Rencontre avec Mélanie Thierry, une beauté réservée

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Il y a quelques jours, je vous avais raconté comment j'avais découvert qu'il n'était pas nécessaire de porter un gilet pare balles en alu pour tenir une caméra sur un tournage. Tout ça en réalisant un de mes rêves, pénétrer la magie d'un plateau de cinéma et voir un film en train de se faire, "Comme des frères", en l'occurence.

A cette occasion, j'ai aussi rencontré l'un des personnages du film. Charlie. Qui est une femme, d'ailleurs. Incarnée par Mélanie Thierry. On m'avait laissé le choix, Duvauchelle, Demaison, Ninney ou Mélanie Thierry. Je ne saurais vraiment expliquer pourquoi mais c'est immédiatement cette dernière qui s'est imposée dans mon esprit. Peut-être parce que je l'avais croisée il y a longtemps, dans les coulisses d'un concert, au bras de son amoureux Raphaël. Et que j'avais été littéralement saisie par sa beauté. Je veux dire, il y a des femmes qui sont belles, imposantes, impressionnantes. Mélanie Thierry, je l'avais trouvée irradiante. Un visage angélique, qui aurait pu être peint par un autre Raphaël. Et ce qui je pense m'avait d'autant plus intriguée, c'était cette timidité qui émanait d'elle, malgré la régularité parfaite des traits, la reconnaissance de ses pairs acteurs et la bombitude de son fiancé.

Je sais bien que ça ne s'explique pas, je sais bien que ça se saurait si c'était si simple, s'il suffisait d'être canon pour être sûre de soi. Il n'empêche que m'étant moi même considérée toute ma vie comme ce qu'on appelle une fille "sympa" ("elle est jolie ? Comment te dire, elle est… sympa"), je crois avoir toujours été convaincue que la joliesse appelait la confiance en soi.

Bref, cet après-midi là, je me retrouve face à Mélanie Thierry, à la terrasse du Rostand, le beau café à côté du jardin du Luxembourg. Et je suis à nouveau sous le charme: peau diaphane, bouche parfaite, blondeur enfantine. Les proportions du visages ont ce quelque chose qui distingue les "jolies" des "aimants à photo".

Les premieres minutes, la conversation est hésitante. "Je ne suis pas du genre qui tape dans le dos à la première rencontre", me prévient-elle de but en blanc alors que je lui pose ma première question digne des plus grands intervieweurs: "pas trop difficile à gérer, la célébrité ?".

"Je ne comprends pas trop quand une personne que je ne connais pas m'accoste en me tutoyant comme si on était amis depuis dix ans. ça n'est pas dans ma nature, j'ai besoin de temps", poursuit-elle. Juste après, elle ajoute qu'en réalité, quand on lui demande si la célébrité est difficile à gérer (par ce "on" j'entends que je ne suis pas la première et je suis très déçue parce que je trouve mon entrée en matière plutôt originale) (je suis journaliste vous savez), elle a l'impression que ça n'est pas d'elle qu'on parle: "François-Xavier Demaison, lui, oui. Il se passe vraiment quelque chose autour de lui, les gens le reconnaissent, lui parlent, on sent un engouement. Moi, on ne me reconnait que très rarement et ça me va très bien comme ça !".

Elle se tait un moment et puis elle me fait cette confidence: "Parfois, il m'arrive de répondre que ça n'est pas moi. Ensuite je m'en veux. Qu'est ce que ça m'aurait coûté de signer cet autographe ? Mais c'est quelque chose que je contrôle pas, je ne sais pas me l'expliquer". Je tente une analyse assez percutante  (je suis journaliste, je l'ai dit ?): "Est-ce que quelque part ce n'est pas comme si vous aviez du mal à vous autoriser à être cette fille qu'on reconnait dans la rue ?".

Mélanie me regarde avec ses grands yeux dont je suis encore incapable de dire la couleur tant ils peuvent foncer si elle est contrariée ou s'illuminer quand elle se met à rire alors qu'on ne s'y attend pas. "Peut-être, je n'en sais rien en réalité, mais je crois qu'il faut que je travaille là-dessus, parce que ça me pèse un peu"

Je suis à deux doigts de lui raconter que moi aussi quand on me reconnait dans la rue je suis saisie d'un sentiment d'imposture. Entre célébrités il me semble qu'on pourrait se comprendre. Mais je préfère m'effacer devant mon sujet, c'est tout moi. Cette modestie finira par me tuer.

Maintenant que malgré tout je crois, un lien s'est créé entre elle et moi par la magie d'une complicité inespérée (et silencieuse) (voire à sens unique), j'hésite à entrer dans le vif du sujet: "Est-ce que Raphaël est beau AUSSI au réveil ? Est-ce qu'il a, comme je le suppose, toujours bonne haleine, même le matin ?"

Mais quelque chose me retient. Probablement la couleur de ses yeux, justement, qui parait m'avertir qu'on est certes devenues très amies mais quand même.

