Une journée particulière

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– 6h30: l'homme me réveille. Je sais depuis hier qu'on part, mais pas où. Il faut que je boucle ma valise mais sans connaitre la destination, ça relève de l'exploit. Pour une nuit je prends un jean (si c'est un séjour décontracté), un pantalon d'été pour marcher, une tunique pas trop décolletée (au cas où on parte dans un pays du maghreb, on SAIT jamais), deux robes (dans le cas d'un "coquetel") trois maillots de bain (dont aucun ne me va vraiment) deux paires de chaussures et trois culottes (pas d'explication rationnelle), mais on SAIT jamais.

 

– 7h00: j'envoie un message de détresse sur le net, on SAIT jamais. L'homme a un air bizarre depuis ce matin.

 

– 7h15: Je remonte en courant dans ma chambre prendre un pull, on SAIT jamais. L'homme s'impatiente.

 

– 7h45: Sur l'autoroute, l'homme m'annonce qu'on va prendre l'avion

 

– 7h46: Je commence immédiatement mes exercices de respiration abdominale que je dois normalement effectuer au moins 12h avant le décollage.

 

– 7h48: J'ai peut-être un peu trop mis le paquet sur la respiration, je crois que je suis en hyperventilation.

 

– 8h10: On s'apprête à checker, je ne trouve plus mon passeport.

 

– 8h12: Je suis toute rouge à force de fouiller dans mon sac, à moins que ce soit l'hyperventilation. L'homme croit que je le fais exprès pour ne pas prendre l'avion. Il n'a plus vraiment l'air de vouloir m'emmener où que ce soit.

 

– 8h15: Il y a un dieu pour les rondes blondes et bordéliques, je retrouve mon salopard de passeport qui se planquait dans la poche intérieure de mon sac… là où il est toujours.

 

– 8h20: Je brandis mon passeport comme s'il s'agissait de la queue de mickey du manège. Là, je vois que sur le moniteur au-dessus de moi, c'est écrit "VENISE".

 

– 8h30: Je n'ai plus de palpitations, je regarde l'homme et je me dis que je ne le mérite pas.

 

– 9h15: On monte dans l'avion, les accoudoirs sont renforcés avec du papier d'alluminium. Je respire comme une folle avec le ventre.

 

– 9h30: L'avion a décollé, contre toute attente. Je prie pour qu'il n'y ait pas du papier d'allu dans les réacteurs.

 

– 11h00: On survole Venise avant d'atterrir. Même en pensée je n'ai pas les mots.

 

– 11h30: Il fait 53° dans le bâteau bus qui nous emmène à Venise. On s'en fiche.

 

– 11h45: Il parait que l'eau de la Lagune est polluée. Je ne vois que les diamants qui scintillent à la surface.

 

– 12h00: Les Italiens sont des crâneurs, il font les malins au volant de leurs bâteaux cigares.

 

– 13h00: Après 32 arrêts où on a cru à chaque fois qu'on était arrivés, le campanile de la place saint Marc se dresse dans un ciel brûlant. Je crois que l'homme pleure un peu. J'ai le coeur qui bat.

 

– 13h15: "Tu es belle". "Ah bon, tu trouves ? Pourtant j'ai gro…" Je ravale mes mots, une petite voix me dit que non, pas aujourd'hui.

 

– 14h00: Je croise mon reflet dans une glace, ma tunique est transparente, heureusement qu'on est pas dans un pays du Maghreb. On ne voit que mes seins. Je me prends pour Monica.

 

– 14h02: Je suis Monica.

 

– 14h06: Pont des soupirs. Je suis italienne.

 

– 14h08: Si je suis italienne… j'ai gagné la Coupe du monde !!!

 

– 14h15: On dit que Venise sent mauvais l'été. Je ne sais pas, le cou de l'homme sent l'Eau d'Issey et je m'en saoule. C'est mon Marcello.

 

– 15h00: L'homme me dit qu'il ne s'appelle pas Marcello. "D'accord, mon Marcello".

