A y’est, les spécial maigrir sont dans les kiosques !

 

Je m'emportais récemment contre les "Spécial maigrir", et bien ça y'est, la cuvée 2006 est arrivée. Et le dossier du "Elle", franchement, s'apparente plus à un recueil de bonnes blagues qu'à autre chose…

Jugez plutôt: une des riches idées de cette année consiste par exemple à élaborer un pot au feu "façon fondue". En gros, il faut passer une bonne heure à préparer un bouillon, agrémenté d'épices style "anis étoilée" qu'on n'a jamais dans nos placards, puis de couper très finement comme pour un carpacio des tranches de boeuf que nous nous "amuserons" à tremper dans le bouillon, comme pour une fondue burguignonne… A quand la fondue savoyarde au tofu ?

 

A part ça, des conseils psycho pour ces filles "rondes" qui préfèrent "étouffer dans un 36 plutôt que d'admettre qu'elle font finalement un bon 38". Retenez-moi ou je fais un malheur…

 

Nouveauté tout de même, cette année, "Elle" a décidé de la jouer "M6" et va suivre trois nanas dans leur quête de minceur. Sur les trois, seule une à mon humble avis a réèllement besoin de perdre du poids, mais bon, passons. Les conseils des "coach" (ah, les coachs…) sont assez truculents, lorsqu'ils expliquent que ces femmes – toutes actives et avc enfants à priori – devront se remettre "doucement" au sport, à raison de cinq ou six séances hebdomaires… Oh, ben ça va alors… Question: la rédaction  de "Elle" prend-elle en charge le salaire des ces malheureuses ? Non parce que six séances de sport dans la semaine, plus des petites plaisanteries telles que la "délicieuse fondu de pot au feu", c'est une nouvelle fois du régime à plein temps…

 

J'y reviendrai je pense, n'ayant pas la publication sous les yeux, je ne me souviens pas de toutes les perles. Vous me direz: pourquoi acheter ces journaux ?

 

Oui, pourquoi ? POURQUOI ?!!!! Comme le chanterait Brigitte Fontaine, "Parce que je suis conne" !

Un jour au hammam

La ronde rêvait d'aller au hammam. L'ambiance orientale, la chaleur, l'idée de s'occuper de son corps trop négligé, et puis aussi le thé à la menthe, l'odeur des huiles de massage… Mais à chaque invitation de ses amies, elle déclinait, invoquant les mêmes prétextes fallacieux que lorsqu'on lui proposait d'aller à la piscine. Parce que le hammam, bien sûr, impliquait de se dénuder et de se mouvoir ainsi en public. Sans même la perspective de s'immerger dans l'eau.

Et puis un jour, une amie de passage à Paris ne lui laissa pas le choix. C'était une fille différente, de celles à qui on ne dit pas qu'on peut pas se mettre nue devant elle, qu'on se sent trop grosse. Le style de fille qui n'aurait d'ailleurs jamais regardé les bourrelets de qui que ce soit et que ce genre de considérations futiles semblait dépasser. Non pas qu'elle fût indifférente, mais son chemin avait été et serait toujours semé d'embuches bien plus insurmontables que quelques kilos en trop.

Alors, un peu malgré elle, la ronde se laissa faire et accepta de l'accompagner. Dès qu'elle entra dans la mosquée, elle fut submergée par l'odeur de l'huile qui sentait à la fois l'amande, l'argan, le thym et la lavande. La vapeur aussi, lui fit presque peur, comme si l'air saturé d'humidité ne parvenait pas à l'oxygéner. Et puis, petit à petit, elle s'habitua. Première bonne surprise, il n'y avait pas que des jeunes femmes au corps parfait. Vieilles marocaines aux seins lourds, femmes à la maigreur maladive, futures mères et copines étudiantes formaient un groupe disparate et hétéroclite, au sein duquel la ronde pouvait presque trouver sa place.

 

Elle resta malgré tout un long moment entortillée dans son paréo devenu instantanément humide et collant. Son amie, elle, fut tout de suite nue, offrant le spectacle de son corps brut et sûr. Ses hanches pleines étaient rassurantes et ses longs cheveux noirs lui donnaient l'air d'une orientale. Il émanait d'elle une telle vérité, un aspect si terrien, que la ronde se sentait presque apaisée. Elles s'installèrent dans une alcôve, et commençèrent le rituel consistant à s'oindre de savon noir. Mais la ronde, toujours bridée par ses complexes, se contentait de s'enduire les bras, refusant l'idée de tomber le paréo. Alors son amie eut ce geste dont elle ne soupçonna probablement jamais les répercussion ni la portée.