Alors je lui demande ce qu'elle aime dans ce métier, si ça n'est pas difficile d'être à la merci du désir d'un réalisateur ou d'un producteur. Là, Mélanie s'anime, elle dit tout l'amour qu'elle a pour cette vie qu'elle s'est choisie très jeune, les montées d'adrénaline quand on lui annonce que c'est ok pour tel ou tel rôle, la timidité qui s'évanouit comme par magie lorsqu'elle enfile un costume du 18ème siècle, mais qui la paralyse en revanche lorsque le rôle est plus proche d'elle. C'est le cas pour celui de Charlie dans "Comme des frères". "Je suis beaucoup moins sociable qu'elle, moins dans la séduction, mais malgré tout, c'est quelqu'un qui pourrait me ressembler. Et du coup, la timidité me retombe dessus." On sent que c'est un peu douloureux.

Elle dit aussi combien elle adore cette atmosphère de colonie de vacances quand l'équipe bourlingue, comme ce fut le cas pour ce film dont une partie se passe dans le sud. "Je n'aime pas tourner à Paris et rentrer chez moi le soir. Ce qui me plait dans ce métier, c'est partir, ces périodes hors la vie, où on dort dans des hôtels qui peuvent être tous pourris, manger ensemble, se marrer, être dans une bulle".

Je pense alors que moi aussi je veux être dans un hôtel tout pourri avec Nicolas Duvauchelle.

Mais là encore, un truc me retient. La lucidité, probablement.

Cette vie de saltimbanque, Mélanie ne l'abandonnerait pour rien au monde, même si elle a des revers plus sombres. Quand un projet prend fin et qu'il faut attendre pour le suivant, quand la peur l'étreint de ne plus "en" être. L'angoisse est alors aussi terrible que l'exhaltation lorsque le train repart. "Mais j'ai une chance de dingue, je tourne beaucoup, j'ai tellement d'amis autour de moi qui en chient, je ne veux surtout pas avoir l'air de me plaindre". Je lui dis que ça n'est pas comme ça que je l'ai pris. Je n'ose pas ajouter que ça me rassure, que la vie ne soit un long fleuve tranquille pour personne, même après un César, même après un succès au théâtre comme celui du Vieux juif blonde, même après avoir été l'héroïne de Tavernier. Je voudrais lui dire que c'est sûrement cette fragilité, cette anxiété qui la rend désirable, aussi. Mais je sens que si je le fais mes yeux vont piquer. J'ai un recul énorme, moi, c'est bien (je suis journaliste, je l'ai précisé ?).

Il est bientôt temps de se séparer et j'ai la sensation d'avoir posé deux questions. Après vérification, il s'avère que c'est le cas. Je sens qu'une grande carrière est en train de naitre sous mes yeux.

Du coup, je dégaine mes dernières cartouches fissa: "pour ou contre la chirurgie esthétique ? vous avez un modèle d'actrice ? et Raphaël, il assure au lit ?".

Sur la chirurgie esthétique, elle est sans langue de bois. Elle trouve ça génial quand c'est bien fait, surtout si ça permet de se sentir mieux. Elle ne dit pas qu'elle n'y aura pas recours plus tard mais elle n'en sait rien (tu m'étonnes, je VEUX ce grain de peau plus fin qu'une feuille de rouleau de printemps). Son modèle d'actrice, s'il fallait en choisir une, ce serait Juliette Binoche, parce qu'elle ose tout, parce qu'elle a "une filmographie de malade" (elle cite un de mes films fétiches, les Amants du pont neuf et là je me dis qu'il y a des chances qu'on finisse en colocation) (avec Raphaël).

Quant à ma dernière question, bien évidemment, elle s'est confiée longuement sur le sujet. Mais vous comprendrez que je garde ses réponses pour moi, il y a un temps pour tout et je m'en voudrais de trahir sa confiance (on est amies). 

Voilà, après, Mélanie est repartie, avec la même grâce que lorsqu'elle est arrivée. Je suis restée un petit moment à terminer de prendre mes notes et je me suis dit que cette fille n'était pas timide. Elle est simplement réservée. Et je crois que j'aime beaucoup les gens réservés.

Edit: la photo a été prise sur le tournage de Comme des frères, un film d'Hugo Gélin qui sortira en 2012, comptez-sur moi pour vous tenir au courant parce qu'il est fait par des chouettes personnes. Et pour en savoir plus, allez sur la page Facebook du film, y'a plein de photos et vidéos sympas.

J’aime #7

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Parce qu'on ne va pas se laisser abattre par la sinistrose ambiante même si pfiou, c'est drôlement angoissant tout ça, un petit billet de "j'aime". Petit parce que ça n'est pas tout ça mais la deuxième saison de Braquo a recommencé et que ça occupe de baver devant ce Jean-Hugues Anglade qui est comme ces vins qui se bonnifient avec les années. Soupir.

J'aime Braquo, donc, le rythme, les acteurs, Karole Rocher et Jean-Hugues notamment, pas pour les mêmes raison mais on s'en doute. Quoi que si je devais craquer pour une fille, Karole Rocher ferait partie de mon top five. 

