Petit palmarès des humiliations

Petit palmarès des humiliations de rondes…

 

– Se voir proposer une place assise dans le bus par une personne bien intentionnée qui pense que tu es enceinte (déjà développé plus bas dans "transports en commun")

 

– Dans le même genre, un ami que tu n'as pas vu depuis longtemps pose la main sur ton ventre et te lance "toi, soit tu as mangé trop de chocolat  soit tu nous fais un petit !"… En règle générale, tu as VRAIMENT mangé trop de chocolat. Ou même pas…

 

– Se faire traiter de grosse par des crétins dans la rue

 

– Se faire traiter de grosse par des crétins dans la rue, en présence de collègues ou amis

 

– Se faire traiter de grosse par des crétins dans la rue, alors que tu es accompagnée de ton amoureux.

 

– Sentir, en plein milieu de la journée, ton pantalon, un des seuls que tu parviens à fermer, craquer à l'entrejambe. Savoir que le reste de cette journée va se passer à tenter de cacher la déchirure immonde…

 

– S'asseoir dans une chaise longue et entendre le bruit significatif d'une toile qui se déchire…

 

– Dans le métro, voir ton voisin ou ta voisine se lever pour s'asseoir ailleurs en soupirant bien fort, histoire de te faire comprendre que tu prends trop de place.

 

– S'entendre dire dans une boutique de fringues: "désolée, on n'a pas votre taille", avant même d'avoir essayé quelque chose.

 

– Ne pas arriver à effectuer les quart des mouvements dans un cours d'abdos fessiers pour retraités.

 

– Surprendre le regard réprobateur d'un passant alors que tu dégustes une glace dans la rue

 

Je n'ai pas enduré toutes ces situations, mais tout de même… quelques unes. Racontez-moi, si le coeur vous en dit, vos humiliations, que vous soyez ronde ou non. D'ailleurs, plus j'y réfléchis et plus je me dis que ronde, c'est avant tout un état d'esprit. Serait-on toujours la ronde de quelqu'un ? Pourquoi le regard des autres est-il parfois si cuisant ?…

Spécial maigrir

Voici venu le temps des numéros "spécial maigrir" de nos chers magasines féminins. Enfin, peut-être que je devance un peu, ces numéros spéciaux arrivent en général avec le printemps, puisqu'ils ont pour objectif de nous préparer au grand challenge de l'année, à cette fin en soi de toute femme qui se respecte, l'épreuve du maillot de bain.

 

Une question taraude la ronde depuis des années: qui parvient à suivre les régimes prescrits dans les Elle, Marie-Claire, Cosmo et autres ?

 

Plusieurs fois, la ronde a essayé. Mais elle a dû se rendre à l'évidence: pour respecter à la lettre les recettes magiques de ces magasines, il faut arrêter de travailler durant toute la période de diète. Sous prétexte de proposer des mets délicieux à basse calories, nos chers journalistes de la presse féminine rivalisent d'imagination, et convoquent qui un grand chef, qui une nutritionniste à la mode, qui, encore, un expert de la nourriture aryuvédique. Le résultat: des plats nécessitant des temps illimités de préparation et, au final ne ressemblant pas du tout aux photos du journal. En comptant les heures à arpenter les boutiques bio aux quatre coins de Paris (provinciales, désolées, vous partez avec un handicap de taille) pour dénicher les épices et produits rares indispensables, puis celles, interminables, passées au fourneau, la ronde a peu de chance de manger avant la tombée de la nuit. Ce qui constitue peut-être la seule réèlle valeur de ce type de régime: on est tellement occupé à préparer ses repas qu'on n'a pas le temps de les avaler…

 

Heureusement, ces dernières années, les "Spécial maigrir" pensent aux rondes "actives". A bien y regarder, les recettes ne changent guère. Le bavarois de betterave au coulis de gingembre accompagné de son émincé d'endives au quinoa se retrouve tout bonnement entre deux tranches de pain, et nouvellement baptisé: "petit sandwich de betteraves garni aux endives et assaisonné de graines de quinoa". Car, oui, pour nos magasines féminin adorés, la solution pour les femmes actives est le sandwich. Question de la ronde agacée: Où se trouve cette boulangerie qui vend autre chose que des "parisien", des "thons mayonnaise" ou "camembert-salade" ?

