Perles de nutritionnistes

Quelques phrases banales de nutritionnistes ou médecins en tous genre, lancées à la ronde – ou à ses congénères, parfois – au cours de ses innombrables visites…

– Que les choses soient claires, vous ne serez jamais top model. Ah ?


– Mon dieu mais vos jambes sont de vrais poteaux ! Vous avez au moins trois kilos de flotte dans les cuisses, là. Ah quand même…


– Non seulement vous êtes lourde, madame, mais vous êtes surtout très grasse. Et pan!…


– Vous êtes typiquement gynoïde. (puis, devant l’air paniqué de la ronde qui se demande si c’est incurable: « autrement dit, vous avez la forme d’une poire ».) Finalement, je préfère qu’on en reste à gynoïde…


– Il faut que vous compreniez bien: c’est TOUTE VOTRE VIE qu’il faudra faire attention.


– En deux mois vous avez perdu 500 gr. Ce n’est vraiment pas assez. Vous avez multiplié les écarts, là, hein ? Si, si mademoiselle. Ce n’est pas la peine de me mentir, je le vois. Vous avez repris trois centimètres de tour de ventre.


– Pour votre tablier ventral, malheureusement, il n’y a que la chirurgie. Tablier ventral.. miam.


– Vous êtes grosse depuis vingt ans, alors il ne faut pas non plus espérer tout perdre en deux mois.


– Avec vos antécédents, il y a de fortes chances que vous ayez déjà du cholestérol. Et dans dix ans, ce sera le diabète. Où est la fenêtre, qu’on en finisse tout de suite?


– A 30 ans, votre corps brûle déjà beaucoup moins d’énergie qu’à 20. Sachant qu’à partir de 50 ans, une femme normale a naturellement tendance à grossir, je vous laisse imaginer ce qui vous attend… J’imagine, j’imagine…


– « Vous savez mademoiselle, il n’y a pas de secret. Pour maigrir il faut manger moins. A Auschwitz, il n’y avait pas de gros. »… Classe et approprié.

Larmes de ronde

La ronde voudrait parfois être une toute petite chose…

 

Elle envie depuis toujours ses copines – pour la plupart belles et minces – qui, lorsqu'elles pleurent, attirent les garçons comme des abeilles sur un pot de miel. Une fille qui pleure est si "touchante", confient-ils, se transformant en guimauves ridicules.

 

La ronde, quand elle pleure, a le sentiment pour sa part d'être juste pathétique. Contrairement à ses copines, ses yeux ne se contentent pas de se remplir de larmes, ils gonflent instantanément et deviennent aussi rouges que ceux des lapins albinos. D'étranges plaques roses et urticantes apparaissent ensuite ça et là sur son visage. Ne parlons pas de son nez qui bien sûr se met à couler abondamment. Les reniflements bruyants ainsi provoqués finissent d'anéantir l'aspect soit-disant romantique d'un chagrin de fille.

 

Les rares fois où la ronde s'est effondrée, ses amis garçons se sont donc en général contentés d'une grande claque dans le dos – la même qu'ils auraient probablement réservée à leur meilleur ami – ou pire, de lui tendre un verre d'alcool, sur le mode "bois un coup ça va passer tout ça". Passons sur les "pleure tu pisseras moins" censés la consoler. Rien à voir donc avec les cajoleries exaspérantes dont bénéficient les belles désespérées dès leur premier sanglot.

 

Condamnée à avoir le sens de l'humour – une grosse qui en est dépourvue est tout bonnement infréquentable – la ronde a donc pris le parti d'en rire un peu plus que les autres, les dents serrées parfois.

La corde à noeuds

Les cours de sport étaient à la ronde ce que les contrôles de maths sont aux nuls en algèbre ou les dictées aux dislexiques: un enfer. Et le mot n'est pas assez fort.

Le calvaire commençait dès les vestiaires où il fallait enfiler l'atroce survêtement. La ronde se changeait dans un coin, le plus vite possible, tremblant à l'idée que les garçons, craints et haïs de la 6ème à la terminale, fassent leur apparition. Ces derniers, atroces avortons boutonneux, cherchaient en effet par tous les moyens à reluquer les filles en culottes et s'introduisaient régulièrement et illicitement dans leur coin réservé. Ils ne se privaient alors pas au passage de s'acharner sur la ronde qui n'en demandait évidemment pas tant. Elle sortait du vestiaire sous les quolibets, rasant les murs et ravalant ses sanglots, rouge de honte et de colère.