J'aime, en parlant d'amours saphiques, qu'une de mes amies m'ait appelée récemment pour me raconter qu'à la faveur d'un massage effectué par une femme, elle qui est probablement la plus hétéro de mes copines, a littéralement pris son pied. J'aime la façon totalement décomplexée avec laquelle elle me l'a dit même si d'une certaine façon, quand je pense à ma dernière expérience en la matière, j'ai grave les boules.

J'aime la dalle des Olympiades par temps gris, je crois que c'est sa laideur qui m'attendrit et l'idée aussi de ces milliers de gens qui vivent dans les tours. Comment trouver le paysage impersonnel alors même qu'il est si… habité ?

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J'aime ces fontaines repeintes en rouge dans mon quartier. J'ai cru au départ que c'était de l'anti-rouille mais à priori,  non.

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J'aime mes muffins citron – pavot, même si j'avais mis trop de pavot.

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J'aime les petites filles en tutu, la blonde et la brune. Quelque chose me dit qu'on n'a pas fini de ne pas s'ennuyer avec ces deux phénomènes.

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Bonne journée.

Vermines en tous genres

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Hier je me posais la question: avant, je veux dire, il y a dix ans, ça existait les agences de notation ? Non, juste comme ça, quoi. Si ça se trouve, c'est comme les serre-tête. Jusqu'à ce que ça s'appelle des head-band, on n'en parlait pas et puis là, pof, si tu n'en as pas t'as raté ta vie. Si ça se trouve, avant les agences de notation avaient un autre nom, genre "attachées de presse du ministère de l'économie" ?

Je ne sais pas pourquoi mais quelque chose me dit qu'on se fait balader. Que peut-être, si ça se trouve, les critères d'évaluation des agences de notation sont définis d'une telle façon qu'en gros, en dehors de la soumission aux lois du marché, point de salut.

Enfin je dis ça mais d'une manière générale, je n'y connais rien à la mode. A l'économie non plus mais ce n'est pas le sujet. Si ?

Voilà, à part ça, j'aime écouter France inter le dimanche matin. Je commence avec Rebecca Manzoni et son Eclectique – la semaine dernière c'était Jean-Pierre Bacri et c'était passionnant, ce qu'il racontait sur la façon dont lui et Agnès Jaoui écrivent leurs scénarios et surtout leurs dialogues, podcastez ! Ensuite, c'est le "on va déguster" qui remplace très avantageusement l'émission de Jean-Pierre Coffe que j'aimais aussi – l'émission, pas l'insupportable Coffe – mais moins que celle-ci. Dimanche c'était sur les bonbons. A la fin j'avais limite du diabète. Et je finis sur l'émission de Stéphane Paoli qui ne cesse de m'étonner alors qu'avant je le détestais. Là il était question de la Syrie, avec Manon Loiseau, reporter de France Télé qui en revenait. Ces gens canardent sciemment les enfants dans la rue. C'est moi, ou en plus de Kadhafi qui avait planté sa tente à deux pas de l'Elysée, Sarkozy avait aussi accueilli Bachar El Assad ? Ah si, c'est bien ce qui me semblait. Ça doit être ce qu'on appelle la realpolitik. Cela dit je pinaille. Parce qu'à l'époque, notre président l'avait assuré. Lui et son nouveau potos avaient parlé "de manière très franche des droits de l'homme". Alors bon.

Voilà, sinon hier soir en couchant leur soeur, le machin et la chérie sont formels: ils ont vu un pou. Ou même deux. C'est assez amusant, faites le test chez vous si vous avez des enfants. Le simple fait d'évoquer l'éventualité d'une contamination d'un des nains déclenche dans la seconde le même réflexe chez chaque membre de la famille. Le grattage compulsif. Au geste tout le monde joint en outre la parole:  "ça y'est ça me gratte". Absolument superflu mais c'est de l'ordre du réflexe primitif à ce niveau là. Dans la foulée, la mère de famille – jamais le père, évidemment – annonce avec la détermination d'un Nicolas Sarkozy qui en aurait plein son béret de tous ces connards de dictateurs qui y'a peu étaient ses amis: "Demain j'achète du pouxit. Et tout le monde y passe. C'est ça ou la boule à zéro".

Si seulement tout était si simple. Un coup de pouxit et la vermine est exterminée. Enfin, ça c'est la version optimiste. Parce qu'en réalité il est probablement plus facile de zigouiller un tyran que d'anéantir ces sons of a bitch de poux.

Surtout que comment dire ? Mère nature sur ce coup ne l'a pas oubliée, number three. Raiponce, qu'on l'appelle.

Froid, moi ? Never.

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La dernière fois, avant un rendez-vous où j'étais en avance, je suis entrée chez Damart à Châtelet. Depuis un moment déjà je voulais essayer ces maillots de corps qui soit-disant tiennent si chaud que froid, moi, jamais.

Et bien laissez-moi vous dire que choisir un Damart c'est drôlement compliqué. Ça m'a rappelé l'épisode du duvet pour le machin qui partait en colo. Où comment être frappée du syndrôme décisionnel : est-ce que je prends celui qui protège du froid niveau 4, au risque de transpirer méchamment ou bien je privilégie une protection moindre, plus confort à Paris mais d'aucune utilité au cas où je m'envolerais de manière impromptue à Stockholm (on sait jamais).