 

D'un geste doux mais sans appel, elle ota le tissu trempé et commença à l'enduire de mélasse noire. Le dos, puis les bras, le ventre, les jambes. Elle la lava comme une mère l'aurait fait. La ronde en pleura d'émotion, ses larmes se mêlant aux gouttes de vapeur. Difficile de trouver les mots pour dire ce qu'elle ressentit. Entre ces mains énergiques et amicales, son corps devenait aimable et pouvait être touché. Elle qui avait si souvent eu l'impression d'inspirer le dégoût, devenait l'objet d'une attention inespérée. Il n'y avait pas d'ambiguité dans le geste de son amie. En la lavant elle faisait simplement d'elle son égale.

 

Le reste de l'après-midi, je ne m'en souviens pas. Je garde juste en mémoire ces quelques minutes de plénitude. Et regrette que cette amie, partie aujourd'hui, n'ait jamais su.

Le graal des bottes

Jusqu'il y a peu, le magasin de chaussures était un des seuls dans lequel la ronde entrait sans appréhension. Bien sûr, ses pieds potelés ne lui permettaient pas toutes les excentricités, et s'entendre déclarer sur un ton définitif qu'elle avait "le coup de pied large" lorsqu'elle essayait des ballerines ou autres escarpins un peu fins, ne la remplissait pas de joie. Mais bon, la ronde s'y était fait.

 

Et puis le temps est venu de la mode des bottes. Les cavalières, camarguaises, santiags… Le graal de la ronde. Inaccessible objet de tous ses désirs. A son premier essai, son pied n'est même pas parvenu à se glisser jusqu'au bout. Lors d'une autre tentative la fermeture éclair n'a pas passé la cheville. La fois suivante, ayant repéré ce qu'elle pensait être un modèle plus large – supposition d'ailleurs confirmée par la vendeuse – elle crût au miracle. La fermeture éclair glissa quasiment jusqu'au bout… au prix d'une douleur certaine. Toute la graisse du mollet avait en effet par la même occasion migré vers le haut de sa jambe. Jusqu'à former une boule compacte, sorte de deuxième genou, mais à l'arrière… Forcément, l'effet censément galbant de la botte était quelque peu amoindri. De toutes façons, dès qu'elle se redressa, la fermeture se dézippa en un quart de seconde. En revanche, elle eu l'impression que son mollet, lui, ne souhaitait pas nécessairement reprendre sa forme initiale. La compression avait probablement été trop forte et la botte avait fait garot.

 

Au terme de nombreux essais non transformés elle se résigna à acheter toutefois le seul modèle fait pour elle. Des bottes en faux cuir élastique et s'enfilant "comme une seconde peau". Les premiers jours, elle eut l'illusion d'avoir elle aussi ses cuissardes. Elle était maitresse femme, et bien qu'elle n'ait pas de talons, elle se sentait grande. Mais à la longue, le faux-cuir perdit de sa tenue, s'élargit sous la pression de ses mollets ronds et finit par se ratatiner comme une vieille chaussette…

 

La ronde finit par en déduire que les bottes avaient été créées dans le seul but de stigmatiser les grosses jusque dans les magasins de chaussures.

Perles de nutritionnistes

Quelques phrases banales de nutritionnistes ou médecins en tous genre, lancées à la ronde – ou à ses congénères, parfois – au cours de ses innombrables visites…

– Que les choses soient claires, vous ne serez jamais top model. Ah ?


– Mon dieu mais vos jambes sont de vrais poteaux ! Vous avez au moins trois kilos de flotte dans les cuisses, là. Ah quand même…


– Non seulement vous êtes lourde, madame, mais vous êtes surtout très grasse. Et pan!…


– Vous êtes typiquement gynoïde. (puis, devant l’air paniqué de la ronde qui se demande si c’est incurable: « autrement dit, vous avez la forme d’une poire ».) Finalement, je préfère qu’on en reste à gynoïde…


– Il faut que vous compreniez bien: c’est TOUTE VOTRE VIE qu’il faudra faire attention.


– En deux mois vous avez perdu 500 gr. Ce n’est vraiment pas assez. Vous avez multiplié les écarts, là, hein ? Si, si mademoiselle. Ce n’est pas la peine de me mentir, je le vois. Vous avez repris trois centimètres de tour de ventre.


– Pour votre tablier ventral, malheureusement, il n’y a que la chirurgie. Tablier ventral.. miam.


– Vous êtes grosse depuis vingt ans, alors il ne faut pas non plus espérer tout perdre en deux mois.


– Avec vos antécédents, il y a de fortes chances que vous ayez déjà du cholestérol. Et dans dix ans, ce sera le diabète. Où est la fenêtre, qu’on en finisse tout de suite?