 

– 15h15: Je croise mon reflet à nouveau, en fait je ne suis pas Monica du tout. On ne voit pas que mes seins. C'est décidé, je ne mange rien ce week-end.

 

– 15h17: Je me jette sur une foccacia à la tomate-mozarrella.

 

– 15h18: "Bonjiourno, una gelati per favor, con doué boule. Una fragola e una straciatella, per favor".

 

– 16h00: L'homme me prend la main et m'emmène sur la place San Marco.

 

– 16h05: On débouche sur la place par une petite rue. Tout est blanc de soleil, on se serre très fort.

 

– 16h06: Je dis: "Il y a un de ces monde". Il répond: "Non, regarde, on est tous seuls". Je regarde et c'est vrai.

 

– 16h07: L'homme prend une grande respiration. La main sur son bras je sens les vibrations d'un grand frisson. Une petite voix me dit qu'on n'est pas venus là pour regarder les pigeons.

 

– 16h08: On est au centre de la place, j'entends des violons.

 

– 16h09: Il les entend aussi. Pas sûre que ça prouve qu'il y en ait vraiment.

 

– 16h12, 23 ou 45, je ne sais plus: Je lui dis oui oui oui…

Mère en manque

Depuis quelques jours, mes petits ont pris leurs quartiers d'été. Ne pas dire la sensation de liberté qui en découle serait un mensonge éhonté. Ne plus se sentir pressé le soir de rentrer. Décaler l'heure de réveil d'une heure au moins. N'avoir que soi à habiller, laver, coiffer. Même, oui, même, n'avoir que soi ou l'homme à écouter… Parce que deux enfants de six ans, ça parle. Tout le temps. Leur gémellité n'y est pas pour rien, il faut trouver sa place – toujours cette question de place -, pousser l'autre pour s'y mettre, raconter en premier, mieux, plus, plus fort, plus vite. Alors oui, au risque de passer pour une mère indigne, je l'avoue, je me repose. Je goûte ce silence. Je n'en reviens pas de pouvoir sur un coup de tête filer au cinéma, prendre un verre en terrasse ou manger trois bricoles sur un coin de table en regardant la télé.

Mais parfois, je sens au creux de mon ventre, le manque. Violent, imprévu, il arrive sans sommation. C'est un mélange de panique irraisonnée qu'il leur soit arrivé malheur et de besoin charnel de plonger mon visage dans leur cou pour respirer les effluves délicieux de leur cuir chevelu mouillé de sueur.

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Un manque animal, tactile et charnel. Qui passe. Mais me rappelle à la réalité: ils sont sortis de moi il y a six ans. Ils sont sortis pour toujours, m'échapperont, s'envoleront. Mais personne ne pourra effacer de ma mémoire la douceur de leur peau d'enfant et l'odeur de leurs cheveux.

Premières étreintes, un autre point de vue

Les premières étreintes, vues du point de vue de l'homme, enfin, de ce que j'imagine être son point de vue… Pour saisir toute l'extrème subtilité 😉 du propos, je conseille de lire au préalable ce billet,

"Allez, je me lance, je l'embrasse. Le cou, d'abord. En général, ça marche, le cou, non ? Ah, oui , ça a l'air de marcher. Oh là là, ses seins… Quelle poitrine ! Un peu lourde, comme j'aime. Une poitrine réconfortante, de femme. J'étais sûr que sa peau serait douce. Merde, je la sens qui se raidit. Je vais trop vite, je n'aurais pas dû arracher les boutons de son chemisier. Calme toi mon grand, calme toi, tu vas tout gâcher. En même temps, sa peau est si douce que j'ai envie de la caresser de partout. Allez, tu as raison ma belle, allonge-toi, on sera mieux. Pas moyen d'aller plus bas, merde. Si ça se trouve je ne lui plais pas. Mes poils. J'ai trop de poils, à tous les coups c'est ça qui la bloque. C'est bien ma veine, je tombe sur une fille qui n'aime pas les hommes velus. Pourtant je n'en ai pas beaucoup en même temps. C'est peut-être ça, en fait je n'en ai pas assez. Manque de virilité. A tous les coups.