Et au niveau de la coupe, manche longues ou manches courtes ? Et pourquoi pas ce débardeur noir, tout con, si con qu'on dirait pas un damart ? En même temps, avoir chaud au ventre certes ça compte, mais si les épaules ne sont pas couvertes, est-ce que ça marche quand même ? 

Et question style, est-ce que j'y vais à fond en privilégiant les modèles mamie à dentelles – tellement 2012 – (non ?) ou je joue la carte de la sobriété (tellement Ines, mais si, Ines, l'auteur de cette si profonde réflexion, "quand on est au Bon marché, on a l'impression que rien ne peut nous arriver" (euh,si, un découvert ?)).

Mon cerveau a fumé, je me sentais perdue dans les méandres du doute. Finalement, l'heure de mon rendez-vous approchant, je me suis pointée à la caisse avec l'équivalent du PIB de San Marin en tricots de corps. Comme toujours, dans l'hésitation j'avais pris un peu de tout. Ce n'est pas comme si on vivait l'hiver le plus doux depuis 1956 ou comme si on nous prédisait de toutes façons un réchauffement climatique inexorable.

J'étais en train de me demander si je n'allais pas tout reposer et repartir en loucedé (ça m'arrive souvent dans les magasins à vrai dire de laisser tomber à deux secondes de payer, l'angoisse du gardien de but devant la machine à carte bleue, j'imagine) (ou une révélation soudaine: je n'ai pas VRAIMENT besoin de ce quatorzième jean qui en plus me fait un gros cul), quand trois vieilles dames ont commencé à me brancher. "C'est votre premier damart ?" m'a interrogée la première, une sorte d'excitation fébrile dans les yeux. Alors que j'acquiescais, la seconde s'est presque jetée dans mes bras pour me féliciter, pendant que la troisième me faisait jurer de ne surtout pas les repasser, "ça fiche en l'air le principe actif ma petite fille". "Mais à part ça c'est increvable. Et on ne peut plus s'en passer. 23 ans que je viens tous les ans", a-t-elle murmuré comme on livre un secret inavouable. "Et puis c'est ravissant, non ?", a renchéri la plus coquette, entrouvrant, rougissante, sa chemise pour me montrer son caraco en dentelle vintage, cuvée 1978.

Après cette intronisation en grande pompe vous imaginez bien qu'il m'était impossible de me débiner.

Depuis, il fait 22° en moyenne à Paris et je pourrais limite ouvrir une sucursale de vente de thermolactyls dans le 13è.

Mais peu importe, je fais désormais partie du crew Damart et ça je peux vous dire que c'est tout de même autre chose que de posséder des bottes à franges Isabel Marant.

Edit: Photo prise accidentellement par Rose et qui m'évitait de vous en coller une de moi en tricot de corps. La veste sans manches que je porte est une de ces pièces (monop, what else) qui ne servent pas à grand chose (pas assez chaude en hiver et trop le reste du temps, sauf par miracle quand il fait environ 14°, ni plus ni moins) mais dont je ne me lasse pas tant j'ai l'impression qu'elle me donne un style hyper pointu (c'est en général le cas des trucs sans manches, non ?) (surtout quand ce sont des trucs CENSÉS avoir des manches).

Edit2: il me vient à l'esprit qu'on pourrait imaginer que ce billet fusse une commande sponsorisée. Que nenni.

Ça c’est CHIC !

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Hier j'étais donc invitée à une séance de relooking par Cristina Cordula. L'objectif: immortaliser le travail de miss magnifaïque qui soublimait la fameuse petite robe noire sur chaque participante.

Ce que je n'avais pas compris en réalité c'était que moi aussi je venais pour être soublimée grâce au regard affuté de Cristina. Vous pensez bien que si j'avais capté le truc, j'aurais à minima fait quelque chose concernant les poils d'un centimètre ou deux qui s'épanouissent depuis près d'un mois sur mes mollets. A minima. 

Quand on a commencé à me suggérer de passer au maquillage et coiffage, j'ai dans un premier temps poliment décliné: "non, c'est très gentil, je préfère observer, vous voyez ? Je suis journaliste, vous savez". Nadia, qui était là aussi, elle a dit pareil, en plus ferme: "pas question, merci, je suis malade, aucune envie de faire des photos". Aimable, classe, mais sans appel.

Ce qui est étrange c'est que Nadia, personne n'est venu la relancer. Ça doit être ça qu'on appelle l'autorité naturelle.

Qualité dont je suis très manifestement dépourvue.

Mais qui a été généreusement distribuée à bébé cristina il y a quelques années (22 ? 34 ? 42 ? on ne sait pas).

C'est du moins ce que j'en ai déduit lorsqu'elle m'a haranguée alors que je faisais quelques clichés des filles relookées: "C'est ton tour !".

– Nnnnoui, d'accord.

Grande démonstration de fermeté.

Par contre, pas question qu'on touche à mes cheveux, ni qu'on me maquille. Et le photo call, là, c'est niet. (serment solennel prononcé à voix basse) (très basse) (en silence) (après je me suis excusée).

