinture ultra poétique des paysages.

Si vous avez aimé Dalva de Jim Harrison, précipitez-vous, on dit que Craig Johnson est son digne héritier. Si vous aimez les personnages de flics un peu azimutés, complètement désabusés et doués d'une autodérision redoutable, précipitez-vous aussi. Si enfant vous avez pleuré devant le dernier des mohicans ou plus tard dansé avec les loups, précipitez-vous aussi. Si vous aimez les livres dont on ressort avec la sensation d'être lesté d'un supplément d'âme, précipitez… Bref, vous m'avez comprise.

Merci S… Et une bise à mes copines du sup qui me manquent, elles se reconnaitront. Même que parmi elles il y a aussi quelques garçons.

Edit: vieille photo prise au blackberry à l'époque le jour de notre emménagement dans cet openspace (on venait de locaux moins rutilants). Après, les cartons ont disparu, enfin, ceux des autres, les miens ont trainé un bon moment…

Un vide-grenier et des Merveilleux

IMG_1658
Samedi, nous avons sacrifié à ce qui pourrait devenir un rituel: le vide-grenier d'en bas de chez Zaz et donc à deux pas de chez nous. Attention, fashionistas en quête de fringues griffées à bas prix s'abstenir. Cette braderie là n'en a pas que le nom et ne convient probablement pas aux habitants du quart nord-est de Paris, plus habitués à chiner dans des brocantes branchées.

L'occasion de prendre en pleine face une réalité martelée dans les journaux mais pas forcément évidente à appréhender depuis nos petits intérieurs cossus et bourgeois: les gens en chient. Ils en chient au point d'arpenter ces vides-grenier de quartier non par amusement ou désir de dénicher qui un chouette meuble à retaper ou qui d'autre une édition collector d'un vieux 33 tours d'Adamo. Non, ils en chient au point de refaire la garde-robe de leurs gamins en piochant dans les vieilles fringues pour la plupart ultra-usées des vendeurs du dimanche. Ils en chient au point de ne pouvoir dépenser que trois euros pour le superflu. Le superflu étant les bouquins d'enfants ou une dizaine de petites voitures dont les roues ne tournent d'ailleurs pas toujours rond.

Ce n'est pas un scoop, je ne suis pas tombée de ma chaise, hein. Mais difficile de ne pas avoir le coeur serré devant cette fillette qui comptait ses centimes pour arriver à l'euro nécessaire qui lui permettrait de repartir avec cinq J'aime Lire. Impossible de ne pas du coup lui en rajouter deux ou trois dans le sachet, à l'insu de son papa qui mettait un point d'honneur à payer son dû.

Et puis ce petit bonhomme tout rond, qui rodait autour des trois power rangers pour un euro ou cette maman qui a rempli un sac entier de vêtements pour bébés sans même les regarder, parce que 50 centimes pour un body c'est moins cher que chez Tati.

Et puis le thé à la menthe offert par la voisine de stand, intraitable et dure en affaire quand il s'agissait de vendre ses CD mais pas le thé madame, le thé il s'offre, vous n'y pensez pas.

Et puis ce superman soit disant collector que le churros a planqué dans mon sac dès que j'ai eu le dos tourné parce que bon, d'accord pour se débarrasser de cette trainée de Dora mais même pas en rêve qu'on va se séparer de Clark Kent.

Et puis la surprise de croiser une lectrice, Carson de son pseudo, à qui la chérie a réussi à fourguer trois bouquins, luttant contre sa timidité pour les lui raconter. Et non contente d'avoir acheté les dits livres, Carson est revenue quelques heures plus tard, munie de merveilles au nom de Merveilleux, tueries intergalactiques fameuses à Lille et très nouvellement disponibles à Paris dans une boutique éponyme. Gros coup de coeur pour ceux au chocolat blanc mais je pourrais également manger les autres à longueur de journée. Difficile à décrire, une sorte de meringue mi-cuite à la consistance chamallow, fourrée de crème au beurre et au spéculos et recouverte de copeaux de chocolat. Orgasme à tous les étages et gros gros fight le lendemain pour manger les survivants. Rose a gagné, what a surprise.

