Rue hostile

Marcher dans la rue, bomber le torse et regarder droit devant soi. Croiser un groupe de garçons et ne pas flancher. Continuer son chemin, ne pas soutenir leur regard, ne pas baisser les yeux. Serrer très fort les poings dans ses poches et prier pour qu'ils ne la voient pas. Passer tout près d'eux, en tremblant. Sentir son coeur taper plus fort. Frôler un des garçons qui s'est ostensiblement mis en travers de sa route, sans accélérer le pas. S'éloigner et retrouver peu à peu son calme, au fur et à mesure qu'elle prend de la distance.

Entendre, alors qu'elle ne s'y attendait plus, la rumeur des rires mauvais. Recevoir finalement en plein coeur l'invective hostile, plus affutée que la lame d'une épée: "Hé, la grosse !".

Yoyo

Au risque de décevoir certaines d'entre vous, non, je n'affiche pas vraiment moins trois kilos au compteur. Pour la simple et bonne raison que les deux kilos envolés lors de mon séjour à la montagne avaient entre-temps été repris… Donc hier, oui, j'avais perdu un kilo. Récupéré dès ce matin.

 

Le yoyo, c'est moi. Je ne fais pas le yoyo, je suis un yoyo.

 

Mais bon, est-ce la douceur du temps, le regard amoureux de mon aimé, les bouilles de mes petits, ou peut-être aussi vos gentilles paroles ? Il se trouve qu'en ce moment, je me moque un peu de mon poids. ça aussi c'est cyclique, remarquez. Et ça reviendra peut-être. Sûrement. Mais en attendant, je profite.

Tous les ans à la même époque

Tous les ans à la même époque, la ronde se sent gonflée à bloc. Cet été, c'est sûr, elle se mettra en maillot sans problème. Et ce pour la bonne raison que dès demain elle va mettre en branle LE plan minceur de l'année, qui cette fois-ci fera ses preuves. C'en sera fini de l'angoisse avant la plage, des cuisses en feu à force de frotter l'une contre l'autre sous les jupes et des chaussures qui la blessent jusqu'au sang tant ses pieds sont gonflés.

 

Elle va se mitonner un régime aux petits oignons mais sans huile, s'occuper de son corps à grand coups de massages et d'onguents amincissants. Elle va également, sans l'aide de personne tellement elle est forte, s'astreindre tous les matins à dix minutes d'abdos fessiers. Les seules tablettes de chocolat dont il sera bientôt question à son sujet seront celles qu'elle arborera sous des tee-shirts moulants à souhait…

 

Bref, cet été sera celui de la renaissance. La ronde ne sera plus que blonde, les hommes tomberont sur son passage, les copines l'envieront et la supplieront de leur donner son secret. Elle prendra plaisir à arpenter les rues ensoleillées, faisant onduler ses hanches et sentant la caresse des robes légères et soyeuses.

 

Mais bien sûr, chaque année, la ronde remet au lendemain son programme infaillible, tant et si bien qu'au premier juillet, elle n'a pas perdu le moindre petit gramme. Les robes fantasmées resteront sur les rayons, le vieux maillot de bain noir couvrant sera ressorti du fond d'un tiroir et les escarpins de ses rêves dormiront dans leur boite encore scellée. L'été sera une succession de petites vexations et humiliations et la ronde sera bien la seule à attendre secrètement les premiers frimats.

 

Pourtant, dès le mois de mai prochain, l'espoir utopique renaîtra de ses cendres, encore plus fort et plus insensé. Peut-être est-il vital, d'ailleurs. Peut-être que le jour où la ronde cessera de rêver à cet avenir meilleur, elle en perdra le goût de vivre ?

Demain

 

Demain je fais du sport
Demain je jette les tablettes de chocolat qu'il me reste
Demain je bois enfin 2 litres d'eau par jour
Demain je ne mange rien
Demain je reprends rendez-vous avec ma nutritionniste
Demain je descend à l'arrêt de bus avant celui du boulot et je marche
Demain j'emmène mon vélo chez le réparateur pourqu'il change ce pneu crevé depuis un an
Demain j'achète du beurre allégé
Demain j'arrête le beurre
Demain je pense à serrer les fesses cinq minutes toutes les heures même si ça me donne un air constipé
Demain j'entre dans un magasin et j'essaie un pantalon
Demain je me pèse sans trafiquer la balance avant
Demain je fais cuire des tonnes de légumes que je congèlerai pour en avoir toute la semaine
Demain je ne sucre pas mon café
Demain je jette le vrai sucre et j'achète du faux

 

Demain… ah, non, demain en fait ça ne va pas être possible de commencer demain, c'est le goûter d'anniversaire des enfants, ils ne comprendraient pas que je ne goûte pas à leur gâteau. Et puis un gâteau sans chocolat et à l'aspartam, c'est pire qu'une punition, non ?

