Pilules (3)

"Bonjour les baleines. Merci pour toutes vos réponses hier. C'est vrai que ces "fuites" m'inquiétaient un peu. Et puis c'est tout de même assez embarrassant, ma culotte était trempée et quand je me suis relevée, j'avais une grosse auréole sur mon pantalon. Bon, je suis rassurée de savoir que ce n'est rien. C'est fou quand on y pense que tous le gras de ce que j'avale reparte immédiatement ! J'ai la désagréable impression de transpirer des gouttes d'huile, mais le résultat en vaut la peine: j'en suis à moins 12 kilos en un mois ! ouiiiiiiiii !

 

Je vous laisse, c'est pas que je n'ai pas envie de vous parler plus longtemps, mais ce matin j'ai des crampes dans les doigts qui me font super mal et ça m'empêche de taper !

 

Lili, je t'envoie sur ton mail perso le numéro du type que tu dois appeler pour recevoir les magic-pilules. Tu vas voir, c'est trop top. j'ai perdu deux tailles de vêtements !

 

Biz les baleines adorées

 

SarahLove, 18 ans, 82 kilos"

Pilules (2)

"Hello les filles, alors au bout de dix jours, j'en suis à moins trois kilos. Je suis un peu fatiguée, mais pas tant que ça. Je commence à sentir dans mes vêtements que j'ai perdu un peu. Mais bon, je pars de haut, alors forcément, ça ne se voit pas ! Je suis super contente, je n'ai plus envie de manger. Bon, j'ai des coups de cafard de temps en temps, mais d'après ce que j'ai vu, c'est normal. Je vous embrasse mes baleines préférées. SarahLove, 18 ans, 91 kilos".

 

à suivre…

Je suis une femme actuelle

femme_actuelleCe petit message est destiné aux lectrices de "Femme actuelle" qui auraient atterri ici après avoir lu les quelques lignes consacrées à "Pensées d'une ronde" dans le numéro de cette semaine. Bon, est-ce nécessaire de préciser que je suis fière comme un pou, que mon ego surdimensionné n'a fait qu'un bond lorsqu'on m'a appris que la presse nationale parlait de moi ? Non, je crois que ce n'est pas nécessaire, il est désormais de notoriété publique que j'ai pris un melon pas possible.

Néanmoins, néanmoins, néanmoins… Je me dois de vous avertir, vous les lectrices de "Femme actuelle" – et ce par honnêteté parce qu'on peut être une star et rester quelqu'un de bien – qu'il y a méprise.

Grosse grosse grosse méprise. Pourquoi ? Parce que l'article de Femme actuelle classe ce blog dans la rubrique "Mince après les fêtes" et l'associe à un autre blog consacré aux régimes. Aïe.

Aïe aïe aïe.

Franchement, on a beau être en période de fête et de trève des confiseurs, je sens mon grand cri qui pousse au fond de ma gorge.

Je respire calmement avec le ventre, je prends la position du lotus… Voilà, je suis calme.

Mais quand même putain de bordel, c'est pas bien compliqué de lire les blogs dont on parle, monsieur le journaliste, non ?

Non parce que bon, telle que vous me voyez là je garde mon calme mais tout de même, je me dois de vous mettre en garde, vous mes nouvelles lectrices. Ici il n'est JAMAIS question de régimes sauf pour en dire tout le mal qu'on en pense moi et mes copines. Quand aux nutritionnistes, franchement, ils ne sont pas vraiment les bienvenus non plus. Attention, il n'est pas pour autant question de glorifier les kilos, la graisse et la cellulite. Faut pas pousser non plus, on n'est pas masos et bien sûr que si la fée des rondes me proposait un corps de rêve je dirais personnellement oui de suite.

En l'occurence, la fée des rondes, cette garce, ça fait un bail qu'elle s'est carapatée avec le magicien des nains, à mon avis. En tous cas on peut pas dire qu'elle nous harcèle avec des propositions malhonnêtes.