Les cours d'athlétisme étaient ceux qu'elle appréhendait le plus. Elle y vivait une succession d'humiliations. Au sprint, elle ne sut jamais démarrer sur les starting-blocks. Au coup de sifflet, ses fesses se levaient, mais ses jambes refusaient de suivre l'impulsion, résultat, la ronde mangeait littéralement la poussière une fois sur deux. En ce qui concerne le saut en hauteur, elle cherche encore à déterminer lequel du droit ou du gauche était son pied d'appel. Est-ce pour cela ou parce que son corps était trop dûr à soulever, mais pas une seule fois elle ne franchit la barre, même lorsque celle-ci était au niveau du matelas.

 

Un jour, au lancer de poids, le prof de gym suggéra aux autres élèves, avec cet humour qui le caractérisait, de la lancer elle.

 

Passons sur les heures passées accrochée en bas d'une corde impossible à monter. Le prof avait ce jour là décidé qu'on y passerait le cours s'il fallait, mais qu'elle grimperait. Dans l'hilarité générale, ses mains glissèrent des dizaines de fois jusqu'à en être brûlées sans jamais arriver à la hisser. Elle aurait voulu étrangler son bourreau avec la corde à noeuds.

 

Les sports collectifs ne lui réussissaient pas plus. Elle fit perdre tous les relais auxquels elle participa et fût invariablement la dernière à être choisie dans les équipes de volley, handball ou basket.

 

Réalisant très vite qu'elle ne s'améliorerait jamais et que le professeur de gym ne ferait rien pour la faire progresser, bien au contraire, la ronde étudia alors les divers moyens de sécher les cours. C'est à cette époque qu'elle eut ses premières règles. Si ses amies en étaient incommodées, elle bénit pour sa part le ciel de l'avoir faite femme. Invoquant des cycles anarchiques, elle multiplia les dispenses, marquées de ce mot adoré: "INDISPOSEE"…

Mercredis chagrins

Je crois que je pourrais publier le black book des nutritionnistes. A 13 ans, j'en voyais déjà un. Le mercredi, mes copines allaient à la danse, prenaient des cours de dessin ou même, ne faisaient rien. Moi j'allais chez le médecin des gros.

A l'heure des premiers flirts, je montais sur la balance et redoutais les reproches exaspérés du contrôleur de kilos. Qui m'expliquait que je n'étais pas juste ronde, enveloppée, ou grassouillette, mais bel et bien obèse.

Quand je sortais de son cabinet, mon moral était si bas que je me boulottais en cachette du nutella.

En rêvant à la jeune femme mince que je deviendrais, assurément.

Profs de gym

Parmi les profs de gym de la ronde, il y eut un militaire parachutiste viré de l'armée, un footballeur raté, un marathonien frustré et une quantité de femmes qui auraient manifestement voulu être des hommes, à en juger la longueur des poils de leurs mollets. Dès le premier cours de l'année, tous ces êtres aigris identifiaient la ronde comme bête noire potentielle.

 

Elle leur servit durant toute sa scolarité de faire-valoir, d'exutoire et de défouloir. En braquant les projecteurs sur sa nullité, le prof de gym déclenchait facilement l'hilarité, se gagnant ainsi les faveurs des caïds de la classe. En gros, la ronde était le dommage collatéral d'une technique pédagogique bien rodée: détourner la haine naturelle qu'ont les élèves pour leurs professeurs vers un être encore moins aimable, en l'occurence, la grosse.

 

Et c'est peu dire que se moquer de la ronde lors des cours de gym était chose aisée…

Des kilos qui rapportent

A chaque fois qu'elle consulte une nouvelle nutritionniste, la ronde espère secrètement que celle-ci sera vieille, grosse et moche.

La démarche d'aller montrer sa graisse à une parfaite inconnue représente déjà un certain effort. Mais lorsque cette personne s'avère être une femme filiforme, chic et guindée, ça relève de la punition. Les cabinets des nutritionnistes sont toujours rutilants, classieux et situés la plupart du temps dans les beaux quartiers. La ronde se sent toujours comme une intruse dans ces salles d'attente dont rien ne dépasse et qui sentent l'argent à plein nez. Elle se voit alors comme une verrue dans cet univers feutré et compassé.