 

Après-demain, alors…

42, voire 44

Il y a deux jours, la ronde a pris son courage à deux mains. Elle est entrée dans un grand magasin avec la ferme intention de trouver un ou deux vêtements, histoire de ne pas entamer la belle saison sans quelque chose de nouveau. Le premier espace était celui d'une marque célèbre pour ses publicités mettant en scène des mères et des filles, sans qu'on sache parfois laquelle est qui…

 

Sans aucun espoir de trouver quoi que ce soit à sa taille, la marque étant également réputée pour ne pas vraiment s'intéresser aux filles pulpeuses, elle prit malgré tout le temps de caresser les étoffes fragiles, d'admirer les tuniques soyeuses et étroites, et de contempler les robes immaculées et brodées, dans lesquelles même un seul de ses seins n'aurait pu entrer. Alors qu'elle levait les yeux pour attraper un tee-shirt – seul article susceptible de lui aller – elle vit ce petit mot collé en haut d'un rayon:

 

"Nous informons nos aimables clientes que nous n'exposons que les tailles 36, 38 et 40. Pour le 42 voire le 44, nous vous conseillons de vous adresser à nos hotesses"

 

Comme on a pu déjà le constater, la ronde peut vite avoir la moutarde au nez et rapidement sentir l'énervement monter. "42, voire 44…". Ce qui la heurtait le plus, à bien y réfléchir, c'était ce "voire", l'expression d'une probabilité si faible et d'une éventualité si peu imaginable qu'il n'était presque pas utile de la mentionner. Le "voire" signifiait non seulement que la possibilité qu'une cliente réclame une telle taille était quasi nulle mais également qu'il n'y avait que très peu de chances que le magasin ait en l'occurence un tel modèle en réserve.

 

Si la ronde fulminait, alors qu'elle n'avait de toutes façons pas l'intention d'acheter quoi que ce soit, c'est qu'elle réalisait qu'elle était ce "voire", cette monstruosité, ce cas particulier.

 

Alors elle s'en alla, tournant le dos aux exquis habits qui de toute évidence n'avaient pas été façonnés pour elle. Elle pensa qu'elle ne devait pas être la première à se sentir ainsi poussée dehors par cette affichette. Les rondes dépensent en effet une telle énergie à passer inaperçues dans les rayons, que jamais au grand jamais elles n'auraient le courage d'aller réclamer du 42, voire du 44… Et le pire, se dit la ronde, c'est que les responsables du magasin le savaient bien…

Le supplice des chaussures de ski

Sur des skis, la ronde a toujours eu l'impression d'être légère. Depuis toujours, skier lui est naturel et ce sport est le seul, oui vraiment le seul, dans lequel elle n'est pas à proprement parler ridicule. A bien y réfléchir, si la ronde est à l'aise sur les planches, c'est probablement parce qu'en glissant, elle en oublie son poids. Celui-ci devient même un atout, lui permettant d'aller plus vite et de coller à la piste.

 

Bref, sans prétendre au titre de championne, la ronde dévale les bleues, rouges et même noires avec parait-il, un peu de style. C'est dire si ces quelques jours sont attendus chaque année.

 

Pourtant, cette fois-ci, un obstacle de taille faillit l'empêcher de se livrer à son sport préféré.

 

Les chaussures. De ski.

 

Plus un magasin de location ne propose les bonnes vieilles pompes munies d'un seul crochet qu'on serrait en fonction de l'épaisseur de la cheville et dans laquelle on se sentait comme à la maison. Non, désormais, THE chaussure, sans laquelle point de salut, est bardée d'au moins trois ou quatre crochets et monte à mi-mollet. Et forcément, pour la ronde, ce fut le début des emmerdes.