Bref, tout ça pour dire, qu'ici, on n'est pas plus mince après les fêtes – en tous cas pas moi puisque la seule solution pour cela serait de chopper une bonne gastro mais qu'à priori, cette année, la gastro a décidé de décimer toutes mes copines minces mais de généreusement m'épargner. La vie est une succession d'injustices, je vous dis – ni avant l'été pour le maillot. Ni pour la rentrée scolaire, d'ailleurs.

Mais attention, vous pouvez rester quand même, hein, parce qu'ici, on rit de nos rondeurs, on rit de nos boutons, on rit de nos galères, on rit de nos défauts. Et vous savez quoi ? Rire de tout ça, ça nous rend belles. Pas moins grosses, pas plus grandes, pas mieux roulées, pas plus jeunes. Mais belles. Alors voilà, même si vous êtes arrivées ici sur un malentendu, je vous souhaite la bienvenue et je serais drôlement contente de vous voir rester un peu, pour voir…

Comme un lundi

 

kateeBonne ou mauvaise nouvelle, je ne sais pas, mais en ce lundi, je suis remontée comme une horloge. Et je crois que je vais pousser mon grand cri. Je peux ? Dites, je peux pousser mon grand cri ?

Arrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh.

Je sais, je sais, je deviens un peu casse bonbons à hurler ma colère comme ça un lundi sur deux, voire plus. D'autant que quand je vous aurai raconté la raison de mon énervement, vous allez vous dire que ben quoi, c'est pas la première fois et que je devrais commencer à lacher du lest. Oui… mais non, après tout, ralouiller de la sorte me fait un bien fou et c'est déjà ça, non ?

Donc, après cette digression beaucoup trop longue – je digresse de plus en plus, moi, non ? – voilà donc pourquoi je suis un peu grognon. Samedi, je regardais l'émission de Daphné Roulier sur le cinéma. Déjà, souvent, ça me gonfle un peu, parce qu'il ne se passe pas une fois sans qu'un des invités ne lui serve un couplet sur comment qu'elle est belle Daphné. Ok, elle est belle, d'accord, mais elle est surtout journaliste, est-ce qu'on peut passer à autre chose ? En même temps, vu que quand c'est pas ses seins qu'elle met sur la table c'est sur ses jambes que la caméra zoome avant, y'a des chances qu'elle cherche un tout petit peu le compliment, la dame. L'air de rien, hein, parce que Daphné Roulier, c'est la classe, c'est Canal, on est pas chez les beaufs non plus. Bref, encore une digression inutile d'autant que ce samedi je n'ai rien eu à redire à ce sujet, probablement parce que les invités étaient des invitéES.

Tout se passait donc bien, même très bien vu que sur le plateau étaient présentes Cameron Diaz et Kate Winslet, deux actrices qui ne sont tout de même pas souvent chez Drucker ou Cauet ou ailleurs. Et vu que j'adore regarder les pipoles à la télé surtout les pipoles des states, j'étais ma foi plutôt contente.

Quand à la fin, Daphné, experte en beauté, annonce à la magnifique Kate Winslet: "Les Anglais viennent de vous décerner le prix de la silhouette la plus sexy d'Angleterre. Est-ce que pour vous c'est une revanche contre les diktats de la beauté classique ?"

Daphné, Daphné, Daphné (à lire en imaginant mon air exaspéré, fatigué et blasé)… Tu te serais adressée à Marianne James, Marilou Berry ou autre gironde, j'aurais compris ta question. Mais là, c'était Kate Winslet, you ouh… En quoi, je te le demande, Daphné, le fait de dire que Kate Winslet est sexy est une revanche contre les diktats de la beauté classique ? Kate Winslet est certes légèrement plus charnue que Cameron Diaz. Elle a de la poitrine. Jusqu'ici, rien de trop exceptionnel vu que c'est une femme. Elle a probablement des hanches. En même temps, encore une fois, hein, c'est une femme. Mais de là à voir en elle un étendard contre le diktat de la minceur, non, je ne vois pas. Enfin chais pas, moi, un truc m'a peut être échappé, mais dans Titanic, genre, Kate Winslet n'était pas trop du genre obèse, si ?

