Oral de rattrapage pour les grosses

"-3 kilos avant le maillot". C'est la deuxième salve des magasines féminins. Après le "Spécial maigrir" du mois d'avril, il y a une session de rattrapage pour celles qui auraient loupé l'écrit. Donc là, il ne s'agit plus du tout de maigrir "progressivement, en mangeant de tout" – ou presque – mais de littéralement s'affamer pendant les trois semaines qui restent avant le lancement officiel de la saison du maillot…

 

Inutile de vous préciser que la ronde a déjà essayé ce genre de diète musclée. Les kilos finissent bien sûr par s'en aller, pour mieux revenir dès le premier barbecue du mois de juillet ou le deuxième apéro du mois d'août. Vous avez donc une petite chance de commencer l'été allégée et une forte probabilité de le terminer bien engoncée…

 

Le corps se venge toujours, n'oubliez pas…

Devoir de mémoire

La nuit dernière, ma cocotte a fait un cauchemar. Pas juste un mauvais rêve, non, un de ces cauchemars qui vous laissent en sueur dans vos draps trempés, le coeur battant la chamade et l'angoisse plantée en plein ventre. Un de ceux sur lesquels la magie d'un verre d'eau n'opère pas, pas plus que les calins d'une maman ensommeillée. Un vilain songe vicieux qui revient dès que les paupières se referment.

Après nous être réveillés trois fois, nous l'avons calée entre nous deux – ouh, c'est mal – deux parents épuisés sachant que même les plus odieux rêves d'enfants ne résistent tout de même pas aux gardiens farouches et belliqueux que sont un papa et une maman en manque de sommeil.

Le lendemain, ma fille ayant réussi à retrouver son calme, a réussi à me raconter le fameux cauchemar. "Il y avait ce monsieur très méchant, tu sais maman, qui voulait m'emmener loin d'ici pour me prisonnier et me tuer, avec plein d'autres enfants. Tu sais, "Adof Hiter"".

Adof Hiter… J'ai tout de suite mieux compris sa terreur nocturne. Moi même je n'apprécierais pas trop que le bonhomme vienne me rendre visite en pleine nuit.

Une question tout de même: pourquoi Adof Hiter ? A ma connaissance la seconde guerre mondiale ne fait pas encore partie du programme de troisième année de maternelle. L'explication est en réalité très simple. Il y a deux jours, alors que j'étais à Berlin  (!), une cérémonie du souvenir a été organisée dans l'école maternelle, en hommage aux nombreux enfants disparus pendant la rafle du Vel d'Hiv. Après la pose d'une plaque commémorative, les enseignants ont tenté d'expliquer ce qui était arrivé à ces petits. Sans se douter qu'"Adof Hiter" occuperait beaucoup de place dans la tête de leurs jeunes élèves…

J'ai bien tenté d'expliquer à ma fille que le monstre était mort et qu'il ne risquait pas de revenir de sitôt. Se souvenir était bien sûr essentiel, mais il ne fallait plus avoir peur. Terminé ma biche, on n'y pense plus, rideau. Elle m'a regardée perplexe, puis m'a lancé:

"Alors pourquoi ma maitresse nous a dit que si on n'y pense plus ça risque de se reproduire ?"

A ce moment là j'ai compris qu'elle s'efforçait, depuis la pose de la plaque, de garder tous ces enfants morts à l'esprit, de peur que l'histoire ne se répète…

Lui et moi dans la rue

"- Je suis aussi grosse que cette fille, là ?

– Laquelle ?

– Celle-là, là, juste devant toi.

– Ben, elle est pas grosse cette fille.

– Elle est pas grosse ? Tu rigoles ? Tu veux dire que je suis plus grosse qu'elle ? Super.

– Mais non, j'ai pas dit ça, tu n'es pas grosse non plus, c'est tout.

– Oui, et bien désolée, mais à partir d'aujourd'hui, navrée de t'annoncer que ton jugement ne vaut plus grand chose. Parce que si cette fille là, devant, là, n'est pas énorme pour toi, alors le fait que tu me trouves ne serait-ce qu'enrobée m'inquiète vraiment. Cette nana, elle a un cul pas possible, c'est incroyable que tu ne t'en rendes pas compte. Il fait deux fois le mien, merde !

– Putain, si tu sais qu'elle est plus grosse que toi alors pourquoi tu me demandes ? Je m'en fous, du cul de cette fille, à la fin ! Le tien me plait, c'est l'essentiel, non ?

– L'essentiel ce serait que tu me regardes vraiment. Je ne vois pas comment mon cul peut te plaire, c'est tout. Et je ne peux pas supporter l'idée que tu me trouves plus grosse que cette fille obèse. Je crois que je vais rentrer, je ne me sens pas bien."