 

Je ne parle même pas de tous les petits à côtés également recommandés par nos toujours si chères rédactrices de mode: les massages à 105 euros la demi-heure, les crèmes dont le prix équivaut à un aller-retour paris-londres, les séances de mésothérapie, les liposuscions en tout genre, etc. Un mois de salaire n'y suffirait pas.

 

Bref, à moins d'être riche et inactive, mieux vaut faire l'impasse sur la frénésie des "spécial maigrir" du mois d'avril. Et pourtant, chaque année, la ronde dépense quelques dizaines d'euros dans l'achat de ces magasines. Comme si le fait de les acquérir allait déjà la faire mincir…

Un été en Italie

Cet été là, l'homme l'emmena en Italie. Elle se souvient d'avoir traversé affamée ce pays de cocagne interdit. Elle sent encore les effluves savoureux des pizze, des tomates confites, du pesto et de l'origan grillé. Elle passa trois semaines à humer ces parfums sans céder une fois à la tentation, avec pour seule consolation, cette impression d'être plus légère jour après jour.

 

L'homme la regardait, impuissant, devenir l'ombre d'elle même.

Une haleine de javel

"Un sachet le matin, un sachet le midi, un sachet le soir. Possibilité le soir d'ajouter des légumes verts à volonté, mais pas n'importe lesquels. Sont exclus les petits pois, les haricots verts, les brocolis, les carottes, les aubergines, ces derniers étant comme chacun le sait extrèmement caloriques. Une cuillère à café d'huile d'olive par jour. Deux gélules de potassium pour éviter les courbatures dûes à la suppression des fruits. Trois gélules multivitaminées le matin. Coca light à volonté". La prescription ainsi rédigée était aimantée sur le frigo de la ronde.

 

Le première semaine elle suivit ces consignes à la lettre. Monsieur Protéines lui avait expliqué que la suppression totale des glucides engendrerait un processus chimique consistant en une production d'acétone. Grâce à ce processus, la ronde allait perdre très rapidement 4 ou 5 kilos et cela sans fatigue, l'acétone ayant des vertus energisantes ou euphorisantes. Seul petit effet secondaire désagréable: une haleine un peu chargée, dûe justement à l'excès d'acétone.

 

Passés les premiers jours de jeûne, la ronde se vit certes délestée d'un ou deux kilos – et non 4 ou 5 – mais ne se sentit pas à proprement parler en pleine forme. Quand à l'euphorie promise, elle la cherche encore…

 

Pourtant, elle était convaincue de fabriquer suffisamment d'acétone. Enfin, c'est ce qu'elle en déduisait compte tenu des mouvements de recul de ses proches dès qu'elle ouvrait la bouche. Pas de doute, à ce sujet, monsieur Protéines ne lui avait pas menti.

L’ultime régime

 

Malgré tous les efforts de l'homme, la ronde ne parvenait pas à croire qu'il pourrait la désirer très longtemps sans qu'elle maigrisse. "Tu me plais comme ça, ne change rien", lui répondait-il à chaque fois qu'elle l'interrogeait. Mais la ronde entendait "tu me plais mais je t'aimerais encore plus avec quelques kilos en moins".

 

C'est à cette période qu'elle fit la connaissance de "monsieur protéines". Dans son cabinet luxueux, il la jaugea et fit des calculs savants. Il lui annonça qu'elle avait 15 kilos de trop et qu'à raison de trois semaines de "diète protéinée", elle les perdrait très facilement. La ronde repartit avec son "ordonnance" de sachets et, bien qu'un peu perplexe, très excitée à l'idée d'être une autre dans trois petites semaines.

 

Dans une minuscule officine d'un quartier chic parisien – à l'époque les boutiques protéinées ne pullulaient pas encore -, elle fit ses courses de nourriture pour le mois à venir. Omelettes aux herbes, pudding au chocolat, gratin de courgette, muffins à la vanille, soupe de poireaux… Le tout en sachets lyophilisés. Le passage en caisse finit de la convaincre du sérieux de la chose. A 300 euros les 10 boîtes, la cure ne pouvait pas ne pas marcher.

 

Le premier matin, après un dernier repas du condamné, gargantuesque, au cours duquel elle dégusta ce qui était censé être l'ultime tiramisu de sa vie de grosse, la ronde se prépara le fameux muffin à la vanille en poudre. Dès la première bouchée, et après avoir vérifié qu'elle n'avait pas utilisé le sachet "soupe de poireaux" en lieu et place du muffin, elle comprit que ces trois semaines seraient probablement les plus longues et les plus déprimantes qu'elle n'ait jamais vécues.