Et puis quand bien même. Quand bien même Kate serait vraiment ronde. Est-ce que formuler la question ainsi n'est pas insultant ? Est-ce que si elle s'était adressé à Cameron Diaz, Daphné lui aurait demandé si un tel titre était une victoire pour tous les tas d'os d'Hollywood ?

Enfin bref, à priori, pour toi, Daphné, Kate Winslet est donc une grosse fille qui assume sa différence. Et les Anglais sont donc des mecs qui aiment les rondes. Hey, les rédactrices de Elle, y'a un sujet, là, ouais ouais ouais ! Je vois le titre d'ici: "Ces Anglais qui aiment les grosses: enquête sur un phénomène de société". Vous pourriez même nous ressortir des trucs comme quoi les rondes elles sont trop chaudes au lit en plus. Vendeur, ça les filles. Super vendeur.

Quoi qu'il en soit, Daphné, on a un gros, gros gros problème. Enfin, à bien y réfléchir, TU as un gros problème. TOI et quelques autres…

Ségolène et Laetitia

castaAujourd'hui c'est vendredi. Et en soi c'est une bonne nouvelle. C'est vendredi, donc, et, vous n'allez pas le croire, je n'ai pas grand chose à dire. Pas de coup de gueule, pas d'énervements. Bon, je dis pas d'énervements. Si, bien sûr, j'en ai des énervements. Mais pas de quoi en faire un fromage, encore moins un billet. Non mais je vous assure, j'aurais même des choses gentilles à dire. Sur un top model, même que. Enfin, parait que maintenant elle est actrice. En tous cas elle est à tomber, elle est en couverture du Marie-Claire de janvier et comme Monoprix en remerciement de ma grande fidélité – pour être plus explicite, disons que sans moi Monoprix se casse la gueule – m'a abonnée à Marie-Claire, j'ai lu son interview. Et bien laissez moi vous dire que Laetitia Casta, puisque c'est d'elle que je vous parle, est tout simplement divine. Et dit des choses intelligentes. Oh, pas de quoi en faire un fromage la non plus, mais voilà, elle nous épargne le coup de la beauté intérieure, voire le genre de formules type "ma beauté: ma souffrance, ma douleur", comme certaines de ses consoeurs. Elle dit même que bien sûr, être belle, ça aide drôlement. Mais on sent aussi que ça ne l'empêche pas d'avoir peur que son homme ne l'aime plus. On sent qu'elle court malgré tout après quelque chose. Et puis elle a de jolis mots pour décrire la passion qu'elle a des projecteurs. Elle dit qu'elle est comme les moustiques et qu'elle se jette dans la lumière et qu'elle sait que ça n'est pas normal.

 

Bref, au risque de brouiller mon imaaaaage – ça pète, ça, non, "brouiller mon image" ? – je suis tout à fait capable de trouver attachante une bombe comme Laetitia. D'autant que la miss, je l'ai vue un jour en vrai de vrai dans un petit restaurant de Saint Germain des prés et que croyez moi, monsieur Photoshop ne doit pas avoir grand chose à faire les jours où c'est elle dans le logiciel.

 

Voilà, donc, aujourd'hui c'est vendredi, et à part ça, rien d'autre à signaler. Ah, si, y'a quand même un tout petit truc qui m'énerve, même qu'on en parlait pas plus tard qu'hier avec ma copine Hélène du célébrissime Blog de fille. Juste une petite question, un léger agacement, quoi: pourquoi parle-t-on de Nicolas Sarkozy, de François Bayrou, de Jean-Marie Le Pen, et de… Ségolène ?

 

Désolée mais "Ségolène au Liban", ça fait "Martine à la plage". Et ça me défrise. Attention, je ne parle pas de la dame et ne comptez pas sur moi pour vous dire que je vais voter pour elle, même si bon, bien sûr, vous l'aurez compris, j'ai beau avoir un léger béguin pour Jacques, je suis de gauche.

 

Mais là ce n'est pas la question. D'où ? D'où on la traite ?