Rue hostile

Marcher dans la rue, bomber le torse et regarder droit devant soi. Croiser un groupe de garçons et ne pas flancher. Continuer son chemin, ne pas soutenir leur regard, ne pas baisser les yeux. Serrer très fort les poings dans ses poches et prier pour qu'ils ne la voient pas. Passer tout près d'eux, en tremblant. Sentir son coeur taper plus fort. Frôler un des garçons qui s'est ostensiblement mis en travers de sa route, sans accélérer le pas. S'éloigner et retrouver peu à peu son calme, au fur et à mesure qu'elle prend de la distance.

Entendre, alors qu'elle ne s'y attendait plus, la rumeur des rires mauvais. Recevoir finalement en plein coeur l'invective hostile, plus affutée que la lame d'une épée: "Hé, la grosse !".

Yoyo

Au risque de décevoir certaines d'entre vous, non, je n'affiche pas vraiment moins trois kilos au compteur. Pour la simple et bonne raison que les deux kilos envolés lors de mon séjour à la montagne avaient entre-temps été repris… Donc hier, oui, j'avais perdu un kilo. Récupéré dès ce matin.

 

Le yoyo, c'est moi. Je ne fais pas le yoyo, je suis un yoyo.

 

Mais bon, est-ce la douceur du temps, le regard amoureux de mon aimé, les bouilles de mes petits, ou peut-être aussi vos gentilles paroles ? Il se trouve qu'en ce moment, je me moque un peu de mon poids. ça aussi c'est cyclique, remarquez. Et ça reviendra peut-être. Sûrement. Mais en attendant, je profite.

Tous les ans à la même époque

Tous les ans à la même époque, la ronde se sent gonflée à bloc. Cet été, c'est sûr, elle se mettra en maillot sans problème. Et ce pour la bonne raison que dès demain elle va mettre en branle LE plan minceur de l'année, qui cette fois-ci fera ses preuves. C'en sera fini de l'angoisse avant la plage, des cuisses en feu à force de frotter l'une contre l'autre sous les jupes et des chaussures qui la blessent jusqu'au sang tant ses pieds sont gonflés.

 

Elle va se mitonner un régime aux petits oignons mais sans huile, s'occuper de son corps à grand coups de massages et d'onguents amincissants. Elle va également, sans l'aide de personne tellement elle est forte, s'astreindre tous les matins à dix minutes d'abdos fessiers. Les seules tablettes de chocolat dont il sera bientôt question à son sujet seront celles qu'elle arborera sous des tee-shirts moulants à souhait…

 

Bref, cet été sera celui de la renaissance. La ronde ne sera plus que blonde, les hommes tomberont sur son passage, les copines l'envieront et la supplieront de leur donner son secret. Elle prendra plaisir à arpenter les rues ensoleillées, faisant onduler ses hanches et sentant la caresse des robes légères et soyeuses.

 

Mais bien sûr, chaque année, la ronde remet au lendemain son programme infaillible, tant et si bien qu'au premier juillet, elle n'a pas perdu le moindre petit gramme. Les robes fantasmées resteront sur les rayons, le vieux maillot de bain noir couvrant sera ressorti du fond d'un tiroir et les escarpins de ses rêves dormiront dans leur boite encore scellée. L'été sera une succession de petites vexations et humiliations et la ronde sera bien la seule à attendre secrètement les premiers frimats.

 

Pourtant, dès le mois de mai prochain, l'espoir utopique renaîtra de ses cendres, encore plus fort et plus insensé. Peut-être est-il vital, d'ailleurs. Peut-être que le jour où la ronde cessera de rêver à cet avenir meilleur, elle en perdra le goût de vivre ?

Demain

 

Demain je fais du sport
Demain je jette les tablettes de chocolat qu'il me reste
Demain je bois enfin 2 litres d'eau par jour
Demain je ne mange rien
Demain je reprends rendez-vous avec ma nutritionniste
Demain je descend à l'arrêt de bus avant celui du boulot et je marche
Demain j'emmène mon vélo chez le réparateur pourqu'il change ce pneu crevé depuis un an
Demain j'achète du beurre allégé
Demain j'arrête le beurre
Demain je pense à serrer les fesses cinq minutes toutes les heures même si ça me donne un air constipé
Demain j'entre dans un magasin et j'essaie un pantalon
Demain je me pèse sans trafiquer la balance avant
Demain je fais cuire des tonnes de légumes que je congèlerai pour en avoir toute la semaine
Demain je ne sucre pas mon café
Demain je jette le vrai sucre et j'achète du faux

 

Demain… ah, non, demain en fait ça ne va pas être possible de commencer demain, c'est le goûter d'anniversaire des enfants, ils ne comprendraient pas que je ne goûte pas à leur gâteau. Et puis un gâteau sans chocolat et à l'aspartam, c'est pire qu'une punition, non ?

 

Après-demain, alors…