Voilà qu'elle me demande à boire. Vite, vite, pourvu que cette pause ne me fasse pas perdre mes moyens. La cata. Le mec qui se ratatine le premier soir. Sûr que là, je ne la reverrai pas. Allez, hop hop hop, je remonte. Ouah, elle est nue sous les draps. Pfiou… Pas de risque que je me ramollise. Ses épaules sont rondes, je les croquerais.

J'y crois pas, elle a à peine bu. Bon, n'y pense pas, reste concentré. Ah bon, pas sur moi ? Dommage, j'aurais pu la regarder en même temps, ne pas en perdre une miette.

Je pourrais au moins enlever ce drap, non ? Non ? Ah, pas de chance, je suis tombé sur une frileuse. En même temps, elle n'a pas froid aux yeux… Bon, allez, je prends les choses en main. Baisse la garde chérie, laisse moi venir.

Un jour, je lui dirai que sous les draps je les vois aussi ses bourrelets. Un jour, je lui dirai que je les aime aussi. Un jour, j'espère.

S’affamer

"Un médecin ne peut pas faire maigrir une femme programmée pour être en surpoids autrement qu'en l'affamant". C'est en substance le discours tenu par le psychiatre Apfeldorfer dans le supplément féminin du Journal du Dimanche du week-end dernier. Enfin un médecin qui le dit. Enfin cette vérité, écrite noire sur blanc.

Si la nature – bonne ou mauvaise, peu importe – a décidé que tu serais grosse, rien ne sert de lutter. A moins de signer pour des mois de privation, jamais tu ne sentiras saillir sous tes doigts les os de tes hanches. Il faut faire le deuil de la femme mince que tu ne seras jamais. C'est le prix de ton bonheur. Voilà ce que dit ce psychiatre, dont je vais m'empresser d'acheter le livre.

Bien sûr, si une personne est obèse parce qu'elle souffre de compulsions alimentaires ou que tout simplement elle ignore tout des règles de base d'une alimentation équilibrée, là, le nutritioniste a un rôle à jouer. Mais pour le reste de la population tout simplemenbt dotée d'un capital pondéral plus élevé que la moyenne, c'est perdu d'avance.

Reste que la société ne pardonne pas à ses gros d'exister. On ne juge pas les comportements, on est intraitable sur l'apparence, poursuit le psychiatre. Etre svelte est associé à des qualités telles que le dynamisme, la maitrise de soi. Etre enrobé évoque plutôt la paresse, le manque de volonté, la faiblesse.

Alors que faire ? S'affamer pour trouver une place ? Ou décider que cette place on la prendra, vaille que vaille, envers et contre tout ?

Premiers calins…

Bon, grosse grosse journée au boulot, pas le temps pour ce billet passionnant que je comptais vous écrire sur… ah, je ne le dis pas, vous verrez bien demain… 😉 Qui a dit que je n'avais pas d'idée ? Hein ? QUI ???

Donc je vous inflige à nouveau une petite rediff, de saison je pense. Bah oui, l'été, c'est la saison des amours, non ?

 

Premières étreintes

Là, il m'embrasse, c'est bon. Le visage, pas de problème. Embrasse moi tant que tu voudras. Ses mains descendent, aïe. Le cou, c'est parfait, c'est bon le cou, j'adore ça. Ah… les seins. Oui, d'accord, les seins je veux bien, il sont gros, tu vas avoir de quoi faire, ça devrait t'occuper un moment. Pendant ce temps là, tu n'iras pas ailleurs. Oh là là, il ouvre mon chemisier. Non, ça ne va pas être possible, ça, en pleine lumière, comme ça, assise et torse nu, même pas en rêve, mon chéri. Mon ventre rebondit sur mon pantalon et mes seins débordent du soutien gorge. Attends, deux secondes, je m'allonge.