 

"De vraies pantoufles", lui lança en guise de préambule une jeune vendeuse avenante aux jambes fuselées. Pressentant qu'elle n'allait pas partager cet avis tranché, la ronde enfonça sans mot dire son pied dans l'objet redouté. Elle crut dans un premier temps que les crochets n'étaient pas défaits. Erreur. Le premier, placé sur le coup de pied, s'enclencha mais au dernier cran et sans aucune facilité. Le second, ce fut une autre paire de manche. Elle eut besoin de l'aide de la vendeuse, dont l'enthousiasme commençait à s'estomper, pour le fermer. Le troisième opposa encore plus de résistance et finit par céder, arrachant à la ronde un ongle ainsi qu'un cri de douleur. Refusant d'essayer le pied gauche, elle se redressa et parvint à articuler, malgré la souffrance, qu'elle s'y sentait plutôt bien. Sachant bien sûr qu'il n'en était rien et que le plaisir de la glisse s'éloignait à grand pas.

 

Dès le premier remonte-pente, elle s'aperçut de son erreur. Elle avait si mal qu'elle en eut la nausée. Ses mollets, compressés, ne laissaient manifestement plus passer le sang. Tout au moins c'est ce qu'elle en déduit lorsque les fourmillements de ses doigts de pieds commencèrent à monter et qu'elle perdit toute sensation, des orteils aux genoux. La journée tant attendue se borna à attendre ses camarades, assise à la terrasse, toutes chaussures ouvertes.

 

Le lendemain, bravant sa honte et son embarras, elle rendit les instruments de torture – et le mot est faible – demandant à la vendeuse si elle ne louait pas des chaussures plus adaptées à son mollet "un peu rond". Regard presque exaspéré de la jeune fille décidément plus du tout avenante et sentance définitive: "je vous ai déjà donné les plus larges que j'avais". Ah…

 

Pour finir, la ronde dénicha au fond du garage du vieux chalet familial ses anciennes chaussures qu'elle pensait fichues et jetées. Elle les enfila avec délice, et constata qu'elle les fermait toujours. Elle finit par retrouver le plaisir disparu, malgré les avertissements méprisants de la vendeuse, qui, alors qu'elle les ajustait à ses skis, lui prédit en voyant les vieilles godasses: "au minimum une cheville cassée dès la première chute".

 

Sur des skis, la ronde a toujours eu l'impression d'être légère. Depuis toujours, skier lui est naturel et ce sport est le seul, oui vraiment le seul, dans lequel elle n'est pas à proprement parler ridicule. A bien y réfléchir, si la ronde est à l'aise sur les planches, c'est probablement parce qu'en glissant, elle en oublie son poids. Celui-ci devient même un atout, lui permettant d'aller plus vite et de coller à la piste.

 

Bref, sans prétendre au titre de championne, la ronde dévale les bleues, rouges et même noires avec parait-il, un peu de style. C'est dire si ces quelques jours sont attendus chaque année.

 

Pourtant, cette fois-ci, un obstacle de taille faillit l'empêcher de se livrer à son sport préféré.

 

Les chaussures. De ski.

 

Plus un magasin de location ne propose les bonnes vieilles pompes munies d'un seul crochet qu'on serrait en fonction de l'épaisseur de la cheville et dans laquelle on se sentait comme à la maison. Non, désormais, THE chaussure, sans laquelle point de salut, est bardée d'au moins trois ou quatre crochets et monte à mi-mollet. Et forcément, pour la ronde, ce fut le début des emmerdes.

 

"De vraies pantoufles", lui lança en guise de préambule une jeune vendeuse avenante aux jambes fuselées. Pressentant qu'elle n'allait pas partager cet avis tranché, la ronde enfonça sans mot dire son pied dans l'objet redouté. Elle crut dans un premier temps que les crochets n'étaient pas défaits. Erreur. Le premier, placé sur le coup de pied, s'enclencha mais au dernier cran et sans aucune facilité. Le second, ce fut une autre paire de manche. Elle eut besoin de l'aide de la vendeuse, dont l'enthousiasme commençait à s'estomper, pour le fermer. Le troisième opposa encore plus de résistance et finit par céder, arrachant à la ronde un ongle ainsi qu'un cri de douleur. Refusant d'essayer le pied gauche, elle se redressa et parvint à articuler, malgré la souffrance, qu'elle s'y sentait plutôt bien. Sachant bien sûr qu'il n'en était rien et que le plaisir de la glisse s'éloignait à grand pas.

 

Dès le premier remonte-pente, elle s'aperçut de son erreur. Elle avait si mal qu'elle en eut la nausée. Ses mollets, compressés, ne laissaient manifestement plus passer le sang. Tout au moins c'est ce qu'elle en déduit lorsque les fourmillements de ses doigts de pieds commencèrent à monter et qu'elle perdit toute sensation, des orteils aux genoux. La journée tant attendue se borna à attendre ses camarades, assise à la terrasse, toutes chaussures ouvertes.