Pourtant, elle ne devrait pas. Elle devrait plutôt garder à l'esprit que ce sont ses kilos et tous ceux de ses soeurs de galères, qui ont payé le moindre centimètre carré du parquet ciré, des meubles design ou des toiles de maître bien alignées.

Parfois, elle croit voir sur les murs glacés des cabinets des nutritionnistes ruisseller la graisse perdue de toutes ses congénères…

Des lettres d’amour

Le parcours amoureux désastreux des jeunes années de la ronde est jonché de lettres d'amour, envoyées comme des bouteilles à la mer aux garçons secrètement convoités.

 

Ces missives n'eurent évidemment jamais l'effet escompté… Outre le fait que la ronde les rédigeait dans un style maladroit et pathétique, elle s'arrangeait de surcroit pour les envoyer juste avant que l'élu de son coeur ne s'absente pour de longues semaines. On ne sait jamais, imaginez qu'il ait eu envie de répondre favorablement à sa requête ?

 

Au cours de cette période, la ronde a donc essuyé pas mal de refus. A la décharge des destinataires de ses déclarations écrites, l'absence de spontanéité de sa démarche avait de quoi freiner un quelconque et très éventuel enthousiasme.

 

Surtout, les pauvres hommes n'avaient rien vu venir. Oui, bien sûr, la disponibilité sans limite de leur chère amie leur avait parfois semblé un peu too much. Bien sûr, ils l'avaient sentie à fleur de peau ces derniers jours. Mais elle avait une telle capacité à masquer ses sentiments que vraiment, non, vraiment, ils étaient loin de se douter qu'elle fût capable de tels emportements amoureux…

 

Ne sachant pas bien comment s'y prendre, les garçons repoussaient donc les avances de la ronde, toujours gentîment, parfois maladroitement "ça n'a rien à voir avec ton physique tu sais…". Et pensaient qu'après cette petite mise au point, leur relation d'antan pouvait repartir de plus belle. Mais la ronde, elle, ne l'entendait pas de cette oreille. Blessée, désespérée, elle se sentait flouée. Elle leur avait tant donné… Et puis honnêtement, comment pouvaient-ils croire que toute l'affection qu'elle leur portait était à ce point désintéressée ?

 

En prenant un peu d'âge, la ronde dût toutefois se rendre à l'évidence… Si dans ces histoires amicales ambigües l'un des protagonistes avait trompé l'autre, c'était bien elle. Elle aurait en outre été bien incapable de mener à bien une quelconque relation physique avec ces garçons. Il eut fallu pour cela s'exposer un peu plus que dans une lettre d'amour vouée à l'échec…

Achats à proscrire

En tête des erreurs typiques d'une ronde à ne pas commettre, figure l'achat d'un vêtement trop petit de deux tailles, "mais qui ira très bien après un petit régime". Pourquoi, me direz-vous, la ronde ne pourrait-elle parier sur un tel amaigrissement ?

 

Pourquoi ? Et bien parce que la ronde devrait se souvenir qu'elle est perpétuellement en cours de régime et que les restrictions quotidiennes qu'elle s'impose lui permettent tout juste de ne pas grossir. Or, pour perdre une taille, il faut compter deux-trois kilos en moins. Pour deux tailles, quatre à six kilos. Autrement dit, le vêtement acheté ne lui ira jamais.

 

Pourtant, oui, pourtant, l'armoire de la ronde croule sous le poids de pantalons, jupes, et même robes acquis chèrement il y a des années et dont l'étiquette n'a pas été arrachée… Le pire, c'est que même après une perte de poids, elle ne les mettra pas. Soit ils sont devenus trop grands – rarement tout de même, ne nous emballons pas. Soit la ronde n'a pas maigri au bon endroit – beaucoup plus probable malheureusement, rappelons en effet qu'il est rare de perdre des hanches et des fesses alors que c'est toujours là que le bas blesse ou que le pantalon coince. Dernière possibilité tout à fait probable, les habits en question sont totalement démodés, vu le temps écoulé depuis leur acquisition.

 

Les vêtements trop petits sont donc voués à rester dans sa penderie pour la narguer, lui rappelant quotidiennement tous les kilos qu'elle ne perdra jamais…

 

Pour autant, la ronde ne se résoudra jamais à les jeter, ni même à les donner… "On ne sait jamais, un jour peut-être, après un petit régime…"

Une ronde qui drague..