 

Ah, voilà, sur le dos, c'est mieux. Là, à la rigueur, tu peux regarder, tu peux même faire courir ta main sous ma poitrine. Heu…non, le ventre, tout de même, si tu pouvais éviter, ça m'arrangerait. Même sur le dos, il est gros. Mon dieu, s'il réalise à quel point il est gros, il va s'arrêter net, c'est sûr. Il faut que je trouve un moyen de me mettre sous les draps. Mais je ne peux pas le faire avec mes vêtements, je vais avoir l'air ridicule. Et me déshabiller devant lui, plutôt mourir.

 

"J'ai très soif, tu peux aller me chercher un verre d'eau ? merci, tu es gentil".

 

Allez, hop hop hop, on enlève tout ça, le jean, les collants ventre plat sous le pantalon, la culotte géante de Bridget, le soutien gorge, vite vite vite, sous les draps, il remonte. C'est incroyable, il a mis à peine deux secondes. A croire qu'il est pressé. En soi c'est plutôt bon signe, ce qu'il a aperçu ne l'a pas effrayé. Bon, maintenant va falloir boire ce stupide verre d'eau. Ce qui signifie qu'il faut que je me redresse, alors que je suis NUE. Quelle idiote. Je n'ai même pas soif. Le drap, je tiens le drap et de l'autre le verre. Ouf, c'est bon. Allez, viens, je suis prête. Sous la couette, dans le noir, je me sens presque bien.

 

"Sur toi ? Ah, non, je… je n'aime pas trop, je préfère que tu restes comme ça, la première fois, je préfère, je sais, c'est idiot…"

 

Sur lui ! Inimaginable. Autant lui dire tout de suite de s'en aller. D'abord, je vais l'écraser. C'est sûr. Ensuite, s'il en réchappe, il verra mes seins sans soutien-gorge. Qui tombent sur mon ventre. Et mes cuisses. Bien écrasées. Enormes. Non, sur toi, sans façons. Bon, il m'a l'air compréhensif. Et… mmmm… assez doué. Allez, j'arrête de penser à quoi que ce soit. ça va aller, oui, ça va…

 

Heu… non, le drap, s'il te plait, laisse-le, on a beau être en juillet… j'ai un peu froid.

Monde virtuel

Une fois de plus, cette semaine, le "Elle" en remet une couche sur les régimes d'été. Après le "Spécial maillot" d'avril conçu pour nous aider à perdre de 5 à 10 kilos avant le mois d'août et le "Spécial régime express" de juin, sur le mode "session de rattrapage" pour les mauvaises élèves du printemps, voici les conseils de dernière minute: "Comment ne pas grossir en vacances". Autrement dit, comment ne pas reprendre illico les trois pauvres kilos péniblement perdus à grand coup de diurétiques infames et de salades concombres inispides durant les trois mois précédant THE objectif ultime: l'enfilage de maillot et l'exposition publique sur la plage…

 

Et là, j'avoue que nos rédactrices préférées ont fait super fort. Au départ pourtant, l'intention est louable. Qui n'est en effet jamais revenue de vacances les hanches lestées de mozarella ? Pas moi en tous cas. Un petit cours de diététique estivale n'était donc pas pour me déplaire, même si je sais, au fond de moi, que les merguez/pommes de terre tous les midis, ce n'est pas franchement conseillé, pas plus que l'apéro deux fois par jour et encore moins que la glace sur le port à cinq heures. Mais bon, parfois, on fait des erreurs nutritionnelles sans s'en rendre compte, et il n'est pas inutile que notre magasine préféré nous remette sur le droit chemin.

 

Et quel chemin…

 

Vous apprendrez en effet dans ce passionnant article, à choisir entre plusieurs plats, les uns sains, les autres très très pas bien… Ex: millefeuille de légumes au chèvre ou salade niçoise ? Spaghetti alle vongole ou risotto aux cèpes ? Mouclade ou chipirons ? Caillé de brebis + miel ou confiture de cerises noires ?