IMG_1668
IMG_1669
IMG_1670
Et puis ce constat: rien de ce qui dépasse les deux euros ne se vend. Peu importe le prix d'origine, peu importe l'état. Résultat: un butin de 67,50 euros pour une cinquantaine de bouquins, autant de voitures/figurines/cartes pokemon/merdes en tous genre et deux ou trois fringues. A peu près le même bilan pour le stand de Zaz essentiellement vestimentaire. Tout ça pour dire qu'on ne fait pas un vide-grenier pour l'argent, en tous cas pas dans ce coin là (mieux vaut faire des billets sponsorisés). Pourtant, en repartant, délestés de ces objets auxquels – sauf cette catin de Dora – nous étions malgré tout attachés, j'avais l'impression d'être beaucoup plus riche que le matin en partant. Peut-être était-ce le fait de penser à ces petites mains en train de feuilleter nos Tom Tom et Nana ou d'imaginer Spiderman livrant d'autres combats sur d'autres moquettes que la nôtre.

Par contre Dora, bien sûr, on se l'est ramenée.

Bref, on a fait un vide grenier.

IMG_1648
IMG_1649
IMG_1650
IMG_1651
IMG_1652
IMG_1653
IMG_1654
 
IMG_1661
IMG_1676
IMG_1680
IMG_1682
IMG_1684
 
IMG_1689
IMG_1691
IMG_1699
IMG_1700
IMG_1695
IMG_1702
IMG_1703
Edit: les photos ont été prises pour la plupart par la chérie à qui j'avais confié mon Iphone.

Instants de grâce

IMG_1645
Je crois que rien que pour ces moments là je ne regretterai jamais d'avoir décidé de bosser chez moi. Pour ces soirs où je vais chercher Rose à l'école. Une expérience que je découvre presque, tant cela fut rare lorsque les grands avaient son âge.  Je les apprécie tellement d'ailleurs, ces instants, que j'ai déjà décommandé deux fois la nounou pour y aller à sa place. Dans ce cas, je me débrouille pour arriver la première derrière la porte de sa classe et la regarder par le hublot. Son sourire quand elle m'aperçoit, ses dents comme des perles, avec ce petit trou qu'on dit du bonheur, je ne sais pas comment l'exprimer. C'est bon, si bon que je crois que ça me fait presque un peu mal.

On sort de l'école, on remonte l'avenue d'Italie et on s'arrête devant la petite boulangerie, celle qui vend les meilleurs croissants du monde. Là, munie de ses dix centimes, elle choisit toujours les deux mêmes bonbons. Une fraise et une banane. Quand elle ressort, son petit sachet à la main, je pourrais la croquer avec autant d'appétit qu'elle ses haribos.

En général, après, elle me pète bien les couilles et je regrette un peu d'avoir annulé la nounou. Mais ça, je ne m'en souviendrai sûrement pas dans dix ans.

Billet à haute teneur en auto-promo et promo tout court

P1090300
Aujourd'hui, un peu d'autopromo, le hasard des calendriers fait que vous pouvez me lire sur Mon Bazar Vert, qui fait sa rentrée cette semaine, avec un nouveau design très sobre et chic comme j'aime et qui propose dans son e-shop des bijoux qui personnellement me font carrément et dangereusement de l'oeil (ce sont les plumes, j'ai toujours aimé ça et avec ma personnalité de pétunia, vu que tout le monde porte des trucs incas, j'en veux aussi). Je précise s'il est besoin que je ne touche aucune commission sur les ventes, juste quand j'aime, je dis. Et je reconnais un léger paradoxe à vous signaler ces objets de tentation tout en écrivant une chronique sur une consommation plus raisonnée. Mais premièrement une fille c'est pétri de contradictions, deuxièmement, comme dirait l'autre, ce n'est pas parce qu'on est au régime qu'on n'a pas le droit de regarder le menu.