 

Les filles, va falloir qu'on bosse encore un peu, parce que croyez moi, c'est pas gagné gagné…

Y croire une dernière fois

Je sais qu'ils n'y croient plus. Enfin, je crois savoir qu'ils savent. J'en suis même sûre en fait. Ils ont annoncé il y a deux jours à leur baby-sitter, la fée Babou, qu'une méchante fille leur avait dit qu'IL n'existait pas, que les cadeaux au pied du sapin, c'étaient les parents qui les planquaient.

La fée Babou, que je soupçonne de croire encore un peu au père Noël – en même temps c'est normal quand on est une fée – leur a expliqué que c'était n'importe quoi et que cette fille était très très très méchante. Mais je connais mes loulous. Et le fait est qu'ils savent, maintenant. De toutes façons, ils étaient mûrs. Il ne manquait plus que quelqu'un de mal intentionné lache le morceau.

Déjà, il y a quelques jours, ma fille m'avait lancé: "Tu sais, j'ai bien réfléchi. Je pense que le Père Noël existe, mais par contre, les rennes qui volent, j'y crois pas". Son frère avait renchéri: "Oui, en fait, tu vois, le Père Noël, il existe, mais il est pas magique. Il est comme nous, quoi. Sauf que son métier, c'est Père Noël".

J'avais aquiescé, trouvant qu'après tout cet atterrissage en douceur sur la planète des grands leur épargnait le grand choc que peut provoquer la découverte violente de la réalité. Surtout qu'à l'origine du gros mensonge, il y a moi, leur maman, censée dire toujours la vérité…

Mais là, je sais qu'ils savent. Et pourtant, ils ne me disent rien. Comme si finalement ils avaient décidé implicitement qu'on allait tous encore y croire une dernière fois. Et moi, je laisse le secret éventé en suspens, parce que je sais que dans quelques mois, de toutes façons, ils auront l'âge de raison. Alors je me dis qu'on a bien le droit à ces quelques jours de rab, non ?

Le jour où j’ai trompé Marc avec Jean-Louis

Jeudi, à Bruxelles, j'ai été infidèle. A Marc. Lavoine, bien sûr, "what else", comme dirait Georges ? Et bien oui, Marc c'est comme ça, je suis super désolée mais jeudi, à Bruxelles, je t'ai trompé. En pensée. Mais comme on n'a jamais vraiment fait l'amour autrement qu'en pensée toi et moi il me semble que je me devais de te le dire. En même temps, je m'en veux un peu mais pas tant que ça. Pour la simple et bonne raison que je t'ai trompé avec Jean-Louis. Murat. L'homme des montagnes auvergnates.

Je te raconte, mon Marco ?

8h30: Je me lève dans cette chambre d'hôtel impersonnelle d'un Sofitel belge et j'entends la pluie qui tombe en trombe.

8h31: Comment ai-je pu dire ou penser un jour que j'aimais Bruxelles ? Je ne PEUX pas aimer un endroit où il y a la fois la mousson et le froid.

8h34: Je me traine lamentablement jusqu'à la salle de bain. J'ai sommeil, je veux mes bébés, je veux mon homme, je veux mon Paris, je ne veux pas cet hôtel sinistre. Je veux que la journée soit finie.

8h45: Je descends dans la salle du petit déjeuner en espérant ne croiser personne du colloque tellement j'ai pas envie de parler à quelqu'un. Surtout pas en anglais.

8h46: Une participante autrichienne me saute dessus et me parle direct en anglais.

8h47: Quelque chose me dit que la journée va être bien merdique.

8h48: Pour me remonter le moral je remplis mon assiette de pains au chocolat, de croissants et de plein de choses belges qui m'ont l'air délicieuses. Je tente de m'asseoir en douce au fond de la salle.

8h50: L'Autrichienne me fait des grands signes, elle m'a réservé une place. La journée va VRAIMENT être merdique.

8h52: L'Autrichienne est visiblement du genre macrobiotique. Elle coupe des morceaux de poire dans du lait et regarde mon assiette 100% cholestérol avec un drôle d'air.

8h53: Ces morceaux de poire qui flottent dans le lait me donnent envie de vomir. Je me lève pour aller me servir un verre de jus d'orange.