 

Merci Elle. Enfin des réponses à des questions qui me taraudent depuis des années. Non, c'est vrai, je ne sais pas vous, mais moi, souvent, l'été, quand je rentre de la plage à 13h, quasi dans les vappes en raison d'une chaleur à crever et assourdie par les hurlements de mes enfants affamés, je suis assaillie par un dilemme cornélien: "que faire, là, tout de suite ? Une bouillabaisse ou un tartare de saumon à l'oseille ?". Idem pour le dessert: "soupe glacée au melon ou sorbet maison à la mangue ?"…

 

Non, moi, sérieusement, ce que j'aurais voulu savoir c'est ce qui est le moins mauvais entre la salade de tomates/fêta/huile d'olive, et le melon/jambon de parme/rasade de porto ? Et encore, les grands jours. Parce que sinon, la question qui tue c'est plutôt "taboulé tout prêt ou chips/saucisses" ?

 

Bref, une fois de plus, j'ai la confirmation que le monde des journalistes de féminins est virtuel. On y mange des millefeuille de légumes au chèvre sur le pouce, on passe des heures le matin et le soir avant de se coucher à s'enduire de fluides multiples et variés et à pratiquer des gommages de voute plantaire à l'aide de noyaux d'abricots soigneusement broyés, on vit dans des demeures décorées par les plus grands designers et quand on part en pic-nic, ce n'est jamais sans une nappe griffée, des assiettes de chez Conran shop et de délicieuses petites verrines de coulis glacés à la carotte.

 

Le clou de l'article, ce sont les petits tuyaux pour ne pas s'empiffrer de caouettes à l'apéro. Un conseil en particulier a retenu toute mon attention: "Calez-vous avant l'apéritif avec une pomme – ça, pourquoi pas – et sur place, jetez-vous sur les brochettes melon/kiwi/pastèques…"

 

Un monde parallèle, je vous dis…

« Sous le pont Mirabeau »

Hier, ma cocotte est allée sur les bateaux mouches avec sa classe. Mon fils, lui, est resté à l'école, dégouté. Le soir, ma fille, surexcitée, m'a assaillie d'un flot de paroles dès mon arrivée:

(voix hyper aigüe) Maman, maman, tu sais quoi ? Sur le bateau mouche j'ai vu la tour eiffel en entier. Et puis aussi tous les bâtiments de Paris. Et le musée d'Orsay, et et et…

Plus la tête de son frère s'allongeait, plus la punaise en rajoutait.

– J'ai aussi vu le plus vieux pont de Paris. Et aussi, le Pont Neuf. Qu'est pas neuf du tout d'ailleurs. Et encore des ponts, des ponts, des ponts…

Là, abattu, son frère l'interrompt et avec une pointe d'angoisse dans la voix, lui demande dans un soupir:

-T'as même vu le pont d'Avignon ?

Parle à mon cul

Tout pour être plus belle de dos". C'est ce que nous promet le Elle de cette semaine. Histoire de nous rappeler qu'en effet, le bourrelet du ventre qu'on essaie de camoufler du mieux possible avec une blouse un peu large, c'est rien comparé à l'énorme popotin qu'on se trimbale quotidiennement, sans qu'il ne nous soit – heureusement – imposé de le voir, mais que le reste du monde moque en silence, c'est sûr.

 

Donc, intriguée et pleine d'espoir, la ronde se précipite sur son magasine chéri – et pourtant ô combien souvent détesté – histoire de voir à quelle sauce son cul pourrait être mangé… Outre les conseils judicieux prodigués par de filles pourvues de fesses ressemblant à de charmants abricots veloutés, sur laquelle la ronde reviendra plus tard, "Elle" nous propose, dessins à l'appui, un inventaire de ces petits défauts de fessiers qui nous pourrissent la vie. Pour chaque type de cul, des astuces vestimentaires sont suggérées, afin de "tirer parti" de nos imperfections. Sur le principe, rien à dire.