Cristina m'a donc entrainée dans le dressing où une quarantaine de petites robes noires n'attendaient que moi. 

Plus exactement, où 39 petites robes noires en taille 32 attendaient les autres filles, pendant que le seul modèle en 38 – 40 se faisait grave chier, rapport que dans la presse féminine, ça se confirme, on ne mange pas. Ou alors on a trouvé le secret de la minceur éternelle.

Cristina, elle m'a demandé ma taille, j'ai murmuré 40 en pensant 42 et je me suis retrouvée à peu près dans le même état que 30 ans en arrière dans les cabines d'essayage des Nouvelles Galeries, avec ma mère suant sang et eau pour me faire enfiler un kilt qui sur moi ne faisait pas vraiment kilt.

"Elle a une belle poitrine", a dit Cristina, sans que je ne comprenne vraiment à qui elle s'adressait, alors j'ai dit "hin hin hin".

Après avoir bien regardé toutes les robes, elle m'a donc tendu celle qui se tournait les pouces depuis le début de la séance, à savoir la plus grande. Je pourrais être relookeuse, j'ai pensé. (j'ai rien dit par contre parce que Cristina est très grande).

Ensuite, donc, j'ai été gentiment invitée (= METS CES COLLANTS, LES TIENS NE SONT PAS CHICS !) à changer mes bas trop opaques et trop… pas chics, pour d'autres en effet bien plus distingués (= avec des fleurs partout). Mais de deux tailles en dessous de la mienne. "REMONTE LES, ÇA MARQUE LÀ (elle a pointé son long doigt tout fin exactement à l'endroit où non seulement mon collant mais aussi ma culotte avaient trouvé une place pépère)", a incanté Cristina. J'ai obtempéré et miracle, à croire que les collants aussi étaient terrorisés, ils ont accepté de se loger un peu plus haut. Ainsi que ma culotte. Y'en a qui n'ont vraiment pas de couilles.

Une fois juchée sur des escarpins noirs de 14 kilomètres de haut (j'avais auparavant essayé des stilettos panthèses – PAS CHICS), j'ai regardé Cristina. Elle m'a regardée. Je l'ai regardée. Et elle a dit:

– Tu es CHIC.

Je crois que le jour où j'ai enfin obtenu mon permis après quatre tentatives infructueuses, je ne me suis pas sentie autant soulagée.

Un peu déçue néanmoins de ne pas avoir reçu le label SEXYYYYYYY qu'elle avait distribué à droite et à gauche avant moi, mais finalement, chic, ça va. C'est mieux que PAS chic.

Je me réjouissais trop vite.

– Maintenant tou vas te coiffer et te maquiller chérrrrrrrrie.

– Mmmm… Mais je suis coiffée et j'ai aussi un peu de fond de t…

– NON. TOU N'ES PAS COIFFEE. PAS CHIC ! ALLEZ VIENS AVEC MOI. STEEEEEVE, CHERRRRI, TU ME LISSES TOUT ÇA LÀ, JE VEUX DU CHICCCC. C'EST OKAYY POUR TOI CHERRRIIEEE ?

– (en pensée: je hais les cheveux lissés, Michel, viens à mon secours, emmène moi au pays de la frange et du soleil). En vrai: Nnnoui ? 

Pendant ce temps, Nadia fusillait des yeux toute personne qui éventuellement aurait l'idée saugrenue de lui proposer un coup de blush. Et ça marchait, putain. 

C'est donc comme ça que je me suis retrouvée brushée, maquillée, moulée dans une robe trop petite qui – je ne l'ai vu qu'après coup – boudinait tellement mes épaules que mes bras étaient cyanosés et perchée sur des talons de 14 me rendant incapable de m'enfuir. Et par conséquent obligée d'accepter le photo-call ET de porter pour l'occase un énorme sac à pouffe en fausse fourrure, qui a manqué je crois de faire mourir Nadia de rire.

Le summum du ridicule ayant été atteint lorsque le photographe, adorable mais manifestement sous acide, m'a visualisée en femme FATALE, bombant le torse, menton en avant, regard assassin et marchant droit vers son destin de croqueuse d'hommes et de diamants.

FATALE. C'est mon deuxième prénom, ça tombe bien. Si vous êtes sages, je vous mettrai la photo en question plus tard. Mais c'est pas sûr, tant que je n'ai pas trouvé comment photoshopper mes bras.

Voilà, ce fut donc mon expérience pretty woman. En vrai c'était très drôle de se retrouver dans cette ruche pleine de filles surexcitées à l'idée de se déguiser le temps d'une photo. La maquilleuse était une magicienne qui m'a fait perdre quelques années en deux ou trois secondes et qui en plus était hyper gentille. Quand au hair stylist, il a été chou, il a fait un brushing pas trooop lisse (alors que ça se voyait qu'il avait peur lui aussi). Et Cristina ? Ben c'est Cristina, quoi !