Hasard des calendriers, disais-je, vous pouvez également me lire sur La taille mannequin c'est démodé, et là c'est par ici.

Et enfin, parce que jamais deux sans trois, dans le numéro de Psycho daté du mois de septembre (actuellement dans les kiosques), il y a un dossier sur l'autorité, rondement mené par Claude Halmos et pour lequel j'ai animé un débat entre deux enseignants et deux parents. C'était passionnant à faire, riche en échanges et même en rires (si si, on peut débattre en rigolant, c'est mieux, même) et si vous avez envie d'en savoir plus, c'est également en ligne ici.

Rien à voir sinon, on m'a proposé de venir visiter le show-room d'une marque de prêt à porter qui s'appelle "Mado et les autres". Je ne connaissais pas mais je vous avoue que ce qui m'a décidée à accepter, c'est que celle collection a été créée par une ancienne institutrice lyonnaise. Vous connaissez mes origines rhône-alpines et mon admiration pour les gens qui décident de vivre de leur passion… Bref, on me propose de venir avec une lectrice. Cela aura lieu le 22 septembre à 20h à Paris. Celles qui sont intéressées peuvent laisser un petit mot dans les commentaires et je tirerai au sort.

Voilà, je crois que c'est à peu près tout pour aujourd'hui. Bah oui, on ne peut pas refaire le monde tous les jours en même temps. Ah, si, Katquadra, a laissé en commentaire hier cette petite perle: "Vu sur le blog de Cecilia Attias dans les commentaires: Bienvenue Cecilia. Avez-vous une recette pour nous débarrasser définitivement de Nicolas? D'avance merci."

C'est con mais j'ai ri. Beaucoup. Et je re-ri en l'écrivant.

Brèves de comptoir

DSC_0095.jpg_effected
Hier, une bombe a explosé aux actualités télévisées: Jeannie Longo se serait DOPÉE.

Je ne pouvais pas y croire. Jeannie, NOTRE Jeannie ? Alors ses performances de jeune fille à un âge canonique (87 ans, non ?) ne seraient pas le fruit d'une constitution exceptionnelle et d'un entrainement sportif intensif ?

C'est tout un monde qui s'est effondré sous mes pieds. Et sous ceux des commentateurs sportifs et présentateurs de journaux. Il fallait voir leur mine sidérée et leur visage de circonstance pour annoncer la triste nouvelle. A prendre néanmoins avec des pincettes, merci de respecter la présomption d'innocence.

Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy jouait le tout pour le tout en annonçant des mesures encore plus répressives pour les jeunes délinquants, récupérant par la même occasion une pauvre proposition de Ségolène Pardon (l'encadrement militaire des voyous). La veille, c'était Claude Guéant, celui qui voyait des roumains partout, qui nous promettait qu'on allait leur faire la peau à ces salauds de voleurs d'I-phone. Tout ça sur fond de révélations abracadabrantesques d'un avocat qui vient de voir la vierge, laquelle lui ayant intimé l'ordre d'ouvrir les vannes de sa vérité. A priori, le gars, avant de se prendre pour Bernadette Soubirou, il jouait les porte-serviette pour les dictateurs africains désireux de graisser la patte de Chirac (l'anosognose) (se dit de quelqu'un qui ne veut pas aller à son procès) et de son pote brushé.

De quoi faire trembler la République.

Ou pas.

Non parce qu'en même temps, il y a une semaine, une juge assermentée a révélé dans un ouvrage de deux journalistes du Monde (un torchon comme chacun sait) que des témoins lui avaient confié avoir vu Sarkozy recevoir des liasses de billets de la mère Bettencourt.

Un coup de tonnerre qui eut les conséquences que l'on sait.

A savoir… aucune.

Ah, si. La juge en question a été écartée du procès Servier (grosse fiesta du coup chez l'apothicaire).

Et on parle des "repérages téléphoniques" (ce qu'on appelait du temps de Mitterrand des écoutes) effectués aux dépens d'un journaliste du Monde (ce torche-cul), co-signataire du bouquin avec la juge ? Non, on ne va pas en parler. Guéant (également appelé "touche pas à mon G4") a dit que c'était complètement normal.