 

Seulement voilà… il y a certes la fille aux fesses basses, la fille à la culotte de cheval, la fille aux fesses plates, ou celle aux grosses fesses. Mais il n'y a pas la fille AUX GROSSES FESSES BASSES ET PLATES ET A LA CULOTTE DE CHEVAL… Du coup, la ronde est perdue: en cas de fesses basses, il faut porter des robes droites. Mais si culotte de cheval il y a – et oui, il y a – surtout pas malheureuse! Idem pour le jean. En cas de gros cul, qualifié de "sexy" par la facétieuse journaliste, "ni taille haute, ni taille basse, le jean doit enrober la hanche et souligner la naissance de la taille" (heu… ????). En revanche, en cas de cellulite, il faut choisir une taille semi-haute (re-heu… ?). Mais si votre pétard en plus d'être bas est également plat – si si, c'est possible – c'est fichu. Pour un cul raplapla, rien ne vaut en effet une taille basse. Totalement proscrite par contre en cas de petites jambes et donc de cul bas. Ah, parce que oui, j'oubliais, "Elle" nous révèle un truc complètement dingue: quand votre postérieur semble trainer sa misère, "ce qui pêche, ce n'est pas vos fesses, ce sont vos jambes"… Vous pensiez n'avoir qu'un problème de postérieur ? Raté, vos jambes aussi sont bonnes à jeter.

 

Bref, la ronde finit par refermer rageusement le magasine, constatant une fois de plus qu'elle n'entre dans aucune des catégories proposées. Elle continuera donc de s'habiller tant bien que mal et de tourner dignement le dos à son cul. Après tout, il ne mérite que ça.

Sex Bomb

18 juin 2006

Sex bomb

Il y a quelques jours, je rentrais chez moi après une journée harassante et un trajet en bus éprouvant, coincée entre deux grands bonhommes transpirants et sans arrêt déséquilibrée par des coup de freins intempestifs – vive les embouteillages en pleine canicule. Je rentrais, disais-je, fatiguée, sans entrain, à moitié déprimée à l'idée du repas qu'il allait falloir préparer tout en répondant aux attentes multiples de mes deux enfants toujours très en demande à cette heure de la journée. Mon sac était lourd, lesté par l'ordinateur portable qui me rappelait que le réveil du lendemain serait très matinal en raison d'un train à prendre à l'aube. Bref, ce soir là, j'étais dans une forme relative, handicapée qui plus est par des ampoules cuisantes dûes à la chaleur soudainement tombée sur Paris. Et puis, dans mes écouteurs, alors que je descendais la dernière marche du bus, Tom Jones s'est mis à me susurrer avec sa voie rocailleuse et langoureuse: "You're my sex-bomb…". J'ai d'abord souri, me disant qu'à cet instant précis, j'avais tout d'une mule épuisée et rien d'une bête de sexe. Mais il a insisté:

 

"Sexbomb sexbomb (uh) you're my sexbomb
And baby you can turn me on… baby you can turn me on"

 

Ses "uh" et ses "hah" étaient on ne peut plus explicites et le morceau remixé techno de plus en plus dansant. Subitement, mon ordinateur s'est fait léger, et mes pieds empoulés ont dégonflé. Mon pas s'est accéléré, et mes hanches, malgré moi se sont balancées. Lorsqu'il m'a dit: "sex me slow", j'ai redressé le buste, et les seins en avant je me suis cambrée. J'ai traversé mon avenue bruyante et polluée le cul bombé, au rythme d'une batterie de plus en plus effrénée. J'ai fini le trajet en chaloupant, fredonnant des "turn me on, turn me on…" sur un tempo de plus en plus lent. Lorsque j'ai ouvert la porte de chez moi, la chanson se terminait. Les enfants ont dévalé l'escalier en hurlant qu'ils avaient faim, que la maitresse avait dit que j'avais oublé le mot pour la sortie de classe, que théo les avait invité, qu'ils avaient joué au foot à la récré, que Fatoumatah était malade et que Marine avait des poux.

 

J'ai respiré un grand coup et une petite voix m'a susurré qu'une sex-bomb comme moi devrait être en mesure de tout assumer…

 

Nous sommes toutes des sex-bomb, les filles. Le tout est que parfois, quelqu'un nous le rappelle…