Les photos ont été prises avec le dernier téléphone Blackberry torch 9860 que l'on m'avait prêté pour l'occase et les petites robes noires étaient mises à disposition par Ebay qui fête actuellement les 85 ans de la LBD ( little black dress). Merci Anaïs, c'était un chouette moment !

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Edit: à la demande générale, voici la photo. C'est une photo de photo en réalité, elle m'a été donnée sur papier. Je crois que l'attitude de winneuse ne me réussit pas du tout, c'est quoi cette grimace, hein ? Et peut-être qu'en réalité, je m'apprécie plus avec des lunettes. Je précise d'ailleurs que j'ai décidé comme une grande de les enlever, non, je ne suis pas un pantin !


Ah et en fait le collant et la culotte en ont profité pour se remettre au creux d'un bourrelet…

Edit2: en fait je l'ai enlevée, je ne l'aime vraiment pas 🙂

The black little dress

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Trop de travail, une visite impromptue hier d'un ami qui vit à tataouine et pof, pas de billet du coup aujourd'hui.

Je suis démasquée, je ne fais pas de marbre, comme on dit dans la presse, à savoir que je n'ai pas de posts d'avance, jamais.

Bref, un non-billet, pour vous dire que tout de même je suis excitée comme une puce vu qu'à midi je participe à un truc de blogueuses – et croyez moi c'est rarissisme, je suis l'arlésienne des "opé" (du nom de ces manifestations où sont invitées les influentrices de l'internet). En général ça tombe mal, ou bien c'est loin, ou bien en fait, j'ai la flemme.

Mais là mes chewies, je ne pouvais pas dire non, c'est pour déjeuner avec Christina Cordula et jouer les tintins petits reporters pendant une séance de relooking (enfin si j'ai bien compris, ce qui n'est pas évident, on ne s'improvise pas professionnelle de l'opé comme ça).

Surtout, la thématique, c'est la petite robe noire. Alors du coup, moi, je suis habillée comment aujourd'hui ? Ben évidemment. Et ce qui me fait marrer, c'est que c'est donc la même que celle arborée il y a genre cinq ans lors de ma brève mais intense carrière dans le mannequinat (part one et part two)

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Si ce n'est pas la preuve que je suis une adepte de la décroissance. Si je vous dis en plus qu'elle vient de Camaïeu, vintage 2004 ?

I know. Un-be-lea-ve-ble

Je préfère ne pas m'étendre sur les conditions de cet auto-shooting. Je me contenterai de vous indiquer pudiquement que je manquâs mourir. (le siège du piano de ma fille n'a pas nécessairement apprécié ma charge matinale).

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(ohhh, mais où sont passés tes yeux, les as-tu perdus dans la pile de linge à repasser ?)

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Quant aux bottes, elles sont signées H&M, elles sont en plastique ou pas loin, m'ont coûté quelques 40 euros et ont été achetées avant tout parce que pour la first time of toute my life, je rentrais dans un modèle non extensible et non calibré pour mollets rondouillets. Aussi j'ai l'impression d'être Diane Keaton avec. Par contre je ne sais pas marcher plus de cinq minutes quand je les porte. Toujours cette histoire de cambrure sa mère.

Voilà, c'était un billet qui ne devrait pas manquer j'imagine de faire réagir toutes celles qui en ont marre des commentaires à la oui-oui et qui disent un grand non à la censure politiquement correcte. Non ?

En attendant dès demain je vous raconte ma rencontre avec celle qui est une de mes idoles absolues de l'univers télévisuel…

Danielle Mitterrand: souvenir d’une brève rencontre

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Parfois l'évidence se niche dans les détails. Hier, pour moi, ces détails révélateurs de la médiocrité ambiante furent ces cinq énormes fautes d'orthographe dans un communiqué de quatre lignes sur la mort de Danielle Mitterrand.

De l'Elysée, le communiqué.

A tous ceux qui se posaient la question, il semblerait que Nicolas Sarkozy écrive donc bien lui même ses lettres de condoléances.

Danielle Mitterrand, je me souviens l'avoir rencontrée à 24 ans, alors que je commençais tout juste ma vie professionnelle. Alors stagiaire dans un centre de documentation, je l'avais accueillie avec ma directrice qui était une de ses amies. Sans réellement être capable de l'analyser, je nourrissais une admiration particulière pour elle à l'époque. Elle était tout de même la femme de François (le devoir d'inventaire cher à Jospin n'était pas encore en vogue). Une figure de la gauche, surtout. Parfois presque un peu trop, les amitiés avec Fidel me sont toujours restées un peu en travers de la gorge.

Il n'empêche qu'elle avait été très douce et très aimable, ce qui, j'ai pu le vérifier par la suite, est loin d'être le lot de tous les grands et moyens de ce monde.

Le soir, j'avais appelé mes parents pour le leur raconter, je crois. Je m'étais dit que ça y'était, j'étais en train de commencer quelque chose, j'étais là ou "ça" se passait. Je devenais une femme active parisienne. Dit comme ça c'est un peu ridicule, mais sans venir de la cambrousse ni d'un milieu ultra modeste, serrer la main de Danielle Mitterrand pour la petite provinciale débarquée à la capitale que j'étais, incarnait, je crois, une porte qui s'entrouvrait.