Heureusement, la presse tout entière s'est révoltée et on a vu des milliers de journalistes manifester pour leurs libertés.

Ah non. On me dit que j'ai rêvé.

Servier, Bettencourt, emplois fictifs à la mairie de Paris, mallettes de fric d'Omar Bongo, Karachi, Clearstream… Au royaume des affaires, rien ne se perd, tout se tranforme. La question que je me pose en fait c'est celle-ci: qu'est-ce qu'il faudrait pour qu'il puisse devenir envisageable que le pouvoir soit ébranlé ? C'est comme si cette succession de scandales n'avaient qu'un écho de circonstance dans les journaux du jour pour disparaitre des radars le lendemain.

En attendant, hier, ce qui semblait vraiment inquiéter les présentateurs, c'était de savoir pour QUI le mec à Jeannie avait-il diable acheté de l'EPO. Certainement pas pour not' championne. On ne peut pas y croire.

Ah et aussi, on nous a bien rassurés, maintes et maintes fois: non non non, nous n'avons AUCUN souci à nous faire, rapport à la branlée que sont en train de se prendre certaines banques françaises. Surtout on vous en prie, ne retirez pas vos économies.

Bref, tout va bien. A moins que pas du tout. Ce qui revient exactement au même.

 

On n’est pas à Babylone, ici

DSC_0028.jpg_effected
Après une semaine à la maternelle pour Rose et au collège pour les grands, deux trois anecdotes au débotté, sans lien particulier les unes avec les autres.

– Le maître de Rose a très probablement connu un problème d'enlèvement d'enfant dans sa carrière. Sinon, comment expliquer qu'au terme de la première semaine, après m'avoir vue tous les jours venir chercher ma fille, il ait jugé nécessaire d'exiger mon passeport avant de m'autoriser à repartir avec la chair de ma chair qui, tiens-je à le préciser, s'était précipitée dans mes bras avec l'empressement d'un chiot qu'on aurait abandonné au chenil depuis le mois de juin ? Ok, je sortais de chez le coiffeur. Mais quand même. "Votre visage ne me dit rien", m'a-t-il déclaré sans l'ombre d'un sourire. Pour ensuite marquer un temps d'arrêt, constatant que sur mes papiers je ne portais pas le même nom que ma fille. Ou alors c'est un flic en reconversion.

– Tous les soirs depuis lundi dernier, Rose nous a parlé de Théo, son copain à elle. Théo a fait un dessin avec moi, Théo sur le toboggan, Théo à la cantine, Théo qui me fait rigoler dans la classe et, cerise sur le gâteau, Théo et moi on va avoir un bébé et ce sera un garchon (la tête de son père). Intriguée par cet astre au prénom identique à celui du meilleur pote du machin, c'est tout naturellement que je me suis renseignée auprès de son maton maître: "pouvez-vous me montrer le petit Théo, Rose m'en parle en permanence et il pourrait devenir le père de ses enfants, ce qui je pense justifie que nous soyons présentés". Réponse sans appel du maître un peu dérouté: "Aucun Théo dans la classe". Pas plus de Théophile, de Théodore ou tout autre bambin dont le prénom commencerait par un T. Note pour plus tard: retrouver le numéro de la pédopsychiatre.