8h54: Je remplis mon verre et regarde machinalement le type qui se sert des céréales en face de moi. Il a un gros pull qu'on voudrait se blottir contre. Et aussi une écharpe qui fait trois kilomètres. Il a les cheveux longs un peu sales. Il a les yeux bleux marine.

8h55: C'est Jean-Louis Murat.

8h56: Putain c'est Jean-Louis Murat.

8h57: Je sens que cette journée va être trop mortelle.

8h58: Le jus d'orange déborde de mon verre.

9h00: Je ne peux pas détacher mon regard de lui. Ces yeux sont les plus bleus que je n'ai jamais vu de toute ma vie.

9h01: Il finit par me regarder.

9h02: Je lis dans l'océan de ses yeux qu'il sait que je sais.

9h03: Je prends mon air détaché de la fille qui se fiche éperdumment des chanteurs et qui même ne saurait pas vraiment qui il est. D'ailleurs plus tard quand on se parlera je ferai comme si je ne savais pas qui il était. Après il racontera aux journalistes que c'est pour ça qu'il est tombé raide dingue de moi. Parce que j'ignorais tout de lui.

9h04: Je crève d'envie de lui dire que j'aime ses chansons. Surtout celle avec Mylène Farmer.

9h05: Je préfère malgré tout faire comme si le voir là, dans cet hôtel, Bruxelles, ville magique de l'amour, c'était complètement normal.

9h06: Je retourne à reculons à ma place.

9h07: Je maitrise à fond mon air détaché.

9h08: Je suis quand même super excitée et je me précipite sur ma copine autrichienne en lui disant le plus discrètement possible: "It's Jean-Louis Murat !!! He's very famous in France you know…"

9h10: L'Autrichienne ne connait pas Jean-Louis Murat. Elle ne connait même pas Johnny. Moi je vous dis l'Europe c'est pas gagné gagné. Les Autrichiens, va peut-être falloir faire un effort pour connaître vos voisins. Au cas où vous le sauriez pas, on est alliés, maintenant, si si…

9h12: Je demande à l'Autrichienne si elle veut bien changer de place pour que je puisse regarder Jean-Louis plus tranquillement.

9h14: Il trempe ses tartines dans son café.

9h15: Regarder Jean-Louis Murat tremper ses tartines dans son café c'est un peu comme être au cinéma.

9h16: L'Autrichienne arrête pas de me parler d'acteurs autrichiens complètement inconnus. Elle voudrait en plus me faire croire que Schwarzneger est autrichien. Mais on me la fait pas. Je finis par lui dire de la fermer, elle me gache le spectacle. Ces Autrichiens sont d'une arrogance…

9h18: Je retourne prendre des croissants rien que pour passer devant Jean-Louis.

9h25: Si je me cache derrière le pain de mie, là, comme ça , je pense qu'il ne me voit pas. J'adore le bruit qu'il fait quand il déglutit. J'adore qu'il fasse la gueule même quand il trempe ses tartines.

9h30: En fait, si, il me voit. Il dit quelque chose à son copain. Je pense qu'il est en train de craquer. Pour une fois qu'il ne tombe pas sur une greluche prête à tout pour un autographe. Là il doit sentir qu'il a affaire à quelqu'un comme lui. Une femme vraie, qui se fout éperdument de sa notoriété.

9h31: Il se lève. Jean-Louis, partons, là, maintenant, à Clermont-Ferrand. On fera des trucs fous dans les montagnes. On se blottira l'un contre l'autre dans ta bergerie.

9h33: Il se ressert un café et bloque sur mon assiette remplie pour la troisième fois de croissants.

9h34: Je sens qu'il trouve ça sexy une femme qui n'a pas peur de manger devant l'homme qu'elle aime. Jean-Louis c'est un mec, un vrai. Les obsédées des régimes, très peu pour lui à mon avis.

9h35: En même temps je commence à avoir un peu envie de vomir à force d'aller chercher des croissants. Je me demande s'il ne va pas finir par croire que je suis boulimique.

9h36: L'Autrichienne me dit qu'il est "time to go".