Bonne journée.

J’aime #6

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Quand Rose a du chagrin, elle dit qu'elle a des gouttes de pleurs. Je ne suis pas sûre qu'elle sera normalienne. Poète, peut-être ?

Sinon, les temps ne prêtent pas vraiment à sourire, mais entre les larmes, j'aime…

J'aime donner mes rendez-vous au Zimmer, place du Châtelet. Les fauteuils en velours, les tapis au sol, les rideaux lourds comme dans un claque, les lustres qui semblent avoir 1000 ans, les dorures et les garçons de café toujours aux petits soins, le théâtre qui le jouxte, c'est un peu mon Flore à moi. Leur salade César est terrible et leurs cafés gourmands très… gourmands.

J'aime écrire que je donne des rendez-vous, je trouve ça furieusement prétentieux d'autant que ça ne m'arrive pas si souvent.

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J'aime le concept du café gourmand, l'hypocrisie toute en douceur de l'idée. Je voudrais faire un guide des cafés gourmands, mais quelque chose me dit que j'ai un train de retard.

Café gourmand

J'aime mon machin qui lit.

Bouquine

J'aime la tour montparnasse sur fond de ciel bleu.

Tour montparnasse

J'aime l'éternité que met Jef à choisir le vin au resto pour immanquablement terminer sur un Saint Joseph. J'aime qu'il prétende à chaque fois que non, il se pourrait tout à fait que cette fois-ci il opte pour un Bourgogne. J'aime qu'au final il commande un Saint-Joseph. De Saint-Desirat si possible.

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J'aime les ongles parfaits de Fanny. La vérité c'est que je voudrais un peu les lui voler.

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J'aime la nouvelle jupe de Chloé, celle-ci, là, dégottée sur La Redoute.

J'aime quand Julien se moque de Jef parce qu'il a évidemment choisi du Saint-Joseph.

J'aime sortir du resto (le temps des cerises, grand comme un timbre poste mais absolument délicieux) à minuit, ronde comme une queue de pelle, et repartir au bras du churros. J'aime qu'à cette époque de l'année, ça fasse de la fumée quand on respire.

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J'aime l'idée que parfois, tout semble parfaitement s'équilibrer. Quand bien même le Saint-Joseph suivi du Vionnier y soient pour beaucoup dans cette vision idyllique des choses.

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J'aime aussi la nouvelle série Homeland, l'idée d'un bouquin de Robert Goolrick qui m'attend au pied de mon lit, la saison 3 de The Good Wife, la perspective d'un Noël à Lyon, les articles à venir qui attendent que je les écrivent et ceux qui patientent avant d'être imprimés. J'aime ce prochain anniversaire de ma nouvelle vie, je crois que malgré tous ces jours à me ronger les sangs pour l'après, je ne referais le chemin en arrière pour rien au monde.

Pour finir, cette chanson de Lana del Ray me transporte je ne saurais vous dire où, mais l'endroit est beau…

 

Le trèfle et le prisonnier

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Je devais avoir 12 ans environ. Nous habitions en banlieue lyonnaise, dans cette grande maison en haut d'une colline, qui surplombait l'autoroute. C'était un dimanche soir. Le téléphone a sonné, mon père a répondu, puis il a raccroché, l'air préoccupé. Il a appelé ma mère, ils ont parlé dans la cuisine. La discussion était animée, mais lorsqu'ils sont ressortis, ils semblaient d'accord. 

– Quelqu'un va dormir ici cette nuit. Il ne restera que ce soir, c'est une personne qui a des problèmes. Votre père va aller le chercher, là, il dormira dans le salon et demain matin très tôt il reprendra le train.

"Quels genre de problèmes", j'ai demandé.

"Des histoires de grands", a commencé mon père. Ils se sont regardés avec ma mère, l'air de ne pas trop savoir ce qui pouvait être dit. Ma mère a pris le relais:

– Il est en prison. A Toulouse. Pas ce soir, parce qu'il est à la fin de sa peine et qu'il avait droit de sortir pendant deux jours. Mais la personne qui devait l'héberger ce soir ne peut pas, finalement. Alors il a appelé ton oncle, qui lui rend visite depuis des années. Et ton oncle vient de nous demander de le dépanner ce soir.

Un prisonnier. Un bandit. Chez nous, dans notre maison. J'étais à la fois inquiète et excitée. Ma mère était juste inquiète. Mon père aussi. Je le bombardai de questions, qu'est-ce qu'il a fait, depuis combien de temps est-il enfermé, est-ce qu'il faut qu'on se barricade dans nos chambres, est-ce qu'on mangera avec lui ?

Là encore, silence, regards interrogatifs, puis les réponses, au compte goutte. Une grosse bêtise, quinze ans, sortie dans six mois. 

Mon père est parti chercher l'invité surprise, pendant que ma mère préparait nerveusement le repas. Ils sont arrivés une demi-heure plus tard. Je me souviens d'un homme grand et carré, cheveux ras, visage cabossé. Il s'est assis à table, mal à l'aise, manifestement tendu, mangeant ses mots.