 

Le lendemain, bravant sa honte et son embarras, elle rendit les instruments de torture – et le mot est faible – demandant à la vendeuse si elle ne louait pas des chaussures plus adaptées à son mollet "un peu rond". Regard presque exaspéré de la jeune fille décidément plus du tout avenante et sentance définitive: "je vous ai déjà donné les plus larges que j'avais". Ah…

 

Pour finir, la ronde dénicha au fond du garage du vieux chalet familial ses anciennes chaussures qu'elle pensait fichues et jetées. Elle les enfila avec délice, et constata qu'elle les fermait toujours. Elle finit par retrouver le plaisir disparu, malgré les avertissements méprisants de la vendeuse, qui, alors qu'elle les ajustait à ses skis, lui prédit en voyant les vieilles godasses: "au minimum une cheville cassée dès la première chute".

Cauchemar honteux

Cette nuit j'ai rêvé que je ne parvenais pas à sortir d'une chambre d'hôtel, parce que je ne passais pas la porte.

 

Je suis bien consciente que c'est un pur délire et que si, en effet, j'ai, comme vous avez pû le comprendre depuis le temps, quelques petits problèmes de poids, je suis loin, vraiment loin d'être plus large qu'une embrasure de porte. Et pourtant, ça semblait tellement vrai… Je souffrais vraiment dans ce rêve, pas tant d'être coincée bêtement, la moitié du corps à l'intérieur de la chambre et l'autre dans le couloir – cocasse, quand on y pense – mais plutôt de la honte éprouvée.

 

J'ai honte, voilà. Souvent, j'ai honte. Et ce sentiment ne me quitte pas, ou peu, il colle à mes vêtements, à ma peau et à mes tripes. Peur du ridicule, des regards narquois et des sarcasmes.

 

Peur aussi injustifiée la plupart du temps que ne pas passer les portes, étant plutôt entourée d'âmes bienveillantes.

Shoot de bouffe

Dabord, il y a la réminiscence d'un goût aimé. Souvent sucré. L'idée d'un carré de chocolat au lait, la douceur d'une madeleine ou l'acidité délicieuse d'une tarte au citron, par exemple. Petit à petit, ce souvenir s'installe insidieusement et se rappelle à toi de manière obsédante. Il t'en faut. Tu essaies de chasser l'envie, de penser à autre chose. Mais tu salives de plus en plus, tu ne peux plus rien faire, il t'en faut. Tu sais que chez toi, il n'y a rien de tout ça, tu t'interdis d'en acheter, pour ne pas céder. Mais aujourd'hui, ça ne changera rien.

 

Un fumeur hésite-t-il à traverser la ville le dimanche soir pour trouver un paquet de cigarettes ?

 

C'est décidé, tu y vas. Tu cours vers le supermarché le plus proche. Tu prends, vite, la tablette de chocolat à l'origine de la compulsion. Et comme tu sais qu'une fois la crise enclenchée, ça ne suffira pas, tu rafles quelques paquets de gâteaux, peu importe lesquels. Une fois ton butin amassé, tu rentres chez toi et prends le temps de t'installer. Tu sais que le bonheur sera de courte durée, alors autant l'optimiser.

 

Assise sur ton canapé, la télécommande à portée de main, tu déchires soigneusement le papier argenté. La vue du chocolat velouté excite tes papilles. Tu casses un morceau, et le porte à ta bouche, fébrile et impatiente. Les premiers effluves parviennent à tes narines et commencent à calmer le manque. Puis ta langue apprécie la douceur sans aspérité du petit carré. Très vite, le jus divin tapisse ton palais. Les récepteurs transmettent à ton cerveau la sensation de bien-être. Tu te sens calme, tes pensées errent sans entraves, ton corps se détend. Tu n'es plus ici, tu n'es plus toi, tu n'es plus que ce carré de chocolat qui fond voluptueusement pour couler ensuite dans ta gorge.

 

Le shoot a commencé.

 

La première bouchée est la meilleure, la seule qui vaille. Les autres ne seront que de vaines tentatives de parvenir à nouveau à l'extase. Et cette impossibilité te poussera alors à engloutir, de rage et de désespoir, tout ce que tu as acheté en plus. Jusqu'à l'écoeurement ultime, la nausée finale.