9h37: La France et l'Autriche ne seront jamais amies, je vous le dis.

9h38: Je téléphone à ma copine Zaz et je chuchote que devine pas qui est pas en train de déjeuner devant moi. Elle devine pas.

9h39: J'envoie un texto à toutes mes copines: "g déjeuné avec JL murat. Hot hot hot".

9h40: Ma copine Stéphane me répond immédiatement: "Bon appétit ma chérie".

9h41: Ma copine Delphine me répond: "Salooooope".

9h43: Ma copine Laurent me répond: "T'as trop de la chance Murat il pue le cul".

9h44: Ma copine Maud me répond: "Reprends toi, tu ne peux pas faire ça à Marc".

9h45: Elle a raison. J'appelle l'homme pour lui raconter que j'ai failli tromper Marc avec Jean-Louis. Je ne sais pas pourquoi ça ne le fait pas trop rire.

9h46: Jean-Louis passe devant moi et sort de l'hôtel sans m'accorder un regard. Franchement, ma copine Laurent a trop raison.

Je t’aime mais c’est un secret

Hier…

 

– Maman, maman, maman !

– Oui mon chéri ?

– Samedi prochain il y a le goûter de Noël à l'école.

– C'est super ça !

– Oui, et la surprise que je suis en train de te préparer depuis super longtemps, tu la verras à ce moment là.

– Ah, j'ai hâte !

– Mais faut rien dire, parce que c'est un secret, hein ?

– Ouh là, bien sûr, je ne sais rien, je n'entends rien. N'en parlons plus.

– Ben oui ce n'est pas drôle sinon. N'empêche que ce collier tu vas l'adorer.

– Eh mais attention, ne me dis rien, hein, je ne veux pas savoir moi.

– Ben non, je ne suis pas bête, je vais pas te le dire ce que c'est ton cadeau, puisque c'est une surprise.

– Ouf, j'ai eu peur que tu me le dise quand même.

Je sens que nous vivons le temps des derniers secrets jalousement gardés et pourtant éventés. Les dernières maladresses, les dernières bourdes enfantines. J'ai eu peur qu'il ne réalise sa gaffe, peur qu'il en soit triste. Et puis non, le collier s'en est allé dans un souffle, je n'ai pas entendu, d'ailleurs il n'a jamais rien dit…

Jacques Chirac et moi

Il y a quelques jours, dans le cadre de mon métier extrèmement dangereux qui me fait découvrir des contrées inconnues, j'ai rencontré Jacques Chirac. Enfin… je me suis trouvée dans la même pièce que Jacques Chirac. Dans un salon plein de pampilles et d'or. A l'Elysée. Au milieu d'une foule de personnes. Bon, ok, on ne s'est pas à proprement parler rencontrés. Il n'empêche que ça a été une sacrée journée…

La photo, là, est vraiment de moi… si si si…

Lundi

19h00: "Demain tu vas à l'Elysée à 10h00, il y a une conférence à laquelle on doit aller", m'annonce mon patron.

19h01: A… A l'Elysée ? Je rigole trop avec mon patron.

19h02: Comme d'habitude il ne rigole pas du tout. Demain I will meet Jacques Chirac.

19h03: Je suis en transe. Je suis enfin ARRIVEE. Je cotoie les grands de ce monde. J'ai envie d'appeler ma grand-mère. Je suis Rastignac. A nous Paris. A nous la France.

19h05: Je me rappelle que je suis de gauche.

19h06: Je déteste Jacques Chirac.

19h10: Je me dis que c'est pas parce qu'on déteste Jacques Chirac qu'on n'a pas le droit d'être impressionnée.

20h00: Je raconte à mes enfants que je vais aller voir Jacques Chirac.

20h01: Mon fils veut que je prenne une photo de Jacques Chirac.

20h12: Comment on s'habille quand on va rencontrer Jacques Chirac ?

20h20: L'homme pense que je ne suis pas obligée de mettre ma robe "spécial mariages" pour aller voir Jacques Chirac. Surtout que je suis de gauche.