Je ne sais plus de quoi nous avons parlé, il me semble que ce fut un de ces repas remplis de blancs gênés, interrompus par le babil de mes frères encore tous petits. Pour une fois ma soeur et moi ne nous sommes pas envoyé au visage les amabilités habituelles. Mon père a probablement tenté de donner le change, ma mère, je crois, souriait à l'invité, mais son anxiété était palpable.

Alors que je le fixais, fascinée, il s'est adressé à moi. "Il doit y avoir des tonnes de trèfles à quatre feuilles, là, non ?". Il montrait le parterre d'herbes folles devant la cuisine, composé en effet de milliers de trèfles, dont aucun à ma connaissance n'avait plus de trois pétales. Jj'y avais passé assez heures dans l'espoir d'en dénicher pour en être sûre. J'ai haussé les épaules et répondu qu'ils devaient bien se cacher. Il a souri et je me suis dit qu'il semblait avoir bien besoin de trouver un porte-bonheur.

Le repas a touché à sa fin et nous sommes allés nous coucher. Une nuit un peu étrange, durant laquelle, j'imagine, mes parents dormirent peu. Quand je me suis levée le matin, il était déjà dans son train, direction Muret et sa centrale de détention.

Sur la table, à côté de mon bol, il y avait une petite enveloppe avec mon nom écrit dessus. A l'intérieur, cueillis à l'aube, cinq trèfles à quatre feuilles.

Je ne sais pas ce qu'il est devenu. Plus tard, j'ai su que s'il était en prison, c'était pour un vol à main armée qui avait mal tourné. Ce soir là, ce dimanche où nous l'avions hébergé, il avait voulu faire une surprise à sa femme. Il l'avait trouvée avec un autre. Et lorsqu'il avait appelé mon oncle, ce dernier avait eu peur qu'il fasse une connerie. J'aimerais croire que les trèfles lui portèrent chance à lui aussi et que sa vie fut ensuite plus douce.

Les neiges du Kilimandjaro

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Le premier film que j'ai vu de Guédiguian, c'était "A la vie à la mort". L'histoire d'une bande de copains qui se retrouvaient au Perroquet bleu, un bar de l'Estaque, à Marseille. De l'amitié au kilomètre sur fond de misère et de loose sociale. Je l'avais vu avec mon cher E. qui depuis s'en est allé. Peut-être que si la vie avait un peu plus ressemblé aux joyeuses tablées de Guédiguian, elle l'aurait retenu. Peut-être pas. Il n'empêche que "Les neiges du Kilimandjaro" est sorti en salles cinq ans jour pour jour après ce départ trop brutal. Je veux croire qu'il n'y a pas de hasard.

Depuis "A la vie à la mort", je ne loupe pas un seul des opus du cinéaste marseillais, tant ses acteurs sont semblables à une famille qu'on retrouve tous les ans. J'aime cette fidélité qu'il a, cette façon de marier l'un avec l'autre, puis l'autre avec l'un, au gré des scénarios co-écrits avec Jean-Louis Milesi. Je trouve qu'Ascaride n'est jamais meilleure que dans les films de son mari Robert. Que Darroussin n'est jamais si subtil non plus et que Gérard Meylan excelle dans tous les personnages, qu'il s'agisse d'un Marius transi, d'un José barman au grand coeur ou d'un Marco, l'amant maudit.

J'aime les accents qui chantent, la mer toujours là, les drames qui se trament à l'ombre de la Bonne Mère, la dimension tellement tragique au sens grec des histoires que ces films nous racontent. 

J'aime surtout que Robert Guédiguian assume et revendique son envie de faire un cinéma social et engagé. "Les neiges du Kilimandjaro" n'échappent pas à la règle. Je ne vais pas faire comme Libé, Le Monde et cie qui en guise de critique nous balancent un résumé complet de l'intrigue. Ok ça n'est pas un polar mais j'aurais préféré je crois ne pas en savoir autant en m'asseyant dans mon fauteuil rouge du MK2 Bibliothèque.

Je me contenterai de vous dire que j'ai commencé à pleurer aux alentours de la 3ème minute et que je ne me suis pas beaucoup arrêtée ensuite. Qu'il y a une scène de belotte coinchée pagnolesque à souhait et qui restera dans les annales. Qu'il est question de la faute, celle qu'on voudrait pardonner sans y parvenir, celle qui brise un destin voire plusieurs. Qu'il est question de la vie après le labeur, de l'inventaire qu'on en fait à 50 ans. Qu'il est question de repentance et de miséricorde, de coupables qui sont des victimes et de victimes qui se sentent coupables.

Je voudrais tellement être certaine que dans la vraie vie, les personnages incarnés par Darroussin et Ascaride, des bons samaritains au sens propre du terme, existent vraiment. Mais peut-être n'est-ce pas grave que ça ne soit pas le cas. Comme le dit si joliment Robert Guédiguian dans Libé, "Ces temps-ci, il faut être con pour ne pas être pessimiste. En même temps, il est encore plus con de se résoudre au pessimisme".

Allez voir "Les neiges du Kilimandjaro", elles vous feront un blanc manteau…