 

Seulement toi, tu ne vomis pas. Tu n'as jamais su, jamais pu. Oh, tu as essayé, tu as enfoncé ton doigt dans ta gorge plus d'une fois. Mais ton corps refuse. Il veut garder ce que tu viens de lui donner. Non, tu ne vomiras pas, tu ne sais que te remplir.

 

La descente est aussi douloureuse que la montée fut euphorique. La culpabilité te fait mal. Tu pétris ton ventre violemment, tu te frapperais si tu le pouvais. Pour te calmer, tu finis par t'inventer un demain différent. Oui, c'était la dernière crise. Demain, tout à l'heure, même, tu feras du sport. Tu ne mangeras rien, ou alors si peu. Demain, tu maigriras. Demain, tu décrocheras.

Lundi gras et chagrin

 

Le bouton du jean qui peine à se fermer;

 

Le bas du pantalon qui semble avoir pris feu tant il est plus court que d'habitude – normal, il est plus rempli en haut, donc il rétrécit;

 

Les coutures des manches du tee-shirt qui ondulent le long du bras;

 

La culotte qui serre aux cuisses et à la taille;

 

Le haut des chaussettes qui parait plus elastique que d'ordinaire et qui scie le mollet;

 

Le soutien-gorge qui ne s'est pas fermé au deuxième cran mais au troisième, et qui malgré tout fait garrot, laissant apparaître sous le pull un gracieux bourrelet dans le dos;

 

Devant, ce sont les seins eux-même qui rebondissent des bonnets, donnant l'impression que non pas deux mais quatre seins s'y disputent un peu de place;

 

Les chaussures, qui ont perdu une taille dans la nuit;

 

Et la balance, qui vient confirmer ce que la ronde savait déjà: deux kilos se sont incrustés dans chaque milimètre de son corps malmené ce week-end.

 

Lundi chagrin.

Cadeaux empoisonnés

Savoir recevoir un cadeau et surtout faire bonne figure lorsque le dit présent ne plait pas, n'est pas chose aisée. Mais pour la ronde, en ces temps d'anniversaire, l'exercice est encore plus angoissant.

 

Sa grande peur, dans ces circonstances, est de se voir offrir un vêtement. Elle n'a d'ailleurs jamais bien compris comment il était possible qu'on persiste encore à lui acheter chemise, tee-shirt, pull ou même jupe, tant il lui semble évident que dénicher quelque chose qui lui ira vraiment est un pari improbable.

 

Pourtant, régulièrement, on lui remet un paquet qui, dès la palpation, ne laisse aucun doute. Une fringue. L'intention est toujours si bonne qu'elle ne voudrait pas avoir l'air ingrate: elle est sincèrement touchée. Seulement voilà. Les âmes amies ne se contentent en général pas d'un "merci c'est adorable et super joli". Dès le papier arraché et le vêtement déplié, la ronde entend l'inévitable et redouté "va l'essayer, si ça ne va pas on peut changer".

 

Difficile de décrire là les affres auxquels elle est alors confrontée. Refuser d'optempérer risque de vexer celui qui vient, fébrile, de lui offrir le présent. Mais accepter, c'est s'exposer aux regards déçus et gênés de ce dernier. Parce que bien sûr, neuf fois sur dix, ça ne lui va pas. Il y a d'ailleurs une explication très simple à cela. Les gens qui aiment la ronde ne la "voient" pas. Cela ne leur viendrait donc pas à l'esprit d'acheter une jupe en 44 ou un petit haut en taille 4. Ils ne réalisent pas non plus forcément que cet adorable cache-coeur en maille couvrira à peine la moitié de ses seins.

 

La ronde parvient régulièrment à esquiver le défilé de mode post-gateau d'anniversaire, mais parfois, elle s'y colle, empruntée. Elle sort de sa chambre le ventre rentré et se dandine maladroitement, tirant nerveusement sur le petit – très petit – pull, du coup déjà foutu pour un éventuel échange, tout en faisant mine d'adorer cette nouvelle tenue. Elle joue si bien la comédie que tout le monde est ravi, mais toutefois soulagé lorsqu'elle prétexte une température trop ou pas assez élevée pour rester ainsi et qu'elle repart se changer.

 

Au fil des années, les uns et les autres ont compris qu'après tout, les livres et autres nourritures spirituelles étaient des cadeaux moins risqués.

 

Surtout, l'homme est arrivé. Il a lui décidé que la ronde porterait vraiment des mini cache-coeur, des soutiens-gorge pigeonnants et autres débardeurs aux décolletés provoquants. Et petit à petit, la ronde s'est prise au jeu de défilés olé olé, très vite déshabillés…