20h22: Je crois que l'homme a peur que je vive une histoire avec Jacques Chirac.

20h23: Je jure à l'homme que jamais je ne le quitterai pour Jacques Chirac.

MARDI

06h12: Je me réveille en sursaut et je demande à Bernadette d'arrêter de me chatouiller les pieds.

06h13: L'homme est très vexé.

06h30: Je ne pourrai plus jamais regarder Bernadette dans les yeux après ce qu'on a fait cette nuit.

08h12: Je suis devant l'Elysée. Avec une heure d'avance. Je vais aller prendre un café.

08h20: Y'a pas un café à moins de deux kilomètres. Le quartier de Jacques Chirac ça craint. J'ai peur que les RG finissent par me repérer à force de passer devant l'Elysée.

09h00: J'entre dans l'Elysée. Je suis très impressionnée. Mais Jacques tu peux crever je ne te serrerai pas la main. Je suis comme ça, j'ai des principes. Et je suis de gauche, entre nous il ne se passera jamais rien.

09h30: Le grand salon est bondé. Très loin là bas il y a Jacques Chirac. C'est quand même bizarre de le voir. Mais je suis de gauche, donc ça ne me fait rien.

10h30: Les discours sont terminés. Jacques Chirac remonte la travée. Il serre toutes les mains qui se trouvent sur son passage. Tu vas te prendre une vraie gifle avec moi, Jacques. Je suis de gauche, figures-toi. Alors dans tes rêves, la poignée de mains.

10h32: Il approche. J'ai les paumes super moites. En même temps je m'en fous parce qu'il n'est pas question que je lui serre la main… Sauf… sauf si vraiment j'y suis obligée. Si ça se trouve on peut être condamnée pour un truc pareil. Je suis de gauche d'accord, mais avant tout j'aime mon pays. Et aussi ma liberté. Et Jacques Chirac, quelque part, c'est mon pays, non ?

10h33: Il est devant moi. Je veux le toucher. On dirait le pape. Droite, gauche, c'est pareil de toutes façons aujourd'hui. Il faut savoir évoluer, un peu. Il est fini le temps des clivages politiques qui ne veulent rien dire. D'ailleurs, franchement, parfois, je me demande qui est VRAIMENT à gauche. Pas forcément ceux qu'on croit figurez-vous. La vraie gauche se cache à droite si vous voulez mon avis.

10h34: Putain c'est le père de la nation quand même.

10h35: Il ne m'a pas vue.

10h36: J'ai envie de pleurer. Il a serré la main de tout un tas de vieilles biques et moi, rien. Il est passé sans me regarder. Alors que pour moi il est comme un père.

10h37: Je viens de crier "Papa".

10h39: Je le suis comme si c'était Marc Lavoine.

10h40: Il est très grand.

10h42: Je me demande ce que ça fait de coucher avec le père de la nation.

10h43: J'y crois pas que ça me fait des trucs rien que d'y penser.

10h45: J'ai envie de coucher avec mon père. C'est très transgressif, ça. En fait je n'ai jamais cessé d'être de de gauche.

10h46: Je reprends mes esprits. Je sors mon appareil photo.

10h50: Je suis juste devant lui.

10h52: Je lui colle mon appareil à dix centimètres du visage.

10h53: Clic-clac Jacques est dans la boite.

10h54: Il vient de me regarder. J'oublie qu'on est à l'Elysée. Tout nous sépare et en même temps, rien.

10h55: En fait si. Quelque chose nous sépare. Un gros molosse plein d'oreillettes.

10h56: Le molosse est de droite ça se sent à plein nez.

10h57: Le molosse me dit que je dois partir maintenant.

10h58: Bernadette vient d'apparaitre. Avec Claude. Ma soeur.

10h59: J'essaie d'expliquer au molosse que je suis de la famille.

11h00: Le molosse est vraiment de droite.

11h03: Je me retrouve sur le perron de l'Elysée sans avoir eu le temps de dire adieu au père de la nation.

11h04: J'appelle l'homme.