– On va avoir du mal avec le programme de maths des grands. Quand je dis "on", je pense essentiellement à moi, qui ai séché dès le premier devoir à la maison. Ce dernier portait sur la numération babylonienne. Jamais entendu parler jusqu'à dimanche et dieu merci ça n'était pas au programme du Bac B année 1989 (j'ai eu 19/20, je vous l'ai dit ?). Figurez-vous que non contents d'avoir adopté un système sexadécimal (en gros ils comptaient de 60 en 60, tellement plus simple) (merci les mariages consanguins), ils avaient eu l'idée de génie d'utiliser non pas des chiffres mais des symboles, pour illustrer leur numération: des clous (les unités, que nous représenterons ici par des Y parce que thanks god, les babyloniens ont été décimés et qu'aucun clavier ne comporte de touche "clou") et des chevrons (les dizaines). Facile ? Oui, jusqu'à 59 (cinq chevrons et 9 clous pour celles et ceux qui n'ont pas quitté ce blog pour un autre plus accessible) (avec des tutoriels qui t'expliquent comment utiliser les cotons démaquillants par exemple) (je sens que ma régie pub est au bord de la crise de nerfs). Jusqu'à 59, donc, tranquille. Mais après, accrochez-vous, parce que le clou peut tout d'un coup être égal à 60 mais aussi 60×60 (3600). Et le chevron ? Pareil, protéiforme, le chevron. Sans crier gare, ça peut valoir 600 unités. Sauf que rien ne ressemble plus à un chevron de dix qu'un chevron de 600. Aucun signe distinctif, ils avancent masqués. Résultat, on te demande, par exemple, de traduire en chiffres normaux ce nombre:

YY <Y  YYYYY.

Ou bien d'écrire 3610 en babylonien.

Autant vous dire que ça s'est terminé en psychodrame, compte-tenu du fait qu'à l'heure tardive où j'écris ce billet je n'ai toujours pas compris L'EXEMPLE donné en tête d'exercice. En revanche j'ai répondu à l'aise à la question c) dudit exercice: "Quel est l'inconvénient majeur de la numération babylonienne ?".

"Elle fait chier, la numération babylonienne. Ecrivez-le: elle fait CH-I-ER."

Je crois que c'est à ce moment là que la chérie a fondu en larmes, balbutiant entre deux sanglots qu'elle ne voulait pas être orientée.

Le mot de la fin, comme souvent, revient au machin (qui soit dit en passant a réussi à répondre à toutes les questions sans toutefois être capable de m'expliquer le moins du monde comment) (les lois de la génétique sont impénétrables) (alors que les babyloniens à mon avis il ne se sont pas gênés):

"En tous cas, ils avaient un gros cerveau à Babylone. Ou bien ils étaient perturbés".

C'est bien ce que je disais. Tu m'étonnes que ça se soit mal terminé.

Je vous laisse je file à la pharmacie de la place Clichy racheter ma provision de bêta-bloquants. Il m'en faudra dix chevrons et trois clous, connard.

Edit: je n'avais pas d'idée pour illustrer. Et ça m'a émue tout de même que ma chérie (j'ai déjà dit que c'était ma préférée ?) (même si la pauvre elle fera des études littéraires) mette cette médaille le jour de la rentrée, pour que je sois un peu avec elle. C'était avant que je perde un tant soit peu mon quant à soi.

De la frange et du lâcher prise

IMG_1613
Vendredi, en traversant Paris pour aller chez le coiffeur, je me faisais la réflexion qu'il fallait être un peu secouée pour se taper une heure de métro pour se faire couper les cheveux.

Et puis me sont immédiatement revenues en mémoire toutes les coupes loupées qui ont jalonné mon existence. Soudain, cette petite expédition a pris alors tout son sens.

Non parce qu'avec Michel, c'est la première fois que je ne ressors plus les bras ankylosés à force de m'être accrochée aux accoudoirs comme si à un moment où à un autre le siège allait décoller.

C'est aussi la première fois de mon parcours capillaire que les choses ne se passent pas de la façon suivante: tu arrives, tu dis à ton coiffeur que tu ne veux que rafraichir les pointes et que surtout, surtout, pas de brushing, un séchage naturel. Et une heure plus tard, que fait le gars, après t'avoir naturellement coupé dix bons centimètres ? Un brushing.

Là, Michel, déjà, il écoute ce que tu veux. Bon, il ne sait pas trop cacher qu'il n'est pas d'accord et il peut lui arriver de tourner son nez en cas de demande saugrenue. Il n'empêche que si je dis : "aujourd'hui on ne touche qu'à la frange", même s'il trouve que  je ressemble à Michelle Torr, il ronge son frein et il ne me fait QUE la frange en souriant. Important, ça, ce truc de ne pas prendre pendant toute la coupe l'air pincé et vexé de celui qu'on n'a pas écouté.