Transports en commun

Se voir céder une place assise dans le bus ou le metro par une personne plus âgée au motif que cette dernière la croit enceinte, figure dans le palmarès des situations humiliantes pour une ronde.

 

Dans ce cas, plusieurs possibilités s'offrent à elle. La première consiste à refuser d'un air offusqué cette généreuse proposition. Inconvénient: comprenant qu'elle n'est donc pas enceinte, les témoins de la scène se disent qu'en plus d'être grosse, la ronde est vraiment très désagréable. Deuxième cas de figure: elle décline l'invitation, faisant mine d'être néanmoins touchée de cette intention. Elle laisse ainsi planer le doute sur son état, sous-entendant qu'elle est peut-être enceinte, mais qu'elle n'éprouve pas pour autant le besoin de s'asseoir. En général personne n'est dupe et sa propension dans ces cas là à rougir violemment achèvent de convaincre tout un chacun.

 

Il reste une troisième option. Accepter la place avec un sourire reconnaissant, en poussant même le vice à porter la main au ventre d'un air entendu. Là au moins l'honneur est sauf. Mais la ronde n'en est pas pour autant moins blessée. Elle peut tromper le bus entier, mais elle, elle sait.

 

A bien y réfléchir, la ronde est capable d'endurer ce type de situation, en faisant appel à son fameux sens de l'autodérision. Le problème, c'est qu'un jour ou l'autre, une personne se lève pour lui laisser la place, alors qu'elle est accompagnée de l'homme. Et là, vraiment, le mot honte prend tout son sens.

Les bons amis

Durant les quelques mois où elle fut mince, la ronde pût constater que son entourage la préférait grosse. Au début, ses copines l'encourageaient. Et puis, petit à petit, les remarques ont fusé. "Tu as mauvaise mine tu sais", "franchement, je ne suis pas sûre que ton visage soit fait pour être si maigre, ça te vieillit". "Ce n'est plus toi, on ne te reconnait plus"…

 

Bien sûr, certaines de ces réflexions partaient d'une bonne intention. Ses amis s'inquiétaient de la voir fondre. Mais la ronde réalisa également qu'en changeant de corps, elle transgressait un ordre bien établi. Elle avait jusqu'alors été un faire valoir pour les plus minces et plus jolies qui l'entouraient. Une copine sympa et un peu enveloppée présente bien des avantages. Elle n'est pas dangereuse, ne fait pas d'ombre, est toujours prête à écouter les histoires d'amour de celles qui ont le privilège d'en vivre.

 

Mais là, subitement, la ronde passait de l'autre côté. Et puis avec ce régime, "elle n'était vraiment plus très drôle". Enfin bref, vraiment, vivement que cela lui passe, semblaient penser tous ces bons amis. D'ailleurs, quand elle se mit à reprendre ses kilos, tous lui dirent à quel point ils la préféraient ainsi. "Oui, vraiment, on te retrouve. Sans tes bonnes joues, on t'avait perdue…"

 

Ce qu'ils ne voyaient pas, c'est qu'elle, elle aurait donné un bras pour rester mince. Que ses bonnes joues, elles les haïssait depuis toujours et que franchement, elle se sentait tout à fait elle-même dans ce nouveau corps. Ce qu'ils ne comprenaient pas, c'est qu'elle n'était peut-être pas très drôle en sylphide, mais qu'elle était bien plus heureuse. Peut-être qu'en fait, ils l'avaient compris. Mais peut-être que ça ne les arrangeait pas vraiment.

 

D'ailleurs, il faut l'admettre, lorsqu'une de ses congénères se met au régime, la ronde elle même se surprend parfois à espérer que ça ne marche pas. Aurait-on toujours besoin qu'une plus grosse que soi ?