Pour repérer une ronde qui drague, il vous suffit de chercher celle qui regarde ses chaussures, planquée dans un coin.

 

Oui, la ronde a une technique d'approche très particulière. Disons, pour être indulgente, qu'elle en a deux. La première consiste donc à se faire la plus petite possible et à ignorer ostensiblement l'élu de son coeur. Mais attention, elle ne fait pas cela dans un esprit conquérant, genre "plus je vais l'ignorer, plus je vais l'intriguer". Non, le risque pour une ronde serait plutôt que le garçon la regarde… Elle ne conçoit en effet pas du tout pouvoir séduire qui que ce soit. Si le garçon convoité se met à la mater, sûr que ce sera pour se moquer, pense-t-elle.

 

La ronde a donc passé de longues soirées à rêver qu'un prince pas comme les autres l'inviterait à danser, tout en frémissant d'horreur à l'idée que cela puisse arriver.

 

La deuxième façon de draguer de la ronde est totalement différente mais tout aussi inefficace. Elle devient amie avec l'être secrètement aimé. Il n'y a pas de meilleure amie pour un garçon qu'une ronde amoureuse de lui. Compréhensive comme aucune autre, elle s'intéresse au moindre de ses faits et gestes tout en prenant garde de n'être jamais envahissante. Elle l'accompagne dans ses pires virées alcoolisées, ne recule devant aucune plaisanterie paillarde. C'est simple, elle devient le pote dont l'homme a toujours rêvé, avec ce petit truc en plus de féminité, bien pratique lorsque le garçon en question a besoin d'une épaule pour pleurer. Parce que ce qu'elle fait de mieux, la ronde amoureuse, c'est consoler son protégé après qu'une autre qu'elle, la folle, l'ait jeté. Oui, la ronde amoureuse est mieux qu'une amie, elle est la mère, la soeur, la femme sans les mauvais côtés. Elle ne se vexe pas, est toujours là. On peut même à l'occasion poser sa tête sur son sein généreux.

 

Ce que l'homme convoité ne semble pas voir durant cette lune de miel platonique, c'est que sous ce sein généreux un coeur palpite… Bientôt, la ronde n'y tiendra plus, il lui faudra lui avouer, que tout cela, et bien non, ce n'était pas vraiment de l'amitié.

 

Mais c'est une autre histoire…

Sous les jupes des rondes

"Le printemps arrive, les filles vont se dévêtir et les jupes
vont raccourcir", se réjouissaient récemment deux amis. Oui, le
printemps arrive. Et cette nouvelle est loin de ravir la ronde…

Avec les beaux jours, il faudra dire adieu aux grands pulls et
manteaux qui certes ne cachent rien mais sont autant de remparts entre
son corps et les regards inquisiteurs. Au revoir aussi, les bottes
moulantes qui galbent le mollet.

Qui dit chaudes journées dit aussi jambes nues. Terminé, l'effet
ventre plat des collants amincissant. Envolée, l'illusion d'une jambe
fuselée grâce au dieu lycra.

L'été apporte aussi sont lot de désagréments. Les pieds gonflés sont
sciés par les brides des chaussures estivales. La ronde s'essoufle plus
vite. Elle transpire plus que la moyenne et souffre de maux de tête dès
les premières chaleurs.

Mais surtout, l'été signifie pour la ronde l'apparition du syndrome
aussi douloureux qu'honteux des "cuisses qui frottent". Cette affection
qui peut faire sourire à première vue, résulte, comme son nom
l'indique, de l'excédent de gras se situant en haut des cuisses. Celles
ci frottent l'une contre l'autre à chaque pas effectué. Avec la
chaleur, les jambes ont tendance à gonfler, ce qui ne fait qu'accentuer
le phénomène. Au départ, la sensation est tout juste désagréable. Mais
en cas de marche prolongée, les peaux s'échauffent et les cuisses n'en
finissent pas de se blesser mutuellement. Comme du papier de verre
frotté sur des plaies à vif. En fin de journée, l'entrejambe est en
sang et la brûlure est insupportable. Pourtant, la ronde préfèrerait
mourir plutôt que de parler de cette meurtrissure.

L'été approche et les garçons se réjouissent. Ils sont loin de se douter des souffrances tapies sous les jupes des rondes…