11h02: L'homme est super fier que j'ai refusé de serrer la main de Jacques Chirac. Il dit que c'est quand même la moindre des choses quand on est de gauche. Je préfère ne pas lui expliquer que parfois la gauche se cache à droite.

Anna Carolina, juste une des notres

P1000311Depuis quelques jours, je m'interroge. J'en parle ? J'en parle pas ? D'un côté, ce serait logique d'en parler, parce que tout de même, c'est un de mes chevaux de bataille. Mais d'un autre côté, la décence m'en empêche, parce qu'après tout, c'est d'une des notres qu'il s'agit. Oui, une des notres. Une femme. Une femme qui a tant souffert dans sa chair qu'elle en est morte.

 

Et puis finalement, j'ai décidé d'en parler. Parce que forcément, ce que je craignais après la lecture de la dépêche AFP annonçant le décès de cette pauvre Brésilienne, top model de son état, s'est avéré exact: tous les journaux, féminins ou people se sont rués sur l'histoire. Vous pensez, trop bien un scénario pareil ! Ah, ça a dû s'exciter sec dans les rédactions: "génial chérie, ça va nous faire une couv extra! Montre un peu les photos ? Oh, non, là elle n'est pas assez maigre, on voit pas qu'elle va mourir. Ah… là, par contre, les cernes sont super, bien noirs. On la prend en pleine face son anorexie, sur ce cliché. Et si on mettait juste à côté une photo d'elle quand elle était petite? Oui, celle-ci, elle est bien joufflue sur celle-ci. Parfait. Là c'est clair: cette fille qui pétait la santé il y a dix ans a été pourrie par ce milieu immonde de la mode. On la tient notre histoire. On va faire un malheur."

 

Bon, on les comprend en même temps. L'agonie d'Ana Carolina Reston, puisque c'est comme ça qu'elle s'appelait, c'est "Amour gloire et beauté" en mieux. Dans six mois, à tous les coups y'aura le téléfilm sur M6. Non mais c'est vrai, ça n'arrive pas tous les jours un événement pareil. Pile poil en plein débat d'actualité. Avec à la clé la possibilité de se répandre sur les méfaits de la dictature du beau et du mince, tout en illustrant ces propos de photos morbides d'une fille qu'on a jamais tant vu sur papier glacé que depuis qu'elle est morte…

 

Non parce que je ne sais pas vous, mais moi cette pauvre Ana Carolina Reston je n'en n'avais jamais entendu parler avant. Et là on dirait que c'était Cindy Crawford. Surtout, ce n'est pas exactement la première fille à mourir de cette atroce maladie qu'est l'anorexie. Et réduire ce désordre physique et mental à un simple effet secondaire du mannequinat, c'est juste consternant. L'anorexie est une maladie complexe et encore aujourd'hui mal comprise, qu'on ne peut expliquer par la seule envie de ressembler aux filles des magasines. Même si bien sûr, ça aide. Et surtout, bien que je n'aie pas pour ainsi dire une très grande sympathie pour les agences de mannequins, c'est tout de même un peu facile de tout leur mettre sur le dos. Après tout ces agences ne font que répondre à une demande. A une demande émanant des couturiers bien sûr, mais aussi des magasines, donc de la pub et par conséquent des lecteurs et lectrices, donc de nous.

 

Alors après, faire du beurre sur la mort d'une fille qui s'est affamée volontairement, qui manifestement se tuait à petit feu pour faire vivre sa famille et qui a probablement succombé sous le poids de responsabilités beaucoup trop lourdes pour son âge, et bien c'est juste à gerber, sans mauvais jeu de mots. Quand en plus ceux qui profitent de ce drame en sont en partie responsables et bien on atteint un degré de cynisme qui me donne envie d'hurler.

 

Et pour ne pas tomber justement dans le piège que je dénonce, je m'arrêterai là.

 

Oh, et puis non, juste encore une chose. De femme à femme, je pense à toi Ana Carolina. Je pense aussi à toi mon amour, mon petit bout de fille. Et je prie toutes ces divinités auxquelles je ne crois pas pour que jamais tu ne maltraites ton corps jusqu'à le faire disparaître.

 

Amen.