En revanche, si je lui confie mon envie de changer un peu, il propose et suggère. Et il FAIT EXACTEMENT CE QU'IL AVAIT DIT QU'IL FERAIT. Là, en l'occurence, un dégradé mi-long, mais "qui ne fait pas des escaliers" (j'ai une façon tout à moi de formuler mes désirs).

Idem pour le non-brushing. Ça ne fait pas un an que je viens et je ne suis pas une très bonne cliente étant donné mon peu d'assiduité (tous les 4 mois environ). Et bien Michel SAIT que j'ai le brushing en horreur. Et il passe un temps fou à me sécher les cheveux en les froissant, pour me donner, le temps d'un jour ou deux, cette texture merveilleuse, ce faux ondulé de sortie de mer, incarné à merveille par Chiara Mastroiani dans les Bien aimés (oui, j'avoue, je note mentalement toutes les coiffures qui se rapprochent le plus de mon idéal, même en plein film dramatique) (j'ai un toc du cheveu, ça ne s'explique pas) (ou alors si, c'est parce que c'est le seul truc chez moi qui ne grossit pas, du coup j'ai l'impression que je lui dois quelque chose) (à mon cheveu).

Pourtant, là encore, Michel il prend sur lui. Parce que je le sais bien qu'il kiffe le fer à lisser et le tif brusché. Je rappelle qu'il n'a toujours pas pardonné à Kate Middleton son total laisser-aller le jour de son mariage. Une princesse sans chignon, c'est comme un poney sans crinière. Sans compter qu'elle a flingué la profession.

Mais même s'il préfèrerait que je m'en aille de son salon sans avoir l'air d'avoir mis les doigts dans la prise, il froisse donc consciencieusement mes cheveux, jusqu'à ce que j'ai vraiment la tête d'une fille qui sort de son plumard. Et rien que pour ça, Michel, je le vénère.

Il m'est d'ailleurs arrivé un truc fou, vendredi – mis à part le fait d'avoir été assise en face d'Axel Bauer – : quand il est arrivé à cet instant fatidique du coupage de la frange, moment où la plus parfaite des coupes peut se transformer en ratage international, j'ai fermé les yeux et l'ai laissé faire, dans un état de sérénité absolue.

J'ai conscience de la dimension un peu ridicule des propos qui vont suivre mais je joue franc-jeu avec vous: je crois avoir alors compris l'essence même de l'expression "lacher prise". Je veux dire, c'était tantrique, à ce niveau là. Comme si j'acceptais d'être entre les mains d'un autre sans éprouver la moindre peur, le plus petit vertige. Pour une fille qui aurait voulu observer chaque étape de sa césarienne, voire même tenir les écarteurs et qui ne peut subir une prise de sang sans suivre au millimètre près la progression de l'aiguille, c'était quasiment comme entrer en lévitation.

Je me demande si je ne suis pas en train de tomber amoureuse.

C'est bien ma veine.

Edit: Juste un mot aussi de Karine, qui sait me rendre blonde comme j'aime. "On n'est jamais assez blonde", m'a-t-elle rassurée quand je m'inquiétais d'avoir peut-être un peu forcé sur la décolo cette fois-ci. Vous savez quoi ? Je crois qu'en ce qui me concerne, elle a totalement raison. Au propre comme au figuré.

Edit: Michel travaille au salon de coiffure Chez Privé. Et bien que préférant que vous ne vous précipitiez pas non plus toutes sur lui (je ne partage pas volontiers en amour ni en cheveux), je consens à vous donner ses coordonnées (cliquez sur le lien). Et j'en profite pour remercier Nadia et Violette sans qui rien n'aurait été possible.

DSC_0041.jpg_effected
 
(trois jours après et les cheveux sales, ça tient bien non le froissé – décoiffé) ?

Fin du billet à haute teneur narcissique.