Histoire de minceur

La ronde a été mince. La première fois, c'est arrivé sans prévenir. Un chagrin trop fort. La ronde aimait à en devenir folle et lui ne voulait pas d'elle. Elle a cru que sans ses kilos, il changerait d'avis. Alors elle a arrêté de manger. Au début, de toutes façons, elle n'y arrivait plus, trop de larmes avalées. Très vite, elle a fondu. Alors elle a continué son jeûne. Elle avait bien la tête qui tournait un peu et les jambes qui flageolaient dès les premières heures du jour. Mais cette fatigue n'était rien, comparée à ce corps qui s'affinait de jour en jour. Elle a commencé à porter des jupes, de plus en plus courtes. Elle s'est acheté des tenues plus moulantes et provocantes les unes que les autres. Moins cinq kilos, moins dix, moins quinze. La ronde n'était plus ronde.

 

Elle passait des heures à se regarder. Pas tellement pour s'admirer, non, juste parce qu'elle n'en revenait pas de ce corps qui n'était pas le sien. Lorsqu'elle surprenait son reflet dans les vitrines des magasins, elle sursautait. Quand les regards des hommes se faisaient plus insistants, elle n'y croyait pas. Si pour les autres elle était devenue mince, elle restait à ses propres yeux plus grosse que jamais.

 

Pourtant, la graisse s'en était vraiment allée. Allongée, elle sentait les os de ses hanches. Ses épaules saillaient et ses seins avaient fondu. Elle avait maigri de partout. Les bagues glissaient de ses doigts et même ses chaussures étaient devenues trop grandes. Le soir, la ronde tremblait dans son lit, cette maigreur lui donnait froid et lui faisait presque peur. Mais elle aurait préféré mourir plutôt que reprendre du poids.

 

Il lui fallut toutefois un jour se rendre à l'évidence, l'objet de tous ces sacrifices, celui qui avait tout déclenché, ne l'aimait pas plus. Son poids n'avait rien à voir dans ce désamour, finit-elle par apprendre, le garçon en question n'aimait que les garçons…

La meilleure ennemie

La ronde traverse des périodes durant lesquelles elle sacrifie tous les jours au rituel de la pesée. Chaque détail revêt alors une importance considérable. Après un pipi matinal censé la délester de quelques grammes, elle s'enferme ensuite dans la salle de bains. Il faut bien sûr qu'elle soit totalement nue, on n'a pas idée de ce que peut peser une chemise de nuit ou une paire de chaussettes. Elle vérifie ensuite que l'aiguille est bien en face du zéro. Les jours où elle sent que le résultat de l'exercice ne sera pas très concluant, elle triche un peu et déplace l'aiguille de quelques millimètres, juste avant le zéro – ce qui explique en général le décalage avec la balance du nutritionniste agressif (voir plus bas).

Il est également exclu de monter bêtement sur la balance, d'un coup, et de regarder le poids qu'elle indique. La ronde se fait la plus légère possible et pose ses pieds l'un après l'autre en prenant appui sur le lavabo. Petit à petit, elle cesse de retenir son corps, de façon à ce que l'aiguille progresse le plus lentement possible, et, qui sait, s'arrête avant le chiffre fatidique maximum. Chiffre que bien sûr, elle n'avouerait que sous la torture, et encore. Pendant cet instant pénible et douloureux, la ronde n'admet aucune intrusion dans son antre. Parler lui est même impossible, elle a l'impression que cela pourrait la faire peser plus lourd. L'homme, qu'elle soupçonne de le faire exprès, choisit bien sûr ce moment, soit pour entrer sans prévenir et interrompre le rituel, soit entammer une conversation de la plus haute importance derrière la porte, lorsqu'elle a pris soin de fermer le loquet. Dans ce cas, il lui faut tout recommencer, chaque étape n'ayant pas été religieusement respectée. La ronde est lucide, elle souffre du TOC de la balance.

 

Si le cérémonial est aussi fondamental, c'est parce que l'issue influencera toute la journée.

 

Quelques grammes de perdus et le ciel de la ronde s'éclaircit. L'humeur est au beau fixe, les habits choisis sont comme par magie plus seyants. Tout lui sourit, tout sera plus facile pour elle ce jour là, puisque oui, à cet instant, la ronde s'aime un peu.

 

Quelques grammes de gagnés et tout s'effondre. Le pantalon la serre et l'homme ne l'aime plus, elle le sent. Le dossier qu'elle a rendu la veille à son boss est sûrement bon à jeter et d'ailleurs, elle ne serait pas étonnée d'être bientôt sur la sellette. Si elle s'écoutait elle retournerait se coucher. En tous cas, ce qui est sûr et certain, c'est qu'aujourd'hui, elle ne mangera rien.

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