– A 30 ans, votre corps brûle déjà beaucoup moins d’énergie qu’à 20. Sachant qu’à partir de 50 ans, une femme normale a naturellement tendance à grossir, je vous laisse imaginer ce qui vous attend… J’imagine, j’imagine…


– « Vous savez mademoiselle, il n’y a pas de secret. Pour maigrir il faut manger moins. A Auschwitz, il n’y avait pas de gros. »… Classe et approprié.

Larmes de ronde

La ronde voudrait parfois être une toute petite chose…

 

Elle envie depuis toujours ses copines – pour la plupart belles et minces – qui, lorsqu'elles pleurent, attirent les garçons comme des abeilles sur un pot de miel. Une fille qui pleure est si "touchante", confient-ils, se transformant en guimauves ridicules.

 

La ronde, quand elle pleure, a le sentiment pour sa part d'être juste pathétique. Contrairement à ses copines, ses yeux ne se contentent pas de se remplir de larmes, ils gonflent instantanément et deviennent aussi rouges que ceux des lapins albinos. D'étranges plaques roses et urticantes apparaissent ensuite ça et là sur son visage. Ne parlons pas de son nez qui bien sûr se met à couler abondamment. Les reniflements bruyants ainsi provoqués finissent d'anéantir l'aspect soit-disant romantique d'un chagrin de fille.

 

Les rares fois où la ronde s'est effondrée, ses amis garçons se sont donc en général contentés d'une grande claque dans le dos – la même qu'ils auraient probablement réservée à leur meilleur ami – ou pire, de lui tendre un verre d'alcool, sur le mode "bois un coup ça va passer tout ça". Passons sur les "pleure tu pisseras moins" censés la consoler. Rien à voir donc avec les cajoleries exaspérantes dont bénéficient les belles désespérées dès leur premier sanglot.

 

Condamnée à avoir le sens de l'humour – une grosse qui en est dépourvue est tout bonnement infréquentable – la ronde a donc pris le parti d'en rire un peu plus que les autres, les dents serrées parfois.

La corde à noeuds

Les cours de sport étaient à la ronde ce que les contrôles de maths sont aux nuls en algèbre ou les dictées aux dislexiques: un enfer. Et le mot n'est pas assez fort.

Le calvaire commençait dès les vestiaires où il fallait enfiler l'atroce survêtement. La ronde se changeait dans un coin, le plus vite possible, tremblant à l'idée que les garçons, craints et haïs de la 6ème à la terminale, fassent leur apparition. Ces derniers, atroces avortons boutonneux, cherchaient en effet par tous les moyens à reluquer les filles en culottes et s'introduisaient régulièrement et illicitement dans leur coin réservé. Ils ne se privaient alors pas au passage de s'acharner sur la ronde qui n'en demandait évidemment pas tant. Elle sortait du vestiaire sous les quolibets, rasant les murs et ravalant ses sanglots, rouge de honte et de colère.

Les cours d'athlétisme étaient ceux qu'elle appréhendait le plus. Elle y vivait une succession d'humiliations. Au sprint, elle ne sut jamais démarrer sur les starting-blocks. Au coup de sifflet, ses fesses se levaient, mais ses jambes refusaient de suivre l'impulsion, résultat, la ronde mangeait littéralement la poussière une fois sur deux. En ce qui concerne le saut en hauteur, elle cherche encore à déterminer lequel du droit ou du gauche était son pied d'appel. Est-ce pour cela ou parce que son corps était trop dûr à soulever, mais pas une seule fois elle ne franchit la barre, même lorsque celle-ci était au niveau du matelas.

 

Un jour, au lancer de poids, le prof de gym suggéra aux autres élèves, avec cet humour qui le caractérisait, de la lancer elle.

 

Passons sur les heures passées accrochée en bas d'une corde impossible à monter. Le prof avait ce jour là décidé qu'on y passerait le cours s'il fallait, mais qu'elle grimperait. Dans l'hilarité générale, ses mains glissèrent des dizaines de fois jusqu'à en être brûlées sans jamais arriver à la hisser. Elle aurait voulu étrangler son bourreau avec la corde à noeuds.

 

Les sports collectifs ne lui réussissaient pas plus. Elle fit perdre tous les relais auxquels elle participa et fût invariablement la dernière à être choisie dans les équipes de volley, handball ou basket.

 

Réalisant très vite qu'elle ne s'améliorerait jamais et que le professeur de gym ne ferait rien pour la faire progresser, bien au contraire, la ronde étudia alors les divers moyens de sécher les cours. C'est à cette époque qu'elle eut ses premières règles. Si ses amies en étaient incommodées, elle bénit pour sa part le ciel de l'avoir faite femme. Invoquant des cycles anarchiques, elle multiplia les dispenses, marquées de ce mot adoré: "INDISPOSEE"…

Mercredis chagrins

Je crois que je pourrais publier le black book des nutritionnistes. A 13 ans, j'en voyais déjà un. Le mercredi, mes copines allaient à la danse, prenaient des cours de dessin ou même, ne faisaient rien. Moi j'allais chez le médecin des gros.

A l'heure des premiers flirts, je montais sur la balance et redoutais les reproches exaspérés du contrôleur de kilos. Qui m'expliquait que je n'étais pas juste ronde, enveloppée, ou grassouillette, mais bel et bien obèse.

Quand je sortais de son cabinet, mon moral était si bas que je me boulottais en cachette du nutella.

En rêvant à la jeune femme mince que je deviendrais, assurément.

Profs de gym

Parmi les profs de gym de la ronde, il y eut un militaire parachutiste viré de l'armée, un footballeur raté, un marathonien frustré et une quantité de femmes qui auraient manifestement voulu être des hommes, à en juger la longueur des poils de leurs mollets. Dès le premier cours de l'année, tous ces êtres aigris identifiaient la ronde comme bête noire potentielle.

 

Elle leur servit durant toute sa scolarité de faire-valoir, d'exutoire et de défouloir. En braquant les projecteurs sur sa nullité, le prof de gym déclenchait facilement l'hilarité, se gagnant ainsi les faveurs des caïds de la classe. En gros, la ronde était le dommage collatéral d'une technique pédagogique bien rodée: détourner la haine naturelle qu'ont les élèves pour leurs professeurs vers un être encore moins aimable, en l'occurence, la grosse.

 

Et c'est peu dire que se moquer de la ronde lors des cours de gym était chose aisée…

Des kilos qui rapportent

A chaque fois qu'elle consulte une nouvelle nutritionniste, la ronde espère secrètement que celle-ci sera vieille, grosse et moche.

La démarche d'aller montrer sa graisse à une parfaite inconnue représente déjà un certain effort. Mais lorsque cette personne s'avère être une femme filiforme, chic et guindée, ça relève de la punition. Les cabinets des nutritionnistes sont toujours rutilants, classieux et situés la plupart du temps dans les beaux quartiers. La ronde se sent toujours comme une intruse dans ces salles d'attente dont rien ne dépasse et qui sentent l'argent à plein nez. Elle se voit alors comme une verrue dans cet univers feutré et compassé.

Pourtant, elle ne devrait pas. Elle devrait plutôt garder à l'esprit que ce sont ses kilos et tous ceux de ses soeurs de galères, qui ont payé le moindre centimètre carré du parquet ciré, des meubles design ou des toiles de maître bien alignées.

Parfois, elle croit voir sur les murs glacés des cabinets des nutritionnistes ruisseller la graisse perdue de toutes ses congénères…

Des lettres d’amour

Le parcours amoureux désastreux des jeunes années de la ronde est jonché de lettres d'amour, envoyées comme des bouteilles à la mer aux garçons secrètement convoités.

 

Ces missives n'eurent évidemment jamais l'effet escompté… Outre le fait que la ronde les rédigeait dans un style maladroit et pathétique, elle s'arrangeait de surcroit pour les envoyer juste avant que l'élu de son coeur ne s'absente pour de longues semaines. On ne sait jamais, imaginez qu'il ait eu envie de répondre favorablement à sa requête ?

 

Au cours de cette période, la ronde a donc essuyé pas mal de refus. A la décharge des destinataires de ses déclarations écrites, l'absence de spontanéité de sa démarche avait de quoi freiner un quelconque et très éventuel enthousiasme.

 

Surtout, les pauvres hommes n'avaient rien vu venir. Oui, bien sûr, la disponibilité sans limite de leur chère amie leur avait parfois semblé un peu too much. Bien sûr, ils l'avaient sentie à fleur de peau ces derniers jours. Mais elle avait une telle capacité à masquer ses sentiments que vraiment, non, vraiment, ils étaient loin de se douter qu'elle fût capable de tels emportements amoureux…

 

Ne sachant pas bien comment s'y prendre, les garçons repoussaient donc les avances de la ronde, toujours gentîment, parfois maladroitement "ça n'a rien à voir avec ton physique tu sais…". Et pensaient qu'après cette petite mise au point, leur relation d'antan pouvait repartir de plus belle. Mais la ronde, elle, ne l'entendait pas de cette oreille. Blessée, désespérée, elle se sentait flouée. Elle leur avait tant donné… Et puis honnêtement, comment pouvaient-ils croire que toute l'affection qu'elle leur portait était à ce point désintéressée ?

 

En prenant un peu d'âge, la ronde dût toutefois se rendre à l'évidence… Si dans ces histoires amicales ambigües l'un des protagonistes avait trompé l'autre, c'était bien elle. Elle aurait en outre été bien incapable de mener à bien une quelconque relation physique avec ces garçons. Il eut fallu pour cela s'exposer un peu plus que dans une lettre d'amour vouée à l'échec…